‹ Statistique de la SuisseChapitre 25 sur 46 · MORTS · texte numérisé non relu

MORTS

Rue

Cliatel -St. -Denis ♦

Bulle

Total . .

Naissances légitimes . . 2,245

— illégitimes . . 73

11 est lté 18 garçons de plus que de filles: les naissances l'emportent sur les morts de 1 8 1 \ savoir, de 96 individus mâles et de 85 femmes.

Le climat du canton de Fribourg est froid dans la partie méridionale qui est montagneuse, et tempéré dans la partie du nord qui est en plaine.

§ 2. Nature du sol, Montagnes*

La partie méridionale du canton est traversée par deux chaînes de montagnes, dont l'une fait partie du Jorat qui s'étend depuis les Alpes du canton de Berne jusqu'au lac de INeucbatel , et dont l'autre appartient aux Alpes bernoises; le pâturage le plus élevé du canton est celui des Marteys ; dans le nord, les moniagues s'abaissent et se convertissent en col-

Unes et même en plaines : celte partie du pays renferme de bonnes terres à blé.

Les principales montagnes du canton sont : le Moleson, situé prës de Gruyères, le gros Tzermont, le Bonvalella , le Petzernetzé , le Tzava , le Sador , le Lèiti , rOncli-e, lesCombes d'Allire, lesPorlzerechets, le "Vernetta, le Valvalanna , le Burgo , le Mula , le Berra et la Riggis- Alp. Aucune de ces montagnes ne s'élève à plus de 6200 pieds au-dessus de la mer ; aussi perdent-elles leurs neiges pendant l'été, et n'ont-elles point de glaciers : celles que nous venons de nommer tiennent toutes à la chaîne des Alpes ; elles sont calcaires, et plusieurs d'entr'elles contiennent des silex; on y trouve aussi du gypse, du soufre natif et des schistes calcaires. Les autres montagnes et collines du canton sont composées de grès, dont les couches s'appuient sur la formation calcaire ; elles renferment des pétrifications et des empreintes de végétaux.

On trouve, sur les montagnes de Fribourg, la plupart des piaules des Alpes, et le botanisie peut les cueillir sans danger et sans de grandes faiigues; le pâturage des Marte) s est connu, non-seulement par l'excellence des fromages qu'on y fait, mais encore par sa richesse en plantes rares 5 les plantes de la plaine les plus remarquables sont : le calamus accrus, le monotropa hypopithis , le lathrœa sc/uamaria } Vasarum europœum , etc., et l'endroit où l'on peut faire les plus riches récoltes est le petit marais de Champolai , dans la paroisse d'Echarlens, à une lieue au nord-est de l>ulle.

§ 5. Lacs > Rivières, Eaux minérales.

Les lacs du canton de Fribourg sont, 1 .° le lac de Neuchatel, qui sert de limites au canton sur une longueur de .rois lieues -, il est dangereux pour les navigateurs ^ à cause des coups de vent tout- a-fait inattendus auxquels il est exposé, et parée que ses bords, dans beaucoup de places^ ne présentent aucune facilité de débarquement \ 2.0 le lac de

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Moral ; il a dans certains endroits jusqu'à 27 toises de profondeur ; sa circonférence est de cinq lieues, dont trois au moins appartiennent au canton de Fribourg ; la Broyé le traverse et le réunit au lac de Neuchatel ; ï\ est poissonneux et d'une navigation facile ; ses rivfes sont partout abordables ; 3.° le Schwartzsêe ou lac d'Omeina \ ainsi nommé d'après wna montagne voisine ; il a un peu plus d'une lieue de tour, et se décharge dans la Singine; ses brochets et ses truites rouges lui donnent de la réputation; près de là sont des bains qui sont visités par les malades atteints de rhumatismes , de maux de tête ou de maux de yeux ; 4«° le lac de Seedorf , à deux lieues à l'ouest de Fribourg ; il a demi-lieue de tour et se décharge dans la Sonna , qui se jette elle-même dans la Sari ne ; 5.° enfin le très-petit lac de Luchi , près de Prazmontaux ; ses bords sont marécageux, et il est connu par ses belles tanches. Les principales rivières du canton sont : i.° La Sane ou Sarine, qui a sa source dans l'Oberland bernois , et traverse l'Oberiand validais, et ensuite le canton de Fribourg du midi au nord, pour se jeter dans l'Aar , à une lieue et demie audessus d'Arberg.

2 0 La Broyé , qui a sa source près de Semsale et se jette dans les lacs de Moral et de Neucbatel.

3. ° La Yevaise, qui prend naissance au pied du Moleson et se jette à Vevey dans le lac de Genève.

4. ° La Jogne, qui a sa source près de Bellegarde, traverse la vallée de Charmey et se jette dans la Sarine, près de Broc.

5. ° La Gerine (Ergera) , qui se jette au-dessus de Marli dans la Sarine.

6. ° La Singine, qui sort du lac d'Omeina, sépare bientôt après les cantons de Fribourg et de Berne, et se jette dans la Sarine à Laupeu.

Il existe dans le canton des eaux minérales estimées, et entr'autres celles de Bonn , à deux lieues au nord de Fribourg. qui sont sulfureuses, et dont on se sert à la fois comme boisson et comme bains.

§ 4. Produits du pays*

Le canton ne possède pas des métaux : chaque année il tire 22 à 23 mille quintaux de sel de la France; mais tout récemment on a découvert dans le pays de Gruyères des mines de sel qui s'étendent aussi dans le canton de Berne, et on croit qu'elles communiquent avec l'es salines de Bex. Le canton de Fribourg possède une grande variété de pierres à bàlir ; on exploite près de Semsale une carrière de charbon de pierre, qui s'emploie dans la verrerie de ce village.

Le soin des prairies forme une des principales occupations des Fribourgeois ; on compte dans le canton 65,846 arpens de prés, dont 7846 de première classe, 24,o5i de seconde , et 33, 949 de troisième; à quoi Ton peut ajouter 10,198 arpens de prés marais ; l'arpent est de 5o,ooo pieds carrés de Berne. Le trèfle , l'esparcette et quelques autres espèces de fourrages sont aussi cultivés avec succès.

Les pâturages de montagnes sont une source de richesses pour le canton; plus de 12,000 vaches y paissent chaque année, sans compter les autres bestiaux, tels que génisses, veaux, chevaux , moutons, chèvres, cochons, etc. D'après un état dressé en 1807 ,1e canton nourrissoit 10,942 chevaux et 34,987 bêles à corne. On estime que chaque vache, pendant la durée du séjour des montagnes , du i5 mai au 9 octobre , donne en moyenne 200 livres de fromage, ce qui fait en tout 24,ooo quintaux; oa peut compter le quintal à 32 francs de Suisse, au moins : ainsi le produit des fromages fabriqués sur les montagnes, pendant la belle saison, est au moins cle 768,000 francs. Les excellens fromages de Gruyères , qui jouissent dans toute l'Europe d'une juste célébrité , se font dans une chaîne de montagnes qui a dix lieues de longueur sur quatre de largeur, et qui s'étend depuis le district bernois de Schwarzenbourg jusqu'à ceux de Vevav et d'Aigle, dans le canton de Yaudj les meilleurs sortent des

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pâturages de Charmey et des pâturages voisins, connus sous le non) des Monts.

Les propriétaires de troupeaux qui habitent la plaine, louent aux bergers des Alpes une partie de leurs troupeaux pendant l'été, et en retirent de 25 à 3o livres de Suisse , pour chacune de leurs vaches.

Une espèce de fromages , presque particulière au canton, est celle des Vacherins , qui sont recherchés dans les villes, surtout en hiver; ils ne se vendent pas aussi cher que les fromages ordinaires , et la livre ne conte que 10 à 11 creutzers.

Les fromages ne se salent jias sur les monlagnes, mais dans des maisons de la plaine que Ton consacre à cet usage.

L'agriculture est en honneur dans la partie du canton qui n'est pas occupée par des montagnes, et fournit aux habitans une quantité de bié suffisante pour leurs besoins : les Fribourgeois cultivent et recueillent beaucoup de fruits, et font avec leur jus cuit une espèce de syrop , qui est connu dans U pays sous le nom de sauce, et qui est employé pour toutes sortes de gâteaux; ils sèchent, consomment et exportent aussi une partie de ces fruits; ils fabriquent de l'eau de cerises dans les montagnes, et font partout un grand usage des pommes de terre, qui suppléent au blé dans les pays de pâturages; ils plantent, dans la partie nord et nord-est du canton, une si grande quantité de tabac, que cet objet est devenu pour eux un article important de commerce; 6o,ooo arpens sont cultivés en champs, ]6,5oo sont plantés en bois qui appartiennent aux. communes ou aux particuliers, et 4ooo en bois qui appartiennent à l'état ; on y trouve surtout des sapins, puis en moins grand nombre des chênes, des fayardseï des aunes ; les vignes du canton n'occupent que 600 arpens; le vin en est foible et mauvais; 1236 arpens sont consacrés aux légumes, au chanvre et au lin.

Le bétail, dans la partie montagneuse du canton, est de la plus grosse et de la plus belle espèce; sa couleur est d'un brun îougeâfcre ou noirâtre; les

5o6 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

vaches pèsent de 5 à 6 ^ quintaux, et donnent une grande abondance de lail : on élève dans le canton beaucoup de moutons, de chèvres, de cochons et chevaux ; ces derniers ne se distinguent pas par l'élégance de leurs formes, mais ils sont forts , propres à toutes sortes de travaux , et en conséquence recherchés dans les cantons voisins.

§ 5. Histoire, Mœurs et Langage des habitans*

Tl est fait mention de Frihourg dans un titre de Tannée 1162 ; ce n'étoit alors que la partie de la ville actuelle qui est assise au bord de la rivière. En iî78? Berthold IV, duc de Zaeringen, de concert avec plusieurs barons, fonda la ville haute, et lui donna un territoire composé de 24 paroisses. En 121.8, Fribourg échut en partage au comte de Ribourg Bourgdorf, en is64 au comte de Hapsbourg Laufenbourg , et en 1277 à l'empereur Rodolphe de Hapsbourg. Dès-lors les Frîbourgeois combattirent sous les bannières des Autrichiens , dans toutes leurs guerres contre les Bernois et contre les confédérés suisses , jusqu'en i45o, temps où l'empereur Frédéric proclama leur indépendance : mais en i452, le duc Louis de Savoie, auquel ils dévoient des sommes considérables , réussit à se faire nommer leur protecteur et à devenir en quelque sorte leur souverain -, cependant ils contractèrent une alliance avec Berne, et aidèrent puissamment les confédérés dans leurs guerres contre Charles-le-Téméraire , duc de Bourgogne : cette conduite leur acquit une entière indépendance ; la Savoie abandonna toutes ses prétentions sur eux , et en i48i ils furent reçus au nombre des cantons suisses.

Les hommes et les femmes, dans le canton de Fribourg, ont généralement une belle figure, mais elle manque quelquefois d'expression ; ils font peu d'excès, excepté ceux du vin, et les crimes sont rares parmi eux -, leurs mœurs sont assez rudes, mais simples et pures ; ceux qui parlent François se font remarquer par leur jovialité \ mais les aile-

STATISTIQUE DE LA SUISSE. So?

mands sont plus modérés dans l'expression de leur joye ; leurs fêtes sont peu nombreuses, et se passent la plupart dans les auberges ou cabarets, dont le nombre est considérable -, la seule ville de Fribourg en possède au moins une centaine. On danse à l'occasion des noces et les lundi et mardi pendant le temps du carnaval ; mais la principale fête nationale a lieu en automne, et s'appelle la dédicace générale des danses ; elle dure trois jours de suite, savoir, le dimancbe, le lundi et le mardi ; mais il n'est pas permis de danser plus tard que huit beures du soir. Dans les fêtes qui ont lieu à l'occasion des mariages, on joue une marcbe nationale qui se conserve depuis long-temps par tradition , et qu'on appelle la marche des noces.

Le caractère des babitans de la partie montueuse du pays est à peu près le même que celui des autres babitans des Alpes ; ils sont plus vigoureux et plus actifs, d'esprit et de corps, que les babitans de la plaine -, ils préfèrent le commerce a l'agriculture , ce qui les conduit souvent dans les pays étrangers. Les Fribourgeois s'adonnent volontiers au service militaire, et c'est là une des marques distinclives de leur caractère; ils ont fourni des troupes aux puissances étrangères, et surtout à la France, plus peut-être qu'aucun autre canton , et ils se sont distingués dans cette carrière par leur courage et leur bonne discipline; le séjour qu'ils font bors de cbez eux leur est avantageux sous plus d'un rapport; ils reçoivent aussi dans leur pays Deaucoup d'étrangers, ce qui contribue à cbanger leur disposition naturelle à la paresse et à leur donner plus de vivacité.

Il y avoit autrefois un grand nombre de goëlres dans la basse de Fribourg , et dans divers vil-

lages voisins, mais une plus grande propreté dans les logemens et dans les babiilemens, et des soins mieux entendus pour l'enfance, ont diminué cette triste infirmité.

Le langage usité dans la plus grande partie du canton de Fribourg est un patois françois, dont on distingue trois espèces, le Gruver'ui qui se parle

5o8 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

dans le pays de Gruyères, le Quetzo qui est en «sage dans la partie moyenne du canton, et le Broyar qui est le langage fies districts arrosés par la Broyé, près du lac de Neuchatel ; ce dernier patois est plus doux que les autres ; le Gruverin , surtout à Lessoc et à Mombovou , est rude; il a un grand nombre d'expressions qui lui sont propres, qui s'éloignent tout à-fait du françois et qui dérivent immédiatement du latin ou de Fitalien ; ainsi domna, mère , vient de domina ; segna , père , vient, de senior; mousar , penser en silence, vient de mussare , etc.

§ 6. Constitution politique > Revenus de VEtat.

Le canton est divisé en douze préfectures, savoir, celles de Fribourg, de Moral, de Gruyères, de Corbières, de Bulle, de Chatei-Saint-Denis , de Ro^mont , de Bue, de Farvagni, de Montagni, de Surpierre , et d'Estavayer.

Bans chaque préfecture, un préfet est chargé de Fexécution des lois; chaque paroisse ou commune a un syndic et un certain nombre d'assesseurs , suivant sa population, qui sont chargés de son administration. Des tribunaux de première instance , présidés par le préfet ou par son lieutenant, rendent la justice en premier ressort dans chaque préfecture.

Le pouvoir souverain réside dans j 44 membres du grand conseil , dont 28 sont membres du petit conseil ; leurs places sont à vie ; ils sont présidés par un avoyer et sont appelés Uavoyer , petit et grands conseils de la ville et république de Fribourg ; ils se composent de 108 membres pris parmi les patriciens, soit anciens bourgeois de la ville de Fribourg, et de 36 membres tirés des villes et de la campagne.

L'autorité suprême, exécutive, administrative et judiciaire, est exercée par le petit conseil, qui est composé de 28 membres , y compris les deux avoyers, et qui se divise en deux sections ; l'une de i3 membres , qui forme le conseil d'état sous la présidence de l'avover en charge; la seconde, qui forme le conseil d'appel sous la présidence de l'ancien avoyer;

le conseil d'état prononce en dernière instance sur le contentieux administratif. Dans les cas de crimes emportant peine capitale, le conseil d'appel s'adjoint tout le reste du petit conseil.

Deux avoyers, élus par le grand conseil , et pris dans le sein du petit conseil, président alternativement, chacun pendant un an, îe grand et le petit conseil ; celui qui n'est pas en charge supplée l'autre au besoin. Le grand conseil élit sept membres du tribunal de censure, qu'on appelle secrets ; il doit les prendre dans son propre sein , et parmi les hommes les plus distingués par leurs vertus et par leur considération personnelle. Le tribunal de censure veille au maintien de la constitution et des bonnes mœurs; il s'assemble chaque année, le jour de la bataille de Moral, pour examiner et censurer la conduite publique et privée des membres du grand conseil, qui ne sont pas en même temps membres du petit conseil; il a le droit, s'il est unanime de les suspendre ou de les destituer : la conduite individuelle des conseillers du petit conseil est aussi examinée chaque année par le grand conseil, et ces conseillers peuvent être suspendus ou destitués, si les trois quarts des suffrages se réunissent contr'eux.

Les membres du grand conseil , qui doivent être pris dans les familles patriciennes, sont choisis par le grand conseil, sur la proposition d'un corps électoral , établi à chaque nouvelle élection, et pris dans le sein du grand conseil. Les membres du grand conseil , qui sont pris dans les villes et dans la campagne, sont nommés par le grand conseil, sur une présentation en nombre triple, faite par les arrondissemens de préfecture et par les villes, dans la proportion de leur population.

Les membres du petit conseil sont pris dans le sein du grand conseil , sur une présentation en sombre triple du petit conseil.

Pour entrer dans le grand conseil, il faut avoir 25 ans accomplis, n'être ni failli, ni insolvable, avoir reçu une éducation distinguée, et savoir les langues françoise et allemande; en outre, si l'on

n'est pas patricien, on doit jouir d'un indigénat de cent ans dans le canton, et posséder une fortune d'au moins 20,000 francs en propriétés foncières acquittées.

Pour être éligible au petit conseil , il faut avoir 3o ans révolus, savoir les laugues allemandes et françoise , et avoir les êonnoissances qui forment l'homme d'état et le juge.

Un père et un fils, ou deux frères, ou plus de trois personnes du même nom, ne peuvent pas siéger ensemble au petit conseil.

Les biens particuliers de la ville de Fribourgsont confiés au soin d'une administration municipale, qui est composée exclusivement de bourgeois de Fribourg.

Les revenus de l'état se composent du produit des domaines publics, des douanes, des amendes, d'un impôt sur les boissons, etc.

§ 7. Industrie , Commerce , Monnoies > Poids et Mesures.

La principale industrie du pays, pour les habitans des montagnes, est l'éducation ainsi que le soin des bestiaux ; pour les habitans des plaines, c'est l'agriculture. Les Fribourgeois se livrent peu au commerce ; ils se contentent de fortunes médiocres, et préfèrent jouir avec simplicité de ce qu'ils ont hérité de leurs pères, que de courir des chances en se livrant à des spéculations mercantiles ; le luxe n'a pas fait de grands progrès parmi eux : cependant depuis une trentaine d'années ils ont des besoins nouveaux et de nouvelles dépenses à faire-, le tissage des pailles occupe un grand nombre d individus, et est une source de bénéfices pour le canton; mais la vente des fromages et celle des chevaux, ainsi que des botes à corne, lui procure encore de plus grands avantages, et est d'ailleurs d'une ressource plus constante et plus assurée; chaque année le canton exporte des bois pour les cantons voisins et pour la France j en 1808, il fit sortir, par

STATISTIQUE DE LA SUISSE, 5l l

Cuaiel -Saint- Denis seulement, i3,38o planches, 2910 paquets de liteaux et 2.^9,101 échalas pour lu France. Les Fribourgeois exportent aussi du beurre, ainsi que des peaux tannées, et surtout des peaux non-tannées : dans la ville de Fribourg, on fabrique de la bière, des chandelles, des chapeaux, de la faïence, des cartes, et des toiles de coton, dont la teinture rouge passe pour la meilleure qu'il y ait en Suisse. La verrerie de Semsale occupe i5o ouyriers.

Les habitans du canton qui parlent françois sont généralement plus industrieux que les allemands; ces derniers se livrent rarement à des entreprises nouvelles. Les routes du canton ne sont pas suffisamment soignées, ce qui nuit au commerce, et surtout à celui de transit et de commission.

Les Fribourgeois ont quelques monnoies d'argent et de billon ; mais ils n'en ont jamais frappé en or, excepté anciennement des ducats, qui sont devenus très-rares , et qu'on ne trouve plus que dans les collections des curieux.

L'arpent ou pose de Fribourg est de 5o,ooo pieds de Berne carrés ; la toise pour le bois a cinq pieds en hauteur, cinq en largeur et trois en profondeur; la toise pour le foin est un cube de dix pieds en tout sens. Les graines se mesurent en bichets , dont il faut deux pour une coupe ; quatre coupes font ua sac ; 4oo mesures de vin de Fribourg équivalent à 4 1 7 mesures de Berne ; dix aunes de Fribourg équivalent à neuf aunes de Paris.

§ 8. État de V Église et de l'instruction publique 9 Etablisse mens publics.

Les habitans du district ou de la préfecture de Morat, au nombre de 7000, suivent la religion réformée, et ont leur consistoire particulier ; le reste du canton est catholique, et relève de l'évêque de Lausanne, qui réside à Fribourg depuis le temps de la réformation; le chapitre de la cathédrale est composé de douze chanoines qui font desservir 23

cures par des vicaires. Le clergé caLholique séculier divise en 12 décanats, et pourvoit à 112 cures, ou ire qu'il a à nommer un grand nombre de vicaires et de chapelains. Il 'y a à Fribourg un séminaire pour l'éducation des jeunes ecclésiastiques.

On compte dans le canton 19 couvens, dont dix d'hommes et neuf de femmes, sept pour la seule ville de Fribourg et douze pour le reste du canton. Les principaux couvens d'hommes sont : i.° la belle abbaye de Tordre de Citeaux ou de Saint- Bernard , placée à Haulerive, à deux lieues au-dessus de Fribourg sur la Sarine; elle a été fondée en ii3?, et ses religieux y ont établi récemment une école agronomique sur le modèle de celle de M de Felîenberg ; 2.0 l'abbaye, chef-lieu de l'ordre réformé de Saint-Bernard, que l'on appelle aussi ordre des Trappistes ; elle est placée à la Valsai nte à cinq lieues de Fribourg, dans un vallon sauvage au pied méridional du mont Berra, et non loin du lac d'Omeina. Le couvent de la Yalsainte fut fondé en 1294 par Gérard de Corbières , et supprimé en 1778 ; il fut acheté en 1791 , au moment où tous les couvens avoient élé supprimés en France, par Boni Augustin de TEstrange, qui en paya 25,ooo livres de Suisse, et qui s'y établit avec 24 autres religieux de Tordre de la Trappe : dès- lors cette chartreuse a donné naissance à diverses institutions du même ordre, soit en Europe, soit en Amérique. Il existe à Riedera , de l'autre coté du mont Berra, un couvent de religieuses trappistes ; 3.° le couvent ou collège des Jésuites à Fribourg; il réunit 17 professeurs, sous un chef qui porte le titre de principal. Les couvens des Augustins et des Franciscains de Fribourg s'occupent également d'éducation ; la méthode d'enseignement mutuel , appelée aussi méthode de Lancastre, a été récemment introduite à Fribourg avec succès : cet enseignement est dirigé par le Père Girard , Tun des hommes les plus distingués de ce pays intéressant.

Parmi les couvens de femmes, on remarque celui de Montorge > qui est placé dans la ville de Fri-

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 5i5

bourg, et qui est connu par les belles fleurs artificielles, qui y sont fabriquées, et celui des ^isilatidines, ainsi que celui des Ursulines , qui appartiennent aussi à la ville de Fribourg , et où l'ou trouve des pensionnats pour l'éducation des jeunes filles. Des sœurs- grises soignent le grand hôpital de Fribourg, auquel se trouve joint un petit établissement en faveur des orphelins.

Les principaux établissemens d'instruction du canton sont un lycée , placé à Fribourg, où Ton enseigne la théologie, la morale, le droit canon, la physique, les mathématiques, la métaphysique et la logique, et un gymnase où Ton enseigne les belles-lettres la» tines, françoises et allemandes; les professeurs, dont nous avons déjà parlé, vivent en communauté dans l'ancien collège des Jésuites, où ils ont une bibliothèque. Romont possède un petit gymnase ou collège latin etfrançois. Les pensionnats sont nombreux dans le canton; quant aux écoles élémentaires, il n'y a pas de commune qui n'en possède.

Fribourg a produit plusieurs organistes ou facteurs d^inslrnmens distingués et des peintres estimés, tels que MM. Landerset, Comte et Curti.

Toules les villes du canton, et même les plus petites, ont leur bôpilal ; mais le principal établissement de ce genre est sans contredit le grand hôpital de Fribourg, qui est parvenu à détruire presque complètement la mendicité, autrefois commune dans la ville. On a remarqué que les établissemens de tout genre, et en particulier ceux d'éducation et ceux qui ont été formés pour le soulagement des pauvres, étoient meilleurs dans la partie frauçoise que dans la partie allemande du canton.

§ 9. Caries géographiques , Ouvrages à consulter.

Les meilleures cartes du canton de Fribourg sont celles de l'atlas de Meyer, et celle qui est jointe à l'Àlmanach helvétique de 1810 ; on peut consulter cet almanach sur la statistique du canton.

3l4 STATISTIQUE DE LÀ SUISSE.

$ 10. Description particulière de quelques portions du Canton*

La ville de Fribourg ( Friburgum Nuithorum ) est irrégulièrement bâtie , dans une position singulièrement sombre et romantique; le grand nombre de couvens, de tours et d'églises qu'elle renferme , ses rochers à pic au-dessus de la Sarine, et la pente rapide de !a plupart de ses rues, lui donnent un aspect extraordinaire; elle a 28 fontaines, et son enceinte est considérable ; mais comme elle renferme beaucoup de jardins, et même de vergers, sa population n'est pas proportionnée à son étendue , et l'on n'y compte que 6000 habita os. Fribourg n'a pas de bibliothèque publique, mais plusieurs bibliothèques particulières, ainsi que des cabinets d'histoire naturelle et de peinture : parmi les objets les plus dignes d'attention, on remarque L'hôtel-de-ville, quia été bâti sur la place qu'occupoit autrefois le palais des ducs deZaeringen, le tilleul qui fut planté en 1476, en mémoire de la bataille de Morat , et dont les belles dimensions étonnent encore, quoiqu'il ait beaucoup vieilli et souffert de nos jours , la cathédrale fondée en 1283 et consacrée à S. Nicolas, la tour de cette cathédrale , qui est la plus élevée de la Suisse, et qui' a 356 pieds de hauteur, sa sonnerie , qui passe pour la plus belle de la Suisse f le tableau qui est à l'entrée de l'église, et qui représente les hommes qui se sont mal conduits sur la terre, précipités par les démons dans les flammes de l'enfer ; enfin les maisons du court chemin , remarquables par leur position extraordinaire; le pavé de la rue de la grande fontaine leur sert de toit. On parle allemand dans la partie basse de la ville, qui est la plus petite , et françois dans la plus grande, qui est en même temps la plus élevée.

La préfecture de Fribourg est la plus grande du canton ; on y remarque divers hermitages qui ont été taillés dans le roc , et entr'autres celui de Sainte- Maclelaine qui est célèbre dans le pays, et qui est

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 5lÔ

placé à une lieue de la ville, au bord delà Sa ri ne; il a élé taillé dans le roc dans le 17. e siècle, et consiste dans une église, 113$ couvent et plusieurs appartemens ; il a 4oo pieds de longueur avec un clocher de 80 pieds de hauteur.

La préfecture de Morat, dont la population est protestante, est l'une des mieux cultivées du canton ; ses ha bilans se distinguent de leurs voisins par une meilleure agriculture et plus d'industrie. Cette préfecture renferme plusieurs points de vue charmans , on doit entr'autres remarquer un tilleul qui est placé sur une colline , au-dessus du village de Vilîars : il a 36 pieds de diamètre et 90 pieds de hauteur, et l'on jouit, à son pied, d'une vue superbe sur les lacs de Morat, de Neuchatel et de Blenne.

La ville de Morat fut conquise, en 147 5, par les Bernois et les Fribourgeois, qui y envoyèrent dès-lors alternativement des baillis ; mais en 1798 , ce bailliage a été réuni au canton de Fribourg : on voyoit autrefois, à un quart de lieue de Morat, un bâtiment, long de 44 pieds sur i4 de largeur , où Ton avoit recueilli les ossemens des Bourguignons qui avoient péri à la bataille de Morat en 1 4/6 ; les François détruisirent par le feu, en 1798, ce bâtiment, qui leur paroissoit injurieux pour leur nation, et maintenant il est remplacé par un tilleul entouré d'une barrière.

La préfecture de Gruyères est connue par ses beaux pâturages et par ses excellens fromages ; les communes de Charrney et d'Albeuve se distinguent surtout sous ce rapport. La petite ville de Gruyères, remarquable par ses établissemens d'instruction puplique , est située au pied du Moleson ; oa y voit un grand château bâti sur une colline, autrefois résidence des puissans comtes de Gril} ères, qui se maintinrent jusqu'en i554, dans la possession de leurs états : le pays, appelé pays de (bruyères , a huit à dix lieues de longueur sur quatre de largeur; les habitans de ses vallées composent l'un des plus beaux peuples des Alpes helvétiques.

La préfecture de Corbière renferme la célèbre abbaye de la Valsainle.

3l6 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

La ville de Bulle, dans la préfecture de ce nom , a été en grande partie détruite par le feu , en i8o5; mais elle doit à la bienfaisance suisse d'être à présent plus belle qu'autrefois; ou trouve à Bulle de grands dépôts de fromages de Gruyères et un couvent de capucins ; le couvent des chartreux , appelé la Part- Dieu et fondé en i3oj , appartient aussi à cette préfecture ; il est situé sur la pente du Moleson ; en gravissant sur le sommet de cette montagne on jouit d une vue très-étendue.

La préfecture de Chatel-Saint-Denis renferme la verrerie de Semsale.

Romont , chef-lieu de la préfecture de ce nom , passe pour la plus jolie ville du canton ; elle est située près de la Glane, sur une colline, entre Moudon et Fiihourg ; elle a un hospice de capucins, un grand marché de chevaux et un bon collège ; le cloître appelé la F Me- Dieu , est occupé par des religieuses de l'ordre de saint Bernard , et est situé près de la ville de Romont.

La préfecture de Rue , renferme îa petite ville du même nom et quelques grandes paroisses. Les habitans de la préfecture de Farvagoi, s'occupent au tressage des pailles; dans cette préfecture, on admire la belle et romantique paroisse d'Affri qui a donné son nom à une famille distinguée.

La préfecture de Montagni s'étend au travers du canton de Vaud jusqu'au lac de Neuchatel et est arrosée par la Broyé ; on y voit quelques ruines de l'ancienne ville de Montagni.

Dansla préfecture de Surpierre est le haut château de ce nom, d'où l'on jouit d'une belle vue. Depuis la tour de la Molière on aperçoit tout le pays de la Broyé.

La préfecture d'Estavayer, qui s'étend le long du lac de Neuchatel , est intéressante par ses belles récoltes de blé; la ville d'Estavayer est dans une position charmante ; son château étoit autrefois la résidence de l'illustre famille du même nom , qui a subsisté pendant mille ans ; la ville fut prise par les Suisses, au mois d'octobre ibj5 ; la garnison forte

STATISTIQUE DE LA SUISSE. OiJ

de 3oo hommes et toute la bourgeoisie furent passées au fil de l'épée , la citadelle fut réduite en cendres et les maisons pillées,, et cette ville, auparavant opulente, n'a jamais pu recouvrer son ancienne prospérité; elle est cependant encore commerçante ; elle a un couvent de femmes de l'ordre des dominicains. Le beau village d'Engi , sur la route de Pajerne à Yverdun , possède un pensioanat estimé»

5lS STATISTIQUE DE LA SUISSE.

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