‹ Statistique de la SuisseChapitre 35 sur 46 · DISTRICTS · texte numérisé non relu

DISTRICTS

Nombre des communes.

Nombre des maisons assurées contre les incendies ( i ).

| Somme pour laquelle ces 1 maisons ! sont assurées.

*ei 'O

Ph

À rau . . . .

Badcn ....

Bremgarten .

Bmgg . . . .

Kulm ....

Laufen bourg Lenzbourg .

Mûri . . . .

Rheinfeld . .

Zoftngen. . .

Zurzach. . .

2,2qo 1 .954

Francs.

4,122,45(1 2,801 ,85o 2,049,000 2,95o,4co

2/*8i ^OOO 1,722,350

5,oo4.ooo 1,764,000 1 ,285,950

a m es.

1 5,ooo 12,000 î 5,oco i 5.ooo 16,000 1 2,000 1 3,ooo 16.000

(1) Les granges , écuries et autres dépendances ne sont pas comprises dans ce nombre. D'après le même tableau le nombre des églises ou chapelles ne seroit que de 244 dans tout le canton.

§. 2. Nature du sol , Montagnes*

Le canton est naturellement fertile. La partie du Jura qui lui appartient , et qui en. couvre presque une moitié, s'étend dans la direction du sud-ouest au nord-est, et est environnée par l'Aar et le Rhin. Elle n'atteint jamais à une hauteur considérable : ses plus hautes cimes sont celle du VasserfLuh , qui n'a que 2,880 pieds au-dessus de la mer, et celle du Gis la/lu h , qui n'en a que 2,710. lies montagnes situées dans la chaîne du Jura sont calcaires, et renferment un grand nombre de pétrifications. Le reste du canton est dans la formation de grès.

On trouve du charbon de pierre dans des marîiières près de Baden, sur le Heitersbcrg et près de Gundischvil. On rencontre des granits épars en divers endroits, et entr'autres près de Mellingen et de Baden ; tout annonce qu'ils ont été détachés des Bautes-Alpes.

Il existe à Kuttighen, a demi-lieue d'Àrau. une mine de fer gïohuliforme très-riche; pendant dix ans elle a donné 34,200 cuves de minérai, chaque cuve de plus de 4oo quintaux, et il en a élé vendu pour plus de 137,000 francs dans Fétranger. Plusieurs communes ont des tourbières, dont elles tirent un grand parti : 3 toises de tourbe équivalent, pour la chaleur qu'elles procurent, à une toise de bois de fayard; une toise de tourbe renferme 10 corbeilles , et la corbtitle 100 morceaux de tourbe, chacun d'environ 5o pouces cubes.

On a trouvé des sources d'eaux salées près d'Oberhofen , d'Erlinsbach , de Benken , de Gebistorf, et surtout près de Butz, dans le Sultzthal ; ces dernières ont été exploitées autrefois, et on ne sait trop pourquoi on les a abandonnées. La source principale fournit dans un quart-d'heure 860 mesures d'Arau, chacune du poids de 48 onces, et donnant un peu plus d'un qitart-d'once de sel de cuisine pur; ainsi la source donneroit plus de 5,ooo quintaux de sel par aunée, si elle couloit toute l'année de la même

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manière. II existe près de cette source une grotte qui contient un gaz méphitique si pesant qu'il reste près de terre , et si suffoquant qu'il fait périr les chiens que l'on force à entrer dans la grotte.

§ 5. Rivières, Lacs, Sources médicinale* et Bains.

Quatre des principales rivières de la Suisse se réunissent dans i'Argovie. L'Àar reçoit près de Brugg la Reuss, qui descend du Saint- Gothard , et la Liinmat, qui sort du lac de Zurich ; ensuite elle se jette elle-même dans le R.hin près du village de Coblentz. Toutes ces rivières sont navigables; mais la navigation du Rhin est dangereuse près de Laufenbourg, et celle de l'Aar est difficile en plusieurs endroits à cause des rochers et des bancs de sables. La pêche du saumon est abondante auprès de Laufenbourg dans le Rhin. Quatre ponts traversent ce fleuve , à Rheinfeld, à Seckingen ; à Laufenbourg et à Kaiserstuhl.

L'Aar paroît avoir formé autrefois un lac considérable , qui s'étendoit jusqu'au-delà de Brugg, et dont on aperçoit encore les traces ; ce lac étoit limité par les montagnes environnantes. L'Aar est partout d'une largeur modérée ; il détruit fréquemment sur sa route d'anciens bancs de sable et en forme de nouveaux ; il charrie du sable d'or, que les paysans des environs d'Arau et de Biberstein recueillent avec quelque bénéfice : l'un de ces paysans a gagné 20 louisd'or dans 3n jours de travail, ce qui fait plus de 10 batz par jour. On traverse l'Aar sur les ponts d'Arau et de Brugg, ainsi que sur des trailles qui se trouvent à Biberstein, à Auenstein, à Holderbank, à Botstein , aux bains de Schinznae'h, à Stilli, à Dettingen, à Rlingnau, etc. On trouve des ponts sur la Reuss à Vindisch, à Mellingen, à Bremgarten et à Sins ; et un pont sur la Limmat a Baden.

Une foule de petites rivières arrosent le canton.

4l8 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

On en compte huit principales , qui prennent leur source dans la partie septentrionale du Jura, et qui se jettent dans le Rhin d'Augst à Kaiserstuhl , savoir, le Violenbacb , FErgeltz , le Magdener, le Mobli, le Sisseler, le Kaistener, leSulz et le Ganzinger; huit autres ruisseaux descendent du Jura pour grossir les eaux de l'Aar , savoir , le Vuterich , l'A a , le Veissbach, rOberflachser, le Rainer, etc.: plus de douze rivières se jettent du côté opposé dans l'Anr, et entr'autres la Wigger , qui fertilise la belle vallée de Zofingen, la Soure, riche en truites, la Yina , qui se jette dans la Soure après avoir embelli une charmante vallée, l'A a , qui passe près de Lenzbourg , le Bunz et la Sourbe. La Reuss et la Limmat ne reçoivent que de très-petits ruisseaux dans le canton.

Le seul lac de l'Argovie est celui de Hallvyl , qui a deux lieues de longueur sur une demi-lieue de largeur *, il est alimenté par l'Aa, qui prend sa source dans le canton de Lucerne, et par quelques ruisseaux qui descendent des montagnes voisines, et il se verse dans l'Aa, qui en sort près de l'ancien château de Hallvyl : ce joli lac se gèle dans les hivers rigoureux. La pêche en appartient en grande partie au château de Hallvyl ; elle donne de belles écrevisses et de bons poissons, parmi lesquels on remarque le salmo albula , espèce de saumon très-estimé.

Le canton d'Argovie possède plusieurs sources sulfureuses et minérales ; les plus connues sont celles de Baden , de Schinznach , de Gontenschvil , de Leerau et de Niedervîl.

Les sources de Baden , à Goo pas de la ville de ce nom, sur les deux bords de la Limmat, étoient déjà renommées du temps des Romains, et connues sous le nom de thermes helvétiques ; leur température est à 3y° du thermomètre de Réaumur : elles contiennent du gaz acide carbonique, du plâtre, du sel marin, du sel glauber, de la' chaux carbonalée , de la magnésie , etc.

On compte onze auberges aux bains de Baden , î3u, bains particuliers, 2 bains communs au lieu dit les grands bains <, et 3 aux petits bains ; le bain le

STATISTIQUE BE LA SUISSE. 4î 9

plus chaud , appelé bain de Verena , a 34 pieds de longueur sur 20 de largeur, et peut contenir une centaine de baigneurs : il est depuis quelques années entouré d'une barrière qui en ôte aux passans la vue intérieure. Ces bains sont fréquentés dans la belle saison par un grand nombre de Suisses et d'étrangers, et cependant quoique leur séjour ait dû, depuis près de 2000 ans, répandre chaque année des sommes considérables dans la ville de Baden , on remarque non sans quelque étonnement qu'elle n'offre point l'apparence de la richesse ni même de l'aisance. Le Fogge , qui visita les bains de Baden en i446, fut singulièrement frappé de la familiarité qui y régnoit entre les baigneurs, et du mélange des deux sexes dans les mêmes bains ; il écrivit à ce sujet à son ami, Léonard d'Arezzo, une lettre curieuse dont on trouve la traduction dans le Conservateur Suisse (1) : il cite ces bains comme très-propres à la fécondité , et il dit que les femmes stériles s'y rendoient de toute part et en ressentoient les plus heureux effets. Sebastien Munster, qui écrivoit environ un siècle après Le Pogge, parle des bains de Baden comme étant très-fréquentés, et comme donnant lieu à des divertissemens de tout genre et à des intrigues de galanierie (2).

(1 j. Toin 8 , pag. 75 et suiv.

(2) « Confiuit illud [hue) etiam a remotis partibus innumerabilis multitude) ignobiiium pariter et nobilium , non tam valeiudinis quam voluptatis causa. Multi amatores , muiti proci, multi quibus in delitiis vit a est posita , hue concurrunt ut fruantur rébus concupitis. Multos corporum simulant œgntudines cura animo laborent, Ita videbis innumeras forma prœsiantes , sine viris, sine cogna' tis, duabus ancillis et servo aut aliquâ affini anicu laquant le vius sit f aller e quam custodem habere. Singulœ , quoad ponsunt ,vestibuc , auro , argento gemmisque veniunt ornât œ , ut non ad balnea sed ad celebcrrimas nuptuis eas diceres accessisse. Hic que que virgmes vestales , vel si mavis florales > hic abbates , monachi fratres , sacerdotes majorique licentiâ cœteri veniunt, et simul plerumque cum malieribus lavantur , et sertis quoque comas ornante, .

Les sources de Schinznach furent cachées sous terre dans le i5.e siècle par des dévastations de l'Aar; mais elles reparurent en 1690 dans une île au milieu de la rivière : maintenant elles coulent sur sa droite, et sont devenues une propriété particulière. Les bains ont été embellis récemment ; cependant il reste encore à désirer que le terrain marécageux, qui s'étend entre les bains et les îogemens des baigneurs, soit desséché. La chaleur des eaux est de 26- degrés de Piéaumur , et il s'en échappe continuellement des huiles d'air; elles sortent à 20 pieds au-dessous du iftiveau de l'Aar, et ont une forte odeur de soufre : on se sert de pompes pour les élever jusqu'à l'emplacement des bains, et on les réchauffe avant de s'en servir; cette opération leur fait perdre beaucoup de leur force et de leur qualité. L'analyse a montré qu'elles renfermoient du gaz sulfureux, du gaz acide carbonique, du plâtre, du sel de glauber, du sel de cuisine , etc.

Le bain de Leerau , dans le cercle de Kulni , est recherché dans la belle saison par les habitans du voisinage. Les sources sont froides; elles renferment du gaz aecide carbonique, de la chaux carbonatée, de la magnésie, de la soude et un peu de terre siliceuse.

Le bain de Schwartzenberg, près de Gontenschvil, dans le cercle de KuJm , à 3 lieues d'Arau , a été récemment ouvert et établi. La température de la source est froide.

Les bains de Niedervil sont aussi froids; leurs eaux, ainsi que celles de Schwartzenberg, ont à peu près les mêmes qualités que celles de Leerau.

positâ religione , omnibus una mens est, tristitiam fugere, quœrere hilaritatem 3 nihil quœrere nisi quemadrnodum iœti vivant , gaudiis fruantur ; mirabile dictu est in tantâ multitudine quœ sœpe millenariun superat numerum 7 in turbâ tam ebrià nullam discordiam oriri , nullam seditzonem y nullam dissidium , nullum mur mur , nullum maledictum, Cernunt viri uxores tractari , cernunt cum alienis ïoqui , et quidam solam cum solo , et tamen omnia bond ac doîiiesticâ mente fier i cogitant. JSorrum zelotypi apud illos loeum non kabel.n V. pag, 091 et Sga.

$ 4. Produits du pays.

La pèche, excepté celle du lac de Hallviî, appartient presque partout à l'état. Les espèces de poisson les plus estimées sont le saumon , que Ton prend surtout dans le Pihin vers la chute de LauPenbourg? l'anguille, la truile , dont l'espèce la meilleure se trouve dans la Vina, dans laSoure et dans la Sourbe9 le saumoneau, qui ne pèse que 2 ou 3 onces et qui arrive en automne dans le Rhin et dans les rivières voisines, la perche, le brochet et la carpe.

Les forêts du canton occupent environ 88,000 arpens, chacun de 45, 000 pieds de Berne carrés. L'état en possède 6/120 arpens , et le clergé ou les couinâmes 62,661 ; 59,000 arpens de forêts sont placés sur les montagnes du canton , et 23, 000 dans la plaine : en tout , elles occupent la 5.e ou 6.e partie du canton La plupart des forêts communales sont dévastées par une suite de la mauvaise administration à laquelle elles ont été soumises : de là est venue une augmentation considérable dans le prix du bois ; cependant, depuis un certain nombre d'années, beaucoup d'améliorations ont été faites sous ce rapport. Les forêts de l'état rendent audelà de 12,000 francs par année. Le canton exporte peu de bois.

D'après un règlement de l'année 1806, chaque époux, avant de se marier, plante 6 jeunes arbres sur les communaux de sa paroisse ; chaque père, lorsqu'il lui naît un enfant, en plante deux : ces plantations sont souvent accompagnées de fêtes et de réjouissances. Dans les grandes communes , les bourgeois ont coutume de donner une somme d'argent, au moyen de laquelle l'administration fait faire à leur place, dans les forêts communales, les plantalions auxquelles ils sont tenus. Ce règlement vaut chaque année 10 à i5 mille arbres au canton. Quelques villages en ont profité pour avoir des plantations le long de leurs routes.

Le droit de chasse es* vendu par l'état , auquel il procure un revenu annuel de plus de 4;ooo francs,

Chaque district, sous ce rapport ? est divisé en plusieurs sections. Le gibier s'est augmenté depuis quelques années au moyen des peines que Ton a prises pour atteindre ce but : on trouve des sangliers et des biches là ou auparavant on apercevoit à peine quelques lièvres et quelques renards. Les meilleurs districts pour la chasse sont ceux de Rheinfeld, de Laufenbourg et de Zurzach, surtout dans les cercles qui avoisinent le Rhin, et où le gibier peut traverser le %EPTp-

L^fflrculture est encouragée par le gouvernement. Le^JFairies de Zonngen à Brugg sont soignées d'une manière admirable, et nulle part l'art des irrigations n'a été porté à un plus haut degré de perfection ; aussi le prix des bonnes prairies de l'Argovie surpasse-t il celui des meilleures terres à blé, quoique ces dernières soient très-productives. Le canton recueille des graines pour sa consommation, et en outre il en exporte dans les cantons voisins, et surtout dans la Suisse occidentale : l'introduction des prairies artificielles et des pommes de terre est due principalement à feu M. le colonel Effinger , de Vildeçk.

11 existe une grande différence-entre le terrain qui est à la droite de l'Aar et celui qui est à la gauche ; le premier est léger, sabloneux et très-fertile; le second est argilleux, grossier et difficile à cultiver. Le prix des terres du canton est en général élevé.

Dans l'intérieur de l'Argovie, surtout au pied méridional de la chaîne du Jura, et dans les environs de la Reuss , de la Limmat et du Rhin , on rencontre beaucoup de vignes. Les vins blancs les plus estimés sont ceux de Castelen , d'Oberflachs et de Schinznach ; quant aux vins rouges , on préfère ceux de Baden , de Kaiserstuhl , de Lenzbourg et de quelques vignobles des environs du lac de Ilallvil. La culture de la vigne a été perfectionnée depuis vingt ans d'après l'exemple de J. Rod. Meyer , auteur du grand Allas de la Suisse. La culture des fruits est généralement répandue dans le canton, surtout dans les environs de la Reuss et de la Limmat ; plusieurs routes sont bordées d'arbres fruitiers, et de petites

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forets de ces mêmes arbres ombragent un grand nombre de hameaux. La pépinière , établie depuis une douzaine d'années à Leuenfeld , près d'Arau , n'a pas peu contribué au perfectionnement des espèces d'arbres fruitiers dans l'Argovie et dans les cantons voisins; ses jeunes arbres réussissent mieux en Suisse que ceux qu'on faisoit venir auparavant de pépinières très-éloignées.

Dans les districts de Mûri -, de Kulm et de Lenzbourg, on engraisse des bestiaux, et on les vend ensuite avec un bénéfice assez considérable : la race des bêles à corne du canton esl grande et robuste. Les Argoviens élèvent des bœufs pour le labourage, et ont de grandes foires de bestiaux à Arau, à Brugg et à Lenzbourg.

§ 5. Histoire ? Antiquités 9 Mœurs et Usages des habilans.

L'Argovie faisoit dans le 5.€ siècle partie du pays des Allemands ; elle fut conquise par Gondebaud , roi de Bourgogne , et passa ensuite successivement sous là domination des rois Francs, des rois du second royaume de Bourgogne et des empereurs d'Allemagne. Au i2.e, i3.e et i4.e siècles elle appartint à la naison de Hapsbourg. En i4i5, le duc Frédéric d'Autriche ayant été mis au ban de l'Empire , les villes et la noblesse de l'Argovie tinrent une dièie à Sour ; les filles demandoient que le pays accédât à la confédération suisse, et la noblesse s'y refusoit. Les villes envoyèrent des députés aux confédérés, pour leur présenter leur vœu ; mais alors les troupes de Berne et de Lncerne étoient déjà entrées dans l'Argovie, ce qui força les députés à rebrousser chemin : Berne s'empara du pays, et la possession lui en fut assurée en 1 4 1 8 par l'empereur Sigismond , sur le pied d'un fief de l'Empire. Bientôt après , le duc Frédéric renonça lui même h tous les pays qu'avoient occupé les confédérés, et dont ils avoient reçu l'investiture : dès-lors à 1798; l'Argovie a fait partie du canton

de Berne; elle acquit son indépendance au moment de l'entrée des François en Suisse, et elle forma à elle seule un canton ; Arau devint même dans le commencement le siège des principales autorités de la république helvétique. En 1 801, le comté de Baden et les bailliages libres qui avoient formé un canton séparé, furent réunis à l'Argovie; et en i8o3, Buo= na parte , alors premier consul de France, lui donna encore le Frickthal , que le traité de paix de Luneville avoit détaché de l'Autriche. Dès-lors ce canton n'a point changé de limites.

Plusieurs villes et châteaux de FArgovie ont été célèbres dans l'histoire du moyen âge. L'état possède îe château d'Arbourg , qui est placé sur un rocher calcaire , et muni de quelques fortifications, les châteaux de Gastelen et de Biberstein, qui sont habités seulement par ses régisseurs, et ceux de Lenzbourg et de Vildenstein, qui attendent une destination utile au canton ; les autres châteaux habitables sont des propriétés particulières, tels que ceux de Bernau sur le R.hin, de Vildeck et de Botstein , près de l'Aar, de Bra une£f£ , autrefois demeure de la famille du célèbre Gessler , de Hallvyl , au bord du lac de même nom, de Brestenberg, qui n'en est pas éloigné, de Liebek , sur une hauteur sauvage dans la vallée de la Vina , de Rued , dans le district deKulm, de Schlossli, de Berikon et de Hilfikon. Viîmergen, à une lieue du château de Hall vil, a été illustré par les deux batailles que les Suisses s'y sont livrés enlr'eux. On trouve dans presque toutes les parties du canton des monumens de l'antiquité ; l'un des plus célèbres est le château de Hapsbourg, berceau de la maison impériale d'Autriche, bâti Fan 1020; on en conserve les restes avec soin ; il est situé sur le Yolpelsberg, près des bains de Schinznach , et renferme encore quelques chambres et une ancienne salle. Près de là, et à côté de Brugg, on foule aux pieds les ruines de l'ancienne ville d'Allenbourg , qui apparlenoit à la maison de Hapsbourg ; ce même district, plus riche en souvenirs de l'antiquité qu'aucun autre de la Suisse, renferme les restes de l'ancienne A'iudonisôa, l'une

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4s5

des capitales de l'Helvétie, et le célèbre courent de Kœnigsfeiden. Vindonissa étoit placée avantageusement sur une colline , d'où elle dorninoit le pajs voisin ; elle est remplacée maintenant par le chétif village de Vindisch, qui rappelle à peine son nom(i). Le couvent de Kœnigsfeiden , fondé au commencement du i4.e siècle par la veuve de l'empereur Albert d'Autriche, près de la place où ce prince fut assassiné, est tout-à-fait rapproché de Yindisch et de Brugg ; l'église' fut bâtie dans le lieu où le meurtre avoil été commis, et l'autel à la place même où l'empereur avoit expiré : ce couvent éloit fort riche autrefois ; il fut sécularisé dans le temps de la réformation, et converti en un bailliage Bernois , qui passoit pour l'un des meilleurs du canton de Berne.

Les Argoviens sont fidèles, honnêtes, courageux, attachés à leur culte et à leur religion ; ils ont conservé un grand nombre d'usages anciens, et les paysans les moins instruits sont encore imbus de plusieurs préjugés, et se livrent à diverses pratiques superstitieuses. Les catholiques et les réformés vivent ensemble fraternellement.

§ 6. Constitution politique^ Revenus de l'Etat*

Le gouvernement du canton est confié à un petit et à un grand conseil , le premier de i3 membres et îe second de i5o. Les Argoviens ont proscrit toute espèce de patriciat et d'oligarchie, et il n'est aucun bourgeois, pourvu qu'il remplisse les conditions exigées par la loi, qui ne puisse parvenir aux premières charges de l'état.

Le canton est divisé en 1 1 districts et en 48 cercles. Chaque bourgeois, pour participer aux élections communales, doit avoir vingt cinq ans, demeurer depuis uu an dans la commune , et posséder un bien fonds, franc de dettes, de 3oo francs au moins, ou une

(i) En l55o , Vindisch n'étoit déjà plus qu'un misérable village. Y. Sébast. Munster , page 5q2.

créance hypothécaire de même valeur ; pour les élections de cercle on exige un bien de îooo francs : on exclut des élections ceux qui ne sont pas sui juris , et ceux qui ont été soumis à un jugement infamant.

Dans les deux conseils , la moitié des membres doit être protestante et l'autre moitié catholique ; deux bourgmestres, l'un catholique et l'autre protestant, sont à la tête des conseils. Ainsi la loi a cherché à prévenir les dissentions qui pourroient naître de la diversité des cultes ; elle a plutôt favorisé les catholiques, puisqu'au moment où on la redigeoit le nombre des réformés du canton étoit de 75,270 , et celui des catholiques seulement de 67,0005 1,681 juifs habitoient aussi alors le canton.

Dans chaque district un préfet, ou grand bailli, surveille l'exécution des lois et des réglemens , et inspecte les administrations inférieures. Dans chaque commune un conseil de commune , présidé par un amman , ou syndic , et composé en outre de deux membres au moins el de douze au plus, surveille la police locale, les intérêts des mineurs et ceux de la commune , et soigne les biens communaux. Dans chaque cercle un juge-de-paix est chargé de la conciliation de toutes les difficultés et du jugement des procès d'une petite importance.

Dans chaque district il existe un tribunal de première instance, composé du préfet et de quatre juges: un tribunal d'appel juge en dernier ressort les procès civils, correctionnels et criminels -, il se compose de treize membres, dont six au moins sont catholiques et six protestans.

Les deux bourgmestres sont élus par le grand conseil ; ils demeurent une année en charge , et sont toujours rééligibles. Les préfets sont élus pour douze ans par le petit conseil, et sont aussi rééligibles. Les membres du tribunal d'appel demeurent douze ans en cbargc, et sont renouvelés par tiers tous les quatre ans; ils sont rééligibles; leur nomination appartient au grand conseil.

Sur environ 4ooo procès qui sont portés annuellement devaut les 48 juges-de-paix, ceux-ci en concilient

3200 , et en renvoient seulement 800 devant les juges. On regrette que îe canton n'ait pas encore un code de lois civiîevS particulier ; les lois bernoises, que l'on suit dans l'ancienne Àrgovie, celles des anciens bailliages libres et Jes lois autrichiennes , que l'on suit dans le Frickthal, sont toutes peu claires et embarrassantes, et donnent lieu à uue foule d'incidens et de difficultés.

Le canton a un code pénal depuis l'année 1800; les punitions principales sont la mort et la prison : la police est confiée à un département présidé par un conseiller d'état. Dans chaque district le chef de la police est le préfet, sous lequel les juges- de-paix et les conseils communaux surveillent la police inférieure. Un corps de 86 gendarmes est chargé aussi du maintien de la police et de l'arrestation des malfaiteurs. Il existe une prison dans le chef-lieu de chaque district; on à établi à Baden une maison de correction pour tous les criminels du canton.

Le canton d'Argovie est divisé en onze districts militaires , qui sont à peu près les mêmes que les onze districts civils. Les bourgeois du canton sont soumis au service militaire de 16 à 36 ans; ils doivent s'habiller, s'équiper et s'armer à leurs frais, et, s'ils sont pauvres, leurs communes ou l'état les aident dans cette dépense. La force militaire du canton dépasse 1 5,ooo hommes.

Les revenus de l'état se composent de la dixme et de l'impôt foncier, qui rendent environ 200,000 francs, du produit des domaines et des forêts de Pélat, des douanes , qui donnent de 3o à 35,ooo francs , du commerce de la poudre et de celui du sel, qui donne de 62 à 66,000 francs, des rentes des capitaux placés, des amendes prononcées par les tribunaux, d'un droit sur les successions, d'un impôt sur les boissons, qui rend 26,000 francs, et du revenu des postes, de la monnoie, des chasses et de la pêche. Les revenus ordinaires de l'état sont en tout d'environ 5oo,ooo francs, et les dépenses de 490,000. Le gouvernement exerce une surveillance active sur la comptabilité des fonctionnaires occupés de la perception des revenus cantonaux.

Les postes donnent à l'état un revenu annuel de 20 à 22,000 francs, qui tend à s'augmenter encore. La direction des postes est sous la surveillance immédiate du conseii des finances ; elle se compose d'un directeur, d'un contrôleur, d'un premier secrétaire et de plusieurs employés inférieurs. Le bureau principal des postes est à Àrau , et il en existe treize autres, savoir, à Zofingen , à Arbourg , à Lenzbourg , à Mellingen, à Baden , à Mûri, à Breingarten , à Brugg, à Zurzach, à Kaisersluhl, à Stein , à Rheinfeld et à Laufenbourg. Il existe dans le canton des relais de poste extraordinaires en faveur des voyageurs qui traversent la Suisse en venant de France ou d'Allemagne ; on leur fait alors payer sur le même pied qu'en Allemagne, c'est-à-dire à peu près 3o creutzers par chaque cheval et par chaque lieue. La taxe des lettres est fixée par la loi. Les voyageurs dans les diligences paient 8 batz par lieue.

$ 7. Industrie y Commerce , Poids et Mesures , Mlonnoies*

L'aisance des Argoviens est due à leur industrie active ; ils ont un grand nombre de fabriques ; leur commerce intérieur est entretenu par des marchés et par des foires, qui son! établis dans les villes et dans les grands villages, et ou les juifs du pays se rendent avec des chevaux , des bêtes à corne et de la draperie. Laufenbourg et Brugg font un assez grand commerce de transit. Les principaux objets exportés par le canton sont du blé, des fruits, des étoffes de coton et de demi-coton, des fils, des rubans et des fleurets de soie , des mouchoirs de soie , des pailles tressées et des chapeaux de paille , des cuirs , de la coutellerie , de la mine de fer et de l'huile de vitriol ; les objets impôt tés sont les étoffes non préparées qui sont ensuite travaillées dans le pays, plusieurs articles de luxe, la draperie, la plupart des objets fabriqués avec des métaux, les étoffes de couleur, les épiceries, le papier et le sel.

Plusieurs grandes roules, entretenues avec soi»,

STATISTIQUE DE LA SUTSSE. 4sg

traversent le canton ; on en compte neuf principales : la première conduit de Basie à Zurich par Rheinfeîd , Brugg et Baden; la seconde conduit de Basle à Schaffouse par Rheinfeîd et Laufenbouig ; la troisième va de Basle à Lucerne en passant par Arbourg et Zofingen; la quatrième mène de Basle à Lucerne par Rheinfeîd, le Stafelegg et Arau ; la cinquième se dirige d'Arau sur Zug par Lenzbourg et Mûri itiL sixième va de Schaffouse à la Suisse occidentale par Zurzach , Brugg et Morgenthal ; la septième conduit de Zurich à la Suisse occidentale par Baden, Mellingen et Lenzbourg; la huitième mène de Zurzach à Zug par Baden , Mellingen et Bremgarten ; la neuvième enfin se dirige de Zurzach sur Lucerne en traversant Brugg, Otmarsingen et Sarraenstorf.

Les deux foires de Zurzach durent dix jours chacune; elles sont fréquentées par des Allemands, des François, des Italiens et des Suisses : les affaires y roulent principalement sur les cuirs et sur la draperie. On raconte que dans les premiers siècles de l'ère chrétienne une jeune fille, nommée Jrerena , abandonna ïhebna sa patrie avec une troupe de militaires, et fut conduite par la Providence dans les environs de Soleure ; dans la suite, elle s'établit che* un ecclésiastique à Zurzach, et fit tant de bien aux pauvres qu'elle s'acquit une haute réputation de sainteté; on éleva à Zurzach en son honneur un couvent de l'ordre de St. Benoit , qui fut converti plus tard en une collégiale séculière , collégiale qui subsiste encore et qui porte le nom de Sainte-Verena : des marchands se joignirent peu à peu aux pèlerins qu'attiroit la réputation de la sainte, et c'est là ce qui a donné naissance aux foires de Zurzach.

Les poids et mesures ne sont point uniformes dans tout le canton; la livre la plus usitée a un peu moins de 18 onces. On se sert du pied de Berne dans quelques parties du canton , dans d'autres, du pied de Zurich, et dans le Frickthal on emploie le pied de Vienne. L'arpeut pour la mesure des

terres est de 4o,ooo pieds carrés, excepté dans le Frickthal, où il est de 36,ooo pieds de Vienne; l'arpent pour la mesure des forêts a 45ooo pieds de Berne carrés. La mesure des grains est le quart , qui varie suivant les districts, et qui contieut environ iioo pouces cubes de France.

Le gouvernement a fait frapper des pièces de quatre, deux et un francs, des pièces de cinq batz, d'un batz et de demi-batz, et des rapp.s îples et doubles. Les comptes se font en livres ou li anes de Suisse, chacun de vingt sols ou dix batz, chaque batz de 10 rapps : on les fait aussi en florins ou gouldes d'Allemagne.

§ o. Etat de V Eglise et de V instruction publique , Etablis se mens publics et particuliers.

L'église réformée du canton se compose de 48 paroisses et de deux décanats, dont Fun renferme les classes d'Àrau et de Zolingeu , et l'autre celles de Lenzbourg et de Brugg : elle est sous l'inspection d'un conseil ecclésiastique présidé par un conseiller-d'état, et composé de dix membres, dont la moitié sont laïques. Les jeunes ecclésiastiques réformés ne visitent guère les universités allemandes; mais ils reçoivent leur éducation dans les académies de Berne ou de Zurich.

L'église catholique compte 70 cures, et relève en partie du vicaire-général apostolique de Munster ; le chapitre du Frickthal , ainsi que le cercle de Leuggern relèvent de l'évêque de Basle. Les ecclésiastiques catholiques font leurs études dans les lycées de Soleure ou de Lucerne , ou dans les universités de Landshut en Bavière et de Fribourg en Brisgau.

On trouve dans le canton d'Argovie trois collégiales, Zurzach, qui a di^- chanoines et trois chapelains, Baden, qui a sept chanoines et deux coadjuleurs, et Piheinfeld , qui a quatre chanoines et quatre chapelains : la plus ancienne est celle de

Zurzach , qui fut fondée en 88 1 par l'empereur Charies-le-Gros.

Parmi les couvens du canton , on remarque celui de Mûri, de l'ordre de Benoit, fondé en 1025, dont l'abbé étoit prince d 'Emp re depuis 1701 , et qui possède une liehe bibliothèque avec un hcmi cabinet de médailles, celui de Fahr, aussi de l'ordre de St. Benoit, fondé en n3o, celui de Vettingen, fondé en 1227, ceux de femmes d'Hermelsch vil , fondé dans le n.e siècle, et de Gnadenthal, de l'ordre de Citeaux , fondé en i344, deux couvens à Baden, l'un d'hommes et l'autre de femmes, et un couvent de capucins à Bremgarten.

Les juifs ont le libre exercice de leur religion dans les communes d'Endingen et de Lengnau du district de Zurzach ; ils y possèdent des synagogues.

Un conseil de sept chambres , présidé par un conseiller d'état, surveille les écoles du canion et se fait rendre compte en détail de la conduite des maîtres et des écoliers. Un décret du grand conseil du 7 mai 18 13 a réglé qu'il y auroit une école secondaire dans chaque district et une école supérieure pour tout le canton. Dès l'année i8o3 il existoit à Arau un bon institut particulier, où huit professeurs donnoient des leçons, et où l'on enseignoit les langues allemande, italienne, française, latine et grecque, les mathématiques, la physique, l'histoire naturelle, l'histoire, la géographie, l'arithmétique pratique, les notions générales du commerce et le dessin : le gouvernement a élevé, en 18 i3, cet institut au rang d'école supérieure du canton , et lui a assigné des fonds. Il a converti en un institut pour les femmes le couvent de femmes d'Olsberg , fondé en io83 , dans le district de Rheinfeld. Les jeunes filles qui entrent dans cet institut doivent être âgées de douze ans au moins et n'avoir pas au-delà de quinze ans; si elles sont bourgeoises du canton, elles ne paient que 24o livres par année, si elles sont étrangères, elles en paient 4oo : le gouvernement a fondé six places gratuites en faveur des filles pauvres d'un talent distingué. On enseigne dans cet établissement las langues allemande et fraù*

çoise, l'orthographe, la géographie, l'histoire naturelle, l'arithmétique , l'histoire, la morale, la religion, les principes de la médecine, les principaux ouvrages de femmes, comme la couture, le tricotage et la broderie, l'économie domestique, le dessin, le chant, le eUveein , etc.

Depuis l'année i8o3 il existe dans le canton un conseil de santé, composé de huit médecins, réunis sous la présidence d'un membre du gouvernement. Ce conseil inspecte la police sanitaire, soit relativement aux hommes, soit relativement au bétail ; il donne des instructions aux officiers de santé , et correspond avec des médecins chargés de l'inspection de chaque district en particulier; il fait donner des cours pour l'instruction des sages femmes, et en moins de cinq ans il en a procuré 3oo au canton ; il examine les jeunes médecins, chirurgiens et pharmaciens. L'inoculation de la petite vérole ou de la vacciue est ordonnée dans tout îe canton.

Les intérêts des pauvres sont soignés par une commission de sept membres et par des inspecteurs de district, dont les fonctions sont gratuites. Cet établissement remonte à Tannée i8o4; il surveille l'administration de toutes les fondations pieuses et de tous les biens des pauvres; ses revenus se composent de legs et de dons, d'amendes, de taxes et de sommes payées par les étrangers qui sont admis à la bourgeoisie du canton : en dix ans il a amassé un capital d'environ 100,000 livres, dont les intérêts sont employés au soulagement des indigens ; le gouvernement y ajoute chaque année une somme de 8 à 10,000 livres.

11 existe dans plusieurs couvens ou châteaux d'anciennes fondations, qui distribuent du blé ou du pain aux nécessiteux des communes voisines.

Le couvent de Kœnigsfelden avoit autrefois un hôpital pour les vieillards ; cet hôpital a été destiné aux fous, et a été étendu et réparé de manière à en recevoir 34 : ce même couvent renferme un hospice cantonal pourvu de 53 lits.

Parmi les établissement fondés en faveur des pauvres du canton, on doit compter les bains de Baden et de

Schinznach, auprès desquels il existe des commissions qui veillent à l'entretien et au soin des malades qui sont dans le besoin.

Les biens des communes destinés ai soulagement des pauvres, se sont fort augmentés depuis douze ans, et il en a été donné à plusieurs communes qui n'en possédoient point, surtout dans le Frickthal, dans l'ancien comté de Baden et dans les bailliages libres. A la fin de i8i3, ces biens apparlenoient à 265 administrations différentes, et s'é le voient à un capital de 570,000 livres. Les biens des pauvres appartenant aux villes, ne sont pas compris dans ce compte, et ne sont pas soumis à la surveillance de la commission des pauvres \ ils surpassent en capital ceux dont nous venons de parler.

Tous les babitans du canton forment une société qui paie des dédommagemens à ceux dont les maisons sont détruites ou endommagées par le feu : tous les hàtimens du canton, tant publics que particuliers, doivent être immatriculés dans les livres de cette société; elle s'occupe des préservatifs contre le feu, et de la poursuite des peines à infliger contre les auteurs des incendies -, elle distribue des récompenses à ceux qui rendent de grands services dans les cas de feu, et elle établit des signaux pour avertir promptement et à une grande distance ceux qui peuvent porter des secours. Pendant neuf ans, les contributions des propriétaires se sont élevées en tout à 232,ooo francs, ou à environ neuf dixièmes pour cent du prix total d'estimation , ce qui en moyenne fait par année pour chaque propriétaire un pour mille de son capital. Durant ces neuf années, 92 incendies ont eu lieu, et ils ont coulé 220,000 francs à l'établissement.

Il s'est formé dans le canton plusieurs sociétés qui s'occupent du bien-être des babitans du pa\s. Sans compter diverse! sociétés qui appartiennent à toute l'Helvétie, et qui se réunissent à Zbfingen et à henzbourg, nous citerons celles des eeclésiatx cm e s réformés, qui se réunissent chaque année un. fois pour apprendre à se bien connoître les uns le* autres, et

pour se communiquer leurs idées sur le bien à faire dans leurs troupeaux , celle des médecins de l'Argovie, qui ont chaque mois des conférences à Lenzbourg, pour L'examen des maladies régnantes, et pour les progrès de leur art, celle de musique , qui se rassembla pour la première fois, aux bains de Schinznacb, le 29 avril i8i3; enfin surtout la société patriotique dn canton, qui se compose de plus de 100 membres, qui existe dès Tannée 1810, et qui se réunit une fois chaque année aux bains de Schinznacb; elle s'occupe de la statistique du canton , et des moyens de perfectionner les sciences, les arts et l'agriculture ; ses membres sont divisés en cinq classes, qui travaillent toutes activement, et qui reçoivent des renseignemens des sociétés particulières qui ont été formées dans chaque district sur le modèle de la société générale,

§ 9. Cartes géographiques 7 Ouvrages à consulter.

La meilleure carte du canton est celle de Scheurman, qui a paru, en i8o3, sous le titre de Carte du canton d' Argovie , divisée en u districts et 48 cerctes ; elle a été faite d'après les dessins de Meyer.

On trouve une bonne statistique du canton dans l'Almanacb helvétique de l'année 1816. Les ouvrages suivans méritent d'être consultés :

Recueil des lois du canton d'Argovie , dans le bulletin d'Arau.

Neujahrsblatt , etc., ou Feuilles du nouvel an, pour la jeunesse argovienne, 1816, 1817 et 1818.

§ 10. Description particulière du Canton.

Parmi les 283 communes qui forment lez 11 districts du canton, on trouve 12 villes.

Arau, chef-lieu du canton, est située au 47° iV 3ilf de latitude et à 1 1 io pieds au-dessus de la Méditerranée. La ville a été fort étendue et embellie depuis 1799, amlée °ù elle fut, pendant quelque temps, la capitale de la république helvétique j on a éloigué

le cimetière public, el on a Fait disparoîlre plusieurs constructions qui la déparoient. En i8o3, elle est devenue le siège du gouvernement du canton , et dès-lors on a bâti une nouvelle maison-de-ville. Sa population est maintenant de près de 4ooo araes. Sa fabrique de couteaux conserve une ancienne réputation ; elle possède plusieurs fabriques d indiennes et de rubans, et en outre, depuis quelques années, une filature de coton, une fabrique d'huile de vitriol, une machine pour faire des fleurets en soie, etc^

Les curieux visitent à Arau îe beau relief de la Suisse , par Meyer , celui des environs de l'ancien château de Hapsbourg , et un mélange de costumes nationaux, peint par Rbeinhard dans une centaine de tableaux à l'huile; cette collection précieuse appartient à M. Frédéric Meyer, fils du célèbre J. Rod. Meyer, mort en 18 13. La bibliothèque du canton, qui s'est accrue, en 180^, par celle du général Zurlauben, la bibliothèque d'histoire naturelle deM.Kod* Meyer, fils, les collections minéralogiques de MM. ïlod. Meyer et Vanger, et le beau cabinet d'insectes de ce dernier, méritent aussi d'être mentionnés ici.

La ville de Zofingen > en latin Tobinium , avoit 1680 ames en i8o4 ; elle entrelient plusieurs fabriques de velours de coton , de toiles, de soieries et de rubans, des blanchisseries et des imprimeries pour les indiennes et les cotons , etc. On y remarque la bibliothèque de la ville, établie dès l'année 1^9,5, et distinguée par un grand nombre de manuscrits des principaux réformateurs suisses , par un beau cabinet de médailles, et par une collection de dessins et de peintures des meilleurs artistes de la Suisse. Près de Zofingen est la forêt de Boovaîd , célèbre par la beauté de ses arbres. Sébastien Munster rapporte que vers le milieu du i6.e siècle on y trouvoit de* sapins de i3o pieds de hauteur, dont on pou voit faire des mâts de 1 10 pieds ; les Génois les achetoient sur place pour les transporter à grands frais sur l'Àar , le Rhin, l'Océan et la Méditerranée, jusques dans leur patrie ; nulle part on ne trouvoit en Europe des arbres qui réunissent tant de précieuses qualités.

Lenzbourg coin p toit , en i8o4 , 19^0 babitans ; cette ville ne le cède à aucune autre du canton en industrie, en esprit commercial, en propreté et en bâti mens élégans ; c'est là 011 le professeur Pfifer , connu par ses enseignemens nouveaux du cbant sacré , a passé la plus grande partie de sa vie , et où il a formé uu grand nombre d'élèves: à une lieue de Lenzbourg, on trouve les ruines du château de Braunegg , demeure de la famille Gessler , qui fut conquise et détruite par les Suisses en i4i5.

I?m«o^co top toit en i8o4, environ 700 âmes; ce n'est pas sans motif que cette petite ville, d'une industrie active , a été surnommée par plaisanterie ville des prophètes , car un grand nombre de ses jeunes gens se destinent à l'état ecclésiastique , et elle compte parmi ses babitans plusieurs hommes distingués dans le gouvernement, dans les sciences ou dans les lettres ; elle est la patrie du célèbre médecin et philosophe Zimmerman -, sa position est l'une des plus remarquables de la Suisse ; elle est entourée des ruines et des souvenirs les plus intéressans de l'antiquité et du moyen âge , et elle-même faisoit autrefois partie de l'antique Yindonissa.

Arbourg a voit 10 10 babitans en i8o4 ; elle a une forge pour le cuivre , fait un commerce de vin assez considérable et se livre aussi â la fabrication des bonnets et des bas de coton -, elle est placée au pied du Schlossberg *, son château, qui la domine, est construit sur un rocher calcaire très-élevé; il est presque la seule forteresse de la Suisse et est employé par l'état comme arsenal.

Rlieinfeld , la plus grande des quatre villes fores tières , comptoit i434 babitans à la fin de 1812 ; elle est placée sur le Pihin dans une situation pittoresque.

Laujenbourg avoit8io araes en i8o4 ; celte ville a moins d'industrie et d'aisance que Rheinfeld ; elle est moins bien bâtie, et offre un apparence de vieillesse et de décadence ; elle se nourrit principalement du commerce de transit et de la pêche.

Les petites villes de Kaiserstuhl sur le Rhin , avec 355 babitans, de Klingnau sur l'Aar , avec 1255 ,

de Bremgarten , avec 760, et de Mellingen , avec 5qo, ont peu d'industrie. Bremgarten a une papeterie; elle est la patrie du célèbre réformateur Bullinger , qui succéda à Zwingle comme premier pasteur de Zurich , et en quelque sorte comme chef du parti protestant en Suisse.

Baden , sur la grande route d'Arau à Zurich, vit du produit de ses bains et du grand passage qui a lieu chez elle; ellecomptoit i520 hahitans en 1 8o4 y ses bains chauds sont à 10 minutes de la ville.

Il existe dans le bourg de Mûri une fabrique d'étoffes mi-soie et de fleurets de soie.

Zurzach; l'ancien Certiacum des Romains, a 83o hahitans et deux foires annuelles , qui sont les plus considérables de la Suisse.

Diverses causes contribuent à l'appauvrissement des dernières petites villes que nous venons de nommer ; leurs hahitans, par un amour-propre mal-entendu, mettent un trop haut prix à la bourgeoisie de leurs communes et repoussent souvent des étrangers industrieux -, ils ont plus de besoins que les paysans des campagnes , et cependant ils sont moins propres aux travaux de l'agriculture où ils font de moins grands bénéfices ; les artisans sont la plupart agriculteurs et se nuisent ainsi dans les deux états : d'après cela , on ne doit pas s'étonner que plusieurs villages du canton soient plus riches , plus peuplés et mieux bâtis que les villes voisines.

Le Frickthal, ainsi nommé du petit bourg de Frick, est situé sur le revers septenlrioual du Jura et contient 10 | lieues carrées , ou 67,747 arpens ; en 1800 il comptoit î 7,760 habitans, et maintenant il en a près de 20,000; il est arrosé par plusieurs ruisseaux, et entr'autres par le Frickbach qui traverse sa vallée principale; il rendoil à l'Autriche 5o,ooo florins par année, et se divise en 24 paroisses qui sont toutes catholiques.

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