ECOLES
A. AJ7GLKTERRE ET GALLES.
Au milieu du xviii* siècle , alors que l'Angle* terre était illustrée par Pope, Addison, Fielding et d'autres littérateurs célèbres , l'instruction du
IVSTAUCTIOir U BtIQCfi. 3i9
peuple était aussi bornée qu'en France et dans la plupart des différentes contrées de HEurope. Les écoles de charité ^ les seules qui fussent à l'usage des classes inférieures» étaient , en 17349 au nombre de iSag; elles contenaient:
9,5 16 garçons.
3,91 5 filles.
Total. . . i3,43i élèves.
La population étant de six millions d'habitants, il y avait environ 600,000 enfants capables de recevoir de l'instruction. Un seul sur 45 éprouvait ce bienfait ; et il y en avait plus de 586,ooo qui , dans tout le royaume , en étaient totalement privés.
Ce triste état de choses ne s'améliora que très lentement; et 170 ans après, en i8o3, il n'y avait pas, en Angleterre, au rapport de lordBroughara, un Qo^de la population qui eut la possibilité de recevoir quelque instruction. Dans le Pays de Galles, c'était encore pis; et cette proportion y était réduite à un â6^
Aucun progrès ne fut fait dans les premières années du 19» siècle. En 1811 , les écoles de l'Angleterre n'avaient que 4^0,000 élèves , qui égalaient seulement un aa' de la population. Il est vrai que pour justifier cette ignorance on citait la situation de la France , où même , en
i9i7 » on ne comptait dans les écoles qu'un 37* du nombre des habitants ; mais ce pays répara bientôt par les efforts des particuliers les effets de l'incurie de son gouvernement : en moins de deux ans, 7,1 ao écoles furent ouvertes^ et aoc^oco enfants furent ajoutés au nombre de ceux qu'on instruisait précédemment. En 1819, leur masse entière formait un 28^ de la population.
Ce mouvement intellectuel se propagea de proche en proche dans toute l'Europe occidentale. Les hommes les plus illustres de l'Angleterre prodiguèrent tous leurs soins pour en étendre dans leur pays l'heureuse et utile influence. Dès i8i8 , l'instruction primaire avait pris une ex« tension considérable; cependant on remarquait que sur les iQ,ooo paroisses d'Angleterre, 3,ôoo, ou du quart au tiers , n'avaient point d'écoles. Un quart d'entre elles seulement en avaient de dotées; et on en comptait plus de ô,ooo sans dots.
£n iSâo, la situation de l'enseignement était beaucoup meilleure. Il y avait en Angleterre 2
322, 5i8 (écoliers libres.
32 f, 764 — payant.
Total. . 644,282
C'était un 1 6' de la population ; et sur 1 ,0^22,000
enfants, il n'en restait phis que 878,000 , ou un sur trois privés d^instruction.
Dans un pays de labeur actif et inctssant comme l'Angleterre , les enfants trouvent un emploi lucratif dans les manufactures, et il ne leur reste point de temps pour apprendre à lire et à écrire. Heureusement , du moins à cet égard, que la stricte observance du dimanche suspendant leur travail , on peut mettre à profit , pour leur éducation , cet entracte de leur vie industrielle. L'exemple en avait été donné par saint Charles Borromée, qui, dès le xvi' siècle, établit, dans le Milanais 9 des écoles du dimanche. En Angleterre, le succès de cette institution fut très grand ; et son utilité en a fait l'un des premiers éléments de l'enseignement public dans les Iles Britanniques. En 1819, ces écoles étaient déjà plus nombreuses que les écoles journalières dotées, et contenaient trois fois autant d'écoliers.
Elève*.
Écoles dotC(;s. . 4,167 con ion. i65,433 uu 6*
— non dotées. . i4,'iB'2 47^1449 un 5*
— du diniincKe 5,id2 ^^5^,8 17 un 5®
Totaux. . . . ti3,6ii 1,096,696 fsuri2hab.
Cette proportion générale d'un 1 2* n'était aussi forte que parce que beaucoup d'enfants des écoles journalières fréquentaient les geôles du
11, Ql
3aa ursTRUCTfon publique.
cUmancbe, et faisaient , dans les chiffres, uit double emploi qui manifestait l'avidité qu'il» avaient pour Tinstruction , et Testime que leurs parents en faisaient.
A la fin de 1 8ao , les généreux efforts des classes aisées pour donner aux classes pauvres une instruction nécessaire, avaient déjà porté des fruits, et changé l'état de l'enseignement en Angleterre. On comptait alors dans ce pays:
57,383 écoles ; saToir :
18,876 écoles primaires; 14)19^ — a agi aises oa commerciales : 8,375 de ce nombre éiaieni destinées aox filles i Dans 7,5ao , la langoe française était enseignée 1
— 3,3q7 , les langues mortes :
— a3,58i , le catéchisme de l'Eglise anglicane;
•— 1 , ^ 1 1 , les sjsièm. de Dell cl de Lancaster étaient saW. ; •— 5,689 , le système d'interrogation de Philippe ;
— 7 seulement la méthode de Pestaloxii; 56,53o maîtres , gouvernantes et assistants étaient employés dans ces établifsemcnts.
On y donnait de l'instruction à 1,671,372 enfants des deux sexes , qui , répartis également , auraient fait 4^ p^r école. C'était un écolier sur huit habitants; mais le chiffre total renfermait de nombreux doubles emplois, à cause des écoles du dimanche. En effet , le nombre entier des enfants capables d'être instruits formant le 1 o* de la population , il y en avait aloi*s moins de
t,aoo,ooo. Ainsi, 375,000 fr^uentaie^t.à'^Ja fois 1m écoles journalières et celles du dimanche , afito d'obtenir nne.înstnietion plus rapide et plti$ étèfidue.
n semblait que Féducation publique était alors parvenue , en Angleterre , à son dernier degré d'extension ; et cependant de nouveaux .progrès ont encore été faits , grâce à la coopération du Parlemeii't, qui a joîM ses efforts k cctixf des particuliers et des associations bienfafsamrés. Un rapport fait, au mois de mai f83o, à la Chambré des communes , a constaté qu'enr Angfeterre , renseignement était ainsi qu'il suit:
Eeoirit.
EltTM.
Écoles d'enfauU .
— journalières .
— de dissidents .
— du dimanche.
Totaux. .
Ces étabKssements étaient soutenus par les moyens indiqués ci-après : * '
1 • Écoles def^fajiU et journalières..
Écoles dotées 4,106 contenant 15^,764
— pur souscriptions .... 2,829 17 8,517
— payante, .*•♦ . . .•. . ', 119,14,4 .. ^■\^ \ 7349449
— par souscript^ et ,|)^ya^^. , ,12^8^ . (. |. < %\^s'^'il
394 IHSTRUCTfOlf PUBUQm«
a* Écoles du dimanche.
Écoles dotées 671 ^9^^
— par souscriptions i5,a44 'lA^^i^jj
— payantes i.oi ^»7*^
— payant, et par souscript. . 91a 00,202 — -établies par les dissidents. . 1,837 T3a',o84
ToUuz 1 8,665 1,680,974
Parmi les hommes éclairés et patriotes , qui ont le plus contribué à ces admirables progrès de l'instruction publique , il £aut citer surtout Lord Brougham. Il a mérité par ses efforts persévérants la reconnaissance du pays; car c'est à lui qu'on doit d'avoir changé en citoyens utiles une multitude de brutes et d'ignorants.
Voici le tableau sommaire des pirogrès de l'instruction publique , en Angleterre et dans le Pays de Galles, depuis un siècle :
/ Nonb. d'écalM. Nomb-d'élèrM. Btpp. à h popnbiion.
— — BeoUen. —
^ HabilMtt.
1^34 1)329 i3^43i I sur 45o
1811 20,410 85o,oôo I 22
1818 «3,6ii 1,096,699 I II
Les nombres qui expriment la quantité d'élèves et leur rapport à la population , sont exagérés par le double emploi que font les écoles du
iirsTBUCTioii puBLiQtr*. 3a5
dimanche 9 ces établissements recevant beaucoup d'écoliers déjà comptés parmi les enfants qui appartiennent aux autres écoles.
Dans les nombres ci-dessus, il y avait, d'après un rapport récent au Parlement :
BIAtc*.
i8i3. . a3odcol. journ. gratuit., cont, 40,4^4 ï8^o. . i,6i4 — aoo,aoo
îia33. . 3^861 — 17^.740 garç.
i45,3o5 filles.
Total .... 3a4,o45
1833. . iÇ,8a8 écoles du dimanche. . 1,548,900 Et daps toutes les espèces d*écoie$ quot. 1 ,175,943
Total gf^uéral'. . . ^,8^4,848 Ou* un sur doq habitants.
B. l'ïcosse^
L'Ecosse, à peine sortie de la.servitude féodale» et dominée encore par l'esprit turbulent de ses anciens clans , des sectes religieuses et des partis politiques qui l'ont si long-temps divisée , était encore plongée dans une profonde ignorance au milieu du 18* siècle^ lorsque les sciences et les lettres lui rendaient grâce pour les œuvres de ses illustres enfants : Hume, Robertson, Blair^ Ferguson,Maclaurin,Thomson, Home et Monro* £n 1 733, l'enseignement public y était renfermé dans les limites suivantes;
3a6 i«fimii£T«oj)f ^vBUQVMi
, i^oAt fiHes.
C'était un élcine^àr àSô fciBfWfiîs. Sur5b;o6i^ garçoDs, 3,000 , ou un §ur i.Ç, recevaient q-nelque instruction. C'était encore un terme fort: élevé; car l'autre sexe était, comme partout et tètjjiôafsi bien moins favorisé; une fiHéfieulemetvt sitr ffo allait à l'école.
Le nombre extraordinaire d'hommes illustres que produisit TÉcosse vers la fin do dernier siècle j douna au pays la conscience de kii-ménïei Le clêirgé presbytérien employa son influence puissante pour répandre rinstroetioa. parmi le peuple, et il y réussit merveilleusement. En 1820, les écoles journalières établies en Ecosse don* liaient l'enseignement ci-après :
/ 110,770 écoliers libres.
65,533 écoliers payants.
Total. . . 176,303 élèves.
C'était 1« 10' de la population; et dès lors aucun enfant ne restait sans instruction. Cet heujeux état de choses s';est maintenu et perpétué ; et voici des chiffres qui expriment la situation de renseignaient Y en Ecosse, pendant une pé«riode d'un siècle.
HfSTR««CTION POBLIQCKE.
Habiuni*.
sur a5o
ib
L'attachement de famille et Tamour du pays ont facilité y en Ecosse, l'établissement des écoles publiques. Les enfants qui ne peuvent être aoil»' tenus par leurs parents, le sont par des anrii^ .par des bienfaiteurs , par des associations patrio» tiques ; et une génération entière s'est écoulée, sans qu'on puisse remarquer que le sentibMnt ihonorable <{ui fait payer. ce tribut, soit devenu moins généreux.
Il paraît que dans les écoles de i' Ecosse on ne se borne pas, comme presque partout ailleurs , à donner aux enfants une instruction automatique y et qu'on s'y occupe fructueusement de leur éducation. On attribue à ces soins une sî^ .guJière supériorité qu'on observe dans les Écos- ^is, en diverses circonstance^.
Une enquête ayant été faite à Ix)ndres , il y a ^<ielques années , par M. Martin , sur les me%- .dîaAts des rues, il se trouva que sur 52,000 d'entre liux, il y avait seulement jB5 Écossais; les autres citaient: .
3a8 iirsTRucTioif publique.
669 Irlandais, 570 uatifs de Londres, 336 des provinces^ 3o étrangers.
En 1807, un corps de troupes anglaises^ faisant partie de l'expédition du général Fraser, étant tombé entre les mains des Turcs, ceux-ci vendirent leurs prisonniers , qui furent dispersés dans la Haute- Egypte. Quand on les racheta , on remarqua que les Écossais étaient ceux pour qui on avait exigé la plus forte rançon, à cause sans doute de la supériorité de leur intelligence, de leur bonne conduite et de leur instruction. Il fallut payer leur rédemption au prix de 1 00 sequins , tandis qu'on obtint celle des autres pour ao à 3o.
Ce pays de misère .et d'oppression n'est point inférieur à la riche et libre Angleterre , en tout ce qui concerne l'instruction publique , phénomène remarquable , qui prouve que l'opulence n'est pais nécessaire k un pays pour lui permettre de donner à ses habitants le bienfait de l'éducation. Cette œuvre méritoire est, en Irlande, celle de la généfàtion actuelle ; car, dans la longue succession de ses malheurs , la population de cette lie n'avait appris qu'à couibattre et haïr.
IUftTBUCnOK ' PUBUQ&E. 'O^
En 17349 on comptait dans ses 168 écolesi
a,4o6 garçons.
600 filles.
Total . . . 3,006 écoliei-s.
C'était un écolier sur 770 habitants, comme en i8q8, dans l'empire Russe. Sur 1 15 enfants, un. seul, recevait de Tinstruction ; et cependant encore il y avait 4 garçons pour une fille f. <fgi^ apprenaient à lire ou à écrire.
iEn 181 1 , il n'existait dans toute Vlrlande que 4,600 écoles ; 200,000 élèves y étaient reçus ; c'était le 3o« de la population.
En 1816, une association de particuliers, réukiik sans distinction de culte, commença l'entreprise, patriotique de fonder , par des souscriptions, volontaires, des écoles de divers degrés, à l'usagé du |>eupt|^^Par ses soins^ o^ en pi^ganisa succç;^ sivement un tel nombre , qu'il y en avait de
cette espèce, exclusivement aux autres î
Ëtt 1819^;..; .... 3ao :. r.
' ; ' it: i8aï. . . . . . . 5i3
'■'- ■' "iSaa. . • 710 ■ '■ ' '•• '■■•'-
iJt Parlement , pour encourager ces utiles fondations, a accordé 260,000 fr., qui sont destinés aux écoles des pauvres.
La skusftion de renseignement étai^ ûtusi<|u'il suit y en Irlande , en i8q4*
Dans les 1 1,823 écoles qui étaient établies , on comptait P2,53o instituteurs des deux sexes, savoir :
' S,698fyi*ot^latils, 8, 3oo catholiques,
i^oàS dissidents , 74 appart. à d'ftftft cuit.
Les élèves étaient au nombre de 56o,548 , ia^oir:
^,45^ de la religion aDglic, 4o8^,a85 cathoHquH, 45,3o3 presbytériens, 14,^97 dissidents.
Les différentes espèces d'écoles étaient ainsi qu'il suit :
Nomb. d'il.
,4wo<n«lMm pour la soppretaioa dalrioo aa^ .• 1^1769
Ic^stitalioa d*£rasaie Siuilh iiS ^011
A'AocîalîoQ de Kildare-Street.. 919 58,9o5
Bodétè'Ilibemieoae dïr Ixjadrei 6id ^7,507
j^ bâ^ile... .....'. ;-..*. ......H... 88;- 4.666
Charters soliooU •«....«,- ^ • • «••••*•••.,••.•. ^ «■ a,a55
Aotrea école» prolestantct ia5 i,55o
Écoles catholiq. , soolmiaespar dea religieuf». 1 4& 7»i^^
—. — des frèfesrchrélkns « /v 1 «4 ^»4^4
Aolreê écoles cathoUqiuts • *. • * ^' '^^' 33,835
Il y avait en outre :
, Eoftnlfc
^,35a écoles particulières > contenant 394,732
8 '17 — de paroisses — 4^.758
1,640 — du diniauchc — i57, 184
UnUUC VIO M. . FflAM^Mk ^ I
Pàftni ces deriiiéres^ 33ii étaient soutenues pàhde simples -pâHicilliers; et q33 autres par des sôciëtés de bienfaisance. ' '
Yoîci le tableau succinct des progrès de Tii^^ strpction publique en Irlande.
Ecole*.
Eco liera.
Hebiliiélfc
fSii. . . é '4>6()o
i sur
i8ai. . . . 8,800
D. 90TAUME-U5I*
"ïln résumant les détails que nous venons de donner àur cTiaC'utaé dés grandes diVi^tioà^ * ' dti territoire Britannique , nous pouvons niontiref les progrès que rinstt*nctioti pùbfiqtie a ftitk pendant un siècle dans ce pays voisin.
1' Nombre d'écoles.
i833 Angleterre, . . 67,636
Éco66e 5JQUO
Irlande. . . • ; • x 2,000
Totaux. . . , 74,636 îî" Nombre d'élèif es.
1 ptfùt a4o
Anglct«nrr,
EcMia.
Irlande*
Bej.Qni
tO;4î)3
33^ IHRilIlGriOIl PUBLMIVB*
i8ii. . . 85a,ooo -ftaa,ooo aoo^ooo i^sS^yOoo
^8ai. « . 1,571,3711 176,300 .:^94,8oo ,.2,14^,172
i833. . . 2,957,921 aao,ooo ^5^,692 A,o3$,6i3
'Rapport du nombre des élèves à la population.
Anglclerra. EcoMe. til«in4e. Boj.-tJaS.
— - — -Wkil.
1734* • I sur 45o I sur 1S0 1 sur 770 1 sur45o 1811. .1 a!i I 91 3o I . i4
iStii. . I 71/21 10 I f6i/!ii 10