‹ Station de carême de 1888Chapitre 5 sur 26 · MES FRÈRES · texte numérisé non relu

MES FRÈRES

Verbe Eternel, Fils de Dieu et Fils de l’homme, Notre-Seigneur Jésus-Christ rapproche en sa personne adorable deux natures que séparait une distance infinie ; Il réunit en lui-même le Ciel et la terre, l’homme et Dieu ; Il est l’âme, le principe et la consommation de toutes choses ; des plans divins, d’abord, comme aussi de tous les évènements qui s’agitent et qui s’agiteront encore jusqu’à la fin des temps. Et dans l’ordre physique comme dans l’ordre moral, rien ne s'explique que par lui: ôtez Jésus-Christ du monde et vous ne comprenez plus le monde; le monde n'est plus pour vous qu’une chimère, qu'une énigme, qu'une vague illusion destinée à retomber bientôt dans le néant.

Ah! quand nous lirons, un jour, clairement au Ciel, dans l’essence divine, miroir fidèle où vont se réfléchir toutes les réalités, nous saisirons alors le mystérieux enchaînement des choses, et nous comprendrons com-

onheur

mme, sonne ce inomme 1ation omme s’agi- ’ordre lique us ne pour rague ,, , Ciel, léchir rieux com-

des

ment et avec quel admirable concert, tout se rattache à Jésus-Christ, tout dessine son œuvre, tout proclame sa grandeur souveraine, rédemptrice, sa mission bienfaisante parrai nous. En attendant cette révélation dernière, essayons aujourd'hui de comprendre, mes Frères, comment Jésus est le seul principe du bonheur universel pour les hommes.

En vain, durant les cinq mille ans qui ont précédé sa venue dans le monde, et les deux mille qui l'ont suivie, le temps a fait éclore une multitude de grands hommes de génies divers. Les uns ont brillé par leur intelligence : ils ont fondé des sociétés nouvelles, fait des lois, adouci les mœurs, rappelé aux hommes leur céleste origine, réveillé quelquefois dans leur âme des sentiments dignes de leur divine grandeur. D’autres se sont montrés forts, puissants, dominateurs ; ils ont étendu, les armes à la main, les limites. des empires, courbé la terre sous le poids de la force, : fait couler des flots de sang humain, et effrayé le monde par le sinistre éclat de leur gloire. D’autres, plus pacifiques et plus doux, ont semé des œuvres de bienfaisance autour d’eux, secouru leurs semblables, consolé les cœurs au milieu des misères et des infortunes de la vie, mais nul d’entre eux, nul jamais, n’a pu ramener les hommes au bonheur. Seul Jésus-Christ en qui résident essentiellement la vie et la lumière, ainsi que nous le dit Saint Jean, quand il commence à nous raconter son histoire, seul Jésus a assez de puissance et d'amour pour opérer cette merveille; seul il a pu rendre ses fidèles heureux, en leur communiquant sa lumière et sa vie.

Je ne voudrais pas, mes frères, donner à mes paroles une signification trop mystique, en parlant, par exem-

— 22 me

ple, de cette vie éternelle que Jésus est venu apporter au monde, bien qu'elle soit le plus noble de ses dons ; de cette lumière ineffable qu'il verse dans les âmes saintes, bien que cette lumière éclaire les intérêts matériels tout autant que les abimes de la gloire; non! je sais trop que les hommes, étourdis par les affaires et déçus par les sens ne soupçonnent presque rien au-delà de ce qu’ils voient et de ce qu'ils touchent, et qu'ils demeurent presque toujours insensibies à ce grand monde surnaturel qui nous entopre et nous absorbe ; néanmoins, je voudrais établir aujourd’hui, que Jésus a pu faire et a fait le bonheur sensible et palpable du genre humain, en lui donnant sa vie et sa lumière, seules sources véritables du bonheur.

x XX

Et d’abord la lumière, la lumière de Jésus-Christ.

Dans les temps obscurs où nous vivons, au milieu des orages incessants qui battent le vaisseau de l'Eglise, l'ignorance générale a grandi et la notion des dogmes antiques s’efface de plus en plus. Ainsi, quand nous parlons de la lumière, aussitôt les esprits dépravés annoncent que la religion curétienne n’est propre qu’à l’étouffer ; et quand, au contraire, nous prétendons que la religion chrétienne favorise la lumière, c'est un paradoxe que nous énonçons, à leurs yeux.

Entendôns-nous. — Que voulons-nous dire quand nous parlons de la lumière ? Il y a plusieurs sortes de lumières ; et nous attachons à ce mot plusieurs sens divers selon les occupations qui remplissent notre vie. Autre, en effet, est la lumière pour les philosophes, les politiques, les savants, les sages ; autre est la

porter dons :

âmes 8 Mmanon !

Haires | rien nt, et à ce 18 ab- , que pable nière,

lumière pour l’homme de l’industrie, du commerce, des arts ou des affaires.

Mais les hommes ainsi partagés en intérêts divers s'accordent néanmoins sur un point et reconnaissent tous qu'il est une lumière supérieure, véritable, universelle que nul ne saurait dédaigner sans se dédaigner soi-même : c’est la lumière qui éclaire tous nos grands intérêts communs ; par exemple, l'essence de notre nature humaine, notre origine, nos devoirs, vos destinées, l'âme, son immortalité, la vie présente, la vie future, Dieu enfin, principe de tout bien et de toute félicité. L'on pourrait à la rigueur se passer de toute autre lumière ; mais personne au monde ne saurait se dispenser de rechercher celle-ci, avant d'aborder à ce sombre rivage, avant de descendre dans cet abime effrayant qui s'appelle la mort.

Oh ! cette belle lumière, source et voie du bonheur, c’est Jésus seul qui nous la donne! Avant lui, la raison humaine n’a su faire que des rêves en matière de religion. Quelque développée, brillante, noble, polie qu’elle fût; quelqu’habile, ingénieuse dans les arts, profonde dans les sciences qu’elle se soit montrée, cette pauvre raison humaine a toujours erré dans un labyrinthe infini, dans un cercle fatal d'erreurs et de ténèbres ; elle n’a su dire que des fables absu:ides à l'oreille des hommes.

Aussi, tous les peuples ont été idolâtres, ils ont adoré la matière, l’or et l'argent, la pierre et le -bois, la terre et le soleil ; ils ont fait des dieux à leur guise ; ils ont proclamé maîtres du ciel et de la terre, les idoles de leurs cœurs. Et les sages qui comprenaient parfaitement le ridicule des croyances vulgaires, n’ont jamais

su par quoi les remplacer, ni pu donner au monde la vraie notion de l’âme, la vraie notion de Dieu.

Quand Jésus apparut, ce fut tout autre chose. Il a changé la face de l'univers, Il lui a donné la lumière, Il lui a ouvert les yeux et l’a retiré du fond de l’abîme où son ignorance et son aveuglement le tenaient enseveli. Oui, comme le soleil, Il a réjoui de ses rayons la terre désolée, le monde moral ; Il a dissipé les ténèbres, éclairé les esprits, en leur faisant contempler le magnifique spectacle où se déroulent et se dessinent le plan divin et la destinée de toute la création. A sa voix, la notion du Dieu spirituel, infini, tout-puissant, éternel, créateur, la notion du Dieu véritable se dévoile ; à sa voix, l’homme découvre dans son sein le souffle vivant, immortel, son âme, faite à l’image et à la ressemblance de Dieu.

La vie n’est plus qu’un passage sur la terre, et l’avenir bienheureux et éternel s'offre à combler tous nos vœux : le monde n’est plus un Dieu, mais l’œuvre de Dieu, le produit de sa puissance ; la morale douteuse, incertaine, chancelante, indécise, défigurée jusqu’à Lui, devient ferme, belle, brillante d’une majesté pure, capable de retirer les hommes du mal, de les ramener au bien et de les confirmer dans le devoir.

Et toutes ces vérités sublimes, désormais éclatantes à la voix de Jésus, Jésus se plait à les répandre autour de lui ; il les communique aux pauvres d’abord, aux petits et aux humbles, aux grands ensuite, au peupie tout entier.

Tous sont invités à marcher dans cette belle lumière ; tous sont conviés à venir s'asseoir au grand festin de la lumière de Jésus : Ad cœnam lucis !

PA), Pro

Et tous viennent s'asseoir à ce festin de la lumière de Jésus.

Il fonde sur la terre une magnifique institution, l'Eglise, sur des bases universelles, afin d’embrasser toutes les races de l'humanité ; Il établit dans le sein de cette Eglise un corps de pasteurs, de prêtres, de docteurs, avec mission, avec ordre d’aller enseigner à toutes les nations, à haute voix, en criant jusque sur les toits, la divine doctrine ; et tous les confins du monde, et toutes les générations successives ont entendu et entendront le son de leur voix ; et tous les siècles ont vu et veirsont la chaire vivante, inébranlable, impérissable d’où va couler sur le monde le langage divin, le rayonnement de la belle lumière de Jésus.

Désormais, l’œuvre éclatante de Jésus est consommée ; la lumière rayonne, en vérité tout autour de nous, partout, et si les philosophes, même les plus illustres, n’ont su que bégayer les mystères religieux, aujourd'hui les plus obscurs, les plus ignorants d’entre les chrétiens, comme les plus petits d’entre nos enfants les comprennent pleinement, les disent et les chantent sans mélange d'erreurs et sans hésitation.

Et si vous voulez, d’ailleurs, mes Frères, vous convaincre qu’en Jésus seul réside, avec la force d'agir sur les intelligences, la puissance tutélaire, la puissance conservatrice de la véritable lumière, jetez donc un regard autour de vous et contemplez, non plus la vieille société paienne, mais ces peuples épars sur le globe qui ne sont pas encore absolument, ou pas du tout chrétiens : les sauvages, non loin de vous, errent toujours dans leurs plaines immenses, ignorants, stupides, misérables, idolâtres, adorant la matière et l'animal, le musulman aveuglé, dégradé, courbe toujours sa

tête sous le fer du premier brigand fortuné qui s'offre à lui comme l’envoyé du ciel ; son intelligence assujettie sous un odieux fanatisme se refuse à l'examen d’une croyance quelconque, ferme ses yeux et, fatalement, s'endort.

Et, sans aller si loin, autour de nous, que devient la pure lumière parmi les nations prétendues réformées, parmi nos frères dissidents ?. Ah ! s’il en est quelquesuns dans cette enceinte, je les conjure de croire qu'il est bien loin de ma pensée, de mon intention, de mon cœur, de les blesser en rien ! mais je dois la vérité à mes frères et cette vérité, je leur demande à eux-mêmes de la reconnaître, et en passant de la saluer !

Que devient la véritable lumière parmi nos frères dissidents ? Ils sont chrétiens,sans doute ; ils sont chrétiens, malgré leur égarement, et à ce titre ils conservent de grandes notions de vérité ; mais ces notions ont pâli ; elles ne seront peut-être bientôt plus que des reflets mourants de l’éternelle lumière. L'esprit de Jésus-Christ s’est affaibli dans leur âme, l'éclat de leur belle intelligence chrétienne a baissé, s'est obscurci depuis qu'ils ont détruit chez eux la base de la foi et de l'autorité de l'Eglise. L'instabilité naturelle à l’esprit humain les a fait dévier en mille erreurs contraires ; les systèmes ont pris la place des dogmes, l'opinion a usurpé le trône de la vérité, les sectes sont nées des sectes et tout chancelle dans l'édifice de leurs croyances ; et leur raison désespérant bientôt de la vérité, confond les plus importants mystères de la religion et penche fatalement et de plus en plus à l’indifférence universelle si voisine, hélas ! de l’athéisme, de l’incrédulité. Et rien désormais n'arrête ce travail d'erreurs contradictoires, rien n'arrête ce torrent qui

menace d’emporter jusqu’au dernier lambeau de la vérité : tant il est vrai, Ô mon Seigneur et mon Maitre, qu’en s’éloignant de Vous on court aux abimes.

Mais si, ramenant nos regards sur nous-mêmes, nous nous demandons, ce que devient la pure lumière parmi nous, chrétiens, quand nous nous éloignons de Jésus, — notre regard est attristé par le spectacle que nous offrent nos incrédules qui affectent de mépriser le christianisme. Sans doute, ils gardent encore le vrai dans beaucoup de choses ; ils disent, ils proclament de belles et de nobles idées. Ils sont redevables de ce privilége au christianisme qui a élevé leur raison et qui ne laisse pas de les éclairer encore et de les préserver de certaines erreurs profondes, radicales, incurables, fatales. Mais, convenez-en avec nous, tant qu'ils s’obstinent à fermer les yeux et à se forger euxmêmes leurs croyances, ils disent des choses si étranges, des absurdités si révoltantes, qu'ils prêteraient à rire aux paiens et aux barbares eux-mêmes. Et que disentils ? Qu'il n’y a point de Dieu ! Raïisonnables en cela comme ces fous qui prétendent que cet immense univers est un effet sans cause ; que ce Dieu, s’il existe, n’a point de providence ! qu’il est semblable, sans doute, à quelque vieux maître imbécile ou négligent ; que l’âme humaine s’évanouit à la mort comme une ombre légère, comme un vain songe ; que la morale et la justice ne sont que des conventions futiles.

Voilà ce qu'ils disent et tant d’autres choses ; voilà

Jes insanités qui découlent de leurs principes ; voilà

l’abîime obscur où vont se perdre nos incrédules, qui s’obstinent à fermer les yeux à la lumière évangélique de Jésus-Christ.

Nous, mes Frères, reconnaissons que Jésus, seule

SET re er D RE SE re

Page 1