CANTON DE VAUD
§ l. Situation y Étendue , Climat , Population*
Ije canton de Vaud se compose de ^89 communes, qui sont comprises dans i42 paroisses, 60 cercles, 19 districts, 6 arrondissemens de lieutenans , 8 arrondissements militaires, 7 arrondissemens forestiers et 2 divisions de ponts et chaussées; il est situé dans la partie occidentale delà Suisse. Au midi, il est borné par le lac Léman et les cantons du Valais et de Genève ; à l'ouest, par la France; au nord, par les cantons de Neuchatel, de Berne et de Fribourg ; à l'est, par ces deux derniers cantons et par celui du Valais. Sa surface est de 1 55 lieues carrées et 3o2 millièmes; sa plus grande longueur de l'est à l'ouest est de 20 lieues; sa plus grande largeur de i4 : son nom vient de Vaulx , vallées. 11 renferme 20 petites villes outre Lausanne, qui est sa capitale ; autrefois on y comploît 112 seigneuries outre un nombre presque égal de châteaux. Les riches coteaux qui s'étendent du Jura jusqu'aux bords des lacs de Genève et d'Y Verdun , sont au nombre des contrées les plus riantes de l'Europe ; aussi jouissent-ils, sous ce rapport, d'une célébrité qui engage les étrangers à les visiter et souvent même à y faire d'assez longs séjours.
Les environs de Bex, d'Aigle, de Villeneuve et de Vevey sont les parties les plus chaudes du canton» On trouve sur les bords du Rhône et près d'Yverdun quelques marais, qui occasionnent des fièvres et des maladies dans les grandes chaleurs. L'air est singulièrement pur et sain dans le reste du pays.
En i8o3 ; la population du canton étoit de i44;4y4
STATISTIQUE DE LA SUISSE. 46g
ames; en i8i4, on l'évaluait à i55,ooo : cctie augmentation tient à l'introduction de la vaccine, améliorations de l'agriculture, et surtout à la multiplication des pommes de terre. Cependaul les pi > grès de la population étoient déjà fort sensibles à la fin du i8.e siècle; 117 paroisses, qui u'évoienl 106,157 habitans en 1765, en cotnptoient 126,377 en 1798 : de i8o3 à 1810 inclusivement, on a compté dans le canton 35, 770 naissances et 24,l4i morts, ce qui montre que dans ces huit années seulenu ut la population a cru d'un douzième ; il y eut en 1810 1121 mariages, 4343 naissances et 2720 morts. Le tableau officie] fixe à i48, 200 âmes la population du canton, ce qui donne 954 habitans par lieue cai
§. 2. Nature du sol , Montagnes.
Le canton de Vaud e>,l plus riche en a ignea qu'au* cun autre canton de la Suisse, et, s il le cède à quelques-uns en pâturages et en ce m De doit
pas moins le considérer comme fertile aussi sous ce rapport. ïi renferme une portion des Alpes , eue portion du Jura et le plateau élevé du Jorat , qui leur sert d'intermédiaire; ces montagnes sont la plupart calcaires, excepté le Jorat, qui se compose de grès et qui est recouvert de brèches en qu< lques endroits. La plus haute sommité du canton est celle des Diablerets , qui a 11,120 pieds au-dessus de la mer: la Dent-de-Jaman , qui 9épare les «Mitons de Vaud et de Fribourg, offre uu col 00 passage que l'on peut traverser a élu val ; la partie de ce col la plus élevée est à 4572 pieds au^dessu la mer.
Plusieurs glaciers , qui sont des bras détachés des grands glaciers du Valais, s'étendent sur le revers cidental des Alpes, qui séparent 1rs cantons de Vaud el du'Valais, et remplissent des valions entre les divers chaînons de ce vaste massif ; le pins connu de Ci - -'-«ciersest celui des Diablerets, dont le poids fit écrouler dans le siècle passé deux des pies de celle dan-< leuse montagne : en 1714 el en 1749, ces éboulemens cou-
4rO STATISTIQUE DE LA SUISSE.
vrirenfc de ruines de vastes étendues de terrain ; ils interceptèrent le cours de la Lizerne , et donnèrent naissance à deux lacs , dont le plus grand , appelé lac de Derborentsche , a environ une demi lieue de circuit : non loin de là on voit encore les traces d'un autre éboulement. Le 4 mars i584? après un tremblement de terre, dont les secousses setoient succédées pendant trois jours, une montagne, située audessous des Tours-d'AÏ , dans le district d'Aigle, s'écroula avec un bruit affreux ; elle couvrit les villages de Corberie et d'Yvorne, et y fit périr 700 pièces de bétail et 127 habilans ; elle couvrit de débris 24o arpens de terre.
§ 5. Rivières et Lacs*
Lis rivières du canton se versent les unes dans la Méditerrannée par le lac de Genève et par le Rhône, et les autres dans l'Océan par l'Aar et le Rhin : les premières, outre le Rhône, qui sert de limites au canton dans sa partie méridionale , sont l'eau froide, la Veveyse , la Venoge , l'Auboime , la Dulîve , la Promontouse et le Bonairon ; les autres sont la Sâne, ou Sarine, qui se jette immédiatement dans l'Aar ; la Broyé et le Chendon, qui grossissent les eaux du lac de Morat , l'Orbe, qui , après s'être détachée du lac des Rousses, avoir traversé le lac de Joux, et avoir parcouru les marais qui sont entre Orbe et Yverdun, prend le nom de Tbiéîe, et traverse encore les lacs d'Yverdun et de Bienne avant de se jeter dans l'Aar, et enfin l'Arnon , la Brinne et la Ma n tua, qui se jettent daus le lac d'Yverdun.
Les principaux lacs du canton sont ceux de Genève , de INeuchatel et de Morat, dont nous avons déjà parlé; ils occupent le fond des grandes vallées qui séparent la chaîne du Jura de celle des Alpes. Le canton de Vaud possède un tiers du lac de Morat. Le lac de Bret , ou de Bray, est situé dans le Jorat, au milieu d'un vallon solitaire ? à deux lieues au nordouest de Vevey ; il a 25 minutes de longueur sur 10 de Lu geur ; sa plus grande profondeur est d'envirQB
STATISTIQUE Dr, TA SrTSSE. >-{ 100 pieds : il gèle chaque hiver. Le la* Ai Uni i M situé dans la vallée de même nom, au milieu de la chaîne du Jura ; il a s>| lieues de longueur sui minutes de largeur; sa plus grande profondeur est de i5o pieds, et il gèle tous les hivers comme le lac de Brav; on le distingué en deux parties, te lac de Joux proprement dit, et le lac Brénet, qui i continuation du premier : dans un foBtJ, séparé du grand lac par une arrête rocailleuse, on Irouve on troisième lac, appelée lac 7î?r(lacus terlius), qui ua pas plus de -20 minutes de tour; il est 1res- profond , et est environné de marécages : ces trois tacs s'écoulent par des trous ou espèces d'entonnoirs qui existent auprès du lac Brenet , et qui pénètrent au travers des couches calcaires des rochers inférieurs; leurs eaux ressortent à 680 pieds au-dessous ; elles donnent naissance à la rivière de l'Orbe, qui, dès son origine, a 17 pieds de largeur sur 4 de profondeur, et qui transmet son nom au charmant vallon de \ ilorbe , qu'elle parcourt en quittant intérieur du 1
On trouve dans les Alpes vaudoises une douzaine de lacs en miniature, qui sont alimentés par ta fonte des glaces et des neiges des montagnes voisines; ils ne nourrissent pas de poissons ; mais leurs bords sont gracieux et romantiques. Dans la commun',1 <:< Rougemont et dans la vallée reculée de Mockaosa , il existe un lac temporaire de 2000 pas de tour, qui se forme chaque printemps à la foi qui se vide de lui même au bout de trois sema il offre ensuite en été une belle verdure ; ses eaux remplissent des réservoirs souterrains, d où elles ressortent, partagées en deux ruisseaux, sur la pente inférieure de la montagne.
Le canton de Vaud se distingue par la quantité et par la beauté des ruisseaux et dus fontaines que. l'on rencontre dans presque tousses villages. I .a source de l'Orbe, celles du Brassas et dé la Lionne, dans la vallée du îac de Joux, et (elles de l'Aubonne, delà Chaudanne et de Fontaney, font Padrarration des voyageurs et exercent les pinceaux des ; s j te-il ne leur manque que d'être chantées par Us Ijrr?
d'Horace ou de Pétrarque pour l'emporter sur Blandusie et sur Vaucluse.
§ 4. Produits du pays.
Plusieurs bains d'eaux minérales existent dans le canton; les plus connus sont ceux de Saint-Loup, près de La-Sarra, ceux d'Yverdun , ceux de Lalliaz , paroisse de Blonay , au pied des dernières croupes des Alpes , dans un vallon à deux lieues de Vevey, et ceux de la Poudrière , aux portes de Lausanne.
Les principales et presque les seules salines de la Suisse existent dans la canton de Vaud : elles sont situées près de Bex, entre la grande eau et l'Àvençon. Les premières sources salées furent découvertes en i554 , celles du Fondement furent reconnues en 1591; les inondations de la Grionne les couvrirent ensuite , et elles demeurèrent perdues jusqu'en \663 : la même cause produisit encore une fois le même elfet ; mais on les retrouva en 1674, et on les conduisit jusqu'au Bévieux. Le gouvernement de Berne les acheta en i6i3 pour le prix de io4,ooo livres, et fit ouvrir plusieurs galeries dans l'intérieur de la montagne. Celle des Invalides , qui fut faite en 17^3, a été poussée à plus de 4ooo pieds de l'entrée de la mine-, elle est presque horizontale, haute de 8 pieds sur 6 pieds de largeur , et creusée si proprement que ses parois semblent travaillées au ciseau : d'autres pénètrent encore plus avant dans la montagne. Plusieurs sources ont été découvertes aux environs de Bex; on les néglige lorsqu'elles contiennent moins de huit dixièmes pour cent de leur poi<U en sel marin. Ces sources se rendent aux bàtimens de graduation du Beyieux , ou du Devins , où sont les chaudières et les magasins, dans lesquelles on recueille, année commune, environ i5,ooo quiniaux d'un très-beau sel. On admire le travail des galeries, le puits du Bouiliet, qui a G77 pieds de profondeur, et où l'on descend par une cinquantaine d'échelles, de superbes réservoirs, taillés dans l'intérieur de la montagne, dont un seul contient 5o,ooo pieds cubes d'eau, une
STATISTIQUE DE LA SUISSE. tfî roue de 36 pieds de diamètre , que L'eau r-n mouvement à 3ooo pieds sous terre, etc. (\) On voit près de Bex des mines de sou fie et de g>pse, et neuf sources d'eau soufrée, qui sortent de terre dans une même prairie.
Les montagnes du canton de Vaud ornent peu de roches primitives, mais beaucoup de variétés lia m leurs couches secondaires. Les marbres de Coni ise, de Saint-Triphon , de Bex, d'Ollon et de Roche sont exploités, et l'on trouve à Roche et à Vevey des moulins pour les scier. Les environs dé Bex n nferment de beaux morcaux de soufre vierge, da < riital d'Islande, des sélénites , et diverses espèces de talc et de spath. Le canton est riche en péti ificatîona , en houilles, et en mines d'asphalte ou de pétrole on y trouve aussi des mines métalliques, mais elles sont négligées à cause des frais d'exploitation , ex< celles de fer en grain, qui sont communément répandues dans toutes les vallées et sur les Bancs du Jura. Dès long-temps on a établi près de Vallorbt de hauts fourneaux, qui fournissent de L'excellent fer aux nombreuses forges des industrieux ha bilans de cette commune.
Le Jura et les Alpes du canton de Y and renferment de vastes et profondes cavernes , et entr'autres la chaudière d'Enfer, près du lac de Joux, qui aboutit à un lac souterrain, la grand Baume, dans la commune du Ghenit, au fond de laquelle coule u la grotte des Fées, près de Yallorbe , qui a deux étages et qui étoit autrefois l'ouverture par ou l'Orbe ressortoit après sa perte au moulin de Booporl . etc.
Les quatrupèdes les plus rares que l'on retu ontre dans le canton de Vaud sont le h n% , ou loup cer- -vier, l'hermine, ou rosselet , la trupé blanche, l« lièvre blanc, le bièvre , la marmotte, le mow irdio le loir, le sanglier et le chamois; on ne troilte de bouquetins depuis près d'un siècle. Presque tOOl
(i) Voyez les ouvrages publiés tuccessirénént sur Cfl làjet, par Hatlev, Wikl ei Struve,
les oiseaux qui habitent les régions tempérées de l'Europe se retrouvent dans le canton de Vand ; on y observe les oiseaux de passage du Nord , qui viennent chercher dans ce p^ys un hiver doux, et ceux du Midi , qui y trouvent un été moins brûlant que sous la zone torride.
Les montagnes du canton nourîssent pendant la saison de l'alpage 24, 000 vaches, 6000 moutons, 1800 chèvres et 3oo chevaux: le gouvernement a établi des prix pour l'amélioration de Ja race de ces derniers animaux. Le tableau suivant du bétail du canton a été dressé en 1811.
Bœufs, vaches et génisses 6i,65o
Chevaux , jumens et poulains . , . 20,984
Moutons, dont35t3 mérinos . . 62,660
Chèvres 1 3,866
Porcs . . . 23,i 68
Anes et mulets 644
Total .... 182,872
Les lacs, les rivières et les ruisseaux du canton abondent en truites , en perches et en poissons blancs du genre des cyprins; la petite truite saumonée, dont le goût est exquis, habite les ruisseaux des Alpes : on compte en tout 33 espèces de poissons dans les eaux du canton. Les amphibies et les reptiles se bornent à trois genres, les grenouilles, les lézards et les serpens ; on rencontre fréquemment dans la paroisse de Montreux des lézards verdsqui ont un pied et demi de longueur, et non loin de là des couleuvres communes, qui ont quelquefois 8 à 10 pieds. Parmi la nombreuse classe des insectes on distingue le pr\edieu ( mantis religiosa) à cause.de sa rareté; l'abeille est soignée généralement, surtout dans les montagnes, où l'on voit de beaux ruchers : les miels les plus estimés sont ceux du Pays -d'Enhaut , de la vallée de Joux et de Montreux Tl existe dans le canton peu d'établissemens de vers à soie. Les meilleures écrevisses se pèchent dans le lac de Bret. Quant aux vers et aux coquillages, on remarque quelques jolis testacées bivalves des lacs et des marais, entr'autresl huître
STATISTIQUE DE LA SUISSE. i \
d'eau douce, le moule des rivières et des étangs, la telline cornée, la nérile fragile, la pâme pistf rnofl et divers polypes; on doit consulter sur ce su; - ta Conchyologie helvétique, de M. le pasteur Sii&di i Berne;
Le canton de Vaud possède environ i70'"> espèces de plantes, sans parler des cryptogames, el il manque que 3 ou 4qo espèces pour avoir toutes les plantes de la Suisse. Très de Vevey , on voil le 1 marin tapisser le bord des lorrens . el on ci ' l< fruits du figuier, du grenadier et du laurier, 1 : pleine terre; si l'on remonte vers les sommets des Alpes, à quelques lieues au-dessus de \&vt y,< m ramasser les plantes de la Lapouie : ainsi , datif • pace de quelques lieues , on réunit 1rs (limai- h s plus différens de l'Europe. C'est aux environs de Bel (pie le grand Haller a composé son ouvrage ioimi : tel suc les plantes de la Suisse, et la science a (ail d< s- lors de nouveaux progrès par les soins de plusii tanistes vaudois , et entr autres de M. C> Nvocf. M. Thomas a formé au Devins un jar< in, où il cultive des espèces rares, la plupart indigènes de la Suisse. M. Schleicher a un autre, jardin au Bé.viei 1 où l'on trouve un grand nombre di ses courses botaniques dans une partie considérable de la Suisse lui ont procuré une immense collection de plantes sèches , dont il fait une espèce de commerce et quai vend à raison d'un louis le cent. On distille dans le Pays-d'Enhaut la racine de la grande gentiane, dont on lire une eau employée en médecin* . et dont on exporte des tonneaux en Allemagne . en Danemark et même en Russie. Quelqu »s berborisl s composent du faltranh et du thé des Alpes, d< ni ils ont un assez grand débit dans l'étranger Les cl taigners de Yeyiaux et des environs de Roi le ûon^i Di des marrons d'une grosseur remarquable.
Les forêts du canton ne sont pas encore parvenues à la valeur qu'elles atteindront par la suite au moyen des nouveaux réglemens forestiers; mais *Uet suffis lïkt déjà pour les besoins du canton. Le blé nesl pïuâ un objet d'importation depuis le* progrès recens Util par l'agriculture.
Les vignes du canton passent pour les meilleures de la Suisse. On y distingue les vins de La-Vaux (Riffwein), qui croissent sur la rive orientale du lac de Genève, et les vins de La-Côte (Lacôlewein) , qui croissent sur sa rive occidenlaîe : ces derniers sont moins estimés que les autres lorsqu'ils doivent être bus dans les années qui suivent immédiatement la récohe; mais ils acquièrent du prix avec le temps, et ils finissent par ressembler aux ^ius du Rhin, avec lesquels plusieurs personnes les confondent. Le canton de Yaud possède 12,997 poses ou arpensde vignes ? la pose de 5oo toises carrées, et la toise de 9 pieite de Berne : la culture de ces vignes exige annuellement l'emploi de 100,000,000 d'échalas et de 52,ooo chars de fumier, chacun de 45 à 5o pieds cubes; elle demande en outre le travail de 20,000 vignerons sans compter celui des femmes et des enfans, c'est-à-dire qu'elle occupe à peu près le quart de la population : ces 12,997 poses de vignes rapportent chacune en moyenne au moins un char et un cinquième, ou en tout 1 5,696 chars de 4oo pots mesure de Berne ; elles se répartissent de la manière suivante entre les divers
districts du canton.
District de La- Vaux .... 1718 poses.
Aigle 979^
Vevey 21 2Ô~
Rolle ...... i38o-^
A abonne .... £98^
Lausanne .... 108.^
Morges 157 7§
3Nyon 107 1|
Grandson .... 679
Avenche 3(j8-|
Orbe g46
Yverdun 344^
Cossonai 94
Total . . 12,997
Les vignes de La-Vaux se vendent à un prix si élevé nue l'on auroit de la peine a trouver dans toute l'Europe d'autres terrains aussi précieux ) le prix or-
dinaire d'une pose de ces vignes est de G à i2;ooo livres de Suisse.
§ 5. Histoire, Mœurs des hahilans , Antiquités, Langage.
Le Pays-de-Vaud fut possédé autrefois par les Romains, qui se le laissèrent enlever au f>. sjècle, et dès-lors il fit successivement partie des royaumes des Bourguignons et des Francs, et de l'empire germanique ; il fut conquis, en 1270, par le due Pierre de Savoie, et il se rendit, en i536, au\ armes bernoises sous la réserve de ses franchises et de ses lib< Bernois le firent gouverner par des baillis lires de leur conseil souverain. Le 18 janvier 1798., i5,000 François entrèrent dans le Pays-de- Vaud et y commencèrent la guerre désastreuse dont nous avons parlé précédemment. Le Pays-de-Vaud fut mis au nombre des cantons de la Suisse sous le nom de canton du Léman; on lui a rendu son ancien nom en i8o3, et on l'a appelé cauton de Vaud.
Dès le i4.ôsiècle les quatre bonnes villes du Pavsde-Vaud, savoir, Moudon , Yverdun , Morges el \\ OU avoient des franchises très-étendues; on j^ut lire à ce sujet le recueil, fait avec beaucoup de soins, qui a paru, à Genève, au mois de décembre 1817 , sous le titre de Documens relatif s à l 'histoire du Pays* le ■ Vauà dès izg3 à iy5o. La charte de Moudon, du t4 juillet i35o, , contient des détails curieux sur la police el les lois pénales alors en vigueur , elle est connue sous le nom de Charte du Pays-de-Vaud , et renferme «n grand nombre de sanctions- Nous en extrairons quelques articles pour donner une idée de la législation de ces temps du moyen âge, m Si quel- )) qu'un a querelle avec un autre, et s'il le l>^t <>u » le frappe, le fait se pourra prouver parle rapport » d'un homme ou d'une femme qui en puisse ni (aire )) serment devant des prud'hommes. Celui qui frap- »> pera d'un bâton ou d'une aulre arme offensive! » soit que le sang s'en suive ou non , payera au * seigneur 60 sols d'amende , el à celui qui aura clé
» frappé, s'il fait clame contre lui, 3o sols. Celui quî )) frappe du poing payera au seigneur 3 sois, et 18 » deniers à celui qu'il aura frappé. Qui donnera un » soulltet payera au seigneur 5 sols, et 3o deniers à 3) celui qu'il aura frappé. Qui entrera dans le jardin » ou dans le verger de quelqu'un sans la permission » de celui auquel il appartiendra, si ce n'est eu sui- » vaut sa bêle ou son oiseau, si ces possessions sont ;> closes et que ce soit de jour, il sera coupable de 3) 10 sols envers le seigneur, et de 5 sols envers celui r> à qui appartient le jardin ou le verger, et, s'il ne le » peut pa\er, il sera contraint de courir nu par toute 5> la ville; que, s'il y est entré de nuit, il payera 6o 3) sols au seigneur, et à celui auquel est le jardin >; 10 sols; mais, s'il y est entré en suivant sa bête r> ou son oiseau, il sera seulement tenu à payer le » dommage qu'il y aura, et ie fait se devra prouver » par le serment de celui auquel appartient le jar- » din ou le verger, ou par le serment d'une personne » de bonne réputation. »
Les états du Pays-de-Vaud s'assembl oient tous les ans à Moudon chez le gouverneur, et lorsqu'ils lui faisoient demander, par ie syndic de cette ville, une session extraordinaire, celui-ci ne pouvoit différer plus de trois semaines d'acquiescer à leur demande : on y voyoit les grands prélats et les nobles du pays, ainsi que les députés des quatre bonnes villes, et ceux de dix autres villes moins considérables, Cudrefiu , Paie , Desclés, Payei ne , Orbe, Morat , Grancourt, Montagny , Sainte-Croix et Saint-Denis. Aucune délibération des états n'avoit force de loi qu'elle n'eût été confirmée dans le conseil du prince, et de même les édits du prince ne passoient en loi que de l'aveu des états. Voyez MuHer, Histoire de Suisse, tradl, tom. III , pag. 120 à Lâ5.
Lorsque les Bernois prirent possession du Pays-de- Vaud , en i536;, il y publièrent des ordonnances, dans lesquelles on remarque, pag. 2o5 , que les gloutons, ou gourmands, c'est-à-dire ceux qui mangeront et boiront plus qu'ils ne peuvent porter, paieront io florins d'amende } par une ordonnance de i55o ,
STATISTIQUE DK LA SUISSE. \~() les femmes n'étoient taxées qu'à la moitié de cette somme; les ecclésiastiques et fonetioun Vu ,^ publics dévoient être privés de leurs charges ; ceux qui iuvitoient les autres à boire hors de mesure dévoient payer 3o sols d'amende : les danses éloii ni déclan l s scandaleuses et interdites sous peine de 3 florins d'amende; cependant on permeiloii trou honnête* danses sur les jours de noces.
L'ancienne Helvétie se parlageoit en quatre cantons, dont l'un, appelé d'abord le canton d'Orbe (Lrbigenus) et ensuite le canton d'Avenche (Aventicensis), renfermoit le Pays-de-Vaud ; on trouve encore dans ce canton de nombreuses traces du séjour des Romains, soit dans les restes de leurs monumens , de leurs inscriptions et de leurs m on noies 3 soit dans les noms d'un grand nombre de villes et du vil! qui ont évidemment une origine romaine. Avenche fut brûlée par les Allemands dans le 4.e siècle . et détruite par Attila dans le siècle suivant : cette capitale; dont l'enceinte avoit une lieue de tour, n'a pu dès-lors se relever de ses ruines ; on > voil encore des pavés en mosaïque, des restes d'amphithéâtres des débris de colonnes et des inscriptions éparses çà et là, tristes témoins de sa grandeur passée et »! longs malheurs. Njon oflre aussi plusieurs antiquités remarquables. Orbe, Moudon , Y verd un , Vîdi, \ ilie neuve, Yevey, Glérolles, Lausanne, Aubonne, Sainte- Croix, Cul li et Payerne, sont mentionnés dan* auteurs romains. Yillars, Yalcire, Provence, \ ic Coîonge, Sépey, Ursins, Sergi, Lavigni, Rovrej cl Rovéréa, Aigle , Yvorne , Montmagni, In si. Mal»palus, Sauvabelin , Romanèche, Romanel , Roman et la Pcomanaz, indiquent par leur étymologie une un gine romaine. On a trouvé dans le canton de Vaud seul presqu'aufant d'inscriptions romaines que dans tout le reste de la Suisse.
lie peuple vaudois parle et entend le françou , mais il se sert habituellement du patois rotnan ou reman, qui varie beaucoup d'un l', u ■ j u,i' » cl qui diffère surtout dans le Jura et dans les Alpes, aux bords du Lcmau et à ceux du lac de Murât.
48o STATISTIQUE DE LA SUISSE.
Les mots patois dérivent les uns du latin, les autres du grec, et le plus grand nombre du celtique.
§ 6. Constitution politique, Revenus de l'Etat.
Le territoire du canton est divisé en 60 cercles et en 19 districts. Les villes de plus de 3ooo habitans forment un cercle séparé.
Pour exercer les droits de citoyen actif dans le canton, il faut y être domicilié depuis un an et en être bourgeois, avoir vingt cinq ans, être du nombre des trois quarts des citoyens les plus imposés à l'impôt foncier , ou avoir trois fils inscrits et servant dans la milice; il faut de plus n'être ni domestique, ni assisté, ni poursuivi par corps, ni failli, ni interdit; ni condamné à une peine infamante.
Dans chaque commune de moins de 5oo ames, il y a un conseil général de commune , composé de chefs de famille âgés au moins de trente ans.
Dans les communes de plus de 5oo ames, il y a un conseil communal > composé de 25 membres au moins et de cent au plus , qui demeurent dix-buit ans en place, sont renouvelés par tiers et sont toujours rééligibîes.
Ces conseils sont présides par le syndic de la municipalité; ils examinent la gestion de Sa municipalité, arrêtent ses comptes et délibèrent sur les projets d'aliénation et d'acquisition d'immeubles, sur les emprunts et les procès, ainsi que sur les conditions de la réception à la bourgeoisie.
Il y a dans chaque commune une municipalité chargée de l'administration ; elle est composée d'un syndic et de j. membres au moins ou de 16 au plus, qui demeurent douze ans en place, sont renouvelés par par tiers et sont toujours rééligibîes.
Il y a dans chaque cercle un juge-de-paix chargé de la surveillance de l'administration , de la conciliation des différens et des premières fonctions judiciaires.
Il y a des lieutenans du conseil d'état, pour un ou plusieurs districts à la foisj ils sont chargés de l'exé-
STATISTIQUE DE LA Sris.SK. 48i
cn.ion des lois et de la surveillance des autori.é. « ferieuree,
Vu grand conseil, composé de l8o membres, nomme pour douze ans, renouvelés par liera ei touE W&%Mes, exerce le pouvoir soudain ,! Wsemb h
le premter lundi de; mai à Lausanne ; sa sessi
diuaire est d'un mois an plus.
Un conseil d'état, composé de 1 3 membres du grand conseil, Uinitiative des projets de loi . de dé< rel , | impois, et est chargé du pouvoir suprême, administratif et exécutif.
. " y a datls ,e cant0» 19 tribunaux de preraiè e instance, et un tribunal d'appel, composé de i3 membres, nommés pour douze ans, renouvelés pai quart et toujours rééligibles ; un tribu., ai, composé d un conseiller d'état, président, elde 4 juges d'appel prononce sur le contentieux de l'administrationV
Chaque cercle nomme un député direct au grand conseil; la ville de Lausanne en nomme i : ces députés sont pris parmi les citoyens du cercle âgés de trente ans et propriétaires de 2000 francs en im meubles sis dans le canton , ou de 5ooo francs en créances hypothécaires sur des immeubles sis dans le canton.
De plus, chaque cercle nomme 4 e^didats p; 1 mi les citoyens des autres cercles qui possèdent 10,000 francs en immeubles, ou 20,000 francs en créances hypothécaires dans le canton; entre ces candidats le grand conseil nomme au scrutin secrel et à la majorité absolue des voix, 63 membres du grand conseil. Enfin , une commission électorale composée des membres du conseil d'état, de c ui du tribunal d'appel et de 4o membres du grao conseil, désignés par le sort, élit 36 membres du grand conseil parmi les citoyens âgés de qûaran e ans et propriétaires de 10,000 francs en immeubles, ou de 20,000 francs en créances hypothécaires dans le eau ton, et 18 membres pris entre tous les citoyens âc s de vingt-cinq ans; ces derniers ne sont soumi aucune condition de propriété.
Les cercles indemnisent chacun leur députe din cl
1rs fonctions des autres membres du grand conseil sont gratuites.
fies membres dû conseil d'état sont nommés par le grand conseil, pour douze ans, et renouvelés par quart. Le grand conseil nomme entre les membres du conseil d'état deux présidens, qui portent le litre de landammanns , et qui sont quatre ans en charge.
Les membres des tribunaux de première instance sont nommés par le conseil d'état sur deux listes triples présentées, l'une par le tribunal où se fait la vacance et l'autre par le tribunal d'appel.
Les membres du tribunal d'appel sont nommés par le grand conseil entre les citoyens âgés de trente ans qui ont exercé des fonctions judiciaires, ou administratives supérieures , ou celles d'avocat.
Le droit de grâce est admis; il est exercé par un décret.
La religion réformée est la religion du canton ; cependant la constitution garantit aux communes catholiques et mixtes l'exercice de leur culte.
Les revenus de l'état s'élevèrent en 1811 à 884, 06;/ livres de Suisse, et la dépense de la même année fut de 861,269 livres. Le plus grand ordre règne dans FadminislK.„i»ni financière. Le principal des impôts est l'impôt Foncier, qui est de deux, de deux et demi ou de trois pour mille de la valeur des fonds, suivant les besoins du gouvernement \ il rend environ 3oo.ooo livres de Suisse par année. Le droit de mutation rend environ 180,000 livres, les péages 55,ooo, la vente du sel 70 à ?5,ooo, le timbre 35 à 38, 000. Une somme de 5o,ooo livres de Suisse est destinée annuellement aux ponts et chaussées; elle est remise à la commission des ponts et chaussées, qui a sous son inspection 19 vojers de district; outre cette commission, il y en a encore plusieurs autres relatives aux finances , qui toutes sont présidées par un conseiller d'état , une commission des forêts , dont relèvent sept inspecteurs forestiers, une commission des monnoies, une direction des mines et salines , et une régie des postes. Il y a dans le canton un inspecteur général des péages et 19 receveurs de district } un intendant des sels T
STATISTIQUE DE LA SI'ISSE. ^ un intendant des poudres, un wlpé trier en cbe£ I c gouvernement a établi à Lausanne tfnfclcbambre de commerce, composée de 7 à 8 négociants, pour reil- Jer aux intérêts du commerce, dont les trois principales branches sont les vins, les fromages et l'exportation des bestiaux.
§ 7. Industrie et Commerce, PoUh et Mesun
Lr,s Vaudois sont plus occupés d'agriculture et du soin de leurs troupeaux que de commerce et de manufactures; leur principal commerce consiste dan* le transit d environ i4o,ooo quintaux de marchandises qui vont de la France dans la Suisse et l'Allemagne ou vice-versa : on comprend dans ces marchandises 20,000 quintaux de fromages, que le canton de Fri bourg fournit à la France.
Les principaux objets importés dans le canton de Vaud sont 4 à 5ooo quintaux de tabacs étrangers, îooo quintaux de liqueurs, 3 à looo quintanx de sucre, 35oo quintaux de café, 1200 à i5oo quintaux de draperies, 1 5oo à 2000 quintaux d étoffes de coton, 6 à 7000 quintaux de fer, 1 à 3ooo quintaux de cair brut, 3 à 4ooo porcs gras, venant de France ou de Savoie, et 5 à 6000 moutons, venant d'Allemagne. Les principales exportations consistent en iG à 20,000 chars devin (ij, 12 à 16,000 quintaux de fromage, 2600 à 1800 quintaux de cuir fabriqué, 800 à 10 1 > vaches ou bœufs, i5oo à 2000 chevaux et poulains, et 2000 quintaux de tabac cru dans le canton,
Les Vaudois se servent généralement déa mérai poids et mesures qui sont éh usage i Berne; on remarqué cependant à cet égard de grandes rari dans les divers districts du canton.
(1) D'après ce qui a été dît précédemment page r?6 cetu quantité paroîi trop considérable; non . la donnons d'an statistique du canton de Vaud qui a élé publiée dau> l'Aliuanach helvétique pour Tannée i'dib.
§ 8. Etat dëV Eglise et de V instruction publique , Hommes célèbres , Etablissemens publics et particuliers*
Le canton de Vaud professe en entier la religion réformée, excepté une partie du district d'Echa liens et quelques familles deLausannr.il y a dans le canton 4 curés catholiques, savoir, à Lausanne, à Echallens, à Bottens et à Assens. On compte i3o, pasteurs du culte réformé , desservant une paroisse, un archidiacre à Lausanne, i3 diacres remplissant des fonctions pastorales, 5 ministres prêchant en langue allemande, en tout i58 pasteurs ou ministres, qui sont repartis en cinq classes de la manière suivante : la classe de Morges en a 38, celle de Lausanne oo , celle d'Yverduti 28 , celle de Payer ne 25 et celle d'Orbe 17.
Les pasteurs ont d'abord un traitement annuel de 1000 livres de Suisse ; au bout de six ans , ils reçoivent une augmentation de 200 livres, et ainsi de suite de six en six aus jusqu'à ce que le traitement atteigne 2000 livres, point qu'il ne peut dépasser : si le pasteur fait usage d'un vicaire , il est chargé de son, traitement, que la loi fixe à 5oo livres de Suisse. Le pasteur, en outre de sa paye, a un presbytère et un jardin; sa veuve et ses enfans en bas âge ont droit à une pension alimentaire dans le cas où il vient à mourir sans fortune. Les paroisses sont assez inégales en grandeur; quelques-unes n'ont que 2 à 3oo ames et d'autres en ont près de 3ooo.
Chaque classe a son chef, ou doyen , qu'elle choisit à la pluralité des voix, et qui la préside pendant trois ans; ce doyen correspond avec le gouvernement et en transmet les ordres aux pasteurs. Les anciennes ordonnances ecclésiastiques du Pays-de-Vaud , rédigées et imprimées en 177^, subsistent encore dans toute leur force à quelques légers changemens près. Les pasteurs tiennent les registres publics de l'état civil, et en délivrent des extraits.
Les études de théologie se font dam l'académie d< Lausanne; elles durent quatre ans, et les candidats * ; ordinairement consacrés à l'âge de ringt-qoatr< si i II existe en faveur des candidats une i ente d'en™ , q booc livres de Suisse par au • cette rente a été divi « en 48 petites pensions, appelées gages, que le conseil, sur le préavis de l'académie, confère aux etuciians les moins aisés et qui ont le plus de mérite Un conseil académique, siégeant à Lausanne, el compose de 11 membres, dirige l'iostr action blique.LesetablissemensdlnsfrucLion.ons.Mrnnln,, des écoles primaires, dans des colley académie. Les écoles primaires étoient en i8ia bu nombre de 6i3 ; elles étoient fréquentées par a5,o □ entons des deux sexes, âgés de 7 à 16 ans. Lesrée ns reçoivent au moins 120 livres de traitement ; il sous l'inspection des pasteurs de leur parois* , Dans les collèges on enseigne les langues latine el grecque, les principes de la langue Françoise, les élémeos de la géométrie., Fbistoire et la géographie; il en exista à Vevey , àMoudon, à Yverdun, à Mo erne, à Aubonne, à Château -dyŒx et à 1 Oû trouve des classes latines à Avenche, s Orbe, à Nyon, à Rolle, à Aigle et à Bex. Il n'existe dans le canton qu'une seule académie, qui est celle de Lausanne; elle fut fondée en 16^7 , et n'eut dans l'origine que
2 ou 3 professeurs; maintenant elle en a i4, donl
3 pour la théologie et l'hébreu , 3 pour les belleslettres grecques, latines et françoises , * pour les sciences naturelles, 2 pour le droil . ci 2 pour la médecine et la chirurgie. Le président d
letitrede recteur; il est élu pour trois ans ei rééligible. Les professeurs et les régens du collège ses lémiqm peuvent, après trente ans de service , demander U ni retraite et conserver la moitié de leurs pensiom
Une école très-intéressante, appelée écoh de « hl rité , existe à Lausanne; elle fut (ondée eu 1 rafi par plusieurs Lausannois bienfaisans, h la tét< étoit le professeur George Polie r ; cil*- «« poui ion usage des bâti me us qui lui apparliennenl , aioai que deux maîtres et deux maîtresses pour quatre écoia
d'instruction , un maître tailleur et un maître cordonnier pour les garçons, et une maîtresse de couture pour les filles ; l'éducation religieuse y est soignée : deux sortes d'élèves fréquentent cet établissement, des externes, au nombre de 160, qui ne sont ni nourris ni logés par l'école, et 25 internes, qu'elle entrelient ; ces derniers sont des orphelins pauvres pris dans tout le canton.
La bibliothèque de l'académie a été fondée en 1549; elle occupe deux grandes salles du collège : on y a joint un m éd ailler et divers objets d'histoire naturelle. Il s'est formé dans le canton une société d'agronomes, qui publie, depuis 1812, un journal appelé Feuilles d'agriculture et d'économie générale ; cette société a son comité central à Lausanne.
Le canton de Yaud a produit quelques hommes qui se sont rendus célèbres dans la carrière des armes et dans celle des sciences. Les noms des généraux La-Harpe, Reynier et Jomini ont été cités avec distinction dans les guerres du 19.° siècle. Le réformateur Viret éloit né à Orbe. Le docteur Tissot , qui étoit de Granci , dans le district de Cossonai, passe pour l'un des premiers médecins du i8.c siècle; ses ouvrages, qui sont à la portée de la plupart des lecteurs , ont été traduits dans un grand nombre de langues. M le pasteur Philippe Bridel, qui est aussi Vaudois , est auteur des Étrennes helvétiennes , du Conservateur suisse et de divers autres ouvrages de statistique.
Les pauvres du canton reçoivent des secours de ietat, ou des communes, ou des sociétés de bienfaisance, ou des particuliers; une chambre de 6 membres, sous la présidence d'un conseiller d'état , est chargée de la direction de tout ce qui regarde celte branche d'administration. L'hospice cantonal a 100 lits pour les pauvres malades, 4o lits pour les pauvres aliénés, et 3o lits pour les pauvres incurables : le gouvernement lui a fait une dota lion d'un fond de 3o,ooo livres et de plusieurs autres revenus et domaines ; il a organisé une caisse pour les incendies, sur le même pied ou ces caisses existent dans d'autres cantons suisses.
Les élablissemens relatifs à la samé publique sont sous 1 inspection d'un conseil de santé, qui si. „. .» Lausanne : ce conseil se compose rie ô à t> médecin* ou chirurgiens, et est présidé par un conseiller dVi il ; il examine les hommes qui veulent exercer l'ait de guérir; il fait donner des cours d'accourhement pour les sages-femmes; il fait visiter les morts avanl l'eoterrement ; il veille à ce que clans aucun cimetière on ne rouvre les fosses avant dix ans , il a sous son inspection une dixaine de vétérinaires patentés, qui ont fait les études nécessaires à leur art; il surveille aussi la sauté du bétail, qui est une des propriété* importantes des habilans du canton.
Sous le rapport militaire, le canton est partage i n 8 arrondissemens , savoir, ceux d'Aigle, de Vevey, de Lausanne, de M orges, de Nyon, d'Orbe, d'Yvcrdim et de Paverne; ces arrondissemens <ou chai un leur commandant , qui relève d'un inspecteur en cbef des milices résidant à Lausanne. La milice se divise en deux corps, l'élite et la réserve, qui (brinent un total de plus de 2.3,ooo hommes enrégimentés , «m environ un sixième delà population du canton. Tous lesVaudois de 16 à5o ans sont inscrits dans U militaires et soumis à un service II s a a Lausanne école militaire, ou chaque compagnie d'élite s% lerce à son tour pendant six semaines ; il v a à Morges une école d'artillerie.
Le lira l'oiseau, appelé Papegay, scio'n établi dam le canton sous la maison de Savoie, qui avoit accordé des privilèges à ceux qui réussissoienl à enlever d un coup de mousquet un oiseau verd phi m m et
d'un mât très-élevé; le gouvernement donne de* prix, soit en argent soit en armes, à ceux qui se distinguent dans cet exercice. Plusieurs commune s ont des B©( ;r tés, connues sous le nom d'abbayes,, do m les rev< nus sont destinés à des prix annuels pour l'exercice In tir; il y a en outre des entrepreneurs oui ouvrent des souscriptions, afin de former des prix Iran* ; les amateurs de cet exercice.
§ 9. Cartes géographiques, Ouvrages à | consulter.
Les meilleures caries générales du canton fie Vaiul sont celle de Mallet, qui a été publiée en 1781, et celle de Relier, qui accompagne l'Almanach helvétique de l'année 18 i5; on a une excellente carie de l'ancien gouvernement d'Aigle, publiée en 1788 par M. de Rovéréa , përe.
Plusieurs ouvrages ont été écrits sur la statistique etl'histoire du Pays-de-Vaud ; nouseiteronseutr'autres les su i vans :
Muret, sur la population du Pays-de-Vaud, 1764.
Wild , Fr. Sam., Essai sur la montagne salifère du gouvernement d'Aigle; Genève, 1788.
Struve , Description topographique , physique et politique du Pays-de-Vaud; Lausanne , in-8.°, 1796.
Monod , Mémoires sur la révolution de la Suisse, Paris , i8o5 , 2 vol.
Almanach helvétique pour Tannée 18 15.
Documens relatifs à l'histoire du Pays-de-Vaud dès 1293 à 1760; Genève, décembre 18 1 7, un gr.vol. in-8.°
§ 10. Description particulière du Canton,
Les 19 districts du canton sont ceux du Paysd'Enhaut-Romand , d'Aigle, de Veyey, de La- Vaux ; de Lausanne, de Morges, d'Aubonne, de Rolle, de Wyon, de La- Valîée-de-Joux, d'Orbe, d'Yverdun, de Granson, d'Avenche , de Payerne , de Moudon ? d'Oron, d'Echallens et de Gossonai.
Le district du Pays-d'Enhaut-Piomand a 43oo habitans , dont la vie et les mœurs sont les mêmes que celles des autres habitans voisins des Hautes-Alpes ; ils nourrissent en été 3ooo têtes de gros bétail, mais ils ne peuvent en hiverner que 2000.
Le district d'Aigle qui a i3ooo habitans, renferme aussi un grand nombre de pâturages alpins, niais ils sont moins fertiles que ceux du Pays d'en haui; il est riche en plantes et en minéraux, rares; le nomJjre
STATISTIQUE DE L.\ SrTSSH. 48q
de ses habitations en bois qui son! dissemin • >P les momagncs, est prodigieux ; la même famille , □ possède quelquefois plusieurs et en habile successivement 8 ou 10 en passant des une, aui aulresà peu près comme les peuples nomades; ces bàtimena emploient une immense quantité de bois el nuis- , a la conservation des forêts; on remarque quelque* glaciers dans ce district. Aigle est une petite ville très ancienne, placée dans le voisinage dangereux de la Grande eau, rivière qui lui causa de eranda dommages en i74o. Le vin d'Yvorne qui croit Bur leboulement qui couvrit autrefois ce villa cherené. Près de Villeneuve , à l'extrémité du lac de Genève on trouve des champs fertiles et plusieu, : marais mai-sains; la pêche et la chasse sont tre* abondantes dans ce canton , en trouve dans ce district, sur les bords du Rhône et dans le voisinage du Valais quelques crétins , mais îe nombre en diminue à mesure que la civilisation et la propreté fout des progrès. Le passage du Rhône, qui se l ot en bacàChessel vis à-vis la porte duScex, est fréquenté.
Le district de Vevey a 11,000 habitons; il renferme une partie des Alpes et du Jo« 2200 poses de vignes; on y remarque la belle et vaste paroisse de Montreux , qui a aèoo habitaus el 011 règne une grande industrie, la fort. Chillon construite au bord du lac Léman, Litière connu par les écrits de Jean Jaques Rousseau, La tour du Peilz, petite ville à quelques minutes de Yevey , l'antique château de Blonaj qui est plac< sur une hauteur d'où Ton jouit d'une vue magnifique et qui a été le berceau de l'illustre famille dea barons de ce nom, et enfin le beau château d'Hauteville renommé pour J'élégance de sou architecture, ses superbes jardins et ses belles serres. V'evej 1 I une charmante ville de 36oo habitans; elle BSl !.. seconde en importance du canton ; la place du marché est entourée de belles maisons et a ioo Ml 600 pieds d'étendue.
Le district de la Vaux, qui compte environ 70a
h a bilans^ est connu des Allemands sons le nom de Ri ff thaï et est renommé pour la qualité et la quantité de ses vins; on y remarque une multitude de murs qui soutiennent des terreins prêts à s'écrouler; la plupart de ses habitons sont occupés de la culture des vignes. Les étêques de Lausanne, auxquels ce district a appartenu dans le mojen âge, en retivoient les principaux revenus de leur souveraineté; ils le gouvernèrent avec intelligence, favorisèrent la culture des vignes et accordèrent des privilèges aux communes. La ville de Lausanne est située à 46Q, 3i'v 5ff de latitude; sa position élevée, à 432 pieds au-dessus du lac de Genève, rend son climat plus froid que celui de plusieurs communes voisines; elle se divise en 5 quartiers , la Cité, le Bourg, le Pont, la Palud , et S. Laurent; elle est irrégulièrement bâtie et ses rues sont tortueuses et montueuses; elle étoit autrefois la capitale d'un riche évéché , dont î'évêque prenoit le titre de Prince du S. Empire et partageoit avec les bourgeois la souveraineté de la ville ; on y remarque la cathédrale, beau monument gothique, dont îa construction remonte à l'an mille, le château, ancienne résidence des évéques et maintenant devenu hôtel cantonal , le collège académique , et l'hôtel-de-ville bâti en i454. La ville de Lausanne est plus agricole que lettrée et que marchande ; cependant la beauté de son site et l'amabilité de ses habitons lui attirent un grand nombre d'étrangers; le village d'Ouchi lui sert de port sur le lac; plusieurs villages ornés de charmantes maisons de campagne l'environnent , entre autres "Vidi, Mezeri, Jouxtens, et Dorigni. Le district de Lausanne a plus de i4,ooo habitans ; celui de Morges en a au-delà de 9000. Morges est une ville bien bâtie, de 3oo maisons; elle a été fondée en o,3o et entourée de murs en n35 ; elle est commerçante et son port est environné de murailles, de halles, et de quais; on voit dans ses environs l'antique château de Vuflens qui est bâti en brique et dont la construction est attribuée à la reine Berthe, Je bourg de S. Prex situé au bord du lac ; qui fut
Fortifié en 12.14 contre les pirateries des Savovards, Lavigni, Eloy, Yens, Y il la rs sous Sens , • |û m | autres beaux villages.
La petite >ille d'Auhonne est le chef- lieu d district qui a environ 6700 babUans; son fut acheté en 1669 par le célèbre voyageur Tarernier , qui revenoit alors d'Asie on il avoit amassé de grandes richesses; il disoit n'avoir iroi ses longs voyages que la vue deConstanlinople qui Pûl préférable à celle d'Auhonne et de ses environs* le signal de Bougi, à peu de dislance d'Auhonne offre aux regards une des vues les plus magnifiques de la Suisse.
Rolle et Nyon sont de jolies petites villes situées au bord du lac de Genève et tontes 1rs deux l lieux de district. Rolle a une source d'eaux minérales martiales; les habita ns de ces deux districts, qui sont au nombre d'environ i35oo, se consacrent essentiellement à la culture de la vigne, surtout aux environs de Rolle; la plupart des village Histricts sont bien bâtis et ornés par de jolies mai de campagne et par de beaux châteaux, tels que ceux d'Allaman, de Copet , de Crans, de Frangins et de Coinssins.
Le district de la vallée de Joux , qni a maintenant plus de 4ooo ha hi tans, n'a pas toujours été dans un état florissant; le territoire où se trouve la c mu ne populeuse du Chenil n'étoit jusqu'en i58o qu'un vallon désert du Jura ; quelques bûch( s'y établirent alors, et en 16 jo ils forrooienl une réunion de 35 familles et de 3oq individus ; cette même commune a de nos jours pli S de 2O00 ha bilans; la vallée de Joux a un sol trop élevl pour qu'elle puisse y cultiver des crains, ms riches pâturages lui permettent de se livret ï I « du cation des bestiaux ; elle est : phis industrie us< cune autre partie du canton; ceux de m s habitans qui ne s'occupent pas du soin des troupeaux sont forgerons, couteliers, armuriers, horlogers, lapidaires, ouvriers en bois; ils fournissent la plaine de planches, de cuves, de tonneaux, de seules Si
4g2 STATISTIQUE DE LA SUISSE.
d'autres ustensiles en sapin; les femmes font îa plupart des dentelles ; sans ces métiers la vallée ne pourroi t nourrir sa population dont l'excédent se répand hors du pays ; elle a une belle route qui a été commencée en ij66 et qui se dirige sur Aubonne par le Brassu et par Gimel ; la musique sacrée a été cultivée avec soin dans ce district et l'on admire le chant de ses trois églises.
Le district d'Orbe a 10,000 habitans; on y trouve Chavornai , ancienne résidence des rois de Bourgogne , Monlcherand remarquable par ses belles grottes, l'ancienne ville d'Orbe, patrie du réformateur Viret et du cardinal Du Perron , l'industrieux village de Valorbe où sont de grandes forges qui mettent en œuvre le fer qui s'exploite dans les montagnes voisines, Les Ciées, bourg situé dans un défilé étroit et dans une situation infiniment romantique, et enfin Romainmotiers, autrefois cbef-lieu d'un hailiage qui passoit pour le plus riche de tout le canton de Berne . et qui rapportoit annuellement 3o,ooo livres du pays aux baillis qui y résidoient ; cette petite ville doit son nom et sou origine à un henni lage fondé dans le cinquième siècle par S. Romain.
Yverdun est une ville jolie et commerçante, bâtie à la tête du lac de Neuchatel \ sa bibliothèque publique contient une collection d'antiquités romaines; son vaste château est le séjour actuel du célèbre Pestalozzi et de son institut d'éducation ; l'imprimerie a fleuri à Yverdun dans le 17.° et dans le i8.e siècle. On trouve dans ce district , qui compte 9000 habitans, des marais considérables et de beaux châteaux, tels que ceux de Champvent, de C ha nation et de Mathod.
Le district de Granson a 7800 habitans; il est célèbre par la bataille que les Suisses y gagnèrent sur Charîes-le-Téméraire, duc de Bourgogne ; le château de la petite ville de Granson est situé dans une charmante position, au-dessus du lac de Nenchalel; on trouve dans ce district plusieurs beaux villages, tels que Concise, Bonvillars? Champagne 7 Oanans et
STATISTIQUE PE LA. SUSSE. (Ug Provence ; Sainte -Croix et Bullet , placés sur un plateau élevé du Jura, offrent une grande remmblanee avec la vallée de Joux ; l'apiculture y est presque inconnue, mois l'industrie et h arts l'ysont etabhs et ont procuré de grandes ressources a 11 I bilans ; I horlogerie entr'autri t -tl(.
Les districts d'Avencheet de Payera ont ensemble environ dix mille h a bilans ; on j cul rire beaucoup de mais et de tabac; i! est assez singulier que I* culture du tabac se soit introduite dans un paya où vers la fin du i7.e siècle on punissent par de foi les amenda i et par le carcan ceux qui se sërvoienl de tabac, et ou on les meltoit au même rang que lesdébauebéa les ivrognes et les adultères. Avencbe se fait remarquer par ses antiquités dont nous avons d< i ; ai lé ; le docteur Schueli y a formé et y dirige un établissement pour la guérison des aliénés. La petite ville de Cudreiin, dans le district d'Avencbe, est située au bord du lac de Neuchalel , vis-à-vis de la ville de ce nom, Paverne , ville ancienne, dont on attribue la fondation d un Romain nommé Paternus, fut détruite par les Barbares, el rebâtie par l'évéque Marins, dans le f>.c siècle; elle doit de grands accroisse mens à la reine Benne qi»i y fonda une abbaye de Bénédictins, en 961.
Les districts de iVloudon et d'Oron , dont la population réunie s'élève à 1 1 ,000 a mes , sont situes en entier dans le Jura , et sont principalement riche* en prairies ; la ville de Moudon , bâtie auprès d< la Broyé, est l'ancien Minidunum, des Romains, qui y ont laissé de nombreux mono mena de leur séj< sous les ducs de Savoie eHe rassort pour la capitale du Pays-de-Vaud ; son marche est lunchs plus Considérables du canton. Le vaste château de Lu cens, bâti sur un rocher, olbe un aspect remarquable an milieu d'une contrée agreste < l boisée ; on IronX dans le district d'Oron un grand nombre de forêts et de mines de houille.
Les districts d'Echallens et de Cossonai «ont situés dans le centre du canton • le dernier a S.W habitans , et le premier 7000 , dont un tiers lODl
4g4 STATISTIQUE DE LA SUTSSE.
catholiques; le temple d'Echallens sert à la foîs pour la célébration des cultes des deux communions -, les environs de Cossonai sont très-agrestes ; on remarque dans ce district le bourg de la Sarraz , bâti sur une hauteur, auprès du INozon, ruisseau qui se sépare en deux bras, dont l'un se jette dans le lac de Genève et l'autre dans îe lac de Neucbatel ; on travailla en i64o à un canal qui devoit joindre ces deux lacs , mais l'ouvrage fui abandonné lorsqu'il étoit seulemeut à moitié achevé.