CHAPITRE VIL
GOnmiERGE^
L'Angleterre est , de tous les pays de l'Europe 9 le premier qui ait tenu des comptes réguliers de son commerce extérieur , et qui les ait publiés annuellement. Cependant, par un contraste bizarre, c'est maintenant la seule des grandes puissances maritimes du globe qui n'ait que des notions vagues, incertaines ou fausses sur l'étendue et la valeur de ses transactions commerciales. La France^ les États-Unis^ la Russie, ont, sur cette importante matière, des documents officiels et périodiques qui , sans atteindre le degré de perfection dont ils sont susceptibles, sont pourtant bien moins incomplets que ceux de l'Angleterre , et leur sont supérieurs de beaucoup en méthode et en clarté. Il e$t vrai que des efforts ingénieux ont été faits récemment dans plusieurs volumes de la statis^ II. 1
a COMMERCE.
tique anglaise pour faire sortir des tableaux des douanes une connaissance moins imparfaite du commerce de la Grande-Bretagne ; mais si des améliorations ont été introduites dans les détails, on n'a pu remédier aux défectuosités de l'ensemble ; et il ne faut pas moins qu'un acte du Parlement pour prescrire d'autres bases à cette investigation, et pour la rendre digne du pays dont elle doit constater les plus grands intérêts. Un court exposé des faits montrera facilement cette nécessité.
Lorsqu'en 16G0 les douanes anglaises commencèrent à enregistrer les transactions du commerce f elles adoptèrent un taux d'évaluations pour chacune des espèces de marchandises importées ou exportées, et elles obtinrent ainsi une estimation qui était alors très approximative de la valeur totale des ventes et des achats faits annuellement ; mais cette évaluation remonte à 176 ans, et une si longue période a causé de tels changements dans les prix des choses, que les chiffres qui les représentent sont prodigieusement éloignés de la vérité. Il en est encore ainsi de ceux établis, en 1726, par un acte de George I*', et dont l'objet était de compléter les évaluations du siècle précédent.
On a prétendu, pour justifier l'usage prolongé de ces évaluations surannées, qu'il était possible
d'en déduire la comparaison des quantités de marchandises, et qu'on pouvait connaître par leur moyen quel était l'accroissement ou la diminution du commerce anglais. Mais cette assertion n'est point fondée , car elle suppose que les marchandises .énumérées sont constamment les mêmes, et changent seulement de quantités, tandis qu'il est évident que leur nature, comme leur quantité et leur valeur, varie sans cesse, et que les éléments du commerce anglais ne ressemblent aujourd'hui presqu'en rien à ceux dont il était composé du temps de Charles II.
Au lieu de renoncer entièrement à un système vicieux , et de recourir à des évaluations renouvelées à de courtes périodes , ou faites chaque année d'après les prix courants , on a cherché ii diminuer partiellement les inconvénients, de cet ordre de choses. £n 1798, il fut statué que les expéditeurs de produits anglais, naturels ou manufacturés, en déclareraient la valeur aux douanes; mais malheureusement on limita celte obligation aux objets indigènes exportés à l'étranger; et l'on a conservé pour l'importation tout entière et pour la réexportation des produits coloniaux et étrangers^l'usage des évaluations officielles établies ily a bientôt deux siècles. Il s'ensuit qu'on ne Connaît aucuneqnent la veleurdés Oiarchandâsea importées , et qu'en ignore é^Ièmbnt
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celle des denrées coloniales et des produits étrangers, qui sont exportés des entrepots de la Grande-*Bretagne. Dans ces dernières années , on a bien indiqué les quantités, par espèces, de ces deux catégories de marchandises, ce qui permet d'en déterminer isolément la valeur en leur appliquant les prix courants ; mais cette opération est impraticable pour des masses considérables ; et au demeurant on est toujours réduit à ne connaître ni la valeur du commerce d'importation de l'Angleterre avec chaque puissance maritime 9 ni celle de sa consommation en produits coloniaux et étrangers^ ni même celle des matières premières apportées du dehors, et employées par les manufactures.
Ces immenses lacunes font, du commerce de l'Angleterre , un problème fort difficile à résoudre. En examinant les obstacles qui empêchent d'en apprécier la valeur, des publicistes se sont étonnés avec raison que des chiffres, les uns douteux, les autres manifestement faux , fussent acceptés comme exacts dans un pays où l'esprit de calcul est plus rép^mdu que partout ailleurs , et ils ont repoussé sans exception toutes les évaluations des douanes du Royaume-Uni.
Nous ne souscrivons point à cette condamnation en masse ,. et nous distinguons, dans Ténumération des différentes parties dii commerce
anglais , celles exprimées pv des dii^ffres vnus, et celles dont les évaluations sQnt illusoires*^ .
1*" Les valeurs des produits anglais «xportés.i établies d'après les déclarations des exj>édi^ui:8> doivent être admises comme des approximation suffisantes. En les comparant aux prii; courant on trouve qu'elles sont généralement moins.éle-^ vées qu'eux j et qu'elles doivent être considéré^ comme un minimum. Toutefpis elles font co^ naître , sinon très exactement » du moins d'une manière fprt approchée ^ la richesse du. commerce de production des IlesBritanniqueS|partie principale de l'exportation qui forme en France une moitié du commerce spécial.
a^ Les produits coloniaux et étrangers « en* treposés dans les ports du Royaume-Uni. et réexportés sans paiement de droits, continuent d'être évalués d après les taux établis jadis. On ne peut accorder aucune confiance aux. chiffrp^ de ces évaluations pris séparément; mais, daqis leur ensemble, Uï&'établit une compensation , qui a lieu surtout quand on joint leur valeur trop élevée à celle des produits anglais exportés, dont l'appréciation est trop basse. Cette opération permet d'estimer, par aperçu, le montant total des exportations des Ues Britanniques.
3o II n'en peut étre^.ainsi de l'importation. La valeur.de tputeis ses partiel^ ^est^exprimée d'apjrès
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les anciens taux, qui donnent des résultats tantôt au-dessus 9 tantôt au-dessous de la vérité. En i8ao, l'évaluation officielle des importations était moindre de cent millions de francs que la valeur déclarée des exportarions. Au contraire , en i833,elle lui était supérieure de 167 millions. Cet exemple, que nous pourrions appuyer de beaucoup d'autres , prouve qu'on ne peut se servir en rien, pour connaître l'importation, des dbififres qui en expriment la valeur officielle. Cest une étrange et fâcheuse lacune dans les doîniments économiques et historiques d'un peuple cjui a donné à l'Europe l'exemple de l'utile appli« cation de la science des calculs aux afiaires de l'État.
C'est pour nous un devoir d'ajouter qu'avant de repousser définitivement cette vaste collection de termes numériques officiels, rangés avec tant de soins par Playfair, Whiteworth, Sheffield et Marshall, nous avons £iit de longues et nombreuses tentatives pour les concilier avec les valeurs déclarées , et en tirer des proportions qui permissent de s'en servir. Nous avons échoué dans ce projet , et il est vraisemblable que les jBtatisticiens anglais n'y ont pas mieux réussi que nous; car dans les dernières publications du grand ouvrage pubUé sous l'autorité du gouvernement Britanitique , M. Porter n'a plus fait
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usage des valeurs officielles de Fimportation.
Dans celle çiLtrémité^ nous suggérerons comme un expédient , auquel la nécessité force de recourir, l'assimilation de la valeur inconnue de l'importation à la valeur déterminée de l'exportation. On sait que généralement la somme de l'une de ces deux opérations balance l'autre^ et que les différences apparentes résultent uniquement des constatations incomplètes des douanes , des transactions clandestines de la contrebande, ou des revirements de fonds ou de marchandises d'un pays à un autre pays limitrophe ou voisin. On peut donc admettre en ùAt que la valeur de l'importation est à peu près égale à celle de l'exportation. L'approvisionnement du pays et l'immense consommation de sa population et de ses fabriques forment la balance réelle en sa faveur , et fournissexit le gain lé|g^time que le commerce apporte annuellement à l'agnculture et à l'industrie.
C'est d'après ces données que nous allons tracer une esquisse du commerce anglais :
1*" Par marchandises principales importées;
2* Par marchandises principales exportées;
3^ Par pays de provenance et de destination.
SECTION I