Station poétique à l'abbaye de HauteCombe
Issu d'une famille honnèle de la vallée de l'Isère *, Jean-Pierre Vcyrat sentit dès l'enfance se manifester en lui ce génie véhément et inquiet , ces sombres préoccu-
* De Grésy-sur-lscrc.
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partons, source de sa gloire et de ses infortunes : déjà alors son imagination fiévreuse devançait la réalité ; son esprit ardent semblait se complaire à la prescience des luttes que lui préparait l'avenir ; il se faisait l'homme du malheur; et, à un âge où tout s'épanouit, où tout sourit, il s'habituait à ne voir dans l'humanité qu'un amer sarcasme , et dans la nature entière qu'un vaste sujet de déploralions.
Cependant les immenses rêves où il aimait à se plonger ne le détournaient point des études graves ; sa vocation d'écrivain s'était révélée ; il comprit qu'un travail sérieux , un travail opiniâtre, devait achever le développement des belles facultés de son intelligence. Nous nous souvenons de l'avoir vu, pauvre écolier, passant de froides nuits à méditer sur les chefs-d'œuvre de la littérature moderne ; nous savons avec quelle persistance il essayait d'approfondir la splendide énigme du style, et s'efforçait d'élever sa phrase jusqu'à la sphère encore mystérieuse de ses pensées.
Il sortait de l'adolescence quand une révolution politique éclata en France , et fit craindre que l'Europe n'allât se dissoudre. Au trop-plein de ce cœur gonflé il fallait une issue ; à la sauvage énergie de cette àme il fallait un aliment. La présence du mal physique et du mal moral dans le monde, ce grand problème dont la solution a occupé les philosophes pendant trente siècles , la prétendue possibilité d'organiser une société meilleure que celle où nous vivons aujourd'hui , en y rétablissant l'égalité primitive des conditions , avaient vivement frappé l'esprit du jeune disciple. Jean-Pierre Veyrat appartenait