‹ Statistique de la SuisseChapitre 33 sur 46 · CANTON DES GRISONS · texte numérisé non relu

CANTON DES GRISONS

§ 1. Situation , Etendue , Climat 5 Population.

Tje canton des Grisons, en langage rhétîen repi> blika grisona, en allemand Graubundten ou Bundten, en italien republica de Grigioni ou Grisoni , faisoit partie de l'ancienne Rhéiie et est situé dans la pariie sud-est de la Suisse, et sur les frontières de l'Ailemagne et de l'Italie ; Buonaparte lui a enlevé du côlé de l'Italie ses anciens sujets qu'il n'a pu recouvrer encore 5 à l'orient il est borné par le Tvrol, au midi, par les vallées à* Bormio , de la Yalleline et de Chiavenna , qui appartiennent à présent à l'empereur d'Autriche ; à l'ouest , par les cantons du Tessin et d'Uri J et au nord par ceux de Glaris et de Sainl-Gall ? et par le Tyrol.

Le canton des Grisons a 3i8 lieues carrées et 55g millièmes, et est ainsi presque égal en surface au canton de Berne qui est ie plus grand des cantons de la Suisse ; sa plus grande longueur est de 3o lieues, et sa plus grande largeur de 20 , et dans cet espace il renferme une soixantaine de vallées tant principales que latérales , mais on peut toutes les rapporter aux cinq suivantes ; savoir : celle du Rhin antérieur , celle du Rhin postérieur , celle de l'A Huila, celle de l'inn autrement nommée Engadine , et celle de la Landquart , que l'on nomme aussi le Prettigau. Le climat du pays varie suivant la position de ces \allées ; il est plus froid que dans la plupart des autres" cantons , excepté dans les vallées, qui s'ouvrent sur le revers méridional des Alpes et dans les plaines arrosées par le Rhin , qui s'étendent au nord du canton , et dans lesquelles la vigne et les productions des pays tempérés mûrissent parfaitement,

5gO STATISTIQUE DE LA SUISSE.

Coxe évaîuoit de la manière suivante la population des disons vers la fin du 18. e siècle,

Ligue Grise 54, 000 «mes.

Ligue de la Maison-de-Dieu . . . 29,000 Ligue des dix. Droitures 18,000

La plupart des auteurs et des hommes instruits du paj s donnent encore au canton des Grisons une population à peu près égale à celle-là ; cependant dans le tableau officiel que nous avons donué à la pag. 1 1 .e, elle n'est évaluée qu'à 80,000 ames , ce qui ne donne que 261 ames par lieue carrée.

§ 2. Nature du sol , Montagnes.

Le canton des Grisons offre une variété prodigieuse de situations , tantôt de hautes montagnes couvertes de neiges et de glaces éternelles,, des torrens impétueux et dévastateurs, d'énormes rochers , des précipices effrayans et des déserts sauvages ; et tantôt de riantes vallées couvertes de gras pâturages, d'arbres fruitiers et de champs fertiles ou même de vignobles.

Les plus hautes montagnes du canton s'étendent du Saint-Golhard aux sources du Rhin postérieur et à celles de l lnn ; delà , elles se prolongent au nordest jusque dans le Tyrol *, de cette chaîne principale il en part d'autres qui s'étendent en tout sens et dont plusieurs portent des neiges éternelles et s'élèvent jusqu'à 10 ou 11 mille pieds au-dessus de la mer; on regrette que la hauteur de plusieurs de ces montagnes n ait pas encore été déterminée. Dans l'intervalle qui les sépare on trouve des vallées qui, par leur nombre et par leur entrelacement, forment de tout le canton une espèce de labyrinthe. Tout ce pays présente des montagnes si escarpées et tant de précipices, que dans quelques communes , à ce que l'on assure , les mères , lorsqu'elles sont obligées d'abandonner leurs enfans en bas âge pour vaquer aux travaux de la campagne, attachent ces enfans avec utie longue corde , de peur qu'ils ne s'éloignent

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trop pendant leur absence et qu'ils ne tombent du haut des rochers.

Une chaîne de montagnes s'étend depuis le Saînt- Gothard au nord-est en cotoyant^les cantons d'Uri , de Glaris et de Saint-Gall : line autre chaîne s'étend au midi dans le même sens , et le Rhin antérieur coule avec fracas enîre ces deux chaînes jusqu'à Reichenau; là; il se réunit avec le Rhin postérieur qui le surpasse en Force et en grosseur , et qui a déjà parcouru les vallées de Domleschg , de Schams et cleftheinvald ; à Heichenau , les deux vallées du Rhin se réunissent en une large vallée principale qui s'ouvre du côté du nord et de l'Allemagne où le Rhin se précipite, pour purifier ses eaux jaunâtres , dans le lac de Constance, La belle vallée de PEogadine , où coule l'inn , est formée par la haute chaîne de mon» tagnes qui sépare l'Italie de la Suisse , et par une autre chaîne parallèle qui lui sert de limites au nord; elle s'étend jusqu'au Tyrol 5 entr'elle et les vallées du Rhin on trouve un grand nombre d'autres vallées, parmi lesquelles on doit remarquer celle de Davos, de l'Albula,du Pretligau, de Schaîfik et de Churvald ; sur la pente des Alpes du côté de l'iialie les Grisons possèdent encore les vallées de Misocco, de Bergeii, de Poscbiavo et de Munster.

Le pays des Grisons est une des parties de la Suisse les moins visitées , et cependant les plus dignes de l'attention des voyageurs , la nature y présente les contrastes les plus frappa ns de culture et de désolation , d'immenses mers de glace y séparent les plus hautes sommités, et c'est là où l'on admire le plus grand de tous les glaciers des Alpes, celui de Bernina , dont la glace a quelques centaines de toises d'épaisseur , et qui s'étend sur une longueur de neuf lieues entre la Valteline , la vallée de Bergell et et l'Engadine.

Les plus liantes montagnes du canton , surtout celles qui le bornent au nord, à l'orient et au midi , et celles qui forment une vaste masse auprès du glacier du Rhin , sont de nature primitive et se composent de granit ou de calcaire primitif. Les plus

connues de ces hautes montagnes sont le Crispait , le Lukmanier , le Vogelberg , le Bernardin , le Splugheu , le Seplimer , le Julier , l'Albula , le Bernina et le Fermunt. Le Galanda s'élève au-dessus de Coire, du côté du district de Sargans, à 63p,8 pieds au-dessus de la mer ; on y découvre une vue magnifique sur le pays des Grisons ; sur le sommet du Lnk- Manier ( Locus Magnus ) par lequel on traverse de Disentîs à Beilinzone, il existe un hospice dédié à la Vierge Marie , et construit par l'abbé de Disentis , dès l'année i374; du Scopi , qui n'est pas très-éloigné de cet hospice , on aperçoit à la fois , à droite et à gauche , d'un côté le Mont-Blanc et de l'autre le Drey-Herrnspilz , chacun à une distance d'environ 5o lieues.

§ 5. Lacs , Rivières»

Les lacs des Grisons ne sont que des lacs de montagnes , entretenus par les eaux qui découlent des neiges ou des glaciers voisins , ils sont en grand nombre, mais tous d'une petite étendue; celui de Sils 7 dans la haute Engadine , a cependant presque deux lieues de longueur sur une de largeur j il se ferse dans celui de Silva-Plana ? et ce dernier dans celui de Saint- Moritz , tous les deux sont plus petits que celui de Sils. Le lac de Poschiavo a une lieue de longueur et reçoit ses eaux de trois petits lacs qui sont au pied du glacier de Bernina ; le lac de Davos , celui de Luscher sur le Heinzenberg , et plusieurs autres encore plus petits méritent à peine le nom de lacs.

Le Rhin et l'Inn sont les plus considérables des rivières du canton ; trois branches principales se réunissent pour former ce premier ; on les nomme le Bhin antérieur, le Rhin du milieu, et le Rhin postérieur ; toutes les trois prennent leur source dans des glaciers très-élevés; la dernière est grossie dans la vallée de Domleschg par leseauxde la rivière d'Albula; à Reichenau le Rhin est déjà un grand fleuve , et il s'augmente encore avant d'abandonner le canton 7

il reçoit à Coire les eoux de la Plessour , et plus tard celles de la Landquart , torrent considérable > qui découle des Alpes du Pretligau.

LTnn sort des glaciers de Maloia , dans la haute Engadine, traverse celte longue et intéressante vallée et va plus tard se jeter dans le Danube, et de là dans la Mer-INoire.

Parmi les rivières du canton , il faut encore distinguer la Muesa et la Maira qui traversent, la première , la vallée de Misocco et la seconde celle de Bergell, et dont les eaux vont ensuite arroser la fertile Italie ; ainsi , les Grisons fournissent des eaux à une grande partie de l'Europe et alimentent à la fois l'Océan , la Méditerranée et la Mer-Noire.

§ 4. Produits du pays»

Un pays tel que celui des Grisons , dont plus de la moitié est occupé par des déserts , des glaciers ou des rochers, doit naturellement être habité par un grand, nombre d'animaux sauvages; aussi l'on y trouve des loups , des renards , des loups cerviers , des ours communs , ainsi que des ours noirs , des marmottes et des lièvres blancs. Les marmottes pèsent de 7 à 16 livres leur chair est estimée des habitans , elle est mêlée d'une graisse huileuse dont ils font un grand usage et qui ne se gèle point en hiver. Le lièvre blanc pèse jusqu'à i5 livres, et ressemble plus à un petit chien qu'au lièvre ordinaire ; c'est un animal inoffensif, qui est exposé à devenir la proie d'un grand nombre d'autres animaux, mais la nature lui a accordé pour sa sûreté une faveur précieuse dans la couleur de sa peau qui est blanche en hiver , ce qui le fait confondre avec la neige qu'il habile, et grise en été , de manière qu'on le distingue difficilement au milieu des rochers dont il imite la teinle. Parmi les bêtes fauves des Grisons , on remarque le cerf, le chevreuil et le chamois, mais les deux premières espèces sont devenues fort rares ; le bouquetin a presque complètement disparu du pays.

Outre les grandes espèces d'aigles, on trouve clans

5q± statistique de la sutsse.

le canton i4 espèces de faucons, 8 espèces de hiboux ou chouettes, 1 1 espèces de corbeaux , 2 espèces d'oies et de canards sauvages, et plusieurs autres espèces de gibier.

La pèche fournit aux hahitans d'excellentes truites qui habitent les rivières et les lacs et même plusieurs ruisseaux du canton.

Les Grisons sont surtout riches en gros bétail ; la superficie de leurs Alpes est d'environ 70 milles carrés d'Allemagne ; c'est-à-dire, qu'elle est égale à la moitié de la surface du canton , et ils comptent en moyenne 1200 bêtes à corne par chaque mille carré , ce qui fait en tout 80 à 90 mille , dont à peu près la moitié sont des vaches; ils estiment que 35, 000 vaches à lait paissent chaque année sur les pâturages élevés j et que chacune de ces vaches fournit 192 onces de lait par jour ; avec 5oo onces de lait ils font une livre de beurre de 18 onces, outre un tiers en sus de ■fromage maigre , un tiers de ceret et du petit laif. La nourriture" d'hiver de chaque tête de gros bétail est de trois toises cubes ou de dix à douze quintaux de foin ; celle de chaque tête de petit bétail est du tiers; on peut , d'après cela, juger de tout le foin qui se récolte dans le canton. Les Grisons ont chez eux 60 à 70 mille chèvres ; et ils nourrissent environ 100,000 moutons qui viennent chaque année d Italie passer l'été sur leurs Alpes; la laine de ces moutons est grossière et ne se vend guères que un florin par mouton. La plus belle race de gros bétail que l'on trouve dans !e canton est celle du Prettigau qui est de faille moyenne et d'un brun noirâtre. Les Grisons élèvent un grand nombre de cochons et les nourrissent en é;é dans les chalets des montagnes ; il n'est pas rare de voir de ces animaux qui pèsent quatre quintaux ; la plupart se consomment dans le pays.

Le canton ne produit que la moitié du blé dont il a besoin, et il en lire chaque année 18,000 sacs de l'étranger ? ce qui lui coûte une somme de 3oo nulle florins ; ses habilans pourroient s'épargner cette dépense s'ils étoient plus laborieux , car ils ne manquent point de terres propres à la culture du blé ^

STATISTIQUE Ï)K tA StJÎSSE. 00,5

mais ils les laissent îe plus souvent en friche; ils cultivent aussi différentes autres espèces de graines et de plantes farineuses, et surtout du blé de Turquie et des pommes de terre ; une famine qui eut Heu en 1771 leur a appris à connoîlre la valeur de ces dernières , et dèslors les importations de blé ont diminué de 6000 sacs par année ; ils soignent mal les jardins et ne cultivent pas assez de chanvre et de lin pour leurs besoins; en revanche, ils vendent à l'étranger du vin de fruit et de Peau de cerises ; ils exportent aussi pour environ 10 mille florins de vin chaque année. Leurs achats en tabacs étrangers s'élèvent, environ à 1 00 mille florins par année , et ceux en huiles sont aussi considérables. Ils négligent le soin de leurs forêts. el n'en tirent point ainsi tout le parti possible. Le règne minéral leur offre de grandes richesses, mais ils savent peu en faire usage ; on trouve sur le Splughen des marbres blancs comme la neige , et à Poschiavo, ainsi que sur la montagne de Silvaplana, des marbres couleur de feu . susceptibles d'un très-beau poli ; on trouve ailleurs de l'albâtre, des porphires , des serpentines, des gypses, des marnes, etc. 11 existe à Schuoîs , près des bords de l'inn , dans la basse Engadine, de riches sources d'eau salée, mais elles ne sont point exploitées , et chaque année les Grisons dépensent des sommes considérables en achats de sels étrangers ; ils ont aussi des mines de fer abondantes , et ils achètent chaque année pour 8000 louisd'or, ou pour 1 28,000 livres de Suisse de fer dans l'étranger; ils possèdent des mines de divers antres métaux, qui pour la plupart ne sont point exploitées.

Aucun canton , et peut-être même aucun pavs en Europe , n'est plus riche que les Grisons en sources minérales el en bains chauds ; les sources minérales de Saint -Moritz et les eaux chaudes de la haute Engadine , les sources minérales de Fïdéris dans le Preuigau , et celles du Saint- Bernardin jouissent d'une grande réputation, et en auroient davantage encore si elles a voie ut auprès d'elles des étàblissemens plus convenables pour îe logement des étrangers. Les eaux de Saint-Moi Hz passent pour les plus énergiques

OijG STATISTIQUE DE LA SUISSE.

de toute la Suisse et peut-êlre de toute l'Europe ; 12 onces de ces eaux contiennent 3 7 \ pouces cubes d'acide carbonique ; la vallée où elles sortent de terre a 45oo pieds d'élévation au-dessus de la mer, et les auberges où l'on loge en sont à demi-lieue. Les eaux de Fideris sont presque aussi fortes que celles de Saint- Moriiz ; on les emploie dans les fièvres intermittentes; les bâumens qui ont été construits près de ces eaux peuvent loger 100 personnes. On se baigne pendant le temps des frissons , et on se couche au moment où la chaleur de la fièvre commence , la fièvre passe ordinairement au bout d'un petit nombre d'accès , et ensuite on continue les bains qui procurent une éruption cutanée.

Les bains de Jenalz , dansle Prettigau , sont soufrés, et sont estimés pour les maladies cutanées ; ceux d'Alveneu , sur la rive droite de l'Albula , sont froids et fort imprégnés de soufre; la source d'Araschca , a une lieue de Coire , est d'un grand effet contre le goitre; son goût ressemble à celui des eaux de Seltz; une livre de cette eau contient 48 grains d'alkali fixe , 12 grains de terre arséniate oxigénée et un pea de fer. La source de Vulpera , près de Tarasp, dans la basse Engadine , renferme , sur une pinte, i3i grains de muriate de soude, 117 grains de soude carbonatée, 1 25 grains de chaux carbonatée, et en outre de la magnésie et du gaz acide carbonique ; on y voit souvent plusieurs centaines de Tyroliens, quoique cet endroit soit dépourvu de toutes les commodités qui conviennent à des malades.

§ 5. Histoire ^ Langage , Mœurs et usages des habitans.

Le canton des Grisons est une partie de l'ancienne Rhélie qui oçcupoit toute la portion orientale de la Suisse actuelle et une partie de la Souabe et du Tyrol; il se nommoit alors la haute Rhétie ; les IUiétiens ou Toscans , qui occupèrent ce pays et qui lui donnèrent leur nom , s'y étoient établis, suivant l'opinion commune, 600 ans avant le commencement

de l'ère chrétienne , lorsque les Gaulois firent la conquête de l ltalie septentrionale et les chassèrent de leur patrie; 5oo ans plus lard, lesCimhres traversèrent les Grisons, et ensuite les Aliemans , les Gotlis et d'autres peuples barbares y formèrent des établissemens. Auguste soumit les Rbéiiens après une lutte longue jet -sanglante ; il en transporta plusieurs milliers dans la Gaule et dans l'Italie, tandis qu'il envoya en même - temps des colonies romaines au centre de leurs vallées et de leurs montagnes ; il y fit aussi construire des forteresses et il leur donna un procurateur pour gouverner leur pays , ainsi que la Vindelicie qui fut soumise aux mêmes lois et à la même administration.

Après la chute de l'empire romain dans la Rhétie, en 407 , ce pays passa successivement sous la domination des Aliemans et des Ostrogoths ; Théodoric , roi de ces derniers peuples , vers la fin du 5.e siècle, fit gouverner la Bhéiie par un commandant militaire qui prit le litre de duc des frontières rhêtiennes , Théodebert, roi des Francs, conquit ce pays en 536, et ses successeurs enrichirent l'évèché de Coire, qui existoil depuis le 5 e siècle et auquel ils accordèrent de grands privilèges; au commencement du îo.c siècle, l'empereur Conrad 1 réunit la Rhétie au duché d'Allemagne, l'empereur Othori J.cr, et ses successeurs de la maison de Saxe , accordèrent de nouveaux droits aux évêques de Coire , ainsi qu'à diverses familles qui devinrent puissantes à cette époque dans la dernière moitié du i2.esiécle; l'empereur Frédéric I, de Hohenslauffen , conduisit une colonie de Souabes dans le Rheinvald , forêt immense de huit lieues de longueur, alors inhabitée , au travers de laquelle le Tlhin se précipite en torrent furieux pour gagner la vallée plus riante de Schams j il importent à l'empereur de peupler un pays voisin du Splughen , au travers duquel il se proposoit de passer fréquemment avec ses armées, pour se rendre en Italie; cette colonie s'étendit de divers côtés, dans 1rs hautes vallées voisines , et on reconnoit encore à leurs mœurs et à leur langage les desceudans de ceux qui en firent partie.

Après l'extinction de la maison de HohenstaufFen et du duché de Souabe , là Rhélîe tomba dans une espèce d'anarchie, ■dont l'évèquede Coireet plusieurs seigneurs profitèrent pour étendre leur autorité ; l'oppression de ces petits tyrans fit naître dans tous les cœurs le sentiment de la liberté et le désir de protéger les personnes et les propriétés contre les atteintes du pouvoir arbitraire ; l'exemple des Suisses fortifia lesRhétiensdansces dispositions; dès l'an i3o,£, l'évêque deCoire et les communes de plusieurs vallées s'allièrent et formèrent la ligue Caddée ou ligue de la maison de Dieu ; les communes des vallées du Rhin, jusqu'à Reichenau opposèrent à cette ligue celle qui fut nommée ligue supérieure ou ligue grise, et elles se rassemblèrent pour la première fois à Trons, en i424. Quant à la ligue des dix droitures ou jurisdictions , elle se forma en i436 , par la réunion des communes qui sont situées entre les monLs Scaletta et Fluela , le liheticon et la Pîessour ; enfin , en 1471 , ces trois* ligues conclurent enlr'elles une alliance générale; dès-lors , elles ont été appelées pays des Grisons , et leurs habiîans devinrent un peuple libre et indépendant, dont la constitution étoit encore plus populaire que celles des autres démocraties suisses ; celte popularité donna naissance à de longues et sanglantes dissentions. En i5ii , l$s Grisons s'emparèrent de la Valteline et des pa)S de Chiavcnna et de Bormio, dont la possession leur fut cédée à perpétuité par les ducs de Milan , et qu'ils ont fait administrer dès-lors par des baillis ; mais en 1797 , ces pays ont éié réunis à la république cisalpine , ils ont ensuite fai partie du royaume d'Italie et du royaume Lombardo Vénitien, et les Grisons n'ont pu encore se 1rs (aire rendre. Depuis 1798 les Grisons ont formé un des cantons de la Suisse.

On compte che z les Grisons 3o à 4o mille caiholiques, et 5o à 60 mille protestans ; si on considère les Grisons relativement à leur langage, on trouvera que la moitié parlent la langue romane , les deux, cinquièmes la langue allemande et un dixième l'italien. La langue romane est particulière aux Grisons

et ne se retrouve clans aucun autre pays; elle étoit la langue de ces Toscans fugitifs, qui se retirèrent dans la Khétie , au temps des premiers rois de Rome , niais eile s'est corrompue par le mélange de plusieurs mots allemands ou italiens ; plusieurs ouvrages ont été écrits et imprimés dans cette langue. On en distingue quatre dialectes , dont les deux principaux sont le roman de l'Oherland ou de la ligue grise, et le roman de l'Engadine , autrement appelé tadin; ils différent tellement l'un de l'autre, qu'on pourroit presque les considérer connue deux langues distinctes.

L'allemand est en usage dans la ligue grise , à Ghersax , Vais , Rheinvald , Tlnisis , Tscbapina , Savien , Valendas, Versa m , Tamins et Feldsperg • dans la ligwe de la maison de Dieu, à Avers, Mutten, Coire, et dans les cinq villages, et enfin dans la ligue des dix droitures, à .Mavenfeïd , dans le Prettigau , à Viesen et dans les vallées de Davos , de Schalhk et de Ghurvald.

On parle italien dans les vallées de Misocco, de Berge! 1 et de Poschiavo ; la langue romane est en usage dans le reste du canton.

Le peuple des Grisons est libre, heureux à sa manière Pt ignorant; possédant des terres très-étendues et riches en produits divers , il semhieroil devoir être un des peuples les plus aisés de la Suisse , mais il manque d'industrie , et l'on a remarqué que le peuple des vallées étoit véritablement pauvre ; celui des montagnes a- moins de besoins et sait mieux se suffire à lui-même;

Les habitans de plusieurs vallées du canton , et particulièrement ceux de l'Engadine , quittent en gr and nombre leur patrie , à l'imitation des Tvroiiens leurs voisins , pour faire fortune dans l'étranger en qualité d'ouvriers ou de marchands ; mais au bout de plusieurs années , quand ils ont amassé quelque bien, ils reviennent en jouir au sein de leur famille.

On remarque de gr andes variétés dans la constitution physique des Grisons , suivant les différentes Vallées auxquelles ils appartiennent ; dans plusieurs de % ces vallées, la race humaine est d'une belle espèce \

cependant, en général, elle ne peut passer que pour forte et robuste ; à Kazzis , à Ems et à Coire on rencontre beaucoup de goitres et de crétins ; on a remarqué que les goitres sont rares sur les revers des montagnes exposés au midi ; mais qu'ils sont communs sur les pentes inclinées vers le couchant, ou qui ne reçoivent que tard le soleil levant.

Les Grisons sont pour la plupart simples dans leurs mœurs, honnêtes, fidèles à leurs engagemens , hospitaliers , modérés dans leur ambition , et prompts à rendre service , surtout dans les vallées qui ne sont pas traversées par des routes de commerce ; ils sont zélés pour leur religion ; les catholiques emploient plus d'un cinquième de l'année en processions , et en célébration de fêles sacrées.

Les Grisons sont courageux et ne redoutent point la guerre ; élevés au sein d'une nature âpre et rigoureuse , ils apprennent dès leur enfance à braver les dangers; ne pavant point d'impôts , souverains dans^ leurs chaumières , législateurs dans leurs landsgemeindes , électeurs de leurs magistrat^ et éligibles euxmêmes aux premiers emplois politiques , ils aiment avec passion et leur patrie et leur constitution. Le bien et le mal leur sont presque également chers , s'ils leur viennent de leurs ancêtres -, les anciens préjugés sont sacrés pour eux ; ils repoussent tout changement quelconque , lors-même que leur état pourront en être amclioré. Le défaut d'éducation les entretient dans une profonde ignorance, dont les conséquences sont souvent funestes ; cette ignorance a favorisé chez eux la superstition, l'esprit de parti, les discernions civiles et des haines invétérées , qui ont répandu un voile sombre sur l'existence de ces hommes, d'ailleurs favorisés par la nature sous tant de rapports, ils manquent généralement de propreté et dordre dans leurs maisons. Les jeunes hommes, dès l age de 16 ans , suivant l'usage qui se pratique dans une grande partie du reste de la Suisse, dans le Tyrol et dans l'Allemagne méridionale, vont tous les soirs visiter chez èltès leurs bien-aimées ; c'est ce qu'on appelle kiltgang ; mais on n'a pas remarqué

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4ot

que cet usage ait des conséquences fâcheuses pour les mœurs; la jeunesse de chaque village en surveille avec soiïi la pureté; elle se forme pour l'ordinaire un code sur ce sujet , et élit des magistrats pour le faire exécuter ; elle se montre surtout jalouse de préserver ses jeunes beautés contre les visites des étrangers.

Un gouvernement sage pourroit , au moven de bons éiahlissemens d'instruction publique , tirer un grand parti des Grisons , qui sont naturellement intelligens, doués d'un jugement sain et zélés pour le bien de la patrie ; on leur reproche un penchant trop vif à la satyre. Ils aiment la tabîe; aussi donneut-ils de grands repas dans toutes les occasions solennelles de la vie, comme mariages , baptêmes et enterremens ; depuis une vingtaine d'années ils font un grand usage du café et de Feau-de-vie ;le dimanche les cabarets sont remplis , et rarement ces réunions joyeuses, où le vin joue un grand rôle , finissent-elles sans quelque scène de dispute.

Dans les soirées d'été les jeunes gens s'amusent en plein air , et la plupart de leurs jeux sont empruntés de l'Italie qui les a voisine. Dans la vallée de Bergell le jeu cruel du tirage des moutons est encore en usage. Le propriétaire d'un mouton place cet animal à une certaine distance des tireurs; il reçoit quelques batz pour chaque coup que l'on tire sur son mouton, mais il est obligé de le donner au premier qui le lue.

Au printemps, on fait souvent combattre entr'elîes les vaches qui doivent monter sur les mêmes pâturages des Alpes; celle qui remporte la victoire reçoit le nom de maîtresse vache et conduit le troupeau le front orné de fleurs et de rubans.

D'anciens usages, inconnus ailleurs, ont été conservés dans divers districts des Grisons; tel est celui du pain de réconciliation ; lorsque deux hommes sont irrités l'un contre l'autre, leurs amis communs tâchent de les attirer ensemble à une même maison et à une même table; s'ils y réussissent, la rancune et l'inimitié cessent aussitôt ) les deux bouillies mangent du même

pain et se réconcilient ; ensuite les tribunaux ou des arbitres prononcent sur leurs diflerens.

Dans l'Engadine , lorsqu'un homme faussement accusé d'un crime a été justifié par une sentence des juges, tous les habitans du pays se réunissent pour le voir sortir de prison 9 et une jeune fille lui offre solennellement une rose , qu'on nomme la rose de l'innocence.

Des mœurs vraiment patriarchales régnent encore dans les vallées écartées des Grisons; là , on voit la jeunesse se lever respectueusement devant les cheveux blancs ; là , aussi on la voit écouter en silence les longs récits des vieillards sur les événemens des temps passés.

5 6. Constitution politique , Revenus de l'Etat.

Le canton est divisé en trois ligues, et celles-ci en districts et en cercles. Les districts et les cercles nomment leurs chefset leurs magistrats pour l'administration communale, ainsi que pour l'exercice de la police inférieure et de la justice.

Le grand conseil du canton est composé de 65 membres , ayant voix délibérative , qui restent au moins une année en place et qui peuvent être réélus. Les membres du petit conseil assistent aux séances du grand conseil avec voix consultative. Le grand conseil est la première autorité cantonale , administrative et de police , il délibère sur les luis, les traités et les alliances qui sont ensuite soumis à la sanction des communes ; il nomme les fonctionnaires de l'état ; il se fait rendre compte de leur gestion; il juge les différens des communes, etc. ; il s'assemble ordinairement en juin , et ex traordinai rement aussi souvent que le petit conseil juge nécessaire de le convoquer. 11 nomme annuellement une commission d? Etat , composée de neuf membres pour discuter préalablement les affaires qui doivent lui être soumises , et pour prendre un parti dans les circonstances majeures et urgenles, où le grand conseil ne peut être convoqué de suite.

STATISTIQUE DE LÀ SUISSE. 4o3

Un petit conseil de trois membres , pris dans chaque ligue, soigae les -affaires journalières du gouvernement, et surveille les tribunaux et les administrations; ses membres sont rééligibles au bout d'un an, mais ne peuvent rester plus de deux ans consécutifs en place.

Les statthalter des ligues sont d'office membres de la commission d'état ; en cas d'absence prolongée d'un membre du petit conseil, le statthalter de la même ligue est appelé à le remplacer.

L'organisation judiciaire des districts et des cercles a été conservée sur l'ancien pied ; un tribunal cantonal d'appel composé de neuf membies juge en dernier ressort les causes les plus importantes. Les districts de chaque ligue peuvent établir dans leur sein des tribunaux d'appel pour les causes de peu de valeur

Le tribunal du canton examine et juge définitivement les crimes d'état et les séditions contre les autorités cantonales. Un tribunal criminel juge les vagabonds et les filous. Dans les cas de prétentions exercées contre l'état , le différend est jugé par des arbitres , et dans le cas où ils ne sont pas d'accord , on demande à la Dicté ou au directoire fédéral de nommer un sur-arbitre pris hors du canton.

Le droit de citoyen actif ne peut être exercé avant l'âge de 17 ans ; pour être éligible aux places cantonales il faut avoir atteint l'âge de i\ ans.

Chaque habitant du canton est obligé au service de la milice depuis sa année jusqu'à 60 ans

accomplis.

Le changement d'une loi ou d'un décret du grand conseil ne peut avoir lieu qu'après un an, depuis que la proposition en a été faite, à moins que les deux tiers des membres du grand conseil n'ayent décrété l'urgence du changement, et que la commission d'état n'ait pris en mûre délibération son décret. Aucun changement de loi ne pettts'o peter que par ia sanction des conseils et communes. Aucun changement de constitution ne peut être décrété que par les deux tiers des votes communaux,

4o4 STATISTIQUE DE LÀ SUISSE.

Les revenus de l'état se composent des produits de la douane, du monopole du sel, des passeports et des paiemens faits pour l'apposition du sceau public : ils sont en tout peu considérables.

§ 7. Industrie 3 Commerce , Poids et IMesures»

On a déjà remarqué que les Grisons liroient peu de parti des ressources que leur offre leur pays : ils s'occupent essentiellement du soin de leurs troupeaux et de leurs pâturages; ils n'exportent point de foin, quoique le pays en produise environ 46o,ooo toises par année, la toise de 343 pieds cubes et du poids de 3 à 4 quinlanx, c'est-à-dire qu'ils en recueillent un peu pins d'un million et demi de quintaux. L'état suivant des exportations et des importations du canton a été dressé en i8o3.

Exportations et bénéfices annuels.

Trente-cinq mille vaches, à 7>j il. la

vache '. 1,295,000 flor.

Un tiers du produit de 45,ooo vaches. i5o.ooo

Le tiers des moutons, soit 5o,ooo . . 200,000 Prix du pâturage des moutons de Ber-

game 48>ooo

Gain sur le passage de 12,000 balles

de marchandises ... 1 £2,000

Vin, fruits secs et eau-de-vie exportés. 5o,ooo

Fabriques de coton 4o,ooo

Importations,

Blé 700,000 flor.

"Vingt-six mille quintaux de sel, à 3 il. 78,000

Sucre et café 3oo,ooo

Tabac i5o,ooo

Produits des rnanufacturesélrangères. 687,000

1 ,9 1 5,ooo

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4o5

On commença en 1782 et on acheva en 1785 une bonne chaussée , qui mène du Vorarlberg à Coire ; elle coula aux Grisons plus de 100 mille florins. On s'occupe actuellement d'une nouvelle roule à établir de Coire à Bellinzone, par le Bernardin; le canton du Tessin et le gouvernement de Sardaigne contribueront à cette entreprise, pour .laquelle le commerce de Coire a offert une somme de 3oo mille florins, qui lui sera remboursée sur le produit des péages.

On se sert dans les Grisons de la livre de 18 onces et de celle de 16 onces. Le pied équivaut à iî^ pouces du Rhin , ou à n-^ pouces du pied de Paris; la toise a 7 pieds; la lieue ordinaire est d'environ 3ooo toises ou de ig4oo pieds de Paris. La quarte, qui sert à mesurer les graines, a 3jS pouces cubes de France; quatre quartes font un quart, cinq quarts et demi font une coupe. La mesure des liquides a 67 pouces cubes françois : un char dç vin renferme 90 de ces mesures.

§ 8. Etat de VEglise et de l'instruction publique*

Il existe dans le canton i3o paroisses réformées et 87 catholiques; le clergé catholique se divise en quatre chapitres, et relève de l'évêque de Coire excepté un petit nombre de paroisses qui relèvent de l'évêque de Corne. Le clergé protestant est partagé en six colloques ; le clergé de chaque ligue tient cha que année un synode oii l'on traite des affaires ecclésiastiques; chaque synode a son doyen qui est élu pour sa vie dans un synode général des trois ligues.

Les pasteurs réformés sont mal payés , ce qui fait que les jeunes gens de bonne famille ne se destinent pas à cet état ; leurs traitemens s'élèvent à peine à 3oo florins par année , aussi plusieurs d'entr'eux sont-ils obligés de travailler de leurs mains; mais en revanche, on n'exige pas d'eux des

4o6 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

éludes profondes; leurs habitations sont si chétîves que malgré toute leur bonne volonté ils ne peuvent } recevoir les voyageurs : les curés catholiques ont un sort plus avantageux ; les vovageurs logent souvent chez eux hors des grandes routes, et y trouvent des lits propres et des repas convenables ; l'usage est de payer à la cuisinière à peu près ce que Ton croit avoir dépensé.

Les communes réformées ont le droit de ren* voyer les pasteurs qui ne leur sont pas agréables ; elles élisent aussi leurs maures d'école : on a établi à Goire, en i8o4, une école centrale pour le canton; on y enseigne la théologie , l'histoire , la géographie, les mathématiques , l'histoire naturelle, le latin et quelques langues vivantes,

Sùss , dans la basse Engadine , est le lieu natal S! Ulrich Campel, premier réformateur de son pays, et le meilleur historien de la Rhétie , et de Martin Planta, né en 1726, habile physicien et mathématicien, fondateur de la première société économique qui ait existé dans les Grisons, ainsi que d'un bon iastitut pour l'éducation de la jeunesse.

§ 9. Cartes géographiques 9 Ouvrages à consulter.

Les meilleures cartes du canton sont celles de l'atlas de Meyer et celle qui est jointe à l'Aîmanach helvétique de 1806. Les meilleures descriptions des Grisons sont celle de cet almanach et celle de Norraann. H. Zschokke a publié à Zurich, en 1798, une bonne histoire des Grisons : elle ne va que jusqu'au commencement du 18. 0 siècle; mais le même auteur a fourni des matériaux pour la continuation de cet ouvrage. H H. Fussli et H. L. Lehman, dans le Musée suisse , ainsi qu'Ul>sse de Salis Marschlins, dans ses Fragmens sur la Valtéline, ont traité avec soin quelques morceaux de l'histoire des Grisons.

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4o7

§ 10. Description particulière du Canton.

Le canton des Grisons se divise en trois ligues et celles-ci en jurisdi étions.

La ligue supérieure ou ligue grise a 8 jurisdictions; savoir celles de Disenlis, de Valtenspurg y de Lugnez, de Gruob, de Fiims, de Thusis, de Schams , et de Misocco.

La ligue de la maison de Dieu renferme les onze ju= rîsdictions de Coire, des cinq villages de ,Doruîeschg, d'Obervaz , d'Oberhalbstein , de Stalla, de Bregell , de la liante Engadine, de Poschiavo; de la basse Engadiae et du Munsterlbai.

La ligue des dis droitures a sept jurisdictions , savoir celles de Davos, de Klosters , de Casteîs, de Schierschjde Mayenfeld de Schanfik ou Schalfik et de Bellfort.

On a vu aussi que les Grisons pouvoient se diviser en cinq vallées principales ; nous les parcourrons successivement en remarquant d'abord qu'il n'est aucun pays où l'on trouve une aussi grande quantité d'anciens châteaux bâtis dans le moyen âge ; on en compte plus de 180.

Coire, capitale des Grisons, à peu de distance du Rhin, est entourée de deux côtés par de hautes montagnes , mais des deux autres elle jouit d^une vue agréable sur une plaine fertile; elle a plusieurs bâtimens considérables, mais des rues étroites et tortueuses; sa population n'est guères que de 2000 âmes ; on y remarque le palais épiscopal où sont les portraits de divers Evêques , l'église cathédrale qui a été bâtie dans le 8.e siècle , la bibliothèque de la ville, une société de lecture, etc. An château de Marschlius. , à 1 lieues de Coire , la famille de Salis possède une bibliothèque et un beau cabinet d histoire naturelle ; ce château qui a été embelli en i i54, par Frédéric Barbe rousse , appartient à la famille de Salis, depuis Tan i635 , elle y reçut en 177 1 l'institut fondé par Martin de Planta pour l'éducation de la jeunesse.

4o8 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

Le district de Disentis dans la ligue grise a 6000 ha bilans; le premier octobre de chaque année, il se tient a Disentis une grande foire^de bétail. La vallée de Medels étoit encore presque déserte et n'avoitque deux fermes au milieu du i5.e siècle ; ce fut alors que Pabbé de Disentis fit construire un presbytère à Plata; les hommes de cette vallée, ainsi que ceux de la vallée de Tavetsch leurs voisins, se font remarquer par leur taille élevée et par leur force ; ils préparent de bons fromages gras.

La vallée de Sumvix, qui est catholique, n'a un curé que depuis l'année 1785 ; elle est longue de cinq lieues , et riche en pâturages de montagnes, llanlz est la seule ville des Grisons où l'on parle le roman ; ses habitans sont réformés : ils sont sujets au goitre. La vallée de Lugnez , qui aboutit près d'Ilantz, est infiniment sauvage; ses habitans, la plupart catholiques, parlent roman, et sont fort retardés sous le rapport de la civilisation ; le pic Val Rhein , l'une des montagnes de cette vallée , s'élève à 10220 pieds au-dessus de la mer; il existe dans le Lugnez des rochers qui se cpuvrent d'une telle abondance de sulfate de magnésie, qu'on recueille ce sel et qu'on le porte à Llantz, où il se vend sur le pied de 20 florins le quintal. La vallée du Rhin antérieur, jusqu'à Reichenau , porte aussi le nom d'Oberland , ou pays d'en-haut : elle a i5 à 18 lieues de longueur. En suivant le cours du Rhin , on arrive à Coire, et trois lieues plus loin à Mayenfeld , jolie petite ville qui est située dans la vallée du canton la plus fertile en blés et en vins; cette vallée a une lieue de largeur : elle est entourée de plusieurs montagnes, dont la plus élevée est le Galanda. Au pied du Galanda, du côté de Coire, on voit le château de Haldenstein , ainsi que l'ancienne seigneurie de ce nom, qui avoit deux lieues et demi de longueur sur demi-lieue de largeur, et qui comptait a p plus 4oo habitans ; elle appartenoit à la famille de Salis depuis l'an 1729 ; elle est maintenant réunie au canton des Grisons : ses habitans embrassèrent la réforination en 1616.

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4og

En remontant la vallée du Rhin postérieur, depuis Reichenau , on arrive d'abord dans la belle valîée de Domleschg, qui n'a que deux lieues de longueur sur une de largeur, et qui renferme cependant 22 villages et 12 châteaux; ses habitans parlent le roman , excepté ceux de Thusis qui sont allemands ; elle jouit d'un climat plus tempéré qu'aucune autre vallée des Grisons ; la famille de Donaz possède à S'ils, dans celte vallée > une maison de campagne qui passe pour la plus belle du canton. Thusis est un bourg placé sur la grande route qui conduit en Italie au travers du Splughen et du Saint-Bernardin; delà vient qu'il fait un commerce de transit assez actif : il n'est pas rare d'y voir plus de deux-cents bêtes de somme à la fois.

La vallée de Schams , qui a deux lieues de longueur, est fertile et peuplée : tout annonce qu'elle étoit occupée autrefois par un lac ; elle communique avec la vallée de Domleschg par la viamala, route remarquable, de deux lieues de longueur, qui a été tracée dans une des gorges les plus affreuses et les plus sombres de la Suisse.

Le Rheinvald, qui communique à la vallée de Scjiams , a huit lieues de longueur , et est traversé par le Rhin postérieur, dont il renferme les sources: l'hiver y dure neuf mois, et ses habitans sont allemands ; il est animé par les routes du Splughen et du Saint-Bernardin , qui sont pratiquées depuis le i3.c siècle ; on va par le Splughen en 18 heures de Coire à Chiavenna : on allonge la route de trois heures en passant par le Saint-Bernardin.

Le val Misox ou Misocco , qui est situé sur le revers du Saint-Bernardin, du coté de l'Italie, est la vallée la plus méridionale des Grisons ; elle a neuf lieues de longueur : elle est fertile et singulièrement pittoresque ; ses habitans sont catholiques et parlent italien, ou un dialecte de la langue rhétienne.

La vallée de Davos, située entre l'Engadine, le Prettigau et les vallées de Schalfik et de Bellfort , a été découverte dans le i3.e siècle par des chas-

4lO STATISTIQUE DE LA SUISSK.

seurs Valaisans qui l'ont peuplée , et dont les descendais ont conservé le langage allemand de leur première pairie. Davos forme le premier district de la ligue des dix droitures, et les diètes générales s'y rassemblent tous les trois ans; il renferme six lacs, dont le plus grand a demi lieue de longueur sur un quart de lieue de largeur; d'affreuses avalanches de neiges , de terres ou de pierres, et des torrens désoleut souvent ce pays sauvage ; il compte 2000 habitans, qui possèdent 6200 pièces de gros ou de petit bétail ; plusieurs d'entr'eux se sont distingués dans les études ou à la guerre, et ont obtenu des tiires de noblesse dans les pays étrangers. Souvent les habitans de la vallée de Davos, à l'exemple de leurs voisins de l'Engadine , vont exercer hors de leur patrie les métiers de pâtissier et de limonadier.

La vallée d'Obcrhalbstein , sur le revers septentrional des monts Septimer et Julier, a huit lieues de longueur, et est parcourue par le Rhin d'Oberïàâifastein, qui prend naissance clans un petit lac du Septimer : on parle dans cetle vallée un roman qui tient un milieu entre le ladin de la haute Engadine et le roman de la vallée du Rhin antérieur.

Levai Bregell ou Bregaglia, sur le revers méridional du Septimer, a quatre lieues de longueur, et est arrosé par la Maira, qui descend du Septimer et qui s'accroît des eaux de plusieurs torrens. Les habitans du pays sont grands et forts, de race italienne et protestans; ils vivent dans l'aisance ; \7ico Soprano est leur principal village ; non loin de là est celui de Casaccia, dont un grand nombre de maisons fut couvert, en 167^, par un torrent de fange descendu des montagnes voisines. Le château de Soglio, dans cette vallée, est le berceau de l'illustre famille de Salis , très-nombreuse dans le canton des Grisons, et dont la noblesse remonte au commencement du io.e siècle.

La vallée de Schalfik, qui est parcourue par la Plessour , l'un des torrens les plus impétueux des Grisons , débouche près de Coire, et est très-peuplée j ses habitans parlent allemand depuis un siècle.

Le Prelligau a huit lieues de longueur sur quatre de largeur et est arrosé par la Landquarl , dont les débordeniens ont souvent plongé dans la misère plusieurs de ses villages ; ses habitans sont d'origine allemande, et sont repartis dans 18 communes; ils sont réformés et s'occupent uniquement de leurs troupeaux ; ils cultivent en grand le rumex alpinus , ou patience des Alpes, dont ils se servent pour engraisser leurs porcs avec un mélange de pommes de terre, de carottes et de lait. Il y a dans le Prelligau plusieurs jardins où l'on engraisse des escargots. Ce pays a donné naissance à l'aimable poète Salis Séevis qui vit encore.

L'Engadine a 18 lieues de longueur , et est arrosée par l'Inn ; 25 vallées latérales viennent y aboutir ; ses habitans parlent le ladin , douton peut distinguer deux dialectes, celui de la haute et celui de la basse Engadine ; plusieurs ouvrages ont été écrits dans cette langue qui a de grands rapports avec le latin. L'Engadine possède un grand nombre de lacs et de glaciers; dans les villages les plus élevés de la haute Engadine l'hiver dure neuf mois , et il ne se passe guère de semaines, même en été , sans gelée blanche;

[ on trouve des forêts de pins alviers ( pinus cembra) dont les habitans mangent les fruits; ils font du pain très-dur qui se conserve trois ou même six mois. Plusieurs des habitans de l'Engadine se destinent à l'état de pâtissiers , de limonadiers ou de confiseurs, mais lorsqu'ils ont fait une petite fortune dans l'é-

| tranger , ils reviennent achever leur vie dans leur pays ; d'autres font de bonnes études , surtout à Schuols où l'on a long-temps imprimé des ouvrages en langue rhétienne; ils sont protesta ns , à l'exception des habitans du village de Tarasp , et ils fournissent des ministres à tout le canton ; ils tirent de Yachillea moschata une essence qui est connue sous le nom d'esprit d'iva, et qui est estimée pour son odeur musquée et aromatique; cette vallée est sujette à de fréquens tremblemens de terre , qui se font sentir

; dans la direction de l'ouest à l'est ; elle a été autre-

j fois couverte par de grands iacs dont on voit encore

4l2 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

les traces , et qui n'ont disparu que lorsque l'ïnn s'est frayé un passage au travers de la gorge remarquable par laquelle elle entre dans le Tj roi près de Finstermunz.

L'Engadine a donné naissance à plusieurs hommes distingués; àZutz, dans la haute Engadine on remarque la Tour-de-PIanta , berceau de l'illustre famille de ce nom , qui subsiste encore , après avoir joué un grand rôle dans l'histoire de ce pays , et avoir en ti3o, pris possession de la seigneurie de l'Engadine.

Le village de Zernetz, dans la basse Engadine , a été tellement dépeuplé par des émigrations, qu'en 1806 on y comptoit 46 maisons désertes et prêtes à s'écrouler.

Le passage du Bernina, qui va de la haute Engadine dans la Valteline est fréquenté au point qu'il y passe en moyenne une centaine de bêles de somme par jour. Le glacier du Eernina forme un des écoulemens de ces immenses plaines de glaces qui occupent une étendue de 16 lieues entre la haute Engadine, la Valteline et le Val-Bregell.

Le Val-de-Poschiavo, sur le revers méridional du Bernina , a six lieues de longueur , et débouche à ïirano , dans la Valteline ; le tiers de ses hubitans sont réformés, leur langage a beaucoup de rapports avec l'italien.

Le Munsterthal est séparé de l'Engadine et du comté de Bormio par de liantes montagnes ; il est arrosé par le Rom qui se jette dans l'Adige ; ses habit ans , qui sont la plupart proiestans, parlent roman; ils sont rarement visités par des étrangers.

Le comté de Bormio, la Valteline et la seigneurie de Chiavenna appartenoient autrefois aux Grisons qui les réclament encore. Le comté de Bormio, qui a 10 lieues de longueur et autant de largeur , étoit situé dans la partie la plus orientale de la Suisse , entre la ligue de la maison de Dieu , le T) roi , les états de Venise et la Valteline ; il est enfermé par de hautes montagnes; ses habitans , au nombre de 4ogo, sont tous catholiques.

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4l5

La Valteline, située entre le comté de Bormio et Chiavenua est une vallée de 20 lieues de longueur, sur 6 à 8 de largeur , arrosée par l'Âdda ; on j compte environ 80 mille habitans ; elle est riche en toutes sortes de productions et surtout en vins ; elle seroit demeurée unie aux Grisons en 1797, si ceuxci avoient consenii à lui faire partager leur souveraineté , et à en former une 4.e ligue -, mais son vœu ayant été rejeté , elle s'adressa au général Buonaparte qui avoit alors conquis la Lombardie et qui la réunit à la république Cisalpine.

La seigneurie de Chiavenna paroît tirer son nom de celui de Chiave (clef) , parce qu'elle est une des clefs de lltalie ; elle est située entre les Grisons, la Valteline et la Lombardie, elle a sept à huit lieues de longueur sur six de largeur , et renferme trois vallées principales; ses 20,000 habitans sont catholiques et parlent un italien corrompu comme leurs voisins de la Valteline.

4l4 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

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