‹ Statistique de la Grande-Bretagne et de l'IrlandeChapitre 36 sur 103 · ÉTAT ANCIEN DE LA RICHESSE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT ANCIEN DE LA RICHESSE PUBLIQUE

L'appréciation de la fortune publique est une donnée si importante dans l'histoire économique des peuples^ que nous avons du ne négliger aucun soin pour recueillir, dans les écrits des publicistes anglais , les chiffres par lesquels ils ont exprimé le produit brut et le revenu des Iles Bri-

3oa RICHESSE PUBLIQUE.

tanniques, depuis des époques éloignées jusqu'à nos jours. I^ collection que nous sommes parvenus à former fournira de curieuses comparaisons entre les temps anciens et actuels. Il est presque inutile de dire que les termes numériques que nous allons produire n'ont que rarement la recommandation d'une source officielle; mais ils ont toujours celle de noms distingués qui font autorité sur ces matières et qui méritent toute confiance.

Davenant est l'auteur le plus ancien qui ait cherché à fixer la valeur du produit brut du sol de l'Angleterre. Il l'estima, en 1698, à 1 ,0849000,000 de fi^ancs^ ou deux cinquièmes de son terme actuel. Il évalua celui de la France, à cette époque, à 1,974^000^000 de francs ou moitié plus. Cette estimation était inférieure, de très peu, à celle de Vauban, qui, en 1700, portait à a,336,ooo,ooo le produit brut de notre sol. Cette coïncidence montre la justesse des calculs du publiciste anglais.

En 1692, sous Guillaume III, on fit, en Angleterre , un cadastre fort imparfait , d'après le quel les terres furent taxées à raison d'un shilling par livre sterling de leur revenu , ou un 9o^ Cet impôt donna la millions et demi de francs; ce qui portait à aôo l'évaluation du produit net des terres* Cette taxe a toujours subsisté depuis 1 44

RICHESSE PUBLIQUE. 3o3

ans; mais on Ta souvent doublée, et on l'a élevée même jusqu'à l\ shill. par livre sterling ou le 5* du revenu. Alors elle montait à plus de 5o millions de francs 9 savoir : 49)74^)000 pour l'Angleterre et 1,197,000 pour l'Ecosse.

Philips 9 dans son état de la nation , publié en 1726, donne des chiffres curieux qui peignent la situation de l'Angleterre , il y a 110 ans. Il porte :

Le rcvcDO net des terres et maisons, à 5oo,ooo,noo fr.

Gelai do gotiTcrDement 95,000,000

La dette pabliqoo i,535, 000^000

La consommatîun d'objets mannfactnrés. . . . /|Oo,ooo,ooo

Les importations. i33,5oo.ooo

Les réexportations 07,600,600

La consommation d'objets ou matières premières Tenant de l'étranger 95,000,000

Les droits des douanes 4o>ooo,ooo

Les autres taxes 55, 000,000

Enfin, la masse entière des transac. en argent. 3, 1 54,976,000

Dans ce temps ^ la douane prélevait Sopour cent sur les marchandises importées, et le fisc 10 et demi sur le produit net des terres; cependant, le gouvernement était quinze fois moins riche qu'âujourd^huiy et il devait quatorze fois autant que son revenu annuel.

En 1 779, Arthur Young, l'un des plus illustres économistes de l'Angleterre, estimait delà manière suivante les revenusde la Grande-Bretagne.

3o4 RICHESSE PUBLIQUE.

Revenu net des terres cultivées 480,000,000

des bois 3o, 000,000

— des maisons 5o,ooo,ooo

des mines 5o,ooo,ooo

Revenu total de la propriété foncière. . 610,000,000

Revenu des fermiers 312,870,000

Valeur du travail des laboureurs 100,000,000

Total du produit brut du sol 1,022,370,000

Dîmes du clergé i56,a5o,ooo

Taxe des pauvres 48,i65,ooo

A déduire du produit net 204,41^9000

Produit net foncier, toute cbarge payée. . 406,000,000

Évaluation du travail des artisans .... 3ôo,4oo,ooo

— du travail agricole et industriel. 4So,ôoo,ooo

En 17999 quand le ministre Pitt proposa au Parlement l'établissement de Y Income-taxe ^ il évalua, ainsi qu'il suit, le revenu net de l'Angleterre exclusivement :

Revenu des terres 6a5, 000,000

— des maisons . .• iSojOoo^ooo

Dîmes du clergé ia5,ooo,ooo

Revenu net de l'Angleterre 900,000,000

En vingt ans, le revenu des taxes s'était augmenté de 4^ millions. Il est vrai que Young avait porté beaucoup trop bas le revenu des maisons ; Pitt lui-même ne l'axait pas assez élevé, et dans la même année, Grellier estimait qu'il était,

ooo.ooo

RICHESSE PUBLIQUE. ^o5

pour l'Angleterre, de 186 millions, et pour TÉcosse de 3i ; ensemble 1216. En 1801, Frédéric Eden lui donnait une valeur de 287 i/q millions. H. Becks, dans ses observations sur Vincometaxej établit qu'en 1800, les revenus productifs de la Grande-Bretagne étaient ainsi qu'il suit :

« j . ,. (Anglet. 6oomill.)

Rev. des terres culuv. J /, > 720,

V Ecosse 120 — ;

Dîmes , en Angleterre seulement 76,000,000

Revenu des maisons 2oO)Ooo,ooo

— des fermiers. 126,000,000

des mines , canaux , péages. . . . 100,000,000

— de la dette publique 3oo,ooo,ooo

— du commerce intérieur ^ 120,000,000

— du comm. extér. et de la navigat. 80,000,000

Total 2,440,000,000

Les trois premiers articles réunis élèvent le revenu net de la Grande-Bretagne , au commencement de ce siècle, à 995 millions.

Suivant Middleton , dans son Essai sur l'agriculture ^ publié en 18049 la production donnait alors dans la Grande-Bretagne, les sommes ciaprès énumérées.

Produit agricole brut 3,167,260,000

A déduire la valeur du travail » estimée. . i,4i7}25o,ooo

Produit agricole net de la Grande-Bretag. 1,760,000,000 — de l'Irlande . ..... 1 14,400,000

Revenu net dli Royaume-Uni, ea 1804. i ,864,4oo^ooo

QO

3ût> RICHESSE PUBLIQUE.

Dans la Grande-Bretagne, le revenu était donné par les sources de richesse ci-après :

Produit net de la culture des céréales. . . 612,000,000

— des pâtur. , du bétail et des troap. iy054|O0OyOoo

— des autres productions agricoles. . 84,000,000

Ce revenu était distribué comme il suit :

Revenu des propriétaires i ,o5o, 000,000

— des fermiers 3^5,ooo,ooo

Dîmes et taxes 325,ooo,ooo

Dans la Grande-Bretagne , la rente de l'hectare montait à 92 francs; et en Irlande, seulement à q6. Le revenu foncier s'élevait à i3<25 millions; les contributions directes en prenaient le quart ou q5 pour cent ; proportion énorme , qu'exigeaient les subventions données à toutes les puissances de l'Europe pour combattre la France.

En 1810, un tableau présenté officiellement au Parlement, énumère de la manière suivante les revenus de l'Angleterre et du Pays de Galles :

Revenus des terres 737,676,000 Fr.

-» des maisons 3a5,25a,ooo

Dîmes 58^8'i5,ooo

Revenus des mines et carrières. . . . i8,35o,ooo

Bénéfices généraux 1,375^000

Revenus des professions industrielles. . 8o5,a5o,ooo

Total 1,952, i5o,ooo

D'après cette évaluation du gouvernement, le

RICHESSE PUBLIQUE. Soy

revenu net de FAngleterre était, en 1810, dé 1,140,000,000 de francs.

Une estimation en masse attribuait , à peu près kla même époque, une valeur de 3,4oo,ooo,ooo de francs , à Tensemble du revenu territorial et du revenu commercial du Royaume-Uni tout entier. Il est difficile de porter un jugement sur un terme aussi complexe et aussi vague.

En 181 3, Colquhoun, embrassant dans ses évaluations les trois parties du Royaume-Uni, évaluait aux sommes suivantes leur produit brut :

Terres, bétail, troupeaux, maisons. . 5,420,426,000 fr.

Mines, houillères 226,000,000

ManuFactui^es 2, 855, 760,060

0)inmerce intérieur 787,600,000

— extérieur; , ; . 1,169,325,000

Cabotage 60,000,000

Pêcheries exclusiv*. à Terre-Neuve. . 62,600,000

Banques ' 87,600,000

Heveuu étranger . . • • . i25^ooo,b6o

Total • io,763yoa5,ooo §r.

Plus : 63 colonies; leurs productions. l,263,5oo,ooo

Los possessions de rinde . . . .6,298,150,000 '■

t ■ ■ .. lj

Total général ..17^314,676^000 fr:

Colquhoun estimait ainsi qu'il cuit li$, capital des terres cultivées du Boyaumc-Unî, à l'époque ci-dessus:

3o8 RICHESSE PUBUQUR.

Angleterre. ii,25o,oooh. ou5/8dutout. 18,760,000,000 Ecosse. • . i,4o6}Ooo un 8*. . . . 3,762,000,000 Irlande. . . 2,812,000 2/8 7,604,000,000

i5>468,ooohect. 3o,o 16,000, 000

Revenu net à 5 pour cent i,5oo,ooo,ooo

Le produit brut du Royaume-Uni était réparti de la manière suivante, d'après le même auteur :

Penonnca. Fr«im.

Agriculture, mines. . . . 6,129,142 2,681,160,000

Bianufactures , industrie. . 2,066,600 1,430,676,000

Commerce intérieiu* . . . 4,699,139 2,466^760,000

— extérieur. . . 4o6,35o 701,400,000

Marine et pensionnaires . . 941,600 63o, 160,000

Autres 2,964,172 2,864,000,000

Totaux 17,096,800 10,763,026,000

En se renfermant dans la Grande-Bretagne, exclusivement à l'Irlande, Gray refit ces calculs en 1818, et y apporta plus de justesse :

Pf porti— à h Prttdaili. ohm* fUim,

Agricnltenrs et antres qai fonmissent k la sQbaistance pabliqne. 2,100,000,000 3o p. 0/0

Manafactariers et antres fonrnissant k la consommation et à Texportation. . 976,000,000 i4

Mécaniciens, maçons , odrriers, occapés des nécesiitésde la vie domestiq. 976,007,000 i4

Armée, marine, emplois ci? ils, rentiers, payés an moyen des impôts. . . . 1,660,000,000 aa

ficclésiastiqnes, hommes de loi, médecins, artistes , domestiques. 1 ,200,000,000 17

Paufres nvaat de la taae et de la charité pobliqne 3oo,oiOO,0€io S

Total 7,000,000,000 fr.

RICHESSE PUBLIQUE. SOQ

Le revenu net des terres du Royaume-Uni est énuméré comme il suit, dans des documeDts publics y pour trois époques comprises dans les quinze dernières années :

la». 1811

Angleterre. lyaoOy 7 !i 5,000 i,oa5,ooo,ooo 1,012,000,000 Ecosse. . . 85,900,000 i5o,ooo,ooo 170,000,000 Iriaode . . 200,975,000 35o,ooo,ooo 35o,ooo,ood

^•^•^^^^^^^^^•m^mmm^m^^Ê^ HsaKaBiaavaa^i^BBas^BVi^Bva •tmm^Ê^mÊ^m^m^^m^mm-^m^^mmm

Totaux. 1,487,600,000 1,5^5,000,000 i,532,5oo,ooo

La diminution du revenu, en Angleterre, a été produite par rabaissement du prix des céréales; et son accroissement, en Ecosse et en Irlande, résulte des progrès faits pendant ces dernières années par ces pays , dont la prospérité se développe admirablement.

Nous allons récapituler, dans les paragraphes ci-après, les termes numériques attribués aux produits territoriaux bruts et nets par les publicistes anglais, k différentes époques du xvui* et du XIX' siècle.

1« AeCGLETERRE ET GALLES.

Produil brat.

Prodnit net.

AnioffM*.

65o,ooo,ooo

Kiog.

Davensot.

Gentz.

Philips.

A. TouBg.

3 10 RICHESSE PUBLIQtJfi.

Produit bny. Produit od. Autotiir».

*7é>9" »f^<^|0«V<><^ ' 9P«»ooo,ooo W. F'uu

i8eo. 9j4oOyOi>pyOqo i^aapyOOOyOoo Beckg.

1810. a^aSoyOOOyOoo 1,140^000^000 D. off.

182 1. 2,400,000,000 1^200,735,000 D. pub.

i836. 8,4119650,000 'i,oa5,ooo,ooo(â)M. de J.

a* ECOSSE.

1,698» lajOootOoo • • 4,000,000 Sinclair.

1821. 381,000,000 85,900,000 p. pub.

1828. 4^0,000,000 i5o,ooo,ooo id.

i83$. 1 ^Ao,690,ooo , 170,000,000 M. dei.

• 3' ÔRATTDE-BftEtÀÔTTÈ.

16^. 1,046^000.000 . 52ifW}0.,qop\ JJ^ye^àntyS'mdr

182 1. 2,781,000^000 1,286,625,000 D. pub. 1828. 2V9(>b,6oo,ooo 1,175,000,000 ' id.

i836. 3,992,270,000 i,x95,oao,OGb'' Mv é^lf.'

i8o4l'i '456,ooa,ooo 11 4, '^0,000 Middleto».

i42i»i • 8oo,oao>opo soa,tooD>aoo D. pub.-

1828. 1,400,000,000 35o,ooo,ooo .. Af*

i836. 1,733,450,000 430^000,000 M. de J.

'5* ROYAUME-UIil.

1800. 3,060,000,000 1,584,000,000 A. Young.

1802. 3,623,25o,ooo 1,864,000,000 MtddletoD.

i8o5. 4> 101,000,000 2,45o,ck)o,ooo Gentz.

(a) NoB dompiis les maiaoïiê et les mines tpâ aectoissent pro» bablemcttt Vm nambres précédents.

RlCEi£S$E PUBLIQUE. 3l l

Produit brut Produit ntl. Aulorilis.

i8i3. 5,645,000,000 a,68i,i5o,ooo Golquliouo. 1824. 0,3419000^000 3,400,000,000 Marshall. i836. 5^7a5,72o,ooo(a)a,aoo,ooo,ooo(b) M. de J.

La diminution qu'on remarque dans le produit net des époques les plus récentes s'explique par l'abaissement du prix des céréales, et l'accroissement progressif de la valeur du produit brut par l'augmentation considérable des productions agricoles de l'Ecosse et de l'Irlande, pays où le travail manuel est plus grand qu'en Angleterre , ce qui accroît les frais de culture sans augmenter proportionnellement le revenu.

SECTION n.

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