AGROUPEMENT DE LA POPULATION
Le degré de civilisation d'un pays peut être mesuré en quelque sorte par le nombre de ses villes et leur population. Dans une société nouvelle, ou encore plongée dans la barbarie, les hommes sont épars sur de vastes surfaces; dans une société perfectionnée ils sont, au contraire , agroupés dans de grandes capitales et dans des villes populeuses. Il on était ainsi dès la plus
POPULikTlON. 83
haute antiquité. En consultant les historiens, on trouve que , depuis 4o siècles , partout où la civihsation a brillé, d^immenses métropoles ont rassemblé un nombre d*habitants considérable.
Ninive et Babylone avaient une pop. de 700,000 pers.
Alexandrie, sous les Lagides 700,000
Séleucie, sous ' les Séleucides. 600,000
Antiocbe, sous les Romains. 700,000
Carthage 700,000
Syracuse, sous Deayi 800^000
Athènes i5o,ooo
Thèbes , en Béotie 80,000
Sparte, avec ses cinq bourgs. ...... 97,000
Rome , sous les empereurs 1,300,000
Le nombre des villes de chaque pays, parvenu à sa plus haute civilisation , était déjà fort grand dans l'antiquité. Il y en avait:
En Egypte» x8oo, tant villes que villages, di Fca en croit Diodore(aJ.
Dans la république de Carthage , 3oo villes > en Afrique (b\
Dans TAsic proprement dite, sous les Césars 5oo Ce).
Dans la Péninsule espagnole. , 364 («&)•
Dans la Gaule, 64 sous Tibère ; au v* siècle- .... 1 1 5 (e).
En Italie, sous Alexandre Sévère > * ^97 C ^ ^*
En Angleterre , sous la domination romaine aS
(a) Diod.. lib. lySecUSl. (b) Strab.lib. 17. (c) Josèpbe , lib. II, c 16. (d) Pline, Ub. I II, c. 3 et 4, lib. I V, c. S». (e) Tacit. Aon. lib. III , s. 21. Josèpbe, lib. II. c. 16. (f) Ëlien, lib. IX, c. 16.
84 POPULATÎOlf.
En Anglelerrc soas Uonorios , qaand ce pajt fat séparé de
l'empire 9a Cg}<
Safoir : 9 coloaies , 2 ailles mnnicip. 10 TÎlles latines, etc.
L'ancienne Italie a? ait une ville par 13 lieues carr. de son terrtt.
L*Espagne a?ec le Portagal, ane par 59 lienes.
L'Angleterre , une par 67.
La Gaule , qui a?ait alors une étendue de 3o,5oo lieues carrées, possédait une cité seulement par *^6i lieues ; mais , en comptant toutes ses autres filles, aunombrc de la.ooo, elle en avait, selon Josèphe , une par 35 lieues carrées.
Ces termes numériques nous enseignent que l'Italie, alors maîtresse du monde, tenait le premier rang; la Gaule avait obtenu le second. L'Espagne, si favorisée par son climat, et qui était la première conquête des Romains, n'avait que quelques villes de plus que l'Angleterre , proportionnellement à son territoire.
Lors de la conquête par les Normands, en l'an 1066, la division de l'Angleterre, établie par les rois saxons , existait encore en partie ; on en a conservé les détails, qui font connaître le nombre de villes et de paroisses existant, il y a huit cents' ans y dans ce pays.
Heptarchie Saxonne.
i* Royaume de Kent, fondé en 47tt détr. en 895. 30 vilies 8 8 par.
S* —des Sax. du Sud en »7ts en 795. 39 4tt3
3« — desAngl.de TE. en 57s en 795. 164 1,519
4* — desSax. del'O. en ttis en 1066. 90 l,4S0
(a) Bich. de GireDcest(*r» p. 56.
popuLATioir. 85
B* Boy. du Northumb. fondé en 874 détr.en 799. lltt villes l,SOSpar. 6* — des Saz. de TEst. en »27 en 746. 26 6si5
7* ^deilercie. ... en 882 en 874. 264 S,494
Totaux des TiUes et paroisses d'Anglet. • 7lb 9,468
'Pays de Galles. . . en 870 . . en 1285. 88 781
Total général. ... 776 ftO,ai9
L'Irlande , lors de sa conquête par Cromwell , avait le nombre de villes, de châteaux et de paroisses ci-après :
UltODie. . . 34 villes 3o châteaux 24o paroisses.
Coooaught.. 33 24 366
Munster. . . 38 70 80
Leiostec. . « 100 102 926
Totaux. . 2o5 226 1,612
Il y avait :
En Angleterre, une ville par 9 lieues carr. a parois, par 5 liones. Dans le Pays de Galles. ... 18 1 par lieue.
En Irlande 18 i par s 1/9
Sans aucun doute ^ la plupart de ces villes n'étaient que des bourgs; mais c'étaient des lieux de ralliement , de foires , de marchés , d'assemblées municipales , de congrégations religieuses; et, sous tous ces rapports, la rauhipUcité des villes a servi utilement, en Angleterre, les intérêts
du pays.
On va voir quels changements ont été produits, dans les Iles Britanniques, par leur prospérité industrielle et commerciale.
86 POPDLATIOir.
Le recensement de 1821 indique, ainsi qu'il suit, la répartition de la population dans les villes.
1 " Angleterre et Galles.
4 villes au-dessus de loo^ooo habitants i,585,i'76b,
2 — de plus de 80,000 i-jijS-jS
I — de 60,000 61,212
I — de 5o,ooo 50,288
4 — de 4o,ooo 168,794
4 — de 3oy0oo. 133,542
6 — de 20,000 135,694
II — de i5,ooo ïQ^î^?
33 villes au-dessus de i5,ooo hab., cent. 2,499^376 670 autres au-<]essus de 5oo. 10,693 paroisses.
2" Ecosse.
2 villes au-dessus de 100,000 habi tau Ct 383,278 b. I — au- dessus de 3o,ooo 30,57$
3 — au-dessus de 20,000 76,673
I — de 19,000 19,068
7 villes au-dessus de t5,ooo âmes, cent. 4' ^494
8 — de plus de 10,000,
10 — de 5 à 10,000. 910 paroisses.
3* Irlande.
I ville de 228,000 b,
I — de 100,000
1 — de .... 60,000
k au-dessus de 20,000 117,660
2 au-dessus de i5,ooo . . . . . , . 61,820
poPULATiorr. 87
g villes au-dessus de i5,ooo hab.,conteu. 667,000 h. 27 — au-dessus de 5,ooo. 65 — au-dessus de 2,000.
84 — de 1,000 2,00.
176 villes au-dessus de 1,000 âmes
Sur les 49 villes des Trois-Royaumes, qui ont plus de 1 5,000 habitants:
Les 33 d'AjigleCeiTe coutiennent le 5« de la pop. du pays. Les 7 d'Ecosse , également le 5*.
Les 9 d'Irlande , le i3« seulement.
Toutes ensemble , du 5« au 6^.
En 1812, Coquhoun comptait 989 villes, ayant au moins 5oo habitants, habitées par 49365,ooo personnes , ou du 4 au 5* de la population totale. L'augmentation, qui a eu lieu, depuis ce temps, porte la proportion des villes au quart; ce qui excède le terme qu'offrent tous les autres grands Etats de l'Europe.
Ces 939 villes, comparées au territoire, en font une par 16 lieues carrées, presque comme en Italie, lors de la civilisation romaine.
L'accroissement de la population des villes manufacturières est prodigieux et sans exemple dans les annales de l'Europe. Nous en donnerons les chiffres dans quelques cas seulement.
Manchester. Liverpooi. Leeds.
i8ai 1 33,000 182 1 83,ooo
Birmingham. Glascoxw Dublin.
1781 5o,ooQ 1708 11,948 1798 182,370 .
*79' 73,000 1755 23,536 i83i 2o4,i55 1821 i3o,ooo 1785 45,889
Nous réunirons dans le tableau suivant les résultats du dernier recensement exécuté en i83i9 qui fait connaître la population des principales villes des Trois*Rôyaumes.
i" Angleterre.
Loudres 1,474,069 *»^'*
Manchester 182,812
Liverpool 165,175
Birmingham 146,986
lieeds ïa3,393
.. ShefBeld 91,69a
Plymouth 75,534
Norwich 61,116
Bristol 59,074
Paisley 57,466
Nottingham 5o,68o
POPULATIOiX. 89
Portsmouth 60,309^^''
Newcastle sur Tyoe. 4^,760
Brighthelmstone 4o,634
Leicester 38,904
Bath 38,o63
Hull 36,292
Exeter ^7»93i
Coventry ^7,070
York 26,454
Derby 23,627
Macclefield ^^9199
Shrewbury ^3,492
Chester 21, 363
Oxford 21,986
Tarmouth 21,1 15
Cambridge ^0,917
Carliste 20,009
Vigan ao,774
a' Ecosse.
Glascow 202,426
Edimbourg 162,166
Aberdeen. . 32,784
Greeaoch ^Jj^?' •
Dundee 24,545
Perth 20,016
3* Irlande,
Dublin 2o4,iô5
Cork 107,016
Limerick 66,554
Galway 33, 120
Waterford 28,821
Kilkenoy : . . 23^155
En comparant ces villes à celles de la France, on est conduit aux résultats suivants :
IIm Britaooique»» Fraoct.
Villes de 20,000 à 3o,ooo habit . . . 17 . . ao
— de 3o,ooo k 4o,ooo 5 . . 6
— de 40,000 à 5o,ooo a . . 5
— de 5o,ooo à 100,000 8 . . 4
— de 100,000 k i5o,ooo. 3 . . 2
— de i5o,ooo à aoo,ooo 3 . . i
— de 200,000 à un million a . . i
— de plus d'un million i . . »
Totaux. . 41 . • 39
Les 4i villes des Iles Britanniques qui ont plus de 20,000 habitants chacune, en ont ensemble 3,9^6,000.
En 1 80 1 , TAngleterre, jointe au Pays (le Galles, avait 1,870,000 maisons et édifices de toutes sortes , répartis ainsi qu'il suit .
100,000 maisons à Londres 10 loc. pourchac.
670,000 — dans les autres vi 11.) . , i,aoo,ooo — dans les campag. .;
En 1 83 1, les maisons de toutes sortes des Trois- Royaumes étaient comme il suit :
Angleterre et Galles. . . 2,625,718 . . 5 locat.
Ecosse : 384,680 . . 6
Irlande 1,178,202 ..61/2
ToUl. . 4,188,600 . . 6
Il &ut dire que , sur les i ,aoo,ooo maisons de
POPULATION. gi
rirlande, plus d'un tiers et presque la moitié sont des chaumières. L'Angleterre offrait, en 1781, la même proportion/On y comptait alors:
721,351 maisons imposées } 28494^9 — Doa imposa;
Total. . i,oo5,8io maisons , pour 7,963,000 hab.
C'était alors huit locataires pour chacune* Ce nombre a diminué du tiers à la moitié, et celui des maisons s'est augmenté , en un demi-siècle , de deux millions et demi ou trois cinquièmes.
En remontant plus haut dans l'histoire du pays, on est encore plus frappé des étonnants progrès qu'il a faits.
Un document, publié par la Société archéologique de Londres, montre qu'en 1377, sous Edouard III , il y avait i
a3,3i4 maisons à Londi-es. i3 villes en avai^t a à 5,oo^ 7,a48 — à York. 18 — de 1,000 à a, 000 6,345 — à Bristol. 4a descendaient jusqu'à So.
On ne comptait que 76 villes en Angleterre ; la comtés n'en avaient aucune digne de remarque; et il n'en restait, dès le VII* siècle, que 128 de toutes celles construites en si grand nom* bre par les Romains.
Sous Edouard III 9 il y avait pourtant 8,700 paroisses. On croit qu'alors Londres, sans ses foubourgs, contenait 35,ooo habitants. Excepté
g'-i POPULATION.
Winchelsea, aucune autre ville n'avait io,oôo habitants , et le plus grand nombre n'en avait que quelques centaines»
Sous le règne d'Élisabetb, d'après Harrisson et Joseph Hollande y il n'y avait pas plus de 10,000 villes et villages. C'était pourtant déjà une grande amélioration de l'état social qui, au temps de la conquête par les Normands, était encore bien moins favorable. On voit, par le Domesday- Book, que vers l'an 1100, lorsque toutes les villes et boiirgs appartenaient au roi , aux lords, aux évéques ou aux abbés, le nombre des maisons était ainsi qu'il suit, dans les cités les plus considérables :
En fSSl.
York. i,4i8 maisons iS.siy""- ^•^
Ghestcr. 487 dont 56 inhabitées. 5,86 1
Oxford. 79 1 dont 478 n'étaient point taxées. 3,4^^ Warwick . àa6 dont 1 13 an roi et 1 1 9 aox barons 1 .SaS
Exeter 3i5 3,956
Shaftbnrj 957 dont io4 au roi , i53 i i*abbé. . 583
Dorchcster 179 399
L'agglomération des hommes dans des villes nombreuses et bien peuplées est, comme on vient de le voir , un signe manifeste de la civilisation avancée d'un pays. S'il est un autre ca^ ractère qui puisse également l'indiquer, c'est le petit nombre de personnes habitant la même demeure. L'Angleterre a devancé à cet égard les
poPDLATiorr. 93
autres peuples de TEurope , et elle offre à notre imitation cet exemple utile.
Elle avait :
5so,ooo maisons, en iSay, sons Henri VEU, rPap, Sîm^Fish.
i,5i9,ai5 en 1690, sons Guillaume, d'aprèsGr. King.
1,870,000 en 1801, sous Georges III, d'ap. Fr. Eden.
1,7419219 eu 1811. recensement officiel.
9«o36,5i7 en i8ai. id.
s«463,8ao en i85i, îd.
Les maisons habitées sont énumérées ainsi qu'il suit, pour l'Angleterre seulement:
Ifaifon».
Famillf*.
Tlabiiani».
i8ai 1,951,973 2,346,717 11,261,437 i83i 2,326,022 2,745,336 13,091,006
On voit qu'à aucune époque il n'y a eu six habitants par maison; proportion qu'on ne retrouve dans nul autre pays de l'Europe.
SECTION VL
DIVISION DE LA. POPULATION
d'après la diversité des rages.
lues Iles Britanniques ont été peuplées successivement ou simultanément par les races d'hommes que nous allons énumérer.
r Les Gaulois, Galls, Gaëls, Galics ou Celtes , paraissaient être venus, en Europe , des régions occidentales de TAsie. Ils passèrent des Gaules dans la Grande-Bretagne avant les temps historiques. Au VU* siècle, ils habitaient encore toutes les côtes occidentales de cette grande île , depuis la Clyde, en Ecosse, jusqu'au cap Land's End, à Textrémité du Cornouaille; mais ils furent refoulés par de nouvelles immigrations dans l'intérieur et vers le littoral oriental. Leur langue s'est conservée dans la Haute-Ecosse, dans File de Man, aux Hébrides et en Irlande. Leur nom de Gaêls signifie , en langue Erse, étrangers; et celui de Celtes ou Caoilticbs, habitants des bois. Les appellations de Galls, Welsbs^ Wac^s , sont des dérivés et des corruptions du nom Gaëls. Cette race, qui a toujours été remarquable par son attachement à ses coutumes, et par sou antipathie pour tout ce qui est étranger, garde encore, après tant de siècles et de révolutions, ses caractères physiologiques : un visage arrondi, le nez légèrement déprimé à sa jonction avec le front , la peau d'un blanc terne, les joues sans incarnat, les yeux bruns et noirs^ la barbe et les cheveux rudes et épais , le corps singulièrement velu et les membres robustes.
2"* Les Kymris ou Cimbres, qui vinrent des bords de l*£lbe et du Jutland , sous les noms de
lûtes, Angles ei Saxons, occupèrent les côtes orientales et méridionales de la Grande-Bretagne. Les transmigrations Saxonnes , qui suivirent les leurs, les obligèrent à se retirer dans lesmonta* gnes duPays de Galles , où leur langue est encore parlée aujourd'hui comme dans la Basse-Bretagne, où ils s'étaient également établis. Il est vraisemblable qu'ils, prirent, avec le territoire, les femmes de race celtique qui l'habitaient, car les caractères de leur origine germanique s'effacèrent en grande partie ; ils en conservèrent cependant la couleur des yeux, qui demeura bleue, quoique la plupart eussent la chevelure noire ou brune des peuples galliques.
3^ Les Phéniciens , peuple navigateur descendant des Grecs, eurent, dit-oriy de fréquentes communications avec l'Angleterre, dont ils exportaient les métaux, et surtout avec l'Irlande, où ils formèrent des établissements. On attribue au mélange de cette race méridionale avec celle des Celtes irlandais, les différences frappantes qui existent entre les habitants de la Grande-- Bretagne et ceux d'une île si voisine. Il est du moins certain que la vivacité, l'esprit naturel et les passions violentes de la population de Vit* lande semblent porter témoignage qu'elle descend bien plutôt d'un peuple du Midi que d'une race du Mord.
r/f POPCLATIOS.
î* Les BomainsoooqiiimitrADgletprTeel partie fie IXcosse ver% i'an 55 avant notre ils abandonnèrent ce pars en 4-f^« spm domination de cinq siècles « qm dut mêler intimement la race Italique à celle des ind^enes. Iféanmoins on ne reconnaît point d^efiets de ce mélange , tels qa*on est tenté de les supposer.
5* Les Pietés et les Scots sont des tribus Germaniques qui s'établirent . les premiers le long des côtes de la Caiédonie ou Ecosse, depuis le golfe de Forth jusqu'à Caithness , et les seconds sur les côtes septentrionales et occidentales dn pays jusqu*â lemboucfaure de la Clyde. Leurs traits physiogDomoniques sont encore ceux de la majeure partie des Ecossais. Cest le type des Germains.
6* Les Danois sortirent en 1017 des iles de la Baltique et de la péninsule Scandinave. Leur domination 6nit en 1 066.
7* Enfin les Mormands, qui à cette époque conquirent l'Angleterre; ils étaient alors établis depuis long- temps dans les provinces de la France formant le littoral de la Manche. Ils se fixèrent principalement sur les côtes de leur nouvelle patrie les plus voisines de celles qu'habitait leur race ; et on retrouve presque exclusivement leur descendance et leurs traits dans la population du Dorset , du Hampshire, du Devon
et du Sorornerset. I^ grande masse de ia populatiou de ces comtés ne diffère ni dans son aspect, ni dans ses habitudes, ni même dans son caractère, de celle des départements de l'ancienne Normandie, dont elle tire son origine, et dont elle n'est séparée que par un bras de mer.
On peut dire en général que, dans les Iles Britanniques , les hautes classes proviennent de la race normande, et le peuple de la race celtique plus ou moins mélangée. Les différences sont les mêmes que dans le nord de la France; mais Tirlande forme une exception : ses habitants, autres toutefois que les Anglais qui y sont établis, n'ont aucune ressemblance avec ceux de la Grande- Bretagne. C'est évidemment une race à part.
Les invasions des peuples du Nord, au moyen àge^ ont laissé des traces locales qu'il peut être intéressant de reconnaître dans le type physiologique des habitants des provinces. C'est pour éclaircir ce sujet que nous indiquerons quels furent les comtés soumis à la domination de chacune des monarchies Saxonnes connues sous la dénomination d'Heptarchie.
On s'accorde assez généralement à attribuer Torigine suivante aux peuples qui, du v* au VIII* siècle, envahirent l'Angleterre.
1* Les Saxons provenaient primitivement du Uolstein actuel.
tjS POPULATION.
a"* Les lûtes étaient une tribu de Gètes qui occupaient le Jutland, et lui donnèrent le nom qu'il porte encore.
3** Les Angles y à qui l'Angleterre doit le sien , étaient une tribu de Suèves, peuple de race teutonne ou germanique. Ils habitaient le SIes-* wick, entre la Baltique et la mer du Nord, à l'entrée de la Chersonèse cimbrique.
Ces peuples, devenus maîtres de l'Angleterre par la retraite des Romains, la divisèrent en sept royaumes , savoir :
1® Le royaume de Wessex ou des Saxons de l'Est ; il comprenait les comtés de Berks, Wilts, Sommerset, Dorset, Devon, et partie du Cornouaille.
a"" Le royaume de Sussex ou les Saxons du Sud; il comprenait le Surrey et le Sussex ;
3* Le royaume de Kent^ qui était le plus an* cien état saxon ; il ne renfermait que le comté de Kent ;
4'' Le royaume d'Essex ou des Saxons de l'Est et du milieu; il comprenait l'Essex, le Middlesex et une partie de l'Hertfordshire.
5" I-ie royaume des Est- Angles; il était formé des comtés de Cambridge, Suffolk, Norfolk et de l'île d'Ély.
6^ Le royaume de Mercie . fondé également par les Angles; il contenait i6 comtés : Hutiog^-
ton^ Kutland , Lincoln , Northampton, Leicester, Derby, Nottingham, Oxford, Chester, Salop, Glocester , Worcester , Stafford , Warvick , Buckingham et Bedford.
7* Et enfin le royaume de Northumberland^ habité par les Angles^ il comprenait toute la partie de l'Angleterre au nord de THumber et celle deFEcosse^ au sud duForth.
En outre , les États bretons embrassaient tout le Pays de Galles; ils formaient trois princi-pautés.
L'Ecosse était habitée, au Ve siècle, par les Angles^ les Bretons , les Scots et les PictQs.
Quoiqu'on puisse distinguer encore facilement, dans les Iles Britanniques, les caractères de chacune des races d'où descendent les familles , on ne peut, attendu leur promiscuité dans les mêmes lieux, assigner le nombre précis d'individus appartenant à chaque origine, et le tableau suivant ne peut offrir que des approximations.
6alie8 ou Hîglanden 4oo,ooo i sur S7
Kymris ou Gallois 800,000 1 38
Pietés , Scots ou ËcoMais iSo^oog 1 i3
Phéniciens ou Irlandais 7,000,000 1 5
Saxons,Angles, Norm. ou Anglais. i3,ooo«ooo pins de moitié.
25,000,000 d'habitants
SECTION VIL
DIVISION DE LA POPULATION
d'après la différence des cultes.
De longues guerres civiles , dont la religion était la cause ou le prétexte ^ ont laissé la population des Iles Britanniques divisées en plusieurs cultes hostiles ou ennemis. En 1821 , on énuraérait ainsi qu'il suit les sectaires de chacune des croyances religieuses les plus puissantes :
Angleterre. Ecosse. Irlande. Tolaax.
Anglicans. . . 6,000,000 62,000
Catholiques. . 5oo,ooo 40yOoo
Dissidents. . . 5.46S,ooo a, 000^000
Joifs 12 ,000 »
Totaux. . 11,970,000 2^092,000 6,846.000 2u, 908, 000
Les Anglicans sont ceux qui suivent les rites de l'Eglise épiscopale d'Angleterre établie par Henri VIU, lorsqu'il se sépara de l'église romaine. C'est le culte dominant, la religion de l'Etat y celle qui possède l'autorité et la richesse. Elle est censée régir les deux tiers de la population d'Angleterre et plus d'un tiers du nombre total des habitants des Iles Britanniques.
I/es catholiques , qui constituent le culte primordial et celui de la plus grande partie de la
POPULATION. lOl
population dlrlande^ composent les cinq septièmes au moins des habitants de cette ile, et plus d'un quart de ceux des Iles Britanniques; mais ce sont les Anglicans qui possèdent le pouvoir et les biens territoriaux enlevés à l'ancienne église catholique dlrlande.
Les dissidents sont principalement :
1** l-»es Méthodistes, sorte de réformés anglicans qui se sont prodigieusement multipliés en Angleterre depuis un demi-siècle, et qui chaque jour accroissent leur secte aux dépens de Féglise établie.
Q^ Les Puritains qui, plus ou moins modifiée, forment la population de l'Ecosse; ce sont eux qui établirent la république d'Angleterre.
3* Les Anabaptistes ou quakers, qui sont répandus dans toutes les Iles Britanniques^ et qui ont contribué à établir les colonies anglaises d'Amérique, devenues les Etats-Unis.
4'' Enfin les Juifs, qui habitent principalement TAngleterre , et qui y sont encore aujourd'hui privés, comme au moyen âge, des droits de citoyen :
Au total
on compte
a anglicans sur I catholique I dissident I juif
personnes.
Mais, il y a des provinces où les dissidents sont
extrêmement nombreux et de croyances très va-* riées. Ainsi, dans le Yorkshirei un rapport récemment publié fait connaître qu'il y avait:
809 congrégatioDS anglicanes.
46 — catholiques romaines.
i3 — presbytériennes.
64 — de quakers,
ôi — d'anabaptistes particuliers.
9 — — généraux,
1 — de méthodistes calvinistes.
147 — d'autres méthodistes.
i54 — d*indépendants.
2 — de missionnaires ; etc,
1296 congrégations commerciales.
L'Eglise anglicane possède :
£n Angleterre 9>86o paroisses.
— Galles 833
— Ilcosse 948
— Irlande. 2,-i46
Totaux. . . . 13,887
Dans ces dernières années elle a reçu, au moyen des fonds votés par le Parlement ^ et d'après le 9* rapport des commissaires choisis à cet effet , une augmentation de 12 1 4 églises , savoir :
109 achevées.
U7 bâties complètement.
35 projetées ou commencées.
33 projetées seulement.
POPIILA^TIOW. 103
73^140 personnes pourront y )sissister au service religieux , dans les bancs y et 91,391 personnes assises au trament.
164, 536 assistants en plus que précédemment.
Au total, de 1818 à j836, ou a bâti ou réparé i,a6o églises ou chapelles, qui peuventcontenir 3 18,000 assistants.
Néanmoins , le déclin de FEglise anglicane et les progrès des dissidents sont clairement exprimés par les chiffres ci-après , qui indiquent le nombre comparatif des lieux consacrés au culte dans six comtés du Nord, en distinguant ceux de TÉglise dominante et ceux des autres croyances religieuses.
BfliMi aiglM. ProicH. ei m^th. CaiM. rom. To'aui.
HiorthomberUnd. . ^ 117 19 233
Dorham 91 i63 i4 968
Gumberland. . . ^. . 139 101 4 ^44
Weslmorelaod . . . . 68 39 a 109
Yorkshire 809 973 48 1*789
Lancashire 287 4^3 81 791
Totaux... 1,491 1,816 166 5,473
Ainsi, dans ces provinces populeuse?^ le culte dominant ne possède pas à beaucoup près la moitié des églises ^ mais, dans d'autres parties de l'Angleterre et du Pays de Galles , il recouvre ses avantages ; et le Black -Book énumérait de la ma« nière suivante , en » 833, les églises d'Angleterre et la quantité de sectaires qui les fréquentent :
t o4 POPULATION.
Eglise anglicane 11,600 églises. 3,4^fOoo tecUiref.
— romaioe 388 116,400
Dissiclents protestants. . . 7,634 3,290,^00
Les églises servent seulement à la moitié du nombre total des sectaires , savoir : à 17 angli* cans sur 3o, à un ô* des catholiques, et à ^3 dissidents sur 54- Conséquemment l'indifférence en matière de religion n'est pas moindre aujonrd'hui en Angleterre que dans les parties du continent où elle prévaut le plus.
il faut dire cependant que le catholicisme, proscrit si long-temps en Angleterre, par les lois les plus cruelles , fait, depuis 3o ans , de rapides progrès. Il possède à Londres q5 chapelles, en Ecosse 74» ^" Angleterre 423. Il n'en avait que ^4 autorisées dans toute la Grande-Bretagne, il y a 4o ans ; il n'en a pas moins de 5oo aujourd'hui. Autrefois les catholiques n'avaient point de collèges, et ne possédaient que deux écoles ; le nombre de leurs collèges est maintenant de 9 , et celui des écoles de 5o. Enfin, leur population est estimée à plus de 8 millions ; ce qui fait plus d'un tiers de celle des Iles Britanniques.
L'Irlande en renferme plus des trois quarts. Dans cette ile , les différents cultes se partagent la population ainsi qu'il suit :
POPULATIOW. 105
ÀDglicaDS 803,664 i sur 9 habit.
Catholiques 6,427,712 6 7
PrcsbytérieDS 64^,356 i 12
Autres dissidents. . . . u 1,808 i 38o
Total 7,943,940
 côté des progrès du catholicisme, on en observe de plus dangereux pour TEglise établie ; ce sont ceux du méthodisme. Lors de la mort du fondateur de cette secte, il y a moins de 5o ans, elle ne comptait que
5 1 1 miuistres , 1 35,584 co-religionnaires.
D'après le dernier relevé, Taccroissement de ces dissidents a été si grand , quHIs ont maintenant :
4,273 mi ois très réguliers , 1^049,989 co-religionnaires..
Ainsi , cette secte a presque décuplé en moins d'un demi-siècle. Le nombre de ses ministres était d'abord d'un sur 1265 dissidents; il est à présent d'un sur si45.
loG POPULATION.
SECTION vm.
DIVISION DE LA POPULATION
d'après la DIFFERENCE DES CONDITIONS SOCIâLES.
L'organisatioD sociale des Iles Britanniques sera le sujet que nous traiterons dans cette seotion , et nous examinerons successivement dans chacune de ses trois parties , quelle était la division de la population par classes et la répartition des propriétés dans les temps anciens et modernes ^ et à une époque récente.
l"" TEMPS ANCIENS.
Le Domesday-Book y ce cadastre de la conquête des Normands , a fourni à sir James Makintoshy des données authentiques fort curieuses sur la différence des conditions sociales dans les 34 comtés d'Angleterre , vers le commencement du XI* siècle^ lorsque la dynastie anglo-saxonne venait d'être détruite par GuilIaume-le-Conquérant. Il avait alors :
4,463 prêtres ou moines. i sur 60 h.
8,186 nobles ou servileurs du roi I iSO
4S, 1 16 socbmaoni, bourgeois el autres bommes libres, l 6
909,:S76 vilains, cottagers, serfs, et autres decondit. sexv. 4 k
SiS8,291 honimfs de toute condition.
Getle énumération ne comprenant que les chefs defamille, si Ton en quintuple le total pour avoir le chifire de la population entière, on trouve qu'il y avait seulement 1, «290,000 habitants, ou aoo par lieue carrée. Sur cinq hommes, il y avait quatre esclaves avec un prêtre, un noble ou un bourgeois. Encore la classe à laquelle appartenait ce dernier était^Ue formée , en grande partie , de serb privilégiés ou émancipés récemment. D'après les lois d'Âthelstati , les hommes libres avaient droit à ce titre lorsqu'ils possédaient 5 faides de terre ou q4^ hectares, avec un manoir seigneurial et une église. La masse du peuple était formée par les esclaves. C'étaient les Bretons subjugués et des Saxons réduits à la servitude par punition pour leurs crimes , et le plus souvent par la violence et l'injustice, qui étaient toutes puissantes dans ces temps malheureux. La valeur des individus de chaque classe était fixée par leur wérégild , qui était le prix légal Je leur vie. Les Thanes , ou nobles de la première classe, étaient estimés 1200 shillings; ceux de la seconde, moitié moins. Les Céorles ou bourgeois valaient !2oo shillings, ou ie sixième d'un noble. Un ecclésiastique était du même prix qu'un comte.
La conquête de 1 Angleterre par les Normands
lo8 POPULATION.
n'introduisit que peu de ciiaDgements dans cet état de barbarie. Lorsqu'en 1086 on fit le cadastre féodal du pays, conservé par le Domesday- Booky le territoire du Devon, Tune des plus belles parties de la Grande-Bretagne , était partagé entre 76 propriétaires, et cultivé par 16,690 ser&. En admettant , pour cette dernière classe « quatre individus par famille, elle montait à 66,760, et chaque propriétaire avait 880 es* claves. Chaque domaine était de près de quatre lieues carrées d'étendue ; il est vrai que le territqire ne ressemblait guère k ce qu'il est maintenant; il comprenait 167 forêts, 1 17 salines et 79 moulins à eau , dans une aire de 338 lieues carrées. Les bois, les eaux fluviales , les marais salants ont disparu; mais le Devonshire compte aujourd'hui i4oo habitants par lieue carrée de sa surface, au lieu de moins de 200 qu'il avait alors.
Plusieurs siècles s'écoulèrent sans apporter aucune modification à cet état social . On voit par les chartes de Henri III, qui régnait de 1216a 1 2751^ qu'alors la servitude continuait d'être la situation légale du peuple , et qu'on ne faisait aucune distinction entre les serfs et le bétail. Un juris^ consulte contemporain , Bracton , établit comme un axiome de droit que tous les biens qu'un
esclave pouvait acquérir, appartenaient à son maître, qui pouvait toujours s'en emparer; et les annales de Dunstaple ont conservé un contrat qui témoigne que pour un marc d'argent ou 54 francs de notre monnaie actuelle, on pouvait acheter un serf et toute sa postérité. L'esclavage personnel, dit Froissard, était plus général en Angleterre, sous Edouard III, vers la fin du xiv^ siècle , qu'en aucun autre pays de l'Eu rope(i).
Les longues guerres entre la maison d'York et celle de Lancastre eurent du moins cet avantage qu'une foule d'esclaves furent affranchis par l'extinction des familles nobles auxquelles ils appartenaient. Cependant, bien long-temps après^ sous le règne d'Edouard VI, en i547, ^' y ^^ait toujours des serfs qui cultivaient les terres de l'Eglise et celle des lords. Au rapport de Smith (q), ils étaient de deux sortes : les uns étaient attachés à la propriété territoriale, et se transmettaient avec elle par vente ou par héritïige; les autres étaient la propriété absolue de leurs maîtres, qui en disposaient à leur gré comme d'un meuble.
Aucune loi n'abolit l'esclavage en Angleterre;
(1) \é\v. 9 , cb. 74- (^3 Répobl., p. 160.
no POPULATION.
au contraire, une proposition pour un affranchissement général, ayant été faite^ en iôâ6,à la Chambre des pairs, fut rejetée à la troisième lecture, et le droit des maîtres reçut une nouvelle confirmation. Mais le servage, conservé ainsi par la loi, n'était plus dans les mœturs; il fut restreint progressivement par elles; et à la fin du XV* siècle il avait enfin disparu (i).
Nous consignerons dans les paragraphes suivants quelques détails sur chacune des principales classes de la société; ils compléteront l'aperçu rapide que nous venons de présenta sur ces temps qu'il faut connaître , ne serait-ce que pour mieux apprécier le siècle où nous vi-^ vous.
a. Le clergé.
Il a toujours été, en Angleterre, riche et puissant. Le Domesday-Book énumère, parmi les 557 grands propriétaires du royaume en 1608, 187 établissements religieux, qui par consé* quent en formaient le quart. C'étaient : 53
(ij Néanmoins, aassi tard que 1674, la reine Elisabeth possédait encore des serfs, ce qa on apprend par l*acte qni nomme une commission pour les- affranchir.
itymor, Ohurv, $ur les Statuts.
abbajes, iSévéques, 36 églises, qo chapitres et 1 2 presbytères.
L'archevêque de Bayeux , frère de Guillaume , avait i84 seigneuries dans le comté de Kent, et a5i dans d'autres parties de r Angleterre. En 1367, l'évéque de Winchester possédait 127 chevaux de trait, iôô6 bétes à cornes et ia,i84 moutons. En i3o9 , lors de l'installation du supérieur de l'abbaye de Cantorbery, on consomma dans la fête dbnnée à cette occasion : 1 1 tonnes de vin, 58 charges de drèche, 3o bœufs, 100 porcs, Qoo moutons , 1200 cochons de lait, 1,000 oies, 963 poules, 600 lapins, 34 cignes, 9,600 œufs, etc. En i466, lors du régal que fit préparer l'archevêque d'York, à l'occasion de la prise de possession de son siège épiscopal , on consomma 900 hectolitres de froment , 3oo tonneaux de bière forte, 100 tonneaux de vin, io4 bœufs, 1,000 moutons, 3o4 veaux, 3o4 porcs, 400 cignes , sioo oies , 4«ooo canards sauvages ,
1,000 chapons, 12,000 poulets, 4)000 lapins, 5oo cerfs et chevreuils , a,ooo cochons de lait, 5,5oo
pâtés de venaison, 10,000 plats de gelée et 4^000
tartes froides.
Les propriétés territoriales, dont les revenus
fournissaient h ce luxe prodigue, comprenaient,
en 1 40 1 , un tiers de la surface du royaume , au
IPi POPULATIOIC.
dire des Communes dans leurs remontrances sur ce sujet adressées au roi Henri V. Haliam établît même, par d'autres témoignages, qu'elles s'étendaient à la moitié; ce qui leur donnait une surface de 3,3oo lieues carrées, égale à celle du royaume de Bavière.
D'après un document contemporain publié récemment par la Société archéologique de Londres, en 1377, sous Edouard III , lorsque la population totale de l'Angleterre était seulement de deux millions et demi d'habitants, ou 38o par lieue carrée, il y avait 29,161 prêtres, moines ou religieuses, ou un sur 80 individus, et encore les ordres mendiants n'étaient-il pas compris dans ce chiffre.
Cette proportion doubla dans le siècle suivant. En i536, lors de la réformation, le clergé régulier était composé de 5o,ooo religieux et religieuses, habitant ôoS couvents dont le revenu montait, suivant le livre du roi Henri VIII, à i8,8sio,ooo francs, faisant plus de 94 millions d'aujourd'hui. Le nombre d'établissements supprimés fut • d'après Speed , ainsi qu'il suit :
n 1 archevêché» et évêchés. 6o5 monastères.
11 dojeoné». iio hôpitaux.
60 archidojennés. 96 collèges.
394 cathédrales. a.SyA chapelles.
8,8o3 bénéGcos.
POPULATIOir. 1 ] ii
Les revenus de ces établissements furent estimés à 3do, 180 liv. sterl. , revenant à 4^|363»ooo francs de notre monnaie , somme quintuplée par la différence du prix des choses. Les aumônes et les dons augmentaient considérablement ces revenus. Fish estimait , en i5^7, qu'il y avait alors en Angleterre 5i20,ooo maisons qui donnaient à chaque moine au moins 4o sous par an. Il parait qu'il y avait alors au*delà de 65,ooo ecclésiastiques. C'était un prêtre ou un moine sur 4o habitants, comme en Italie en 1788.
b. Le roi.
Il n'était que le premier des barons du royaume y et il possédait comme eux de grandes propriétés dont les revenus suppléaient à ceux de rÉtat. D'après Brady, Guillaume-le-Conquérant avait 1,4^^ manoirs ou seigneuries, 68 forêts, i3 chasses et 781 parcs. Orderic Vital, qui écrivait neuf ans après sa mort, estime que les revenus journaliers de ce roi montaient à 1061 livres d'argent, qui valent aujourd'hui 104,000 francs, et qui faisaient près de 38 millions par an. Un moine normand, Elfreld Régis, élève cette somme à Ôsi millions de notre monnaie ; mais aussi les dépenses personnelles du souverain étaient-elles fort grandes. Richard II nourrissait plus de ] 0,000 personnes dans son palais;
Il4 POPULATION.
il avait 3oo serviteurs occupés seulement à aller chercher les plats pour sa table dans les cuisines.
c.La noblesse.
Les barons qui, sous la dynastie normande^ formaient exclusivement la classe des grands propriétaires y étaient au nombre de 700. Ils avaient dans leur dépendance 609OOO hommes d'armes, que Guillaume rassembla, en 1086, dans la plaine de Salisbury, et qui , tous de race normande, possédaient pour le moins une quan* tité de terre suffisante pour leur entretien et celui de leurs chevaux (1). Le Domesday-Book, éclairci par Kelham, nous fait connaître le nombre des propriétés de chacun des barons :
Le comte de Moreton ou Mortagne avait 963
manoirs;
Alain , comte de Bretagne , 4^^ ;
Robert Mobray, comte de Northumberland, 280;
Peverel, fils naturel de Guillaume , 162;
Robert de Stadfort , 1 5o ;
Baldwin , lôg • dans le Devoushire;
Guillaume Percy, 86 dans le Yorkshire, et Sa dans le Lincoln ;
Hugues Montfort, loo;
Roger Lacy. 116, etc.
Ces manoirs étaient gouvernés par des baillis»
il, Bradj, ViUlisy Kelkain , Hume, elc.
POPIILA.TION. IIÔ
et il s y trouvait attachés un nombre infini d'hommes de condition servile appartenant à la race saxonne ou anglaise , et nommés serviteurs, vilains, borders, cottagers, etc.
En consultant le cadastre exécuté par Tordre des rois normands ^ on voit que 5Ô7 grands propriétaires avaient ensemble <243,6oo hides de terre faisant ôiô lieues carrées. HoUingshed nous apprend (pag. âo4) que le duc de Northumberland possédait, dans la province de ce nom, le Cumberland et le Yorkshire ^ ^i parcs contenant 5,771 ceris ; il en avait encore plusieurs autres dans les parties méridionales de TÂngleterré, comme on le voit par les registres de sa maison. Aussi servait-oa sur sa table qo cerfs pendant Tété et Q9 en hiver. Il y avait , dans les seules provinces de Kent et d'Ëssex, 100 parcs ayant chacun plusieurs milles d'étendue; et l'on sait que New-Forest fut plantée sur remplacement de 36 paroisses , dont les habitants furent chassés de leurs terres par le roi Guillaume.
Dans ces temps de misère publiqi?e, la richesse de ces barons était immense. Le comte de Lancastre, vers 1 3 1 3, dépensait annuellement 2 1 ,9^27 livr. pesant d'argent valant aujourd'hui 12^740,000 francs; il consommait pour sa table 371 pipes de vin. Il y avait 6,000 convives au festin du couronnement d'Edouard III; et l'on servit
I l6 POPULATION.
3o,ooo plats aux noces du comre de Comouailie en ia43. Quand les ennemis du vieux Spencer pillèrent ses terres^ ils lui enlevèrent 600 chevaux , aâ,ooo bœufs et 380,000 moutons.
D'après Spelman, sous Guillaume, vers 1086^ la noblesse possédait 549 100 fi^f^ de chevaliers; le clergé en avait â8^ii5, le roi \J\^st. Ainsi TAngleterre était divisée en 63,637 ^ei'i^s féodales. C'était, avec les terres incultes, une étendue de plus de ao6 hectares pour la surface moyenne de chacune d'elles ; mais les principaux barons en réunissaient un très grand nombre, et, par exemple, Alain de Bretagne, qui en possédait ^^2, devait être maître de 44 Heues carrées de pays. Les terres nobles avaient ensemble 3,S4o lieues carrées, et les terres ecclésiastiques 3,930. Celles du roi ne devaient pas en avoir moins de 1 55.
En récapitulant ces données , on trouve qu'après la conquête de l'Angleterre par les Normands, ce pays fut divisé ainsi que l'indique le tableau suivant:
Li»M»taiT.
et(,000 ecclétiastiqaet possédaient 88,1 itt terres féod. ayent 9«M0 68,000 nobles et suivants. ... 54,100 3,M0
le roi 1,499 IKl^
i«87K%006 serfs , faisant S7 par manoir, et desquels :
S,SOO,000 babic l,040,«litt appartenaient ao dergé, e,esis:
1 ,86 1 ,700 à la noble^e .
ISS ,6 14 au roi.
Il y avait alors :
POFULATfOJf. 117
Un eccléfÎMtiqae séculier oa régulier sar $9 habitants.
Un noble , baron ou écayer - 4t
Un individu de caste prifilégiée. so
D'après les recherches de Cambell (t. II, p. 4i6) en 1 4o 1 9 trois siècles après , cet état de choses avait éprouvé d'assez grands changements. Oi»^ comptait à cette époque en Angleterre :
71,500 ecclésiastiqQGs .... 1 sar 35 habitants.
28,575 nobles 1 88
Savoir : i5 comtes \
i,5oo chevaliers / 7»7i5.. 1 5oo 6,300 écnjers ^
Ainsi le clergé s'était augmenté , mais là n(yblesse avait diminué de moitié; ce qui avait sans doute accru ses domaines dans la même propor*^ tion. Plus de la moitié des hommes d'armes de la conquête et de leurs descendants avaient disparu en trois cents années, et leurs dépouilles avaient enrichi ceux qui survivaient à toutes les familles éteintes.
A la fin du xvii* siècle, lorsque la dynastie des Stuarts fut bannie de l'Angleterre et que le gouvernement représentatif sortit triomphant de la lutte contre le pouvoir absolu , la société n'était plus la même; elle s'était modifiée d'une manière frappante en l'espace de deux cents ans. Voici , d'après Grégoire King , quels étaient ses nouveaux éléments en Angleterre , à l'époque de la révolution de 1 688 :
ii8
popuLATionr.
Ëccléûastiqaes 5a,590 av. ieiin fam.
Nobles, ezclosiv. aoz Squireê. 37,000
Bourgeois, iS^ttf res, gentlem. is6,ooo
Fonctionnaires , . , . . 70,000
Prof. libéraJes i5o,ooo
Négociants 64,000
Propriétaires, freeholderê, . . 980,000
Fermiers 760,000
Marchands 180,000
Artisans, ouvriers 34o»ooo
Laboureurs, journaliers. . . . 1,375,000
Pauvres i,3oo,ooo
Mendiants .... 3o,ooo
Marine 1 70,000
Armée 76,000
Habilanu.
sur io5
Population totale 5,5oo,ooo habitants.
Classe agricole 3,oo5,ooo av. leurs fam. S sur 5
— industrielle 4^4»ooo 1 1 3
Autres classes 3,01 1 ,000 3 5
Les ecclésiastiques et les nobles, eo ne tenant pas compte de leur famille, étaient à la population totale dans la proportion ci*après :
i,56o lords , baronnets ou chevaliers. 1 sur 3,5oo habit. 10,096 ecclésiastiques 1 5oo
Ainsi 9 eu '289 ans , le nombre des nobles avait été réduit à moins d'un 10% proportionnellement à la population augmentée, et celui des ecclésiastiques à un l6^
l^es propriétés étaient alors partagées entre :
i,56o fam. uob. dont les chefs étaient pairs, che^. ou baronnets. 10,026 — eccl. donl les cbefs étaient évêq. , doyens, chanoines.
3,000 — de haute bourgeoisie dont les chefs étaient i^airM. 40,000 — de propriétaires de 1'' classe , Fr€êhold$r$h i4o,ooo — de propriétaires de 9' classe , idem,
i94f^^6 familles, composées de 1,089,690 indÎTidus on presque six personnes chacune.
La population totale de l'Angleterre et du Pays de Galles formait i,36o,586 familles; ainsi il y en avait une sur sept participant à la propriété, et six appartenant à la classe des prolétaires.