LEÇON VIII
Toi qui disais hier dans ton rêve sublime :
J'étendrai ma puissance au-dessus de l'abîme J'établirai mon trône aux portes du matin ; Je m'assoirai plus haut que la nue et l'étoile , Au front de l'avenir j'arracherai son voile , Et ma main réglera le pas lourd du destin ;
Enfant de l'aquilon qui parlais aux tempêtes, Et qui disais hier au glaive des conquêtes :
Va boire et t'enivrer au flanc des nations ; Et qui disais à Dieu : Je prendrai ton tonnerre, Je poserai mes pieds aux cimes de la terre Et mon bras au-dessus des constellations ;
Où donc es-tu passé , fils aîné de la gloire? Qui t'a précipité de ton char de victoire? Comment es-tu tombé du ciel , ô Lucifer , Toi devant qui marchaient la mort et l'épouvante, Qui portais le frisson dans toute chair vivante , Et qui faisais trembler du ciel jusqu'à l'enfer?
De quel désert son pied a-t-il battu la poudre , Que fait-il? qui l'a vu passer avec sa foudre? Où donc est la comète à l'horizon sanglant?
Cherchez! est-il assis aux portes de l'aurore? Regardez! n'est-il point, comme il disait encore, Monté vers le soleil sur un essieu brûlant?
LE CHANT DE LA CAVERNE
L'empire de la mort qu'ont peuplé tes batailles S'est ému tout à coup dans ses vastes entrailles; Et les grands de la terre et les chefs des cités , Les rois des nations, de leurs trônes funèbres, Pour accueillir ton ombre au palais des ténèbres , Éveillés en sursaut se sont précipités.
Est-ce toi, dirent-ils, qui prenais nos couronnes, Comme un arbre chargé , qui secouais les trônes Pour en faire tomber les fruits mûrs et les verts? Enfin te voilà donc frappé dans ta puissance! Dans tes palais de marbre habite le silence , Et ta serre brisée a lâché l'univers.
Celui qui te regarde a peine à te connaître,
Il vient voir de plus près : quoi! c'est donc là le maître
De tant de nations, de cités et de rois ,
Qui laissait le désert et la mort sur ses traces,
Qui dans sa main de fer mêlait toutes les races
Et courbait tous les fronts sous le joug de ses lois?
Les princes des cités reposent solitaires
Dans le marbre ou l'airain , aux tombeaux de leurs pères ;
Leurs fils , aux jours de deuil , y portent leurs douleurs ,
Leurs veuves vont pleurer au pied du mausolée;
Mais toi, ta pâle veuve est déjà consolée
Et ton fils ne sait pas où répandre ses pleurs !
L'HYMNE DES AÏEUX