LE SYNDROME
Les symptômes observés au cours de la pérityphlite sont essentiellement sous la dépendance de la stase cæ: cale, et ce sont eux qui attirent tout d’abord l’attention du malade, soit qu’ils se manifestent comme une gêne, une sensation de tension dans la fosse iliaque droite, soit qu’ils s’accompagnent de cerises paroxystiques plus on moins violentes.
En même temps s’installent des troubles gastro-intestinaux diffus, capables de produire, par leur persistance, le tableau de l’intoxication générale, qui fait rarement défaut dans les cas chroniques. :
La stase cæco-colique constitue le phénomène essentiel. La douleur dans la fosse iliaque droite est-sourde, continue, avec irradiations dans le bassin et la cuisse droite, accompagnée de tiraillements dans les reins. Elle s’exagère dans la station verticale, pendant la marche, la course, et pendant la digestion cæcale. A la palpation, clapotage et gargouillement cæcal.
Dé temps à autre apparaissent des crises one coïncidant avec une phase de rétention aiguë: souvent spontanées, elles sont parfois la conséquence d’une fatigue inaccoutumée, d’une secousse, d’un écart de régime.
Ces crises douleureuses, dont nous trouvons un exem-
| — 13 — ple typique dans l’observation première, due à l’obligeance de M. le professeur Forgue, peuvent s’accompagner de troubles généraux: frissons, maux de tête, température dépassant 39°; les nausées, les vomissements sont fréquents, le pouls s'accélère. Lorsque 1 hyperesthé-
sie cutanée et la défense musculaire ne sont pas trop marquées, on percoit dans la fosse iliaque droite une tu-
méfaction profonde et élastique, correspondant au cæcum ballonné, tendu, ou qui se présente, au contraire, avec des bords diffus et empâtés. La constipation est absolue, jusqu’au moment où apparaît une abondante débâcle diarrhéique, contenant parfois des membranes, et souvent accompagnée d’émission de gaz.
Les symptômes gastro-intestinaux diffus, ‘apanage des formes chroniques (obs. If, TITI, IV, V) consistent en
anorexie et douleurs après les repas, flatulences et état
nauséeux. La constipation est habituelle, les selles fréquemment muco-membraneuses.
Peu à peu, le santé générale se trouble: l’amaigrissement, l’anémie, quelquefois considérables, s’accompagnent de troubles nerveux et de neurasthénie; le teint est pâle, la peau flétrie, la nutrition générale est gravement
altérée par les résorptions toxiques qui ont lieu au niveau
du cæcum, et qui peuvent provoquer un début de cachexie.
L'examen aux rayons X de ces malades sera toujours d’un précieux secours, facilitant le diagnostic et donnant souvent une idée fort nette des lésions anatomiques et des troubles physiologiques; c’est, bien entendu, une radioscopie que 1 ’on pratiquera de préférence.
Au point de vue anatomique, le patient en position debout, on perçoit le cæcum comme une masse volumineuse, sans contractions, et dont les dimensions sont augmentées dans les deux sens. L'’organe est en position basse,
He :
et son bas-fond, quittant la fosse iliaque droite, descend au-dessous du détroit supérieur; souvent, devenant horizontal, il vient se loger au-dessus et même derrière le pubis.
Dans le décubitus horizontal, le cæcum apparaît comme véritablement fixé et reste immobile si l’on surélève le siège, alors que par cette manœuvre le colon ascendant remonte de quelques centimètres et que l’angle colique droit s’ouvre et se déroule. En réalité, le cæcum reste immobile dans le petit bassin, ne subissant qu’une sorte d’allongement de ses parois.
Nous empruntons à l'excellente étude de MM. Th. de Martel et Ed. Antoine les renseignements donnés par J’examen du malade dont on retrouvera l’observation sous le n° III, à la fin de cet ouvrage.
(A la palpation, il est impossible de mobiliser le cæcum, ni de bas en haut, ni latéralement, et ces tentatives de déplacement provoquent des douleurs que l’on -peut localiser sur le trajet dn cæco-ascendant, et aussi tout autour. L'existence d’adhérences péricæcales, qui fixent et immobilisent le cæcum, est done révélée par l’absence de mobilité cæcale à la palpation et par le changement de position du malade sous l’écran radioscopique. Enfin, toute tentative de mobilisation de ce segment réveille des douleurs plus ou moins vives dans toute la région du carrefour inférieur. »
Les indications d'ordre physiologique traduisent la stase des matières dans ce cæcum dilaté, ptosé et fixé, qui ne se contracte plus assez vigoureusement, et que le repas opaque remplit mal, donnant une image irrégulière et déformée, à bords empâtés et indéeis.
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E6e LES FORMES CTINIQUES
Comme toutes les inflammations segmentaires de l’intestin, et en particulier l’appendicite, les lésions de l’angle iléo-cæcal, revêtent deux grands types cliniques. les formes aiguës et les formes chroniques.
La forme aiguë, dont notre observation première offre
. un exemple remarquable, se caractèrise par un début assez
brusque au cours d’une bonne santé apparente, sans prodromes qui aient pu attirer l’attention du côté intestinal.
. L'état général ne tarde pas à subir le contre-coup de cette
rétention cæcale aiguë, et son atteinte se manifeste par
la température élevée, les frissons et les maux de tête.
Localement, c’est un tableau de sub-obstruction cæcale qui se réalise: arrêt des matières et des gaz, tuméfaction
douloureuse dont le centre répond au point de Mac Bur-
mey, sensation d’une cavité sous tension remplie de liquide, avec réaction péritonéale de voisinage. La crise
dure quatre à cinq jours, et se termine par une débâcle
diarrhéique abondante qui amène la disparition de la tumeur dans la fosse iliaque droite, et l’amélioration de l’état général. Ces crises se répètent, semblables les unes aux autres, à quelques jours d'intervalle.
Dans les cas chroniques, dont nous avons réuni quatre observations, nous trouvons des antécédents assez chargés du côté intestinal, mais le début atténué, léger, a per-
PAR € à LM
“mis à ces malades de mener, parfois pendant plusieurs années, une existence presque normale et sans troubles accentués. Tout au plus acceusent-ils une constipation quelquefois tenace et nécessitant l’emploi quotidien de laxatifs, une gêne douloureuse, sensation de tension ou d’encombrement dans la fosse iliaque droîte, plus rarement de petites coliques cæcales, ces phénomènes se produisant surtout pendant la digestion. Les autres troubles digestifs, moins constants, consistent en anorexie, nausées parfois suivies de vomissements et symptômes de dyspepsie hypersthénique. Pex à peu, l’endolorissement intermittent fait place à une douleur sourde et continue, et, sous l’influence d’une fatigue inaccoutumée, d’un écart de régime, apparaît la première ‘crise douloureuse, due à la rétention, et qui se termine après quelques heures où quelques jours par Ferpualon abondante de matières et de gaz.
Dans l’intervalle des crises, le cæcum est perceptible, la palpation révèle de nombreux points douloureux dans la région appendiculaire, et peut déceler du clapotage.
L'évolution clinique est de longue durée; les troubles morbides du début: douleurs dans la fosse iliaque droite, troubles gastro-intestinaux s’effacent, lorsque la tumeur inflammatoire s’est constituée, devant les troubles mécaniques: syndrome d’ocelusion incomplète, tuméfaction : cæcale, constipation opiniâtre, puis débâcle. Dans de rares cas les phénomènes inflammatoires peuvent aboutir à la formation d’abcès péricæcaux et de fistules.