‹ Station poétique à l'abbaye de HauteCombeChapitre 34 sur 43 · CHOEUR DE VIERGES · texte numérisé non relu

CHOEUR DE VIERGES

Comment as-tu quitté tes fleurs et tes compagues? Ah! le monde et ses fleurs étaient trop vils pour toi!

* Plusieurs tombeaux d'enfants et de jeunes filles se voient dans l'église de Hautecombc. Cette circonstance a inspiré la pièce qu'on va lire.

Cueillez la rose blanche au penchant des montagnes Et le lis virginal dans les jardins du roi.

UN VIEILLARD

Je passais un matin vers le puits du vieux saule , Et je la rencontrai son urne sur l'épaule , Semblable à Rebecca , — mais comme Eliëzer Je n'avais avec moi ni bagues , ni parure , Ni boucles, ni joyaux cachés dans ma ceinture; Voyageur altéré je venais du désert.

LE CHOEUR

Ne vide pas ton urne , ô ma jeune compagne, Le jour sera brûlant, garde un peu d'eau pour toi. Cueillez la rose blanche au flanc de la montagne Et le lis virginal dans les jardins du roi.

LE VIEILLARD

Et je lui dis : — heureux le sein qui t'a nourrie,

l'hymne des aïeux.

Fleur d'Israël! J'ai soif, ma gourde s'est tarie, Et le puits est profond et loin est le ruisseau. — Elle pencha son urne et je bus. — Dieu t'accorde , Lui dis-je, autant de jours dans sa miséricorde Que ton urne contient de pures gouttes d'eau.

le choeur.

Ton urne s'est vidée, ô ma jeune compagne, Le puits noir de la vie était amer pour toi.

Cueillez la rose blanche aux flancs de la montagne, Et le lis virginal dans les jardins du roi.

LE VIEILLARD

Je la vis un matin errant avec l'abeille

Dans les prés, et glanant des fleurs dans sa corbeille.

Ma fille allait nommer son époux devant Dieu;

J'étais venu chercher au sein de la prairie ,

Sa couronne de fleurs à ma vierge chérie ;

Mais j'arrivai trop tard après elle en ce lieu.

STATION POÉTIQUK.

LE CHOEUR

Oh! ferme ta corbeille , 6 ma jeune compagne! L'aquilon va souffler, garde une fleur pour toi. Cueillez la rose blanche aux flancs de la montagne Et le lis virginal dans les jardins du roi.

LE VIEILLARD

Et je m'approchai d'elle et je lui dis ma peine ,

Et sa main me puisa dans sa corbeille pleine

Les fleurs sans tache où l'aube avait versé ses pleurs;

— Que Dieu, lui dis-je ému, dans ton jour et ta veille

Répande autant d'amour que ta blanche corbeille

Exhale de parfums , jeune reine des fleurs !

LE CHOEUR

Et ta corbeille est vide, 6 ma jeune compagne, Nos fleurs et nos amours étaient trop vils pour toi.

i'iiymne des aïeux.

Cueillez la rose blanche au flanc de la montagne Et le lis virginal dans les jardins du roi.

LE VIEILLARD

Je la revis un jour cueillant l'olive mûre.

Mon fils aîné souffrait d'une ardente blessure, Une flèche avait bu dans le flanc du guerrier; Pour en exprimer l'huile à sa blessure vive , J'allai , les yeux en pleurs, chercher la blonde olive; Mais j'arrivai trop tard au mont de l'olivier.

LE CHOEUR

La veille sera longue , ô ma jeune compagne , Ta lampe meurt, oh! garde un peu d'huile pour toi ! Cueillez la rose blanche au flanc de la montagne, Et le lis virginal dans les jardins du roi.

l'hymnode.

Mon fils souffre , lui dis-je , et sa plaie enflammée

Attend l'huile et la paix de ta main bien-aimée. — Prends, puise à pleines mains, me dit l'ange du ciel; A quoi sert le flambeau quand la nuit est passée? Prends, mon père! les fleurs sont à la fiancée, L'olive est au guerrier blessé pour Israël!

LE CHOEUR

Ta lampe s'est éteinte, 6 ma jeune compagne; Mais un flambeau plus pur brille aujourd'hui pour toi. Cueillez la rose blanche aux flancs de la montagne, Et le lis virginal dans les jardins du roi.

L'HYMNE DES AÏEUX

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