‹ Statistique de la Grande-Bretagne et de l'IrlandeChapitre 40 sur 103 · ROYAUME-UNI · texte numérisé non relu

ROYAUME-UNI

Prod. terril, «t indif.

PopulalioD.

Conting. p. bab

ii,3oo,ooo

2l5 fi*.

i6,3oo,ooo

. . 8,5oo,ooo,ooo

iH

. . 9,45o,ooo,ooo

4oo

FRA.TfCB.

3i,85o,ooo

Ces données, qui comprennent des masses immenses de détails calculées avec soin, ont été ramenées à dessein et non sans peine à des

termes comparables , dont nous allons tirer des faits inédits , essentiels à l'histoire contemporaine.

La production agricole et industrielle des Iles Britanniques, mesurée d'une manière absolue, a quadruplé depuis 1783 , en l'espace de 53 ans; elle a doublé pendant cette période^ eu égard à la population , qui est maintenant plus de deux fois ce qu'elle était il y a un demi-siècle.

Depuis 1801, elle a triplé en 36 ans la valeur absolue qu'elle avait, à cette époque ; elle a doublé relativement à la population ; car, dans les i4 années écoulées de 1783 à 1801, elle s'était augmentée seulement comme le nombre des habitants.

En 1806; stimulée par la guerre et par le monopole du commerce maritime , la production Britannique s'élevait à deux fois la valeur qu'elle avait atteinte en 1801, et presqu'à trois fois celle de 1 783. Comparativement à la population , elle avait doublé en six ans , tant FÂngleterre avait habilement profité des éventualités.

£n 18 13, elle avait gagné un tiers en sus, qui correspondait à 64 francs par habitant.

En i8â4Y ^II^ s'était encore accrue, malgré les perturbations que la paix générale avait apportées dans ses débouchés d'Europe. Mais la population, enrichie par la prospérité que lui

avait donnée Fétat de guerre, s etail étendue à ce point, que le contingent de la production n'était plus aussi considérable pour chaque personne; il était tombé de 47 ^ A"* à 4^4-

En i836, la production , devenue plus lente dans ses progrès, n'a pas une valeur qui excède de plus de 5ôo millions celle de i8a4^ ^^ ^<^' croissement étant dépassé par celui de la population, qui pourtant s'est ralenti, le contingent individuel s'est encore amoindri , et est descendu à 4oo fr. par personne. C'est deux fois sa valeur, en 1783 et 1801 ; mais c'est 73 francs de moins qu'en i8i3. Cette atténuation , qui égale le cinquièmeou le sixième de la production actuelle, explique le malaise qu'éprouvent, au milieu de leurs richesses, les habitants des lies Britanniques. La sensation eu serait bien plus pénible s'il atteignait l'industrie ; mais il porte principalement sur la classe des propriétaires fonciers, qui n'obtiennent plus maintenant de leurs céréales les prix exagérés qu'ils en tiraient en i8i3 et dans les années suivantes. La moins-value des blés et l'accroissement trop rapide de la population doivent être considérés comme les causes efficientes de cet abaissement du contingent individuel de la production.

En résumé, la richesse, créée annuellement par la production territoriale et manufacturière

RICHESSE PUBLIUUE. 343

du Royaume-Uni , s'est accrue , depuis 53 ans, par une succession de progrès qu'on peut exprimer ainsi qu'il suit :

En 1783^ pendant la gueri*e d'Amérique. . ...... 4

1801 9 — la guerre contre la république franc. 5

1806, — la guerre contre l'empire français. . 11

i8i3, vers la fin de ceUe guerre 14

1824, après neuf ans de paix i5

i836, — vingt-UD ans de paix 16

Cette richesse calculée , en tenant compte de raccroissement de la population , et d'après sa distribution selon le nombre des habitants à chaque époque , présente une succession de mouvements progressifs ou rétrogrades exprimés par les chiffres ci-après :

Ainsi, la richesse donnée par la production, considérée dans sa valeur absolue, n'a point cessé de s'accroître par des progrès continus depuis plus d'un demi-siècle. La persistance et la durée de cette bonne fortune sont extrêmement remarquables, et seront l'un des faits les plus in*^ téressants de l'histoire contemporaine. Mais, par

contre , si Ton mesure cette richesse comparativement à la population, on trouve que, pendant cette période , elle a éprouvé d'abord un mou* vement d'accroissement prodigieux dont i8i3 est le terme le plus élevé, et que depuis la paix et le nouvel ordre de choses établi par elle dans le monde commercial , la valeur de la production britannique a diminué d'un cii^quième.

Malgré ce déclin , la valeur de cette production forme la plus grande richesse qui ait jamais été créée annuellement par aucun peuple des temps anciens et modernes. On pourra l'apprécier plus complètement en la rapprochant de celle de la France, qui est^ comme on sait, le pays du continent où sont réunis, sur la plus vaste échelle, les avantages d'une, agriculture favorisée par le sol et le climat, et ceux d'une industrie éminemment intelligente, éclairée par les sciences physiques et mathématiques, et protégée par une immense consommation intérieure.

En 1 788, à l'époque de la plus grande prospérité des temps monarchiques , la valeur totale de la production agricole et industrielle, calculée en détail et officiellement par Delay d'Agier, n'était en France que de 3,355,ooo,ooo francs; c'était 94 fr. par habitant, ou moitié moins qu'en Angleterre.

En 1813 , cette valeur s'était élevée à

69331,000^000 fr. Elle avait presque triplé en un espace de q4 ^"^ , sous Tinfluetice de la plus grande révolution qu'ait éprouvée aucun État de l'Europe moderne, et malgré la guerre la plus acharnée et la plus sanglante du xvui* siècle. Comparée à la population , elle donnait alors un contingent de <2i8 fr. par personne, au lieu de 94; conséquemment sa richesse réelle s'était accrue de beaucoup plus de moitié.

En i8q5, après deux invasions des armées étrangères , la production de la France , relevée par une paix de dix années , atteignit le terme énorme de huit milliards et demi. Elle s'était augmentée, en treize ans , d'un tiers en sus audelà du terme qui l'exprimait en 181 a. Mais son accroissement n'était que d'un cinquième , en le mesurant d'après la population.

A ces trois données, tirées des documents officiels , nous désirerions pouvoir ajouter celle de Tétat présent de la production, évaluée d'après des bases authentiques. Mais les matériaux manquent entièrement pour arriver à une pareille détermination; et nous ne croyons pas qu'il nous soit possible de la donner avant deux années de travaux difficiles et laborieux.

En réduisant la valeur de la production en France aux termes comparatifs les plus simples, on est conduit aux chiffres suivants :

£a 1788, après 5 ans de paix 7 1/4

1 8 1 2y — a4 ans de révolutioDS et de guérites. 2 1 1825, — 10 ans de paix 28 1/2

Cette richesse supputée , d'après le contingent attribuable à chaque habitant , peut être exprimée par les termes numériques ci-après :

Voici les résultats de tous ces diifFres :

La France, en 1788, dans les circonstances les plus favorables où jamais elle eût été, mais sous Tinfluence de l'organisation sociale que lui avaient faite les anciens temps, ne produisait annuellement qu'une richesse agricole et industrielle égale en valeur à celle des Iles Britanniques, dont le territoire est moins grand de deux cinquièmes, et dont la population était inférieure de plus de moitié.

Cette dernière différence se reproduisait dans le contingent de chaque habitant , et le travail individuel qui fournissait à la richesse publique, en Angleterre , ai5 fr. par année, n'en donnait que 94 en France. Ainsi , il y a un demi-siècle , la production Britannique dépassait en valeur réelle le double de celle de la France ; ce qui

supposait nécessaireioent qu'une vaste partie de notre sol était improductive, que notre industrie était malhabile, et qu'une partie considérable de notre population végétait dans l'oisiveté ou travaillait inutilement.

Les chiffres suivants vont convertir ces suppositions en certitude.

En 1812 , la population de la France, élevée à 29 millions d'habitants, créant annuellement une production de beaucoup plus de 6 milliards de francs, la participation de chaque individu dans la formation de cette richesse était de 2 1 8 francs.

Ainsi, le même territoire et presque les mêmes hommes donnaient un produit double de celui qu'ils fournissaient vingt-quatre ans auparavant, La fertilité de la terre n'était cependant pas plus grande, les forces physiques de la génération nouvelle ne s'étaient certainement pas accrues; quelles causes avaient donc enfanté ce grand phénomène social? La révolution avec toutes. ses vicissitudes et la guerre contre l'Europe avec toutes ses impérieuses nécessités. Il semble^ étrange , et pourtant il est vrai de dire que ces violentes commotions civiles, ces luttes à mort des peuples pour leur indépendance, leurs libertés , leurs croyances religieuses , ces guerres longues et sanglantes, qui enveloppent dans une

même ruine la fortune, le bonheur et l'existence de tant de familles y sont pour les nations comme ces orages qui y tout en répandant la destruction , assainissent latmosphère, et donnent à la végétation une vigueur nouvelle et une prodigieuse fécondité.

Après vingt années d'une guerre qui menaça plus d'une fois leur existence et qui leur coûta jusqu'à leur dernier écu , la France et l'Angleterre se trouvèrent avoir fait de si merveilleux progrès, qu'en 181 3, leur production agricole et industrielle avait doublé de valeur, relativement à la population , et que sa richesse , exprimée par un terme absolu , avait triplé dans l'un de ces pays et quadruplé dans l'autre.

En 1812Ô, la production de la France, prise en masse, égalait en valeur à très peu près celle de l'Angleterre; elle s'élevait à 8 milliards et demi. Mais en la comparant au nombre des habitants, elle n'était que de 364 francs par personne^ au lieu de 4^4 comme dans le Royaume-Uni. Cette infériorité était fort grande , et cependant elle l'était bien moins qu'aux époques précédentes; c'est la première fois que , dans ses progrès , la production h*ançaise avait atteint et dépassé une valeur égale à la moitié du contingent individuel dans les Iles Britanniques , et dès ce début, elle s'était élevée aux trois cinquièmes.

RICHESSE PUBLlQOfi. 349

Si, dans le cours des onze dernières années, elle a continué de faire les roémes progrès que la production du Royaume-Uni, elle monte main-* tenant à près de 9 milliards et demi, ce qui donne un contingent de iiSa francs. Mais c'est une hypothèse qu'il est impossible de vé« rifier.

Un peut cependant admettre, sauf une détermination plus précise, que la production agricole et manufacturière des deux pays, constitue une valeur de 1 9 milliards de francs. Des supputations officielles^ que nous développerons ailleurs^ établissent que leur exportation en absorbe pour 1600 millions, savoir: le Royaume- Uni pour 1,041,^27,000 de francs, et la France pour 077,000,000. Ainsi^ la consommation des 53 millions d'habitants de ces deux riches contrées vaut annuellement 1 7 milliards et demi, oti 3oo francs par habitant.

En 1788, la production anglaise et française n'excédait pas 4,793>ooo,ooo. L'exportation montait à 800,000,000. La consommation était donc d'environ 4 milliards. C'était pour 36 millions d'habitants, que possédaient alors les deux pays, une dépense annuelle de 111 francs par individu.

Ainsi , en un demi-siècle , les progrès de l'agriculture, de l'industrie et de la civilisation

35o mCHESSB PUBLIQUE.

ont triplé dans TEurope occidentale la somme des objets consommés annuellement par chaque habitant^ et ont augmenté , dans cette énorme proportion, l'aisance domestique^ le bien-être du peuple et la prospérité de l'État.

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