ANCIEN ÉTAT DE I/INDUSTRIE
Ce serait une erreur de croire qu'il a fallu à l'Angleterre les efforts de nombreuses générations successives pour fonder l'empire de son industrie. Sa supériorité date à peine de soixante ans.
Sous les rois Normands , la magnificence «les prélats et des barons était entièrement d'origine étrangère. Les soieries et les brocards venaient d'Italie y d'Espagne et du Lievant; les tissus de
INDUSTRIR. 356
laine, de la l'Nandre; les armes, de Milan et de Bruges, etc. Il en était encore ainsi sous les Tudors; et il n'y avait aucun objet de fabrique anglaise dans la magnificence que déploya Henri VIII, dans son entrevue avec Françqis I*% au champ du Drap d'or. Cependant, les arts produisaient alors, et même Long-femps auparavant, des œuvres merveilleusement belles. Le^ vieilles cathédrales d'Angleterre, avec leurs tours et lenrs clochers gigantesques taillés à jour, leurs immenses vitraux coloriés , soutenus par des rosaces de pierres festonnées, sont comptées à juste titre parmi les monuments dont s'honore le génie de l'architecture. On remarque encore aujourd'hui, dans le chœur de plusieurs églises fort anciennes, des boiseries sculptées, dont les figures, tes ornements, excitent la surprise et l'admiration. On trouve même, dans quelques familles, des bahuts, sorte de coffres qui servaient jadis d'armoires, et que des artistes anglais, contemporains des Plantagenets, ont couverts d'incrustations en nacre, de découpures d'argent^ qui forment de délicieux dessins- Mais ce luxe était seulement à l'usage de la noblesse et du clergé; les autres classes de la société vivaient dansla privation et le dénuement. Excepté dans quelques cités , les maisons étaient des huttes de boue ou d'argile, couvertes en
!l56 INDUSTRIE.
paille; elles n'avaient ni vitres, ni cheminées; le foyer gisait au milieu^ ou contre le mur le plus solide. On n'y voyait ni lit, ni meubles; les paysans couchaient par terre, sur de la paille, avec une bûche pour oreiller. Le bétail n'avait pas un autre toit ; il vivait péle-méle avec les hommes.
Nous apprenons, par la Vision de Pierre-le- Laboureur , espèce de satire et de moralité qui appartient au xrv* siècle, qu'alors on faisait communément le pain sans blé, avec des pois et des fèves seulement. Sous Henri VIII, les maisons des villes étaient encore sans chemi* nées; leurs fenêtres étaient garnies, au lieu de vitres , de petits carreaux de corne ou de treillis de bois. Le plancher était jonché de roseaux. On se servait d'assiettes d etain dans les châteauxt et de plats de bois chez les bourgeois. En 1 298, les couteaux à manches d argent, les cuillers et les gobelets de ce métal étaient un luxe que se permettait seulement la plus riche noblesse. On se servait d'éclis de bois résineux, en guise de chandelle ou de lampe , pour éclairer les appartements.
W. Harrison, qui publia, en 1Ô77, une description de l'Angleterre , dit que les vieillards lui ^faisaient remarquer trois grands changements qui avaient eu lieu depuis leur jeunesse.
IHDOSTRIB. 25*7
Il y avait alors des chetnitiées dans chaque maison , tandis qu'auparavant on en comptait deux tout au plus dans chaque ville. Les bourgeois avaient des lits, des draps , des oreillers, au lieu qu'une soixantaine d'années avant Elisabeth , ils dormaient sur la paille, et s'estimaient fort heareux quand ils avaient un matelas de bourre , et nn billot pour reposer leur tête. £n&D« les plats de terre avaient été changés en plats d'étain ; l'on avait des cuillers de ce métal, et même quelquefois des cuillers d'argent' AuiSsi une ferme louée jadis 100 francs en valait iia5; et cependant les fermiers vivaient mieux, et avaient plus de profits qae lorsque la terre était si peu évaluée (a).
Ces témoignages historiques de l'ancien état de l'Angleterre prouvent qu'il ne &ut pas désespérer des progrès de la civilisation, de l'agriculture et de l'industrie, même dans un pays où l'on conserve comme des reliques sacrées les habitudes et les traditions des temps de bar^ barie.
La table suivante indique l'époque des ptidd- ' pales inventions industrielles, Élites ou introduites en Angletetre depuis 600 ans; elle mont» combien sont récents les progrès de l'industrie
<•) ufa.n,b 18. ■ ■
a58 INDUSTIlll^.
et la découverte des moyens dont elle tire sa principale puissance.
Ammén. UgsM.
1180. Richard I*^ Les vitres commencèreul à être employées «
- soos oe règne , dans les nuisons particolières. iioo. J«aii«faas*Terre, Las cliemiiiéef n*éUieiil pas encore en
ia35. Henri IIL Les maisons de Londres étaient encore cou-
tertes de chaume.
iaS3« idem. On commença k faire de la toile en Angleterre. 1987» Edouard t*'. On établi! k Westn^ftster la première hor-
loge publique.
i5o7. Edouard IL La houille commença à être employée comme
combusUble.
i3o8. Édoaard II!. Deux tisserands flamands s'établirent à
York, sons le patronage du roi.
1090. Richard IL On fabriqua, pour la première fois, du drap
grossier à Kendal.
1457. Henri VL On établit la première manufacture de Terre
en Angleterre.
1545. Henri yUL L'nsage des épingles fat introduit ; jasqu*alor»
les femmes ne s^étaient ser?i que de brochettes. 1543. Jdem, Le fer coulé fut fabriqué pour la première fois , '' ^ et employé â faire des canons et des mortiers.
i5S5. Elisabeth; On commença k fabriquer des couteaux. i564* liiem. Le premier carrosse fut construit par W. Rippon. i589« liiem. On publia à Londres le premier journal. 1597. Idem. Des montres, fabriquées en Allemagne, furent
apportées ^ TiOndres (a).
i6eô. Idem, ' W. Lee établit les premières manufactures de
aoierie.
Ca) Les premières avaient été faites , en i477> k Nuremberg.
aôg
1676. Idtrn. Va FriD^ introdoiiit l'ait dlmprimar le* tàMBf de coton , et le mil ea cemre k KiclunoiuL
1705. Anne. Newcomen diablit en grand U mclûne l «epenr, dhe alniCMphériqiie.
1719. Geoi^u I". Lombe conatnûût k Deri)j ans niichlae k 61er la aoie , conlenant a6,S86 roae* , el tuMitt , en TÎngt-qaatre heorei , 3i6,ooo mètre* de fiL
1736. Georges II. John Wjat , de Birmin^a», intenta on établit la prcmiirv mécaniciiie a filer le coton. Cet e*»*i n'eut pat de auite.
1769. Georges III. June* WaU, aasocit à Bonlton , de Birmin-
gham , établit les pramières macbiae* à Tapeur à double effet.
1770. Idtm. Arkwrigbl établit déGnîtiiement le* macbinet 1
Eler le colon.
■771. JdfM. Hai^rcaTcainfenla nneSpiBiiing-JeDitJ> macbioo
a*ec laquelle un seul ouTiier pouvait filer 16 fils. Il
fut mla anfnha par une émeole d'aotrienirtM* tna-
cfaioe* forant brisées.
1780. IJem. Cromplon inTcata la Moll-Jennj, machine arcc
laquelle on atteignit le numéro 5i5 dan* le filage dn
colon.
1785. fim. Où *ab*lltaa, de» llmpranion desliaMi*, de*
cflindre* métalUqMa graiéa, eiu Uoo* de boia •»•
plojé* jusqn'aloiB.
17S&. IJem, James Walt et Bonlloo appliquèrent la puîsaance
de la vapenr à la mécanique dea filatorea. Leur pre-
mttee machine fnt établie k Papplewkk , dans le Molli nghainshiie.
1791 h iSot. Miller, lord Stanhope et Sjmiogton tentèrent
di*en essais ponr uaiiguer k la «apeur. 1801. Idtm. TreViltiick établit les premièrea macUnea i fapear
h faaal* preaHi» al Itwoinotlfea.
HÙÔ " I^DUSTRlf:.
iSdi. Idem. GarHrright, qoi aiàîi projeté, dès 1787, son tbi^
tieri tifpear, rexëcuU poar la manafacture de Mon^
teith , près de Glascow.
i8o3. Idem. Radclîffe inventa an métier mécaDÎqac qoi détc-
loppe k la fois la chaîne et la frame des tissas. l8o4« Idem, Wolf établit les premières niachines k Tapeur k
haate pression qni portent son nom.
1808. Idem. On intenta le moyen de maltîplier les cylindres k
imprimer les tissas de colon , en gravant d^abord an cylindre d*acier qai'n*eSt darci qn après, et dont les empreintes tont transférées à d'antres cylindres en caHre.
1809. Idem. Gartwright obtint du Parlement une récompense
nationale de a5o,ooo fr. pour un métier perfectionné mû par la vapeur.
1813. Idem. Le premier bateau k vapeur, qni ait navigué dans les eaux des Iles Britanniques, fut établi sur la Clyde («).
Après avjoir indiqué dans cette table , le plus sommairement possible, les inventions ou les applications ingénieuses, ou les heureux perfectionnements qui ont créé ou agrandi chaque branche des manufactures Britanniques, il nous reste à exposer quels ont été, à différentes époques , les effets de ces causés sur la fortune publique de l'Angleterre.
On doit bien prévoir que Timmense complication des éléments de l'industrie anglaise, et plus encore Tesprit ombrageux dé cette puis-
Ca) Voyez la notice de M. Arago sur les machines k vapeur. Annuaire de 1839.
IHDUSTBie. 961
eanoe sociale, u'ont point encore permis de dé* terraÎDer, par des chiffres positifs, le nombre et la richesse de ses produits. Mais, néanmoins, t'intérêt et l'orgueil national ont d'accord recherché, depuis 60 ans, quelle valeur il fiiUait assigner à chacune des branches de ces manufactures, qui ont doublé la force, les ressources et la prospérité du pajs. Nous rapporterons les évaluations qui en ont été faites par les économistes les plus distingués, eu remarquant toutefois que ce ne sont que des termes conjecturaux, plus ou moins rapprochés de la vérité; leur recommandation principale est dans l'illustration des publicistes qui les ont avancés.
En 1 783, Anderson estimait, il y a 53 ans, que le produit brut et annuel de l'Angleterre était ainsi qu'il suit (a) :
Lainage 4^0,000,004 fr.
Cuin a63,5oD,ooo
Fer» ai7,5ao,ooo
Acier et plaqué S5,ooo,aoo
Soici-iei 83, 750,000
Lin 43,7So,ooq
Plomb 4>>>^,ooo
Etain i5,ooo,ooa
Porcelaine 35,ooo,ooo
ColoD a4, 000, 000
CJiauvi'e a3,a5o,opa
(a.> T. IU,^p. 5*1.
HO* i9,5oo,ooa
Verre • . . • • 15,700,000
Autres manufactures i3i,a5oyOOO
. Val. eu produit brut îndustrid. . i,4>^y^^»o<^ ^^^ ' . ■ Nopdbre des x>uvriers . 5y95o,ooo
Les industriels formaient alors un cinquième de la population ; chacun d'eux produisait annuellement, par un terme moyen , pour 270 fr. d'objets fabriqués ou manufacturés.
Il est curieux de suivre, dans les faibles progrès de son enfance, cette industrie Britannique maintenant si grande et si puissante. Voici les principaux matériaux qu'elle mettait en oeuvre dans les douze dernières années du dernier siècle ; nous y ajouterons les fers qu'elle Êibriquait.
UioM d*Eipagoe.
Indigo.
Fer «n barre
4,079,000 liv.
i,3ao,ooo liv.
4a, 453 tonn
. 2,58a,ooo
. 3,or4,ooo
. . 2y7L63yOoa
ne s agit ici que
des fabriques
de ia Grande
IHDUSTRIC. 263
Bretagne ; car il n'en existait pas alors en Irlande.
Les cotons employés par les fabriques anglaises présentaient les quantités suivantes :
Mmdkn prtuièrc. Valta» dM pMinilfc
1781 3,101,000 lîv. 35,ooOyOOo fr.
1783 9,546,000 8o,ooo,ooc>
1784 ii^a8o,ooo 98,700,000
1785 ^7>99^7<>oo i5o,ooo,ooo
1787 aa,6oo,ooo 187,500,000
Il y avait, à cette dernière époque* laS ma* nufactures de coton en Angleterre , et ao en Ecosse; en tout i43.
Le nombre des ouvriers s'élevait à 35o,ooo; savoir : iSg^ooo hommes^ go^ooo femmes et 1 01^000 enfants. La matière première était distribuée ainsi qu'il suit :
Calicots et mousselines . . . 1 1,600,000 liv. de coton.
Tissus mélangés a, 000,000
Mèches à chandelle i,5oo,ooo
Vingt-trois ans après les estimations d'Anderson , en 1 806 , Frédéric Eden et d'autres économistes évaluaient, ainsi qu'il suit, les produits bruts annuels des manufactures anglaises. Une enquête, faite en 1801^ avait donné plusieurs chiffres dignes de foi.
9^4 INDUSXAIE.
Piodnito bnito. Ourrien.
Lainages 47^»o<><^9<><^<^ f^- 440,340
Cotons 375,000,000 347,2^1
Cuirs . 262,000,000 a4i99iB
Bière 25o,ooo,ooo 25o,ooo
Fer, étain , plomb. . . . a5o, 000,000 200,000
Livres, chapeaux, botles. 25o.ooo,ooo 240,000
Esprits 100,000,000 112,000
Acier,^ plaqué »i 00,000,000 70,000
Chanvre, lin 100,000,000 i3o,ooo
Cuivre , laiton. • . . . . 90,000,000 70^000
Lin et toiles 76,000,000 120,000
Soieries 75,000,000 65,ooo
Chandelle, cire 5o,ooo,ooo 48,000
Porcelaine , poterie . . . 5o,ooo,ooo 45,ooo
Verrerie 5o,ooo,ooo 3&,ooo
Papiers 37,5oo,ooo 3o,ooo
Savon 37,600,000 3o,ooo
Sel. . 26,000,000 20,000
Totaux. . . . 2,662,000,000 1)786,429!
Ainsi , en 23 ans^ la valeur brute des produits i^ndustriels. de l'Angleterre, exclusivement aux autres parties des Iles Britanniques, s'était augmentée de 1^,1 3& millions defirancs,ou près f}e nioitîc. ^accroissement avait été de a5i millions 3ur la fabrication des cotons, de 25 sur la porcelaine et la poterie , de 34 sur la verrerie, de ^ sur le papier, de i5 sur Taçier et le plaqué,, (|e 34 sur les lins et çbanyres , de 55, sur les lai«« i):fges9 etc. La France, séparée parla guerre^ àfi^.
mousTiiiE. a65
presque tous les pays de l'Europe, avait été remplacée , dans leurs marchés « par l'iadustrie anglaise, qui n'éprouvait plus de concurrence.
On comptait 1,800,000 ouvriers dans les manufactures principales , sans y comprendre les arts et métiers; c'était presque un quart de la population anglaise. Chacun d'eux versait annuellement dans les marchés des produits d'une valeur de plus de i,aoo fr., ou quatre à cinq fois aussi riches que ceux qu'il pouvait fabriquer ao ans auparavant avec des machines moins nombreuses et moins perfectionnées.
En i8i3, le tableau suivant fut publié en Angleterre, comme ofirant un aperçu des ^briques du pays aussi exact que possible.
CotODS 5^5,000,
Lainaget 4^0)
Cuirs .3<H>,ooO]
Lin, chanvre, toiles. 35o,ooo,
Coutellerie, cbaudroDoerie 16a, 5oo,
Voiles et cordages 75,000,
Verrerie, glaces 5o,ooo,
Autres manu&ctnre* 993,35o,
Total a,855,75o,
Si ces nombres sont exacts , en 7 ans l'industrie avait gagné une valeur de produits do plus de 5oo millions, qui provenait principaje-
96ti INDllSTRIV.
ment des succès de l'indastrie cotonnière. -Les lainages avaient éprouvé quelque réduction; l6$ cuirs devaient à Tétat de guierre leur accroisse»-ment prodigieux ; les autres articles étaient demeurés stationnaires.
L'industrie de la France , comparée à celle da TAngleterre, présentait alors les termes sui* vants :
Prodniu brou. Prodnilt net*. Trar. «i owl* f m».
France. 1788. 5o4»95o,ooo 168,000,000 1/5 356,ooo,ooo 181a. i,3o4900o,ooo 590,000,000 a/5 7^0,000,000
Acer, en 34 «US. 799,000,000 35a, 000,000 444><mm>,ooo
Ânglet. 1783. i^4i6«ooo,ooo 5 60, 000, 000 a/3 840,000,000 i8i3. 3,855,000,000 i,4a7,5oo,oooi/3 i,/i>7«S<>Oi<'<'o
Ace. en 3o ans. 1 ,439,000,000 867,500,000 587,500,000
Ainsi, quoique, dans les progrès desdeux pays, le travail et la valeur des matières premières n'eussent eu , en Angleterre, comparativement à h France, qu'un accroissement d'un cinquième, le produit brut s'était augmenté presque de moitié, et le produit net de beaucoup plus.
L'introduction des machines et leur usage étendu dans les Iles Britanniques étaient incontestablement la cause de cette énorme différence dans les effets économiques de l'industrie des deux pays.
C'est seulement depuis les premières années
IBTDUSTRIE. 967
qui suivirent la paix générale, que les £sibriques de la France sont devenues, à beaucoup d'égards, les émules de celles de la Grande-Bretagne , et qu'elles ont marché d'un pas presque égal au leur; les infériorités qu'elles subissent encore sont les effets du haut prix des matières premières, du défaut de machines, et des entraves qu'apporte à notre commerce l'imperfection des communications.
Les manufactures anglaises, plus favorisées, ont pu résister à la concurrence ouverte, par la pacification de l'Europe, à tous les peuples industriels. Loin d'être arrêtées dans leurs immenses succès, elles ont multiplié leurs débouchés , en mettant à profit tous les événements ; elles ont varié et perfectionné leurs produits pour en assurer le choix ; elles en ont abaissé les prix par le travail économique et rapide des machines; et, secondées par l'intelligence et Tac^ tivité incomparables du commerce Britannique, elles sont parvenues à augmenter en qo ans la production industrielle du Royaume-*Uni d'une valeur de près d'un milliard, équivalant à la moitié en sus de leur richesse en i8i3.
Le tableau suivant indique la valeur attribuée, en i833, aux produits bruts de chacune des grandes fabrications des Iles Britanniques. Nous avons pu en vérifier une grande partie , et nou&
q68 INDUfiTKlE.
nous sommes convaincus que les diiffres n'en sont point exagérés.
Stwfing*. Tnmcê.
Tissus et fils de cotoD .... 3 1,000,000 775,000,000
Fer, coutelier^, pot. de loDte. 17,000,000 443,600,000
Tissus de laine 16,360,000 406,260^000
Cu'.rs et peaux apprêtées. . . 16,000,000 376,000,000
Toiles et fils ii^ooo^ooo 276,000,000
Papiers, tentures, impress.. . 10,000^000 260,000,000
Soieries 8,000,000 200,000,000
Verrerie , porceU , poterie. 6,900,000 172,600,000
Bijouterie , orfèvrerie »... 3,34o,ooo 83,600,000
Autres fabricat. et métiers. . 3i, 200,000 790,000,000
Totaux 148,990,000 3,726,000,000
Cest un accroissement de 870 millions de francs, sur la valeur des produits de l'industrie Britannique, en i8i3. Si l'on attribue, comme il est juste de le faire , la plus grande partie de cette augmentation aux efforts de l'Ecosse et même de l'Irlande , pour s'associer aux progrès de l'Angleterre, il faut reconnaître que la pros«périté de ce pays trouve maintenant de puissants auxiliaires dans deux peuples voisins , séparés naguères de ses intérêts par tant d'inimitiés.
Une si grande révolution dans l'existence matérielle, politique et économique de la Grande- Bretagne, a dû nécessairement s'opérer par la transformation d'une immense partie de sa population, qui a changé ses occupations agricoles
mousTHic. ii60
contre des travaux industriels. Pour constater ce bit important, une attention persévérante a été porlée^dans les recensements de la population du Boyaume-Uoi, à la classe nombreuse qui peuple les fabriques et tes manufactures. On a déterminé sa force à chaque époque, et on Ta comparée à celle des agriculteurs et des autres rangs de la société i c'est ce qu'expriment les chiffres ci-après, qui ne comprennent point l'Iiu lande:
Classe manufacturière de la Grande-Bretagne» (Familles.)
En exprimant, par le nombre 100, le nombre des familles de chacune des parties de la Grande-Bretagne, aux trois époques ci-dessus, les rapports de la classe munnfacturière peuvent être représentés par les nombres suivants :
i8ii . , . . 45.9 97.7 4i>> 3S.6
Ainû, de 1811 à i8ai, la population industrielle s'e&t«iccrne de 931,190 familles ou d'un
ayO IJXDUSTRIE.
douzième du nombre moyen de la totalité dê^ familles; mais de 1821 à iS3i, elle ne s'est augmentée que de 84«6349 ou d'un 3i^ seulement. On peut prévoir que Tindustrie an* glaise, parvenue i une aussi prodigieuse prospérité , ne pourra désormais s'accroître que par des progrès beaucoup plus lents, et qu'elle s'agran^ dira bien plutôt par l'action des machines per^ fectionnées que par une accession de Ira-» vailleurs.
Comparée à la population agricole, la popu* lation industrielle offre les rapports proportionnels suivants , depuis le commencement de ce siècle:
La classe manufacturière était à la classe rurale :
En Angleterre en 1801.. •
comme
6 soatà 5
iSai.. .
En Écoise^ \sn 1801.. .
iSai.. •
Ainsi y dans toutes parties de la Grande-Bretagne, les industriels sont maintenant en nombre double des agriculteurs.
De 1810 à 183O9 la population, en général, s'est accrue de 3o pour cent, ou moins d'un tiers, tandis que la population manufacturière s'est
IKUIISTRIF. 371
augmentée de ^o pour cent , ou deux cinquièmes.
L'accroissement a différé selon la prospérité des villes; il a été de 5d pour 100, ou moitié, à Manchester, Coventry, Liverpool et Birmingham;
De 54 pour 100 , à Leeds; De 100 pour 100 à Glascow, eu Ecosse.
Les machines , qui Augmentent la force de la population, et qui la triplent et au-delà, se sont multipliées ainsi qu'il suit, d'après les recherches de M. Slaoey , qui les a communiquées au Parlement. II y avait, en iSao, a4,ooo métiers ii la main, c'est-à-dire mus par l'action immédiate de la force humaine. Le nombre en était le même en iS3o. Mais, eo iSao, on ne comptait que i4iOoo métiers à vapeur , tandis qu'il y en avait 55,000 en i83o, c'est-à-dire quatre fois autant. Il était reconnu que l'ouvrage qu'ils faisaient égalait celui de i65,ooo métiers à la main , 011 en d'autres termes, les métiers à vapeur £ai^ saient trois fois autant de besogne que ceux dont on se servait exclusivement autrefois.
a7.9 iNbusTRiÉ.
SECTION n.
ÉTAT ACTUEL DE L^INDUSTftlE.
L'industrie, cette puissance colossale du xix* siècle, a, comme toutes les grandeurs et les gloires humaines, ses misères secrètes, ses crises menaçantes, ses plaies douloureuses et invétérées.
On reproche à la plupart de ses professions d'être insalubres ou dangereuses, d'abolir Tintelligence en réduisant l'homme à devenir le complément des machines^ d'assujettir l'enfance à un travail exténuant ^ d'emprisonner une par*^ tie de la population dans des ateliers privés d'air et de jour, de corrompre les mœurs par la pro^ miscuité des sexes et des âges , de peupler les hôpitaux d'incurables et les prisons de gens pei^ vers; enfin ^ de rétablir sous le nom d'ouvriers la caste infime des ilotes de Sparte et celle des serfs du moyen âge.
Il faut l'avouer : en voyant l'immense popu-^lation de Birmingham , autour de ses fournaises ardentes, dans cette atmosphère obscurcie par l'épaisse fumée de la houille en combustion , et empoisonnée par la vapeur des métaux liquéfiés, l'étranger envie pour elle le sort des paysans
attachés à la glèbe, et même le malheur des esclaves des Antilles, qui, du moins, voient le soleil et peuvent librement respirer l'air.
Mais, n'est-ce pas au prix d'épreuves semblables que sont achetés presque tous les biens estimés en ce monde ?
La navigation , cette autre merveille du génie de rhomme, n'est-elle donc pas exposée comme l'industrie, et bien plus qu'elle encore^ à d^innombrables chances de malheur et de destruction , depuis le danger d'être brûlé vif ^ au milieu des mers, jusqu'à celui d'être* obligé de tirer au sort pour savoir si l'on servira de pâture a «es compagnons d'infortune ! .
L'exploitation des mines, sans laquelle il n'y a point de société possible, n'exige -t- elle pas que des milliers d'hommes vivent ensevelis dans les entrailles de laterre^ menacés incessamment par les éboulements , par les inondations et pat les explosions du gaz inflammable.
Les riches et abondantes moissons des coloir nies tropicales ne doivent-belles pas être recueillies, sous un ciel embrasé, en présence de l'ouragan destructeur et des contagions \es plus formidables.
Les triomphes militaires qui, depuis quarante siècles^ font l'ambition du monde , n'ont-ils pas pour cortège la licence, la maladie, le pillage ^
la dévastation , les horreurs d'une ville prise d'assaut^ et celles d'un champ de bataille le lendemain du combat.
L'agriculture elle-même n'a-t-elle pas ses fléaux comme l'industrie : les intempéries , la grêle , la sécheresse , les débordements , les épizooties, l'abondance, qui produit les bas prix, les salaires insu£6sants, le travail excessif^ l'épuisement et la pauvreté* N'a-t-elle pas en perspective dans toute l'Europe , depuis un demisiècle , l'invasion étrangère qui foule aux pieds les moissons y égorge le bétail, dévaste les villages, et ne laisse après elle que des ruines fumantes d'où s'élèvent des cris de vengeance et de désespoir.
I Ainsi, des calamités de toute espèce sont attachées aux entreprises des hommes , à leurs tra* vaux les plus utiles, à leurs œuvres les plus méritoires; et ce n'est pas l'industrie seule qui est soumise à cette puissance fatale. La plupart des effets qu'elle en éprouve, ne nous paraissent , d'ailleurs^ si grands et si funestes, que parce que leurs causes sont nouvelles pour nous et encore mal appréciées.
Nous sommes pour ainsi dire familiarisés avec les agents de destruction , qui , depuis le commencement des choses, menacent l'agriculture et la navigation. Mais nous sommes saisis d'une
«urprise mêlée de crainte à l'aspect de ces im* menses machines qui roulent avec fracas, de ces torrents de vapeur brûlante, dont la force captive semble devoir tout briser, de ces métaux en fusion qui coulent comme des fleuves incan* descents, des vastes réservoirs de ces ga? explo* sifs qui parcourent, sous nos pieds, le sol de nos cités ; de ces bateaux , de ces voitures qui peuvent à chaque minute voler en éclats , comme une bombe, une mine, une magasin k poudre^ un vaisseau qui prend feu.
Hâtons-nous de le dire : ces impressions, ces craintes, sont exagérées ; elles sont semblables i celles produites sur les peuples sauvages par la détonation de nos armes à feu.
On ne saurait en douter, le plus grand nombre iles maux attachés à l'industrie peuvent être prévenus ou détournés. Déjà des efforts couronnés de succès ont été faits en France, par Darcet^ pour re^dre plusieurs professions moins insalubres. On recherche partout avec activité les moyens d'empêcher l'explosion des machines k i^apeur. Le Parlement Britannique a réglé le tra» vail des enfants dans les manufactures, pour l'empêcher d'être excessif. Les écoles du dimanche leur permettent d'acquérir quelque in-^ «traction. En France, les ouvriers ont, dans placeurs villes, des cours publics et gratuit»
très bien organisés. Les caisses d'épargne leur procurent le moyen de faire des économies. En Angleterre, des associations libres leur donnent des secours pendant leur maladie, et prennent soin de leur famille après leur mort. Il reste sans doute beaucoup à faire ; mais il est bien prouvé, par les heureux résultats qu'on a déjà obtenus, qu'il n'y a rien d'impossible :
lo Dans le perfectionnement des procédés de l'industrie , non seulement pour qu'il en résulte un plus grand nombre de meilleurs produits , à des prix moins hauts , mais encore pour qu'ils deviennent progressivement moins insalubres^ moins pénibles et moins dangereux;
a"" Dans l'éducation physique, intellectuelle et morale des ouvriers ;
3° Dans l'amélioration de leur existence domestique et sociale.
Ce triple objet est recommandé par la bienfaisance publique , par l'intérêt national , par les vœux de la religion et de la philosophie, aux investigations des sciences, à la haute protection des gouvernements et aux efforts généreux des citoyens voués au culte de la patrie et de l'humanité.
Nous aurions aimé à jalonner , par des chiffres, cette triple voie des progrès de l'industrie Britannique; mais sa marche dans cette carrière
d'amélioration est encore trop récente pour être constatée en caractères officiels. C'est déjà beaucoup que d'avoir pu recueillir, sur chacune des principales branches de l'industrie manufacturière , des données qui font connaître les quantités de leurs matières premières , leur production annuelle, depuis une série d'années^ leur valeur, et le nombre d'ouvriers et de machines qu'elles emploient. La plupart des termes numériques que nous avons rassemblés, appartiennent à des documents parlementaires; ils forment la collection de faits industriels la plus certaine et la plus étendue qu'on ait encore pu former en Europe. Et Ton en pourra mieux apprécier la valeur , en apprenant que la France ne possède absolument rien sur cette matière, qu'elle a cependant tant d'intérêt à connaître.
a. Tissus de coton.
L'industrie qui met en valeur ce produit exotique, est la plus vaste et la plus riche du monde. Ses commencements, il y a soixante ans, n'annonçaient point le développement prodi* gieux qu'ont pris sa production et le commerce qu'elle alimente. Les cotons en laine ^ importés pour les manufactures de l'Angleterre, étaient alors seulement :
De 1770 à 1780 de ô|735yOoo lir. pesant, terme moyen.
I781 1790 iS^OOOyOOO
Voici quel est , depuis i8ao , l'état de ce com-^ inerce; les quantités sont exprimées en livres :
ColOM iM^onte.
Biport4a.
CoMonméi.
iSao. •
i8ai. . .
iSaa. .
i4i|038,ooo
tSnSi .
a28,6o5,ooo
a7^>a49,ooo
Ainsi, depuis i8ao, Timpottation et la consommation ont doublé ; et les fabriques des Iles Britantiiqnes emploient maintenant deux fois autant de coton en laine qu^il y a quinze ans. L'exportation , dans son maximum , n'égale que le douzième de la consommation.
Lies prix des cotons en laine ont baissé considérablement depuis une vingtaine d'années, par l'effet de la concurrence du Brésil et de l'Egypte ,
et par Textension donnée aux cultures des États- Unis. La livre, poids de marc, qui se vendait 12 francs, en 1818^ sur les marchés de Londres, est descendue à 60 centimes, et en vaut maintenant 75, sans les droits. Ceux-ci^ qui étaient autrefois de i^o francs par quintal, sont réduits à 40 centimes, et paraissent devoir être totalement supprimés.
Les 3oo millions de livres de coton qu'emploient aujourd'hui, chaque année, les manufactures du Royaume-Uni (a), valent , à 75 centimes, afi5 millions de francs. Cette somme est presque quadruplée par la fabrication , et quoique Baines n'ait estimé cette production, en 1 833, qu*à 85o millions, nous croyons, après un exa^ men attentif, qu'elle en dépasse 900, et qu^elle atteindra sous peu un milliard.
L'exportation enlève plus de la moitié de cette masse immense de tissus. Les années les plus récentes offrent les termes suivants , qui en expriment la valeur déclarée.
i83i • 485,700^000 fr.
i8'ia 431,4^5,000
i833 462,iSo,ooo
En résumé, voici quelle est la situation actuelle
(a) 533 millions en i835.
q8o industrie.
de rîndustrie cotonnîère dans le Royaume-Uni.
La prodaciion annaelle des fabriques s'élève k 900,000,000 fr.
L*eiportation k 5oo,ooo,ooo
La consommation intérieure à 900,000,000
C'est pour chaque habitant une dépense moyenne de 16 firancs 66 centimes, somme considérable, mais qui comprend une partie des vêtements, tout le linge de corps , celui de table et de maison, la bonneterie , la passementerie et mille auti^s produits ; car dans ses applica* tions , le coton s'emploie à tout.
Il est intéressant de comparer l'état présent de cette même industrie en France.
ÎIH Briianniqiw*. Franen. Proportions,
livret. livrw.
Quantité de la maUprem. 800»0D0,O00 7l,eos,000 moinsd'iui4* Valeur des cotons en laine. 9a«,000,000 f. 69»980,000 fr. plus de i/l
— destissusCabriqués. 800,000,000 9»0,000,000 id»
— des tissas esportés. iM)0,000,000 1(6,300,000 nn 9* de la consom. gén. 400^000,000 188,640,000 moitié.
— de laoonsora. indiv. 16 fr. 66 c. 6 fr. 86^c. un S*
Ainsi , nos fabriques^ arrivées cependant à un très haut terme de prospérité, n'employaient néanmoins encore, en 1834* que 35 millions de kilogrammes ,ou 71 raillions et demi de livres de coton en laine. Les Iles Britanniques en consomment quatre fois et demie autant.
Ces cotons nous coûtaient 62^290,000 francs^ ou i firanc 7Ôcent. le kilogramme; c'est 12 cent^
IIIDUSTRIE. îzdl
parlivr^ de plus qu'en Angleterre; et la différence serait bien plus grande si Ton faisait cette évaluation d'après les prix courants^ au lieu de se servir des prix officiels.
La matière première étant quadruplée de valeur par la fabrication , nos manufactures produisent annuellement pour a5o millions de tissus de toute espèce. Ce n'est pas le tiers, mais c'est plus d'un quart de la production anglaise.
Notre exportation ne trouve place, dans les marchés étrangers^ que pour une valeur égale au neuvième de la vente des tissus de coton fabriqués par l'industrie Britannique.
La consommation générale de la France est déjà assez grande pour se rapprocher de la moitié de la valeur à laquelle s'élève la consommation des Iles Britanniques; mais la consommation individuelle n'est pas de 7 francs , tandis qu'elle est de 16 à 17 dans le Royaume-Uni. On voit que l'avenir de notre fabrication est immense.
On s'étonnera moins de cette comparaison si défavorable pour nous , quand on se rappellera que la fabrication des cotons est une industrie presque nouvelle en France, et qu'elle ne tient que le second rang parmi nos manufactures, tandis qu'elle occupe le premier parmi celles de la Grande-Bretagne.
On admet, comme un aperçu approximatif^
aSs IfrDUSTRiB.
que les chiffres suivants expriment la situation présente de l'industrie cotonnière dans le Royaume-Uni.
Valeur des tissus ^briqués 900,000,000
— de leur matière première . . aa5,ooo,ooo un 4^
— des matières tinctoriales . • . iia,ooo,ooo un 8^
— du travail de 1,400,000 ouvr. 5 18,000,000 6/9^ Bénéfices * . . • • 4^,000,000 uuao*
La valeur créée par les manufactures de coton est égale aux deux tiers du revenu total de l'État dans les Iles Britanniques; elle est à peine inférieure au produit de toutes les contributions annuelles de la France. Elle est trois à quatre fois aussi grande que les revenus du gouvernement Russe. Elle donne à chacun des 1 ,5oo,ooo ouvriers qu'elle occupe, un salaire annuel d'environ 35o francs. Le commerce anglais est parvenu à placer dans les marchés des deux hémisphères, plus de la moitié de cette valeur immense. Les revenus entiers de la Prusse ou de l'Espagne sont loin d atteindre au tiers de cette somme.
Cette richesse prodigieuse est produite par les machines à filer d'Arkwright et de Crompton, par les métiers mécaniques de Cartwright et de Radcliff , et par le travail de i,5oo,ooo ouvriers, et la force de 33,ooo chevaux de vapeur, jointe à celle de 1 1 ,000 chevaux donnée par des cours d'eau. Ces moteurs d'une puissance jusqu'à pré-
iKDtJSTRiE. 283
sent sans exemple dans les annales du monde , mettent en action 9,333,ooo broches, 100,000 métiers mécaniques et aôo,ooo métiers à la main.
Les seules* manufactures où Ton file ou tisse le coton, sans y comprendre celles où il est teint, imprimé, etc. , étaient, en i83Ô, ainsi qu'il suit:
M «DufMiartt. Métiert i Tap«Dr. OaTikit.
Angleterre ijOjo 90,679 182,093
Galles 5 » i,i5i
Ecosse. ...... 169 i7,53i 3;i,58o
Irlaude a8 hii^ 4»3ii
Total. . . . i,a6a 109,626 220,184
Mais les branches d'industrie, non comprises dans ces chiffres, ont un immense développement. On peut en juger par les progrès qu'a faits l'impression des tissus de coton. La quantité de mètres ou jrards imprimée fut :
En 1796 20,621,000
i83o i47,65o,ooo
b. Lainages.
Cette industrie est la plus ancienne de toutes celles de l'Angleterre ; elle est l'un des premiers éléments de la puissance manufacturière et com^ merciale que ce pays commença à acquérir, il y
â84 INDUSTRIE.
a un siècle. L'usage immense des cotons Fa iait décheoir de sa prospérité y mais quoiqu'elle ne tienne maintenant que le second rang, elle n'en est pas moins d'une grande richesse. Voici des termes numériques qui exprimenfises éléments.
Les laines sont fournies aux manu&ctures de draps et autres lainages par les troupeaux indigènes et par le commerce étranger.
Les 46 millions de moutons que possèdent les Iles Britanniques, donnent chacun cinq livres de laine en suint. Ces â3o millions de livres pesant sont réduites à i33 millions de laines lavées à dos, à raison de deux Uvres pour 3 i/a en suint. A 1 fr. 25 cent., ces laines indigènes valent i66,q5o,ooo fr.
Si l'on balance l'importation et l'exportation des laines étrangères, on trouve quHl en a été versé dans la consommation les quantités suivantes :
. 7,691,000 liv.
. . di,o3i,ooo Hv
. i6,a56^ooo
. 4i)ioi,ooo
. . 4o,84o,ooo
Le droit ne pèse point sur les laines des pos-
sessions anglaises; il frappe seulement de lo cent, la livre de laine étrangère, et il en obtient, au total, 3 millions et demi de francs, sur une valeur de 5o millions. C'est 7 pour 100.
On voit, par le tableau ci-dessus , que la consommation des laines étrangères s'est augmentée depuis huit ans, et qu'elle est maintenant double de la quantité qu'absorbaient les fabriques ^ de 18a 1 à i8q6.
L*approvisionnement annuel monte aux quantités et valeurs suivantes :
Quaoïiiéa.
Valearju
ProportioM.
Laine indigène. i33,ooo,ooo 1 66,260,000 f. plus des 3/3 — étrang. . 40,000,000 ôo,ooo,ooo iiioinsd'unS*
Totaux . . 173,000,000 216,260,000
La fabrication doublait seulement autrefois la valeur de la matière première. La variélé des produits et leur légèreté plus grande ont augmenté cette proportion , que nous estimons élre maintenant comme 3 sont à 1.
Cette fabrication a fourni à lexportation , dans les années récentes ci-après, des quantités de lainages dont la valeur déclarée est comme il suit:
i83o. . 118,200,000 fr. i833. . 167,350,000 fr. i83i. . i3o,8oo,ooo i83/|. . i4a,4oo,ooo
a86 INDUSTRIE.
D'après ces données , voici la situation actuelle de cette grande industrie :
La production annuelle des fabriques vaut 54o,ooo,ooo f. L'exportât, moy. des 2 dernières années. i5o,ooo,ooo ' La consommation intérieure 390,000,000
C'est une dépense de 16 fr. aô c pour chaque habitant du Royaume-Uni.
M. Porter, dans l'excellent ouvrage qu'il vient de publier (a), fait connaître, d'après les docu* ments officiels, le nombre des fabriques de lai-» nage et celui de leurs ouvriers, en i835.
Nomb. d« maouf.
Total».
nom met.
Femmac.
OoTtion.
Ân^çletcrre.. ï,ioa
Galles. ... 85
iSj
Ecosse ... 90
it793
3,5oô
Irlande. . . 36
ToUux. . i,3i3 37,477 33,797 7^,274 c. Toiles.
La culture du lin , en Ecosse et surtout en Ir» lande , donne au Royaume-Uni la matière première d'une fabrication de toiles aussi riche qu'étendue. Nous allons essayer d*en calculer les quantités et les valeurs.
Etendue de» cuit. Quratilé des produiu. ?al«nr ém prodoils.
Ecosse . . 7,000 hect. i4i00o,ooo liv. 5,25o,ooo fr. Irlande. . 120,000 240.000,000 90,000,000
Totûux, 127,000 254,000,000 95,25o,ooQ
(a) The Progress of the nation. 1836.
INDDSTniE. 287
Les â54 raillions de livres de filasse indigène sont estimées à raison de 760 fr. le tonneau pesant â^ooo liv. L'importation des lins étrangers y ajoute annuellement la quantité suivante :
i83o • . io5^o5o,oooliv. i832 , . 108,240,000 liv. i83i . . 101,006,000 i833 . . 122,320,000
Le dernier de ces nombres, réduit en tonneaux , élève l'approvisionnement total aux quantités et valeurs ci-après :
Valenra.
fr.
Lins indigènes . 127,000 tonn. à 750 fr. 96,260,000 3/2 — étrangers. . 61,160 46,796,000 i/3
Totaux. . . 188,160 141,046,000
Voici les produits fabriqués avec celte masse de matière première,
L*Irlande seule a exporté , tant en Angleterre qu'à l'étranger , les quantités de toiles et de fil exprimées ci-après , les unes en yards ou aunes de 3 pieds de long , et les autres en livres poids de marc.
Toilts. Fil.
1801 37,911,600 aunes. 2,63i,oooliv.
1817 56,23o,ooo 1,671,500
a88 INDUSTRIE.
Les toiles fabriquées en Irlande se sont élevées aux quantités d'aunes ci-après :
i8ao . . 75,908,000 aunes. iSaS . . 82,237,000 aunes,
Les toiles fabriquées en Angleterre et en Irlande, et exportées à l'étranger, ont été ainsi qu'il suit :
TîMos anglais.
TUau» irlaodak.
Totaux.
69,476 aun.
• 5o,799,ooo
Tous les tissus de lin et chanvre sont compris dtins ces chiffres , excepté la toile à voile.
La valeur déclarée de l'exportation de deusp années récentes est constatée de la manière sui-^ vante:
TInu*. FiL Totaux.
i832 . . 4^,900,000 fr. 1,682,000 fr. 44,^82,000 fr, i833 . . 62,426,000 3,643,000 55,968,000
La fabrication portant au double la valeur de la matière première, on peut poser les chiffres ci-après comme exprimant, par approximation, la situation de l'industrie des toiles dans les Iles Britanniques.
INDCSTRIE. 289
Valeur de la matière première. . . i4i,o45yOoo fr«
— de la fabricatioa aSft^ooOyOoo
— des tissus exportés 56,ooo,ooo
— de la coDSommatiou .... 226,000,000
C'est une dépense de plus de 9 francs par personne, mais qui est sans doute en réalité beaucoup moindre, attendu que Teiportation indiquée ne comprend que les tissus et les fils , et laisse en dehors une quantité de trames et autres fils ouvrés, qui sont employés dans les pro-» duits d'autres manufactures.
On estimait , en i833 , que les toiles formaient une fabrication annuelle de S175 millions de francs; nos calculs nous conduisent à une appréciation un peu plus forte, mais qui est d ailleurs d'accord avec les faits postérieurs, puisquedepuis il y a eu accroissement dans Texportatioti.
Dans cette branche d'industrie , comme dans beaucoup d'autres , les Iles Britanniques fabriquent encore les qualités inférieures , qui sont d'un grand débit, plutôt que les tissus très beaux , dont la vente est moins assurée. Les 1 1 a millions d'aunes de toile ou de batiste , placées sur les marchés étrangers^ en i83q et i833 , n'ont été déclarées par les expéditeurs que pour 95^3125,000 francs. C'est moins de ao sous l'aune ; tandis qu'en France notre faible exportation de i,q409Ooo kilogrammes est évaluée
âgO INDUSTRIE.
3a, 640,000 fr. ) ce qui donne une valeur de 1 3 fr. m cent, à chaque livre de tissus. Il fan* drait, pour que les prix fussent égaux entre les deux pays, qu'il y eut i3 à i4 aunes de toile à la livre , ce qui est fort loin de la réalité.
d. Soieries.
Cette belle industrie est presque récente en Angleterre. £n 1770, la consommation annuelle des soies n'excédait pas une valeur de â millions et demi; en 1780 , elle n'atteignait pas le double de cette faible somme. En 1800, elle n'était encore que de 8,5oo,ooo fr. Les quantités importées se sont augmentées ainsi qu'il suit :
1814. • . a,a8o^ooo liv. i833. . . 4)6S4>ooo Hv.
iBtio. . . 2^546,000 1834* . • ^jS^^yOùo
Ainsi y en sia ans , la consommation des fabriques de soierie a doublé en Angleterre.
Les quantités de soie employées dans ces fabriques^ pendant les quatre dernières années , valaient , à raison de 33 fr. la livre :
En 1832 . . 131,190,000 fr. i834 . . 149,226,000 fr. i833 . . 154^572,000 i835 . • 191,004^000
L'exportation des tissus fabriqués par les manufactures anglaises a été de la valeur déclarée ci-après :
£q i83a . . 13,24^9000 fr. i834 • . i5,9iO;00o fir. ;833 . . i8,435;Uoo i835 . . si493oo,ooo
On peut tirer de ces chiffres les résultats suivants, qui donnent des notions approximatives sur la situation actuelle de l'industrie des soieries dans les Iles Britanniques :
Le travail des fabriques n'augmente la valeur élevée de la matière première que d'un quart seulement ; la production annuelle vaut à peu près . . 200,000,000 fr. L'exportât, moy. des deux dern. années. 112,000,000 La consommation intérieure monte à. . 178,000,000
C'est 7 francs par habitant du Royaume- Uni.
Les produits bruts de l'industrie de la soie se sont accrus ainsi :
1783 83,700,000 fr.
Ils ont triplé de valeur en 27 ans, malgré la concurrence et la supériorité des manufactures françaises qui les ont empêchés de trouver place, dans les marchés de TEurope. Néanmoins , les débouchés que leur ont offerts les pays d'outremer, leur ont permis de doublerleur exportation dans ces derniers temps.
Toutes les diverses espèces de tissus fabriqués dans le Royaume-Uni, cotons, lainages, toiles et soieries, occupaient, en i833, 67,000 métiers.
QQQ INDUSTRIE.
mus principalement par l'eau et par la vapeur. On admettait qu'ils fournissaient, l'un pour l'autre, 3'2 yards ou mètres par jour, ou 876,200,000 par an. En supposant que la consommation annuelle de chaque personne soit de six mètres, cette fabrication pourvoit aux besoins de 62,700,000 individus, faisant presque un tiers de la population du globe. On a calculé que ces tissus pourraient couvrir a5,38i hectares, ou m lieues carrées et 3/4* et que leur longueur serait de 71,370 lieues moyennes; ce qui équivaut à 7 1 fois la largeur de l'océan Atlantique.
e. Fers.
L'abondance extraordinaire des mines de houille et de fer de la Graiî de-Bretagne est Tune des principales causes de la supériorité industrielle de ce pays. Aucune autre partie de l'Europe ne possède de tels avantages, ou du moins il n'en est aucune qui ait su en profiter aussi bien.
On estime que les minerais extraits annuellement fournissent 700,000 tonneaux de fonte de fer, chacun d'environ 1000 kilog., et valant, l'un pour l'autre , 1 5o francs, parce que des fers de forge s'y trouvent compris. Cette matière première s'élève au moins à io5 millions de fr. Sa valeur, quadruplée par le travail de 870,000 ou-
vriers, forme une immeiise fabrication de 44^ millions et demi. C'est la deuxième industrie de l'Angleterre; elle prend rang après les manufactures de coton. Voici sa situation actuelle.
Valeur des matières prem. Fonte anglaise. io5,ooo,ooo fr.
— foute et fer importés de l'étrang. a,a5o,ooo
Total io7,!i5o,ooo fi\
Valeur de la fabrication 44^>^oo,ooo
— de l'exportation 80,000,000
— de la consommation 362,5oo,ooo
L'importation des fontes et fers étrangers a été ainsi qu'il suit pendant quatre années récentes :
i8ao .... 7,893 tonn. i83a .... i4>634 tonn. i83o .... 12,994 i833 .... 15,573
i83i . . ; . i3,656 i834 .... i5,4oo
On voit qu'elle ne forme qu'un 46* de la production du pays ; cependant on doit observer que l'im^rtation a doublé depuis 1820.
L'exportation est composée de deux séries très distinctes. La première comprend les objets indiqués ci-après, en nombres ronds:
Qnantilte. Valeuri.
Fers en barres 64^000 tonn. la^Soo^ooo fr.
— en verges 10,000 2,a5o,ooo
— eo gueuses 12,000 i,5oo,ooo
— fondus 9>ooo 3,3a5,ooD
^94 IHDUSTRIE.
Fers eo cercles . . 8,000 2,>5o,ooo
Ancres i^ioo 926^000
Fil de fer 600 oSo^ooo
Clous 4;5oO -3^000^000
Autres objets 14,000 11^000,000
Acier 1,200 i,4oo,ooo
Totaux. . . 1 34,400 toon. 38,700,000 fr.
La seconde série , qui est formée de ia coutellerie anglaise et de la poterie de fer, est beaucoup plus importante; on en jugera par le tableau comparatif ci-après :
1832. 1ft33. 1SS4.
Coutellerie. . 4o,55o,ooo f. 3o,85o,ooo f. 36,65o,ooo f. Fei"8 et acier . 28,100,000 29,767,000 35, 125,000 Machines . . 2,65o,ooo 2,817,000 3,175,000
T. par année. 71,300.000 67,934^000 74,950,000
La contrebande s'exerçant facilement sur la plupart des objets les plus chers de la coutellerie, nous croyons que l'Angleterre place, dans les marchés étrangers , pour beaucoup jAus de 80 millions de fers et aciers fabriqués, non compris pour 8 millions d'armes.
Nonobstant la diminution que ces exportations patentes ou clandestines font éprouver au chiffre de la consommation , celui-ci s'élève encore au-delà de 3oo millions ; ce qui fait une participation de 12 fr. Soc. pour chaque habitant,
INDUSTRIE. dgÔ
dans rimmense fabrication desfers^qui excluent chaque jour, de plus en plus^ Tusage du bois, et servent à faire des lits, des toits ^ des navires et des routes.
f. Peaux.
La préparation des peaux est au nombre des premiers succès de l'industrie anglaise, et les seuls cuirs d'un bon usage qu'on employait il y a cinquante ans, sortaient tous de ses ateliers. Les progrès des connaissances et des applications chimiques ont détruit, pour la France, ce monopole ; mais il a'a point cessé de continuer de s'étendre sur d'autres pays > et c'est l'Angleterre qui fournit les cuirs vernis, la buffleterie militaire, les souliers et les bottes dont on se sert dans toute l'Amérique, l'Inde et même une partie de l'Europe. Pour fournir à ce commerce et à sa propre consommation , le Royaume-Uni importe chaque année une immense quantité de peaux de toute espèce, sèches, salées, tannées, non tannées , qui retournent en partie dans les lieux d'où elles proviennent, quand les fabriques anglaises les ont préparées pour l'usage auquel elles doivent servir. Voici les bases de ce commerce et de cette consommation, intérieure qui échappent l'un et l'autre à une appréciation rigoureuse par l'effet de la variété et de l'étendue
QgÔ mDUSTBIE.
des transformations que subissent les matières premières.
a. Peaux indignes.
Nombre. Talcor moyenne.
Peauxdcbœufsetdevacbe5. 2,200,000 à 20 Fr. 449000,000
— de veaux i,i53,ooo 6 6^918,000
— de moutons 15,175,000 4 60,700,000
— d'agneaux 5,35o,ooo i 5,35o,ooo
b. Peaux importées.
P. deboeufs, vacb. ou ch. 38o,ooo 7,600,000
Peauzde veaux 8,000,000 82,000,000
— de moutons 255,ooo 1,020,000
— d'agneaux 2,8i3,ooo 2,8i3,ooo
— de cbèvres 476,0003 i 5o 714,000
— de cerfs ou daims. . . 55,ooo 10 55o,ooo
— de veaux de mer . . . 35o,ooo 20 7,000,000
Ces deux catégories fournissent aux manufactures les quantités et valeurs ci-après.
Peaux indigènes . . 23,878,000 valant 116,968,000 fr.
— importées. . i2,33o,ooo 51,767,000
Totaux . . . 36,208,000 p. valant 168, 726, 000 fr.
Si Ton admet que la main-d'œuvre double le prix de la matière pri^mière, l'industrie des cuirs donne annuellement auRoyaume-Uni, une quantité de produits bruts estimés à 337,45o,ooo fr.
Les évaluations antérieures de cette branche de manufacture rendent ce résultat très probable , surtout quand on considère Taccroissemeut
progressif du nombre des peaux importées , ce qui manifeste l'extension des besoins de la production. Cette industrie était estimée donner, aux époques ci-après , des produits dont la valeur était :
En 1783 de ... . 262,600,000 fir. selon Andcrsoo. 1806 .... 262,000,000 Fr. Eden. 181 3 .... 300,000,000 Coiquhoan. i836 .... 337,460,000 M. de J.
Nous ne pourrions continuer de suivre ainsi l'industrie Britannique dans ses autres branches sans excéder les limites imposées à cet ouvrage. Il suffit de la masse considérable des faits numériques que nous venons de développer pour apprécier cette force immense de production, qui fait de l'Angleterre le premier de tous les pays industriels qu'ait jamais possédés notre globe.
Mais il ne faut pas que cette fortune prodigieuse excite seulement Fétonnement et l'admiration; elle doit être encore un enseignement utile pour les peuples appelés dans la même carrière. Il faut puiser dans les annales de l'in* dustrie Britannique les exemples dignes d'imitation qu'offrent l'activité, Tintelligence, l'esprit d'ordre et d'économie des manufacturiers anglais, et le courage, la persévérance, l'habileté de leurs ouvriers , dont plusieui^s ont acquis un
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nom européen par leurs ingénieuses inventions.
Il £3iut surtout étudier, dans l'histoire des institutions industrielles de l'Angleterre , les actes qui signalent la sollicitude perpétuelle du gouvernement pour les intérêts manufacturiers du pays. Sans doute cette sollicitude n'a pas toujours été éclairée et efficace , mais elle n'a pas cessé d'être pleine de bon vouloir et de patriotisme; et jamais, nous le croyons^ une mesure favorable à l'industrie n'a été renvoyée , par le Parlement , d'une session à l'autre , et différée pour faire place à d'autres objets qu'on aurait considérés ailleurs comme plus importants. Rien ne coûte au gouvernement anglais, rien ne Tarréte quand il s'agit de protéger l'industrie nationale. Il y a toujours quelques dispositions qui la concernent, quelques vues secrètes ou explicites en sa faveur, dans chaque alliance, chaque rupture, chaque traité de paix, chaque acquisition de territoire. On a poussé si loin ce système de protection, qu'on a sacrifié long-temps à l'industrie jusqu'à la liberté individuelle, l'équité et la justice.
Nous pouvons en citer de nombreux exemples.
Une loi de 1721 défend les boulons de drap, afin de faciliter la vente de ceux en métal.
Un acte de 1671 ordonne à toute personne
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au-dessus de sept ans, excepté les dames, les gentilshommes et les possesseurs d'un revenu de 20 marcs, en biens fonciers, de porter, le dimanche et les jours de fête, un bonnet de laine , tricoté, foulé et arrangé, en Angleterre, par un bonnetier anglais , sous peine de trois sous d'amende pour chaque jour de contravention. Cette loi était dirigée contre l'industrie flamande, qui faisait concurrence aux fabriques anglaises nouvellement établie. Un acte de 1487 avait déjà, dans le même but, défendu à tout étranger de faire aucune espèce de commerce de détail en Angleterre.
Dès 1337, une loi, destinée à donner aux manufactures de lainages le droit exclusif d'habiller de toute pièce la population, défendit expressément de porter aucune espèce de drap étranger.
Un statut de 1660, qui n'a étv' rapporté qu'en 1825 , prohibait toute exportation de laine indigène, dans l'objet de priver de cette matière première les fabriques de draps des contrées voisines, et d assurer à celles du pays les avantages que promettait l'usage des laines longues des moutons des Dunes.
Pour étouffer les manufactures de drap de rirlande, qui menaçaient de prospérer, un acte de Guillaume III leur défendit d'exporter leurs
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produits ailleurs qu'en Angleterre y où ils étaient grevés de droits qui avaient l'effet d'une prohibition.
Enfin , depuis 1 600 jusqu'à ces derniers temps^ une quantité de lois ont été rendues pour^empêcher l'émigration des ouvriers et l'exportation des machines, outils et ustensiles employés dans les manufactures , afin de mettre obstacle à ce que les étrangers en tirassent avantage dans leurs fabrications.
C'est de nos jours seulement que la raison publique a fait justice de cette prétention insensée de monopoliser toute industrie. C'était vouloir empêcher le soleil de luire pour tout le monde. Mais les leçons d'égoïsme national, données si long-temps par l'Angleterre aux peuples de l'Europe , ont fructifié chez la plupart d'entre eux, et l'industrie Britannique éprouve le malheur d'avoir forgé des armes qui servent maintenant à la combattre.