‹ Statistique de la SuisseChapitre 40 sur 46 · CANTON DU VALAIS · texte numérisé non relu

CANTON DU VALAIS

Ç 1 • Situation , Etendue , Climat, Population.

Xje Volais ou le canton du Valais, en la lin Vallenla^ en allemand Fâtiis ou Valliserlund , forme la plut longue el la plus considérable des vallées de la Suisse ; sa plus grande élévation . au pied du Mont-Furca , là où ie Rhône prend sa source , est de 4îl66 pieds au-dessus du lac deOeocve; il est home a l'occident el au midi par les étals du roi de Sardaignc, à l'orienl par ces mêmes états et par les cantons du Tes in et d'Us i , et au nord par le* cantons de Berne et de Vaud, el par unepelite portion du lac I i ucun canton de la Suisse ne renferme de plus hautes montagnes , et n'en possède en plus grand nombre plus grande longueur entre Jessonrci du Rhône el le village de Saint- Gingoulph esl dé 35 lieues ; sa plus grande largeur est de i5 lieues , mais si on mesure cette largeur en plaine, ou plu toi dans la grande vallée du Rhône, on trouve qu'elle a'atlei deux lieues. On compte dans le canton i3 vallées latérales habitées , dont 4 ont au moins IQ lieues '< longueur; 10 de ces vallée dent au midi dans

l'intérieur de la chaîne des Alpes qui sépare la Sui&st de l'Italie; 3 se dirigent du côté du canton de Berm . on ne fait pas entrer dansée compte plusieurs autres vallons latéraux inhabités ou fort petits. 1 a surface du canton est de 21 (> lieues Carrées et 292 millièmes j sa population , d'après le tableau admis par la Diète liWt que de 64,ooo araes ou de 296 habitani pai li< carrée; cependant, d'après un recensera en ( (ah eo 1765, par les cures dans leurs paroisses , le nomhir des habitans du Valais s'élevoit à 90,100^ Il celui

des hommes soumis au service militaire à 18,000; Foesi eslimoit aussi à 90,000 ames la population du Valais, et on ne peut guères imaginer qu'elles ont pu être dès-lors les causes d'une diminution aussi considérable , à moins qu'on n'attribue cet effet à l'accroissement des marais de la vallée du Rhône et à l'air mal-sain qui résulte de cet accroissement. Un recensement qui a été publié dans l'Almanacb du "Valais , pour l'année 1817 , ne donne qu'une population totale de 63,o3i ames, et il la repartit de la manière suivante entre les i3 dizains du pays.

Dizains de Brig 2600 indigènes.

Concbes .... 365 i Conthey . . . . 42 12 Entremont . . 82^2 Hérens .... 6199 Louëcb . . . . 2687 Martigni .... 54i5 St. -Maurice . . 5g 71 Montbey .... 523i

Raron 3718

Sierre . .... 5264

Sion ...... 21 56

Viège. ...... %62

Total 57^298

Suisses de divers cantons. . . . ioo5

Etrangers natifs . 36$5

Etrangers temporaires. io33

Total. 63,o3i

Sion ? capitale du pays , compte 2346 babîtans, dont i685 parlent allemand et 66t François \ Saint-Maurice 12'n hubitans, Montbey io37 , et Sierre 724.

Le Valais oIFre de grandes variétés de climat; dans les vallées les plus élevées on ne moissonne qn'au mois d'octobre , et aucuns fruits ne mûrissent , tandis que dans les districts les mieux abrités de la vallée du Pihône on commence à moissonner au mois de mai, et tous les fruits qui sont cultivés en Italie arrivent à une parfaite maturité} en tout, ce canton doit être

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 4û7 rangé parmi les cantons les plus chauds de la Boit* es campagnes sont animées par le bbanl de I ci V

rondesle PF ,eUrS V l** plu! S

dionales de 1 Europe- ,1 seroit aussi Fur, .1rs paya où on respireroit Pairie plus sain, sans les mafaj en

le bas Valais. Ce canton présente une grande variété de beauté naturelles ; nulle part on ne voit de plus etonnans contrastes entre la nature riante et cultivée erta nature la plus sauvage, entre les scènea lea plua enrayantes qui annoncent la mortel la destruction et es tableaux les pins gracieux d'une végétation brillante et vigoureuse; nulle part on ne rencontre un mélange plus intéressant et plus singulier, de prairies , de forêts , de champs , de vignobles , dé pâturages, de rochers nus ou cultivés /de villages , de précipices; de glaciers et de déserts.

§ 2. Montagnes.

Les deux chaînes de montagnes qui entourent ia grande vallée du Rhône et qui la séparent de 1 Italie et du canton de Berne , forment un double mur immense chargé d énormes glaciers et sillonné par de profondes vallées ; aussi ne peut- on nulle part entrer de plain-pied dans le Valais, excepté par le passage de Saint -Maurice , et encore même ce passage est-il si étroit que le Rhône trouve à peine à s'y frayer une route entre les paroia carpées de la Dent-de- Morcle et de la Dent - du- Midi et que la porte du pont de Saint-Maurice aerl tous les soirs à fermer 1 entrée du Valais. L< naturaliste observe dans les montagnes du Valais une variété prodigieuse de couches , de formes , d'inclinaisons , de déchiremens et de dégradations; elles sont toutes primitives, à l'exception d'une petite portion de la chaîne septentrionale qui se compose de pierres calcaires assises sur des schistes , le gypse se montre dans toute la longueur de la vallée du Rhône sur les deux rives de ce fleuve

Parmi la foule des montagnes valaisannea , celles

qui jouissent de la plus grande réputation , et dont nous dirons ici quelques mots, sont la Fourche, le Grimsel-, la Gemmi, le Grand Saint- Bernard et le Simplon. La Fourche, ou le Mont-Furca , est située dans la partie la plus orientale du canton et fail partie de la usasse énorme du Saint-Gothard ; elle tire son nom de la forme de ses deux sommités principales qui présentent Fapparence d'une fourche ; c'est sur ses flancs que repose le beau glacier du Rhône , l'un des plus vastes de la Suisse,qui s'étend jusqu'aux pieds des sommités voisines d'Un et de Berne , et jusques ■vers un des cotés du Grimsel ; à ses pieds, du milieu de deux vastes cavernes de glace, on voit sortir deux lorrens , premières sources du Rhône ; cependant quelques personnes regardent comme les véritables sources de ce fleuve trois ruisseaux voisinsqui sortent du pied du Sassberg , à 5 4 1 8 pieds au-dessus de la Méditerranée ; le plus grand de ces ruisseaux indique habituellement i4 ~ degrés du thermomètre de Réaumur, il coule tout l'hiver, et maintient autour de lui une verdure éternelle; il contient un peu de souffre et de sulfate de soude* Des deux sommet» de la Fourche, l'un est distingué par une croix à laquelle on n'arrive qu'après une marche longue et difficile-, l'autre est encore plus élevé, mais peut cependant être gravi; on y jouit d'une belle vue qui s'étend sur un nombre prodigieux de montagnes et de vallées.

Le Grimsel , au sud-ouest de la Fourche , entre le Valais et le Hasli bernois , s'élève à 858o pieds au-dessus de la Méditerranée et offre, ainsi que la Gemini ,un passage de communication avec le canton de Berne; les hautes vallées qui sont placées entre le Grimsel et la Gemmi sont tellement remplies de glaciers que les montagnes qui les séparent ressemblent aux îles qui s'élèvent du sein de la mer glaciale.

La Gemmi s'élève au-dessus des bains de Louëch et semble de là n'offrir que des rochers à pic et insurmontables ; cependant l'industrie humaine a réussi à y tailler un chemin praticable pendant la belle saison aux hommes et aux mulets; des ïyro-

STATISTIQUE DE LA SUSSE, liens ont fait ce travail remarquable de i 736 a 1 - î 1 ; la route fait plusieurs contours et passe en diven 1 ndroils sur le roc qui a été taillé dans ce but, elle ai 1 ivc enfin sur une vaste sommité, haute de 6985 piedl au-dessus de la mer, qui présente l'image d'un déseï t des terres glaciales et sur laquelle on a planté < < perches de distance en distance, afin d'empéchei les voyageurs de s'égarer, de là elle descend dans la vallée de Frutigen et sur les bords du lac de Thun.

Le Grand Saint-Bernard est connu depuis un gi and nombre de siècles ; au sommet du passage qui 1 onduit dans le Piémont est bâti l'hospice célèbre qui sert d'asile aux voyageurs; tout auprès, du côté de l'Italie, se présente une petite plaine ou éloit autrefois un temple de Jupiter, ce qui a fait donner a la montagne le nom de Mons-Jovis , et ensuite celui de Mont-Joux ; on regarde comme certain que saint Bernard de Menthon , chanoine d'Aoste , fonda l'hospice et le couvent du Saint- Bernard dans l'ani ée 962; les religieux qui habitent ce couvent , et qui e dévouent au soin des voyageurs , possécioic ml autrefois de vastes domaines , mais ils en ont été peu-à-pf u dépouillés; il ne leur reste maintenant que quelques légers revenus fixes , et ils suppléent à ce qui leur manque par des collectes annuelles qu'ils font dans les cantons voisins ; ils vivent au milieu des privations de toute espèce; entourés de neiges éternelles, ils ne commissent point d'été, et n'onl autour d'eux ni arbres, ni buissons , ni légumes , »>i aucun de ces nombreux animaux dont la présence anime les plaines ; l'hospice esta 754a pieds au-dessus de la Méditerranée ; on le regarde en conséquence comme une des habitations les plus élevées de l'ancien moude ; le Mont - Velan , qui lient au Sainl- Bernard,a 10,327 pieds au-dessus de la mer; en i8o5 le gouvernement François a fait construire dans l'église du Saint-Bernard un monument en Pbonneui du général Desaix, dont le dévouement fil triompha Buonapane dans la célèbre et importante balai Ile de Marengo, qui eut lieu en 1800. Toutes leaanné sept à huit mille voyageur* traversent le Saml-

5oO STATISTIQUE DE LA SUISSE.

Bernard ; quelques-uns meurent de froid dans ce passage ; on range leurs corps dans une chapelle qui est construite à côté de l'hospice ; la rigueur du climat fait que les traits de leurs visages se conservent pendant deux ou trois ans ; après quoi leurs corps se dessèchent et deviennent semblables à des momies. À deux lieues au-dessous de l'hospice est le bourg de Saint-Pierre qui est élevé de plus de 5ooo pieds au-dessus de la mer ; en continuant à descendre ^ on aperçoit le magnifique glacier de Vaîsorey qui s'étend entre le Mont - Velan et le Mont-lSoir, puis les villages de Liddes , d'Orsières et de Sainl-Branchier , et enfin on rejoint la vallée du Rhône à Martigni.

Les cimes du Si m pion sont chargées de six glaciers ; la magnifique route qui traverse cette montagne mérite d'être vue comme une des productions les plus étonnantes de l'art des modernes j sa construction a coûté plus de 25 millions de franes de France ; elle offre des points de vue très-variés et un passage des Alpes facile.

§ 5. Lacs et Rivières.

Le canton du Valais ne renferme que de trèspetits lacs , et en fait de rivières , il compte surtout le Rhône qui le parcourt dans toute sa longueur, et qui se grossit dans son cours en recevant les eaux d'un grand nombre de torrens descendus des vallées latérales ; l'une des plus élevées des sources du Rhône, a, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, une température de i4 ~ degrés au-dessus du point de la congélation , ce qui est sans doute remarquable à une pareille élévation et dans le voisinage d'un immense glacier. Les principaux torrens qui se jettent dans le Rhône , et qui ont leur cours dans le Valais , sont le Trient, la Viègc , la Drance , la Vezonce , la Borgne, la Na visa riche, la Masa, la Dala, laLonza, la Visp et la Saltine.

§ 4. Produits du pays.

»n , M,UNS™i r voP8^ le Valais

en i54b , fut frappe de la grande variété dos productions de ce pays ; il parle des vins rouges de Sierre et de Sion comme étant exccllens, épais el d une couleur si foncée qu'on pouvoit s'en servii i Q place d encre ; on les conservoit , dit-il , sans inconvénient pendant 10 ou 20 ans ; il remarque que les récoltes de gra,0s que l'on faisoit dans le pays loi sumsoient a peu près pour ses besoins, que la moisson commençait en mai dans la vallée du Rhôn, duroit dans les montagnes jusqu'à la Saint-Michel , qne le safran croissoil eu abondance à Sion , à Sierre et dans d'autres districts, qu'on y trouvoii aussi des grenades, des amendes et des figues, que le Valais tiroit un grand parti de ses abeilles qui fournissoîent beaucoup de miel, deses troupeaux dont il vendoil une partie à l'Italie, de ses plantes médicinales, et enfin de ses mélèzes dont le bois guérissoil de la lèpre , dont la résine étoit un remède excellent contre toutes sortes de blessures, et dont l'agaric (qui croit sur sou écorce) guérissoit les maux de tête.

Le Valais n'a point dégénéré depuis Sébastien Munster, sous le rapport de ses produits; il nourrit une grande quantité de bestiaux , mais ses bétes il corne ne sont pas d'une aussi belle espèce que celles de la plupart des autres cantons suisses ; il élève peu de chevaux, mais il possède un grand nombre de mulets pour l'usage de ses habitans et pour le transport des marchandises qui traversent le Saint-Bernard, la Gemmi , le Grimsel et le Griès ; ses montagnes renferment du gibier el des animaux rares, tels que des chamois , des loups , des loups cerviers , dés ours , des renards , des marmottes el menu1 encore qu< U ques bouquetins; au reste, depuis que la chasse est devenue plus facile , le nombre de ers anio&aui l considérablement diminué. On trouve dans le \ al, us un grand nombre d'insectes remarquables, el entre autres , parmi les papillons , le grand et le petit

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apollon , le valaisan , papillon d'un vert d'olive , l'iris bleu, l'iris gorge de pigeon , etc.

Le Valais est plus riche en plantes rares qu'aucune autre partie de la Suisse ; ce dont on peut s'assurer en consultant l'ouvrage qui a été imprimé à Lausanne, en 1810, par M. Mûrit h , prieur de Sïartigni; cet ouvrage est intitulé Le gui ci n du Botaniste dans te Valais. Le sol valaisan est naturellement fertile dans plusieurs districts, et il en est où Ton peut cultiver diverses plantes des pavs chauds ; la vigne réussit dans les expositions méridionales de la vallée du Iihône , et si l'on en soignoit mieux la culture on pourroit en tirer de grands avantages. Près des sources du Rhône, et dans quelques autres contrées hautes des Alpes , on trouve des distillateurs déracine de gentiane } qui tirent un assez bon parti de ce géni e d'industrie ; ils emploient deux espèces de gentianes , savoir la gentiana purpurea et la geutiana punctata , dont les racines ont souvent une aune de longueur sur un pouce de diamètre ; la iiqueur amère provenant de cette distillation passe pour stomachique et a beaucoup de débit dans ces lieux élevés; en i 8 ri , l'économe du Grimsel avoit pris à ferme cette fabrication, qui appartient à quelques comraunes du haut Valais; le prix du bail étoit de ioo livres de iSuisse et de quatre pintes d'eau-de-vie ; en peu de mois deux des valets de l'hospice recueillirent 53o quintaux de racines de gentiane (le quintal se vend de 20 à 25 batz ) , et en distillèrent 1 100 pots d'eaude-vie ; ils en vendirent pour 20 à 25 louis aux voyageurs qui passoient près de leur cabane; le pot se vend de 18 à 26 batz ; l'inconvénient de ce genre d'industrie est qu'il peut rarement avoir une longue durée dans la même place , à cause de la prodigieuse destruction de gentianes qui en résulte.

Le Valais n'a point encore été suffisamment étudié sous le rapport minéralogique ; on y trouve du gypse, de l'albâtre , des ardoises , du charbon de pierre , des marbres, et surtout du marbre noir dans les environs de Sion , des cristaux de roche , de belles pyrites dodécahèdres remarquables par leur gran-

STATISTÎQUE DE LA SUISSf .

deur , des sources d'eau salée, du fer, du cuivre, du plomb, d'il eobah, de l'argent, de l'or ei diverses autres substances rares qu'il seroit trop Ions d'énumérer ici.

Parmi les bains deau minérales , on distingue ceux de Brig et surtout ceux de Louëch ; ces d< r r.iers jouissent d'une réputation justement méritée dans toute la Suisse et même dans les contrées i >i si nés -, ils sont fréquentés chaque année par plusieurs centaines de baigneurs qui \ iennent 5 chercher la guérison de plusieurs sortes de maux et pai lièrement des rhumatismes et des maladies de la peau; les sources sont chaudes el sortent de terre à 5ooo pieds au-dessus de la mer ; l'usage est de ï'f baigner en commun , sans aucune séparation des deux sexes, et 20 ou 3o personnes à la fois dans le même bain ; on y passe une grande partie de la journée, et l'on y fait même une partie de est. pour cet effet, on a devant soi de petites Labiés bottantes; les dames valaisatines qui visitent souvent les bains de Louëch , ornent ces tables d'une sorte d autel couvert de fleurs des Alpes auxquelles la vapeur de l'eau thermale rend toute leur fraîcheur , lors m< qu'elles auroient déjà été fan nées auparavant ; les baigneurs sont vêtus, pour le moment des bains d7dné large chemise en laine, ou entoile de quelque autre matière, qui descend jusqu'à leurs pieds et qui est fermée jusqu'au cou.

La source principale est à 4a degrés du thermomètre de Réaumur , d'où Ton voit que ces eaux sont trop chaudes pour qu'on puisse s'y baigner au moment 011 elles sortent de la terre ; ou est obligé de les laisser refroidir pendant plusieurs heures avant tren faire usage ; les monnoies d'argent que Ton y lient plongées pendaut quelques jours , prennent une belle couleur d'or, ce qui tient à une ocre ferrugineuse d<mt ces eaux sont chargées. Une livre des eaux tlnTin.de> de: Louëch contient un grain de sulfate de soude > • un peu de sulfate de magnésie, treize grains et un sixième de gypse en cristaux , du carbonate de fer , du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie

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du gaz acide carbonique et un peu de gaz hydrogène; on se baigne d'abord peu d:heures par jour 9 mais au milieu de la cure on reste dans l'eau huit à dix heures; il se ma ni leste alors sur la peau une éruption à la suite de laquelle on diminue le temps des bains. Sébastien Munster , qui visita ces bains en i546 , dit qu'il y venoit une multitude de gens dans la belle saison , et que sans la hauteur prodigieuse des montagnes du pays qu'on ne pouvoit traverser qu'avec beaucoup de difficulté la foule aurait été tellement considérable que le petit bourg des bains n'auroit pas suffi pour la recevoir ; il donne un long catalogue de tous les maux pour Sa guérison desquels les eaux de Louëch ont de l'efficace ; en i5oi , le cardinal Mathieu Schinner et plusieurs autres riches vaïaisans avoient fait entourer la place des bains d'un grand nombre de belles maisons soutenues par des arcades ; mais une avalanche, qui tua 60 personnes, les détruisit en 1719; une autre avalanche renversa en ij5S un nombre de maisons encore plus grand , en sorte qu'on n'ose point en construire de nouvelles, ce qui fait que les baigneurs ne sont point logés aussi €ommodément qu'ils pourroient le désirer. A une petite lieue des bains on trouve huit échelles qui mènent au village d'Alhinen par - dessus d'affreux précipices ; les hommes et les femmes du pays grimpent ces échelles d'un pas assuré, souvent même de nuit et dans l'ivresse, ou chargés d'un pesant fardeau et l'on n'a pas d'exemple qu'il leur soit arrivé des accidens : cependant la vue seule de ces échelles fait frémir la plupart des voyageurs»

§ 5. Histoire , Langage, Mœurs et Usages des habitans. Crétins.

L'histoire ancienne du Valais est couverte d'un voile obscur; des peuples appelés Séduniens, Véragres et INantuates habitoient ce pays du temps de la puissance romaine ; ils luttèrent contre elle avec Courage , mais enfin ils se soumirent sous Auguste

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 5o5

et Ton a trouvé clans la ville de Sion plusieurs inscriptions qui rappellent le souvenir de cet empereur ; ils passèrent ensuite successivement sous la domination des Bourguignons et sous celle des Francs; c'est alors que leur pays prit le nom de F'alesia\ l'origine de leur évêché est très - reculée , car on voit un évêque de Sion souscrire déjà en 38i les actes du concile d'Àquilée; l'abbaye de S. Maurice, qui acquit bientôt une grande célébrité, fut fondée en 5)5 par Sigismond, roi de Bourgogne. L'évêque profita des troubles qui eurent lieu en Europe après la mort de Cbarlemagne pour étendre son pouvoir; il se fit donner le titre de Comte et de Préfet du Valais } et exerça dans le pays une partie essentielle des droits de la souveraineté ; cependant il trouva des rivaux dans plusieurs seigneurs laïques qui cbercboient à se rendre indé pendans, et dans les comtes de Savoye qui s'emparèrent d'une grande partie du bas Valais; le peuple profita de leurs divisions pour se faire concéder divers privilèges, et l'on voit par des documens authentiques que îe haut Valais étoit divisé en sept dizains qui avoient leurs conseils particuliers et un conseil central , sans la volonté desquels l'évêque ou les seigneurs ne ponvoient rien faire d'important. Les annales des i3% i4e et i5e siècles sont remplies du récit «les guéries intestines qui désolèrent le Valais; les seigneurs furent enfin tous vaincus ei l'évêque obtint sans opposition la souveraineté. Trois dizains avoient conclu, dès l'année i4i6', un traité de combourgeoisie avec les cantons de Lucerne, d'Uri , et d'Undervald ; en 1 4y3 , tous les dizains s'allièrent à perpétuité avec les quatre anciens cantons , et Berne accéda en i^j5 à cette alliance qui a été dès-lors plusieurs fois renouvelée. Les Valaisans prirent part à la guerre des Suisses contre Charles-le-Téméi aire, duc de Bourgogne, et en profitèrent pour conquérir le bas Valais sur les ducs de Savoye, alliés de Charles; ce pays ne leur a plus été enlevé dès-lors, mais ils l'ont gouverné jusqu'à nos jours comme un pays sujet; et ce n'est que

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depuis l'invasion Françoise, en 1798 , et depuis les derniers actes du congrès de Tienne qu'ils l'ont admis à partager avec eux la souveraineté du canton. Le Valais jouissoit en paix de sa position reculée au milieu de ses hautes montagnes, lorsque l'ambition des François est venu l'arracher à son repos à la fin du 18e siècle; il lutta avec énergie contre un |oug étranger , mais enfin il fut obligé de se soumettre, après avoir livré neuf batailles dans l'année 1799; la misère devint alors excessive, et peu s'en fallut que la famine ne fit un vaste cimetière de tout le haut Valais; dès-lors des troupes françoises demeurèrent dans ce pays qui fut traité en pays conquis ; les habitans se virent exposés à diverses persécutions , dont le but étoit de les contraindre à demander leur réunion à la France ; ces démarches étant demeurées infructueuses, on finit, en i8o3, par les séparer violemment du reste de la Suisse, en leur donnant contre leur gré une nouvelle constitution ; enfin le Valais fut réuni à la France par un décret de l'empereur Napoléon du 12 novembre 18 10, et il reçut le nom de département du Simplon; traversé dans presque toute sa longueur par une des routes principales qui assuroient les communicatioos de la France et de l'Italie, il vit changer ses anciennes habitudes consacrées par le sceau des siècles; mais les désastres de Buonaparte ont eu lieu avant que ces changemens aient pu prendre une racine profonde dans les esprits, et depuis la fin de l'année i8i3 il a été rendu à son indépendance; en 1 8 1 5 , il a été admis comme 20e canton d^ns la confédération helvétique.

Le Valais est habité par deux peuples d'origine différente; le premier, de race allemande, s'est étendu du mont Furca jusqu'à Sierre et à Sion ; le second 9 qui provient du mélange des Celtes, des Romains et des Bourguignons, occupe le reste du "Valais ; les langages de ces deux peuples ne sont point séparés par des montagnes; ils se rencontrent au milieu de la vallée du Rhône; les habitans du haut Valais parlent l'allemand des i 4e et i5e siècles

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avec quelques légers changements, ceux du bas Valais se servent d'un patois François composé de mots dérivés d'une grande variété de langues, mais les hommes instruits savent et parlent tous le françois; dans les dizains de Sierre et de Sion on remarque un singulier mélange des langues allemande et françoise ; l'italien est en usage dans quelques hameaux situés sur le revers méridional des Alpes, dans le voisinage de l'Italie. On prétend que les habitans de la vallée d'Ànniviers descendent d une colonie de Huns.

Les Valaisans , loin de désirer d'attirer l'attention du monde, sont jaloux de leur obscurité, de leur ignorance et de leur pauvreté même , qu'ils croyent nécessaire à leur bonheur; leurs mœurs et leur manière de vivre annoncent une grande simplicité; les femmes des premières familles soignent ellesmêmes leur ménage et leur cuisine, et sont fidèles à, l'ancien costume national qui ressemble au costume des paysans ; elles portent de petits chapeaux qu'elles ornent de rubans, de pièces de brocart et de dentelles; leurs traits sont fins et délicats et leur taille élégante; mais l'impression que produisent ces beaux traits nationaux est alFoiblie dans plusieurs districts par l'apparence d'une certaine nonchalance qui n'existe nulle autre part dans la Suisse ; cette nonchalance ne par"oît que peu et comme une ombre légère dans les hautes vallées et dans la partie orientale du canton; mais dans le centre, et surtout dans la partie occidentale , elle est prédominante; dans les environs de Martigni et de S. Maurice elle dégénère souvent en malpropreté et se fait désagréable» ment remarquer dans les maisons et dans l'extérieur des habitans; elle nuit aux progrès de l'agriculture, des arts et des sciences, et proscrit l'industrie. Le cretinisme , qui l'accompagne quelquefois, n'est malheureusement que trop commun dans les parties basses et marécageuses du bas Valais; il s'annonce par des goëïres énormes et hideux, par des traits défigurés, par une insouciance, une apathie el une imbécillité presque complètes 3 à peine le crétin a-t-il

5ô8 STATISTIQUE DE LA SUISSE.

une figure humaine et peut-il prononcer des sons articulés; ses traits sont presque sans vie, ses jeux ternes , ses chairs flasques et sans coloris, son regard stupide; son intelligence presque nulle; plusieurs crétins sont en outre sourds et muets ; ils aiment la chaleur et surtout celle du soleil ; on les voit pendant la helle saison accroupis sans mouvement dans îa fange devant leurs maisons; ils ne sont capahles d'aucun travail et vivent des charités que s'empressent à leur faire leurs païens et leurs voisins; car on les considère comme des êtres sacrés qui méritent l'intérêt et la pitié des autres hommes, et on ne les abandonne jamais au dénuement total dans lequel ils tomberoient sans cette pitié; il existe plusieurs nuances d'imbécillité entre les crétins; les plus stupides de ces êtres dégradés sont inférieurs sous tous les rapports aux animaux dont ils sont entourés. Du reste on observe que le nombre des crétins a sensiblement diminué depuis que les habitans aisés envoyent leurs femmes accoucher sur les montagnes et y font élever leurs enfans jusqu'à Fâge de 10 à 12 ans-

§ 6. Constitution 3 Revenus de l'État.

La religion catholique est la religion de l'état et a seule un culte public; la loi veille à* ce qu'elle ne soit troublée ni dans sa doctrine ni dans son exercice.

Le canton est divisé en iv5 dizains ou dixains, savoir ceux de Couches , Brig , "Viège ? Raron ou Pvarogne , Louech ou Leuk, îSierre, Herens , Sion, Conlhey , Martigni , Entremont , 8. Maurice , et Monthey. La ville de Sion est le chef- lieu du canton.

INul ne peut exercer les droits politiques s'il n'est âgé de 18 ans accomplis. Aucuu citoyen n'est éligible aux fonctions de conseiller de commune qu'à l'âge de 21 ans révolus, à celles de chef du conseil et aux fonctions de dizain qu'à 25 ans.

Chaque commune et chaque dizain ont leurs con-

STATISTIQUE DE LA. SUISSE. W «^particuliers, pour régler et surveiller leur, J- Çhaque dizain a un président et

? — t" vo,u«h ci UQ VÎCe-Drrain4»nl

nommes par son conseil, pour le présider et faire exécuter les lois. 1

Le pouvoir suprême est confié à une diète composée de quatre députés de chaque di,ain . 1, Z X sont .ndemn.ses par le trésor publie 1

Les députés à la diète sont nommés par les concis de o.za.ns; ,ls restent deux ans en plac, , : sont toujours reel.gibles ; les présWens des dixaioa sont de droit membres de la diète

L'évèque a voix déliberative en diète; son vole est égal a celui d'un dizain et compte pour quatre sunrages.

Les projets de loi sont préparés par le conseil detat, et la diète exerce le pouvoir législatif; mais les lois elles-mêmes ne soin exécuioires qu'aprèsuovoii ete référées aux conseils des dizains et sanctions par la majorité de ces conseils. Les lois fma les capitulations militaires et la naturalisation h ac corder aux étrangers, sont référés non seulement aux conseils des dizains, mais encore à ceux des communes. La diète a le pouvoir de faire grâce el de commuer les peines; elle nomme un conseil d'état composé d'un grand - bailli , d'un vice-bailli, d'un trésorier et de deux conseillers d'état ; ces cinq membres du conseil d'état doivent avoir 3o ans accomplis et avoir exercé des fonctions législatives, judiciaires, ou administratives supérieures; deux cl'entr'eux doivent toujours cire pris dam h I cinq dizains occidentaux et les trois autres dans les 8 dizains orientaux; il ne peut y avoir a membres du même dizain.

La diète se réunit deux fois par année, savoir le premier lundi de mai et le dernier lundi de novembre.

Les membres du conseil d'état demeurent déni ans en fonctions, mais ils sont toujours rééligibles, excepté le grand bailli, qui ne peut eue réélu qu'après un intervalle de deux ans.

5lO STATISTIQUE DE LA SUISSE.

Chaque commune peut avoir un juge de première instance nommé châtelain, devant lequel sont portées toutes U s causes civiles; si un dizain ne veut point de châtelain pour 1rs communes de son ressort, les causes en première instance sont jugées par un grandchâtelain élu par le conseil du dizain pour tout le dizain; le grand - cbalelain a un lieutenant; ses fonctions durent deux ans et il peut être réélu.

On peut appeler des sentences des châtelains a a tribunal de dizain composé du grand-chatelain ou de son lieutenant et de six assesseurs tous nommés par le conseil de dizain. Ce tribunal a aussi une compétence en matière de police et en malière criminelle.

11 y a pour tout le canton un tribunal suprême, qui juge en dernier ressort les causes civiles et criminelles; il est composé de i3 membres nommés par la diète dans ou hors de son sein; ces membres restent '2 ans en fonctions et sont toujours rééligibles ; ils nomment eux-mêmes leur président qui porte le titre de grand-juge.

Les fonctions administratives et judiciaires ne sont pas incompatibles.

Les revenus de l'état sont très-petits; les impôts se réduisent à quelques droits sur le sel et sur l'entree des marchandises; mais les dépenses sont proportionnées à la petitesse des revenus.

§ 7. Industrie et Commerce.

Les Valaisans ont peu de besoins et peu de manufactures; ils se passent facilement des objets qui ne croissent pas dans leur propre pa>s ; on les croiroit encore sous plusieurs rapports aux temps du moyen âge; leurs maisons, où l'on semble craindre la lumière du jour et où l'on manque des commodités les plus ordinaires ? ne paroissent pas faites pour le siècle où nous vivons; pendant l'hiver ils filent la laine produite par la tonte de leurs brebis, cl ils en fabriquent des draps grossiers d'une couleur brunâtre dont ils s'habillent ; ils font de la loile

avec leur chanvre ; ils recueillent chez ou* presque tout ce qui leur est nécessaire, excepté fin sel ou ils font venir de l'étranger et dont cependant i! roient suffisamment chez eux s'ils sàroii til eipti les sources d'eau salée qui se trouvent dans leur pajlj leurs bestiaux font leur principale richesse, et ib exportent en Lombard ie la plupart dé leurs prOu" superflus eu animaux et en Fromages; lia possèdent des mines assez riches de divers Uiélaui i I m d'or, niais ils n'exploitent guères que celles de fi i , dès qu'ils ont amassé quelque argent, ils le consacrent à l'achat d'un champ ou d'une prairie, ce qui fait que le terrain a chez eux beaucoup de valeur; ils sont loin d'être riches, et cependant ils ne sont pas pauvres , parce qu'ils ont de quoi suffire à leurs besoins; avant leur réunion momentanée i la France, et avant l'établissement de la route du Simplon , leur simplicité et leur éloignement pour les arts étrangers étoient surtout remarquables; maintenant le passage du S. Bernard et surtout ceh i du Simplon attirent chez eux un commerce de transit dont ils tirent quelques bénéfices.

§ 8. État de V Eglise et de Vlnstr Hommes célèbres*

Lts Valaisans sont tous catholiques rcfrnaiftl et sont diriges au spirituel par l'évéque de Si u qui joint à ses autres titres celui de prince du S. Empire romain; mais l'abbaye de S. Maurice, ainsi que kl maison religieuse du grand S. Bernard, reîev. ut immédiatement du pipe; Thomas l'huer, qui étoil doué d'un zèle ardent et de talens distiotf s'efforça, au milieu du io.e siècle, d introduit formation dans le Aalais; il trouva à Son el Louëch un grand nombre de partisans, el proi une lutte violente qui dura jusqu'en r6 ; et qui occasionna plusieurs scènes sanglantes entre lesd< nï partis; mais enfin la diète du pays proscrivH lOirt à-fait la réformation; elle ordonna que IOJ1S m

5l2 STATISTIQUE DE LÀ SUISSE.

habitans indigènes et même ious les ouvriers ou artisans étrangers seroient obligés de confesser la foi catholique ou d'abandonner le Valais; dès-lors les réformés n'ont point été tolérés dans le pays. On compte 5o cures dans le haut Valais et 34 dans le bas Valais. Le chapitre de l'église cathédrale de Sion se compose de douze chanoines en fonctions et de dis chanoines titulaires ; la cathédrale de Sion a en outre sept bénefieiers, et la cour épiscopale en a deux; la communauté des pères capucins de Sion se compose de 17 pères ou novices; la maison du grand S. Bernard compte 32 chanoines ou novices; Fabhaje de S. Maurice en a 21 ; la communauté des capucins de S. Maurice est composée de cinq pères } d'un cuisinier et d'un jardinier.

Sous le rapport des sciences et de l'éducation le "Valais est resté en arrière des autres parties de la Suisse; il est pauvre en bibliothèques, excepté le couvent de S. Maurice qui possède quelques manuf scrits intéressans; le collège de Sion renferme dix professeurs ou coadjuteurs; celui de Brig en a douze: celui de S* Maurice en a six.

Parmi les Vaîaisans, qui se sont fait un nom dans l'histoire, il faut distinguer le cardinal Mathieu Schinner, ennemi redoutable de la France, George de Supersax , son antagoniste, qui étoit né dans le ■village de Glis prés de Brig, et qui eut de sa femme douze fils et onze filles, et le réformateur Thomas Plater, que ses talens firent sortir de la condition la plus basse, et qui fut professeur de grec à Basic, où il fit imprimer plusieurs ouvrages; il laissa après lui deux fils qui se sont distingués dans la médecine.

§9. Cartes géographiques. Ouvrages à consulter.

Parmi les cartes du Valais on doit citer celles de l'Atlas de Mejer et celle de H. Mallet qui a. été dressée de 1796 à 1802. Plusieurs ouvrages intéressans ont été écrits sur la statistique du Valais, et enir' autres celui d'Eschasseriaux, intitulé Lettre

STATISTIQUE DE LA 8UI8SB. Ïl3 sur le Valais, Paris 1806, 8.°, el celui de M. Gorge Mallet, qui a pour titre Voyage & Milan par le Sitnplon, \ vol. 12.0, chez J. j. Paschoud à Genève, 1811. On peut aussi consulter l'anciet description latine du Valais de Josias Simlcr ; elle a été imprimée à Zurich eu i5?4 et réimprimée en i?3 ï\ on en a aussi uue édition faite à Levde en iG33.

§ 10. Description particulière de quelques parties du Caillou.

En descendant du mont de la Fourche, et en suivant le cours du Rhône, on ne tarde pas à arriver au grand village de Munster qui est situé dans une région élevée et très-froide, où les arbres fruitiers ne réussissent que rarement, et où l'on cultive du seigle qui ne mûrit qu'à la fin de septembre; les habitans sont hospitaliers. On découvrit en > dans la vallée de Yiesch, qui n'est pas éloignée de Munster, de magnifiques cristaux renfermés une caverne, dont quelques-uns pesoient jusqu'à 10 et même jusqu'à i4 quintaux. La vallée que parcourt la Masa , où sont les immenses glaciers d'Aletsch qui ont 8 à 9 lieues de longueur, est presque inconnue. Le village d'Oberghestelen , au pied du mont Grimsel, est situé à la même hauteur que la vallée d'Urseren ; trois chemins conduisent hors du canton depuis ce village - le premier mène au Grimsel et dans le Hasli \ le second traverse le Griès et conduit aux vallées d'Ossolà el de Maggia: le troisième mène aux Noufenen cl delà au val Levantine.

En continuant à descendre le Rhône depuis Munster, on arrive au village d'Arnen , qui a dans ses environs une carrière de belle piijrre ollairej Bl qui est situé près de l'entrée de la vallée »au?affe de Binnen, dans laquelle on prépare les meilleur! fromages du Valais; le hameau de Muhlibàch près d'Amen est la patrie du Cardinal Mathieu Sctainner,

Brie, le plus joli bour^ du Valais, est situe d«u*

5li STATISTIQUE DE LA SUISSE.

une contrée fertile à 1026 pieds au-dessus du lac de Genève ; ses tours surmontées d'énormes globes de fer blanc lui donnent l'apparence d'une ville russe ou asiatique; ses maisons sont couvertes de schistes micacés d'un blanc brillant et argenté; à demi-lieue de Brig on trouve des bains chauds, autrefois trcs-fréqu entés; de l'autre côte du Rhône est le village de INaters près duquel on recueillit dans un rocher, vers le milieu du siècle passé, 5o quintaux de cristaux de roche.

La magnifique route du Sîmplon commence auprès de Brig ; elle a été commencée en 1801 et achevée en 1 8o5 ; sa largeur est de 25 pieds ; elle n'a jamais plus de 6 pouces de pente par toise et souvent elle en a beaucoup moins, de sorte qu'en la descendant on n'a jamais besoin d'enrayer les roues des voitures; ses ponts et ses galeries percées dans le roc vif attirent l'admiration et rappellent les plus beaux ouvrages des Romains; mais les torrens et les avalanches, qui se précipitent des sommités voisines, lui font beaucoup de mal et ne tarderont pas à la rendre impraticable, si l'on n'y fait pas toutes les années d'assez grandes réparations. Le village de Simpeln ou de Simple) n- est situé sur cette route, à 8 lieues de Brig et à 2 lieues du sommei du passage du eôté de l'Italie ; il est situé à 759 toises audessus du niveau de la mer ; ïes pommes de terre ne parviennent point à leur maturité sous un ciel aussi rigoureux ; cependant les habitans de ce village ne sont point misérables; leurs troupeaux, le déblayenrient des neiges de la route, le transport des marchandises , et les services qu'ils rendent aux voyageurs, les mettent dans l'aisance; ils parlent italien , ainsi que leurs voisins du petit village de Gondo , qui appartient encore au Valais, quoique situé à 2 lieues au-dessous de Simpeln sur la route de Milan -, Simpeln a été rebâti sur les ruines d'un autre village qui disparut le 3i Aoust 1^97 , par reflet de la chute d'une des masses de la chaîne du Simplon ; 80 personnes trouvèrent leur tombeau sous les vastes débris de cette masse, De pareils

statistique DE LA Ètiftom 5,5 aecîdens ne sont malheureusement pas rares feu* les val ees des Alpes; 1 histoire dés Snis.es ei celte du Valais en parliculier en conservent de tristes souvenirs, (i)

Visp ou Vispach, en francois A iège, est un nro. village situé à IVntrée de la vallée dû même nom a 2oo4 pieds au-dessus de la mer: e'esl le chef-lien dun des dizains du Valais; la Visp, mil sori e„ ce heu de la vallée a laquelle elle donne son ném est presque aussi considérable que le Rhône , la vallée de Visp s'étend dans la direction du sud el de l'est sur une longueur de 9 ou 10 lieues jusqu'au moi* Kose, an mont Cervîn et au mont ftforo oii tfom mor; e,1e se divise en deux branches qui soni >n nues sous le nom de vallée de Sass et de vallée de S. Nicolas ou de Zermatt; toutes les deux sont sîn gulièrement sauvages; la dernière a donné naissance au réformateur Thomas Pkiter; la roule nui passe au pied du mont Cervin est la plus élevée de toutes les routes de l'Europe ; sa plus grande hanteui de 10,284 pieds au-dessus de la mer; le root* Cervin , appelé autrement Matterhorn ou mont Silvio, a 1 3,854 pieds de hauteur; sa sommité la plus élevée a la forme d'une aiguille mince èl pointue; il est situé sur les confins du Piémont, ;-m 1 que le mont Rose ; ce dernier a 1 4,580 pieds d'élévation au-dessus de la mer, el n'a point d'égaj en hauteur dans toule la Suisse; il est entotré Se Bl% Vallées dont cinq appartiennent au Piémont et une seule, savoir la vallée de Sass, au Valais; les h.ihitans des parties les plus élevées de ers ciffa vallées piémontaises parlent allemand , tandis nue < eni des parties inférieures parlent italie n. Prèè deTonrtemagne ou de Tau rtraann, entre \ fep et Lotiêeh, on voit une cascade qui m» le CCfle guère en hê i , aux plus belles de la Suisse

La vallée de Loetsch s'ouvre CXHtt GoiMêl »t Baron, en face de Tourtmann, Cf H dirige MU une

^îj Yo)fî2 Conservateur sinsse , tom» 7 , i.»ag.. iS * «c auiv.

longueur de 6 lieues dans la chaîne septentrionale des Alpes; elle renferme de grands glaciers et 4 à 5 petits villages tout-à-fait séparés du reste du monde ; elle est parcourue par la Lonza ; j'ai voyagé dans cette vallée en 1796, et personne n'y connois soit encore l'histoire delà révolution française , ni n'avoit entendu parler de la mort du malheureux Louis XVI.

La vallée d'Ànniviers ( Einfiscîuhal ) a 7 lieues de longueur et est parcourue par la Navisanche, qui prend sa source au bas d'un glacier; elle débouche à peu près vis-à-vis de Sierre et est peuplée et fertile ; ses habitans sont beaux et bienfaits , et se distinguent par une grande simplicité de mœurs; ils ont dans leurs tables de bois des enfoncemens qui leur servent d'assiettes; chaque famille possède plusieurs cabanes qu'elle habite successivement avec ses troupeaux.

Sierre , en allemand Sklers, est l'un des principaux bourgs du Valais ; on y réduit en smalt le cobalt que l'on retire de la vallée d'Anniviers; ses environs produisent des vins muscats et de la malvoisie ; c'est là oii les voyageurs, qui viennent de Sion, dans l'intention de visiter les bains deLouëch, quittent leurs voilures et prennent des mulets pour gravir jusqu'aux bains qui sont éloignés de 5 lieues; on voit à Sierre une église et des bâtimens plus ornés que ceux du reste du Valais; c'est le domicile d'une partie assez considérable de la noblesse du pays,

Sion, capitale du canton, en allemand Silten^ est à 3 lieues de Sierre \ la ville est adossée à des collines sur lesquelles on voit les trois châteaux de Majorie , de Valérie et de Tourbillon, qui rappellent les temps de la féodalité ; elle possède plusieurs antiquités romaines et est le siège d'un des plus anciens évéchés de la Suisse ; elle fut consumée en 1738 par un horrible incendie, et en 1790 elle fut prise d'assaut par les François ; on y remarque quelques couvens, un collège, le chapitre épiscopaî, l'hoLel-de-ville, l'hôpital et six églises ) on y yoit

beaucoup de crétins; la chaleur y est souri Dl 1 sive en été.

Le val d'Herens (Eringertbal) débouche vis de Sion et s'étend à io"ou 1^ lieue, vers l< il se divise en deux parties qui sont fermées 1 une et l'autre par d'immenses glaeiers el rarement \isitées ; on y trouve une source d'eau salée.

La petite ville de Martigni , en allemand Martinach , à 5 ou 6 lieues au-dessous de Sion . est » nlourée de marais assez considérables Formés par le Rhône; il y croît des vins spiritueux dont les plus estimés sont ceux de la Marque et de Coquenipin; on y recueille de l'excellent miel. Les villages de Fouli et de Branson , qui sont situés de l'autre cùté el sur la rive droite du Rhône, se trouvent dans l'exposition la plus chaude du Valais , absolumi ni à l'abri des vents du nord et de l'ouest; ainsi les moissons y mûrissent-elles trois semaines plutôt que sur les bords du lac de Genève ; les crétins abondent dans ces villages.

La vallée de Iîagnes est parcourue par le torrent de la Drance et a 10 lieues de longueur; elle est fertile et peuplée, et se termine à l est <t au midi par les énormes glaciers de Tzermolane, qpi <mt H a 10 lieues de longueur, et qui donnent naissance à la Drance; ces glaciers se dirigent au sud vers le Combin qui s'élève de i3,252 pieds au-dessus de la mer; le passage, par lequel cette vallée corn* munique avec la vallée de Valpeline en Piémont j n'est praticable, à cause de son élévation, que pendant une quinzaine de jours ebaque année. En i5g5, une montagne qui s'écroula dans la vi «II. 1 de Bagnes ferma pendant quelque temps le passade de la Drance; ce torrent se lit ensuite une route 1 I exerça d'affreux ravages jusqu'au Rhône; il couvrit de débris plusieurs lieues carrées de terrain et entre autres les fertiles environs de Martigni) RI village de Bagnes et plus dé SûO bâtimens fi détruits; lie Rhône ayant doublé de volume . indnda les terrains contigus a son lit el port* désolai ioù jusqu'à S. Maurice. Tout îunmmnl un malheur

5 l 8 STATTSTTOUE T)K TA SUISSE.

du même genre vient d'affliger celte même vallée. Des amas de glaces séparés du glacier de Chédroz a voient couvert depuis plusieurs années le lit de la Drance qui s'est fait jour par dessous ces amas ; mais depuis l'hiver de 1817 à 1818 le passage qu'elle s'éloit réservée a été obstrué, et elle a été obligée de refluer derrière la digue de giaces qui ferme la vallée et qui s'appuye contre les parois opposées de deux montagnes ; elle a formé un lac de trois quarts de îieue de longueur, sur 4oo pieds de largeur et 200 pieds de profondeur, et ce lac, malgré les travaux entrepris par le gouvernement ? afin de prévenir une inondation , s'est ouvert un passage le 16 juin, à 5 heures de l'a près midi ; «es eaux qui formoient une masse d'environ 53o millions de pieds cubes ont parcouru en moins de deux heures tout l'espace qui les séparoit du Rhône, emportant sur leur passage près de 4oo hâtimens, les liommes, les bestiaux, les forêts et même quelques rochers, et causant un dommage qui a été évalué à plus d'un million de livres de Suisse. 34 individus ont péri da&s ce désastre que les secours abondans de la charité ont adouci autant qu'il étoit possible; mais le lac n'est pas écoulé en entier, ou plutôt il peut encore se reformer aisément , de manière à menacer de nouveau les malheureux habitans de cette vallée.

La vallée d'Entremont, qui se réunît à S. Branchier avec celle de Bagnes , est traversée par la route qui conduit au grand S. Bernard et a 5 lieues de longueur ; on y remarque le beau glacier de "Valsorey qui se forme par la réunion des eaux de deux au li es glaciers.

La helle cascade de Pissevaehe, située entre Martigni et S. Maurice, mérite d'être visitée; elle esc formée par la petite rivière de la Salancbe qui tombe de 270 à 3oo pieds de hauteur, et qui se brise dans sa chute ; cette cascade est surtout remarquable après les grandes pluies et lorsqu'elle est éclairée par les rivons du soleil qui y font pnroître des magnifiques iris 5 les ondes noires du. Trient

STATISTIQUE BF M itftggg] sortent à peu de distant 11

«/■ • . ' M.nnnt les on i »• ,.m

en 5.5 de grands bien, à l'abbavè de Maurice; entrée pittoresque de cette vil!,, 6P8 ,,„.,„.,, Jj surplombent;etson Ermitage, placq dans un endrï qui semble ne pouvcr être atteint que par de* de le ont un caractère original. ° '

Le val de Lie ou val d'IRSert déWfa vis i À de Bei ; et est parcouru par le torrent de la Viëec il est fertile, orné de beau* cbataigners p , quenté, et habité par des hommes qui vivent arec une extrême simplicité; près de son ouverture es! la petite ji le de Montbev, dans bquclfc un bailli du haut Valais faisoit autrefois sa résidence.

Au-dessous de Monthey on trouve la porte du Scex, château au travers duquel la routé passe si r un pont-levis qui ferme le pajs, parce que la vallée est fort resserrée en cet endroit entre le Rhône et la montagne; près de ce château est un bac lUr lequel on traverse le Rbôni

Le village de S. Gingoulph est srtuë ,:. iVv!,;mité occidentale du Valais, sur le Bord du lac I t Genève; il est partagé en deoa par la Morge q j le sépare de la Savoie; autrefois le chemin qui menoît de S. Gingoulph à ESviarà a'étoil qu'un sentier , mais depuis iHo5 il a été converti pai gouvernement françois en un, rouie magnifique. S. Gingoulph fait un grand commerce de bois î brûler, qu'il tire des montagnes voisiné*, el H tni il vend la plus grande partie à Genève , chaux passe pour la meilleure des bords du lac, On trouvf dans la vallée d'Oche , près de S. Gingoulph, des bancs d'une houille excellente.

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