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CHAPITRE XVI

Le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d*IHlande avait en 1837:

Un territoire de près de 16,000 lieues carrées moyennes, auquel s'ajoutait un Empire d'outremer, ayant une étendue de i33,ooo lieues; ce qui porte à près de i5o,ooo la domination Britannique, et la rend presque égale à l'Empire romain.

Une population de u5 millions d'habitants , qui a triplé en i5o ans.

Une agriculture dont les produits annuels valent cinq milliards et demi, et fournissent aujourd'hui trois fois autant de subsistances qu'à la fin du 1 7e siècle.

Des mines d'où l'on {'uv chaque année qq millions de tonnes de houille, et 800,000 de métaux divers valant ensemble près de 700 millions de francs.

RÉSULTATS GÉHERAUX. 3^1

Une industrie qui a doublé , en 4^ ans j la valeur de ses produits, décuplé leur quantité, et qui rapporte maintenant une valeur brute de près (!e quatre milliards.

Une ricbesîSe publique, qui, en 36 ans, s'est élevée de trois milliards à neuf et demi, et qui conséquemment a triplé , en l'estimant d'une manière absolue , et doublé relativement à la population.

Un commerce extérieur dont les transactions annuelles montent à une valeur réelle de plus de trois milliards.

Une navigation dont le mouvement périodique à l'entrée et à la sortie des ports, est de 43,000 navires et de sept millions de tonneaux , exclusivement au cabotage.

Un revenu de l'état s'élevant, sans y comprendre la taxe des pauvres et les dépenses munici|)ales , à 1,376,000,000 francs, ou 55 par habitant.

Des dépenses publiques qui montent, y compris les intérêts de la dette, à i,i64,3i4,ooo fr. , ou 4/ P^r habitant.

Une dette nationale de plus de ig milliards, non compris la dette flottante et le papier-monnaie; ce qui assigne à chaque personne un contingent de 770 francs.

Une marine composée de 12.3 vaisseaux de ligne, 122 frégates et 288 corvettes.

Une armée de 81,000 hommes, ce qui ne fait qu'un militaire sur 3 10 habitants.

Une répression judiciaire qui s'exerce annuellement siir 1 80,000 pei-sonnes emprisonnées pour toute cause, 4^9^00 traduites en Cour d'assises, 28,600 convaincues, 1,2.57 condamnées à mort, 409 exécutées, et 5,ooo déportées.

Une instruction publique donnée dans 76,000 écoles,et reçues par quatre milIionsd'élèves,ce qui ne laisse presque aucun enfant sans instruction.

Enfin, une Métropole qui renferme la 1 4* partie des habitants du Royaume-Uni, et qui est la plus vaste, la plus peuplée, la plus riche de toutes les villes du globe.

Tel est le pays que nous avons eu à décrire dans cet ouvrage. Il a reçu, dans le cours de ces dernières années, d'immenses améliorations que nous croyons devoir rappeler sommairement, afin de montrer quel mouvement progressif, puissant et rapide est imprimé, dans la Grande- Bretagne, à tout ce qui peut lui apporter de nouveaux éléments de prospérité.

Ce sont principalement :

La réforme parlementaire, qui a étendu le droit élecîoral à 455;Ooo nouveaux électcîurs et

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qui, réparant de longues injustices, a (Hstribuéce droit selon la force et la richesse des populations. L'abolition de lesclavage dans les colonies anglaises, et l'indemnité de 5oo millions accordés aux propriétaires d'esclaves.

L'abrogation de la loi du Test et autres qui privaient les dissidents de l'exercice des droits civils, et les stigmatisaient comme des infidèles. La tolérance religieuse, qui fait siéger huit pairs catholiques dans l'une des chambres , et 42 membres dans l'autre, et qui vient de faire nommer, par la couronne , shérif du comté de Middlessex , l'un de ces Israélites dont la race était naguère , dans les lies Britanniques, ce que les parias sont dans Tlndoustan.

La réforme des vieilles corporations privilégiées de l'Angleterre et de l'Écossc.

La commutation des dîmes, en redevances eu argent.

L'abolition des taxes d'églises en Irlande. La suppression d'évèchrs inutiles et dispendieux, et Tégalisation des revenus attachés à ceux conservés.

La sanction légale accordée aux mariages des dissidents, contractés dans leurs églises.

L'établissement de registres de l'état civil pour les naissances et les décès.

L'al>olition de la peine de mort, dans soixante

cas, OÙ eileétait prononcée par les anciens statuts.

L'abolirion du pilori, qui est, pour le vice débouté, un thi^âtrede scandale.

La liberté sans contrôle accordée à la presse, dans toute Ilnde Britannique.

L'abolition , par lord W. Bentinck , de tous les châtiaients corporels infligés, dans Tlnde, aux troupes indigènes.

Les efforts fructueux de ce digne gouverneur pour abolir, parmi les Indous , Tusage barbare de laisser les veuves se brûler vives avec les cadavres de leurs époux.

L'introduction des jugements par jury dans les possessions d'outre-mer.

La réforme de la comptabilité de l^chiquier, et l'adoption de nouvelles institutions financières analogues à celles de la France.

La liquidation de 6^5 millions de francs dont on vient de réduire la dette publique.

Une diminution de loo millions de la taxe des pauvres, comparativement à 1829.

Une réduction des taxes de 1 76 millions par année; savoir:

Sur le saTon et la chandelle sy.SaS^ooo

— le charbon , le« huiles et les ardoUes s5,43^«ooo

— le timbre des journaux 17,600,000

— la marque des cotons et toiles imprimées... 13,760,000

— les (axus directes. — Auuud 1 1,000,000

RÉSULTATS GÉNIÊRAUX. 876

— le chanvre et les droguée 3,5oo,ooo

— les assurances uiarilimes 3,5oc),ouo

— les droits d*uverlissetnetits . 1,876,000

— les droits de douanes et autres articles 75,000,000

Une diiiiinution des dépenses publiques , de G3 millions, comparativement à 18129.

Une réduction de 7,400,000 fr. dans les émoluments des fonctionnaires qui dépassent âô,ooof.

Une diminution de 110 millions sur les dé^ penses des départements de la guerre , de la marine et de l'artillerie.

Une réduction de plus de moitié dans les frais alloués, pour recueillir le revenu public.

Une diminution des revenus de la liste civile.

Une enquête, afin de reviser les pensions, el d'abolir celles obtenues indûment.

D'autrei> mesures qui sont également de la plus haute importance, sont réclamées ^ comme devant compléter celles que nous venons d'énoncer.

Ce sont surtout :

Le ballot ou scrutin secret dans les élections, a6n d'en assurer l'indépendance.

La réduction de la durée du Parlement à trois années au lieu de sept.

L'abolition de la pairie ecclésiastique, c'est-^ dire l'exclusion des trente évéques , qui siègeEPt dans la Chambre des lords.

La suppression des dimes complète et sans condition.

L'appropriation d'une partie des revenus du clergé, à l'instruction publi<|ue.

L'abolition de toute religion d'Etat.

La révision des lois sur la transmission de la propriété par héritage.

La réforme complète des lois criminelles et l'abolition de la peine de mort, pour tout crime autre que l'homicide prémédité.

La suppression de la déportation , qui ne sert en rien à corriger les coupables, et qui a formé la plus effroyable société dont il y ait jamais eu d'exemple.

Le rappel des lois sur les débiteurs insolvables et la suppression de l'emprisonnement qu'ils subissent. Trois fois le bill , pour cet objet, a été présenté au Parlement et arrêté dans ses progrès.

L'amélioration des lois relatives aux amendes, qui, comme celles prononcées par les loissaxon*^ nés, ne sont nullement proportionnelles à la richesse des condamnés.

Enfin . l'émancipation commerciale des colonies, afin de libérer le commerce Britannique de la nécessité de ne se pourvoir que par elles , de denrées coloniales, de refuser le sucre du Brésil pour celui de la Jamaïque, le café de Cuba pour

pelui de la Guyane , et les bois du nord de TEurope pour ceux du Canada.

Parmi ces mesures, celle qui tendent à altérer la vieille constitution anglaise éprouvent une vive et forte résistance; mais l'adoption des réformes judiciaires et économiques est seulement une affaire de temps ; et le siècle marche avec une telle rapidité , qu'au moment où ces lignes seront publiées, une partie de ces grandes améliorations sociales seront déjà consacrées par la sanction du Parlement et de la Couronne.

L'Angleterre, comme on le voit, ne s'endort point dans les loisirs de la paix. Elle met chaque jour, chaque instant à profit pour étendre son immense commerce et sa merveilleuse industrie, perfectionner ses institutions civiles et politiques, et accroître le bien-être de ses populations.

Ces grandes et belles entreprises préparent à l'Angleterre de nouvelles prospérités. Leur succès , qui mérite tous nos vœux , fera disparaître les derniers vestiges de la législation des temps de barbarie ; il détruira le germe des dissensions civiles , que fait renaître sans cesse depuis trois siècles l'intolérance d'une Église dominante, armée du pouvoir politique; il soulagera la population du poids énorme des impôts; il ralliera les classes moyennes en les faisant participer aux affaires publiques et aux grades de

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rarmée; il effacera toutes les distinctions de lois et de régime entre les habitants des trois royaumes; il resserrera les liens de l'unité politique du pa}s,sanslac[uelleanciine puissance n est affermie et durable; il accroîtra les forces motrices delà civilisation ; et la Grande-Bretagne obtiendra, en quelques années, par ces réformes sages et libérales, presque tous les avantages que la France n'a p:i acquérir que par une longue et sanglante révolution.

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