PARTIE. HISTOIRE MODERNE
io.e période. Réforniation.
15^4 après J. C. Réformalion de la ville de Zurich. 1Ô28 — — des villes de Berne, Basle, SchaiTouse,
Sainl-Gall, Bienne et Mulhouse.
i53i — Bataille de Cappel.
1535 — Réformation de la ville de Genève.
1536 — Conquêtedu paysdeVaud par les Bernois.
M* période. Nouvelles dissentions civiles.
i5gy après J. C. Division du pays d'Appenzell. 1620 — Guerre de la Valttline.
— Guerre des paysans.
1666 — Guerre de Piapperschvil.
1712 — Guerre du Tockembourg. Bataille de Vilmergen.
I2.e période. Progrès des sciences et des arts.
1760 après J. C. Changemens dans les moeurs et la
manière de vivre.
1777 — Renouvellement de l'alliance avec la
France.
179° — Influence de la révolution françoise. i3.e période. Histoire de nos jours.
1798 après J. G. Renversement de l'ancienne cons-
titution Suisse.
1799 — La Suisse devient le théâtre de la guerre
des puissances étrangères.
1802 — Insurrection.
1803 — Acte de médiation de Buonaparte. 181 5 — Alliance des 22 cantons.
Mœurs et Usages des Hahitans , Langage , Antiquités.
Lfs qualités distinclives des Suisses ont toujours été le courage, la fidélité, la franchise et la simplicité de mœurs; ils se distinguent de plusieurs autres peuples par un attachement extraordinaire à leur patrie : cet attachement est tel , qu'ils préfèrent le lieu de leur naissance à tous les autres pays , et qu'ils ont fréquemment de la mélancolie , ou ce mal qu on qualifie du nom de mal du pays , îorsqu ils sont appelés à vivre en pays élranger; de là encore les eiïVts surprenans que produisent sur eux les airs nationaux et parioliques , tels que le retnzdes-vac/irs , airs qu'ils ont été accoutumés, dès leur enfance, à entendre chanter par les hergers qui gardent leurs nomhreux troupeaux, et répéler par les échos de leurs montagnes, jusqu'au pied des sommités des Alpes couvertes de neiges éternelles; le.« effets prodigieux et extraordinaires de ces chants nationaux sur le cœur des Suisses, sont attestés par un trop grand nomhre d'exemples pour qu'il soit permis de îes révoquer en doute. On sait que dans les régimens suisses au service étranger, il éioit défendu de faire, entendre l'air du i anz-des vaches , de peur que la mélancolie ne s'emparât des soldats et ne les rendît malades, ou ne les engageât au moins à prendre leur congé.
J.e.s Suisses se livrent à divers jeux et à divers exercices corporels, qui les fortifient et les rendent propres à supporter toutes sortes de fatigues ; les jeunes gens qui habitent dans le voisinage des nombreux lacs de la Suisse , en profitent dans la ht Ile s: \ on, et apprennent à nager, ce qui assouplit leur corps, donne du ton à leurs nerfs, et porte dans tous leurs membres un nouveau degré de vie et d'agilité; on doit leur recommander d'éviter avec soin ers forêts tiépis-d'eau Hottans, dont les tiges longues el flexibles s'entortillent autour des bras et
STATISTIQUE DE LA SUTSSE. 1 l£
des jambes, enchaînent les plus vigoureux, et ont plus d'une fois causé leur mort ; qu'ils é\itent aussi d'aller trop au large pour complaire à un Taux point d honneur, à moins qu'ils ne soient suivis par un bateau : souvent la fatigue produit des crampes qui paralysent les forces, et qui coulent à fond les téméraires qui se sont éloignés des secours.
L'allemand est la langue principale de la Suisse: c'est elle qui est en usage dans les Diètes, et dans les trois quarts des cantons, où on en distingue plusieurs variéîés; elle est en général d'une prononciation dure, et diffère beaucoup de l'allemand saxon, qui passe pour le plus pur de tous les dialectes de cette langue; lefrançois est parlé par environ 38o mille ames, dans les cantons de Vaudv 'Ncuchâtel et Genève, et dans une partie de ceux de Berne, Soleure, Fribourg et Valais : on appelle vetche ou romand le langage du bas peuple , dans les cantons où l'on parle françois. L'italien est la langue du Tessin et d'une petite partie des Grisons, en tout d'environ cent mille suisses. Dans une grande partie du cauton des Grisons, on parle une langue particulière appelée le roman 3 qui dérive de la langue ancienne des Etrusques, nation qui peupla la Rhétie à une époque déjà séparée de la nôtre par près de 24 siècles.
Les Helvéliens ( i), ainsi que tous les Celtes, professoient autrefois la religion mystérieuse des druides: ils rendoient uu culte aux élémens , aux astres, aux arbres, aux forêts, aux rivières, et aux rochers eux-mêmes. Parmi les arbres, le chêne obtint leurs premiers et leurs principaux honneurs : ils le regnrdoient comme le plus majestueux de ces êtres immobiles qui peupîoient leurs forêls, et qui leur prêloient un bienfaisant ombrage. Bientôt les Ilelvétiens se firent des dieux grossiers, auxquels ils donnèrent des noms : voici ceux sur lesquels il
(1) Voyez le Conservateur Suisse, vol. 4, p. î53 et Siiiv. Vojez au.si le Voyage dans l'Oberlaud bernois, par le prof. Wyss, 2.e partie /p. i et suiv.
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nous reste quelques rcnseignemens ; Theutatès ou Taut étoit îe dieu suprême : les Grecs et les Romains l'ont confondu avec Mercure ; Hesus étoit un dieu de sang et de carnage ; Belenus ou Belinus étoit le dieu de la lumière ; Tharanis ou Taran le dieu du tonnerre; Cha, chez les Grisons, recevoit les prières des habilans comme déesse de la guerre. Chez les Vaïaisans, Penninus étoit adoré au sommet du Grand-Sajnt-Bernard : il droit son nom de peu ; qui signifie tête , sommet, et il le donna aux Alpes Pennines et au bourg de Pennilucus > maintenant Villeneuve , situé à l'extrémité du lac de Genève, et mentionné dans l'itinéraire d'Antonin.
Lorsque les Romains pénétrèrent dans l'Helvétie, ils y introduisirent leurs dieux , dont il se fit un mélange hisarre avec ceux des Helvéliens ; cependant les habitans n'élevèrent point encore de temples à leurs dieux, et continuèrent à regarder leurs forêts et leurs vallées comme la seule enceinte digue de la divinité. L'évangile a chassé des Alpes les dieux des Payens, mais n'a pu en bannir toutes les superstitions; de là ces ordonnances des conciles et des empereurs, qui défendent, sous des peines sévères, de s'assembler autour des rochers et des fontaines, d'y porter des fleurs et d'y allumer des flambeaux; de là l'interdiction de ces feux nocturnes, autour desquels les paysans dansent au retour du solstice d'été ; de là ces torches et ces fagots enflammés avec lesquels on célèbre encore , dans quelques cantons, le dimanche des Ut arulons ; de là ces fêles célébrées sur des montagnes ou dans l'épaisseur des forêts , ancien vestige des cérémonies que les druides y praliquoient ; de là un grand nombre d'usages singuliers, tels que les charivaris, les bouquets attachés aux chars de foin, les couronnes suspendues aux arbres, usages dont l'origine est inconnue à la multitude ; de là enfin ces fées, ces sylphes, ces servans, ces esprits familiers, ces génies de la montagnes, qui prirent naissance dans le mo\en âge, et qui exercèrent alors et exercent encore tant d'empire sur les esprits foibles el ignora ns.
La Suisse atteste le séjour que les Romains ont fait clans ses vallées, ainsi que sur ses montagnes, et les travaux qu'ils y ont exécutés, par une fatale de raonumens que le temps et les ravages des Bar^ bares n'ont pu détruire entièrement (i). On peut visiter dans l'enceinte A'Augusta Ràutaù&mm can^ ton de Basle , les vestiges d'un beau temple, la presque totalité d'un bain public , les restes d'un immense amphithéâtre, ceux d'un grand aquéduc, des murs antiques, des pavés en mosaïque, etc. : il n'est pas une maison, grange, chaumière ou étahle du petit village d'Augst, où on ne rencontre quelques débris de l'ancienne Augusta, tels que des vases, des monnoies, des morceaux de colonnes ou des inscriptions j ce village est situé à 2 lieues à l'orient de Basle, vers la limite des cantons de Basle et d'Argovie, fort près du Rhin, et sur les bords de la peiite rivière d'Ergeltz. La ville avoit un circuit de 2446 toises. Plusieurs antiquités ont été découvertes à Soleure en 1762. L'ancienne Vïndonissa étoit bâtie dans l'emplacement où subsiste de nos jours le village de f^indisch, dans le canton d'Argovie ; le hasard , ou les recherches les plus légères , y ont fait découvrir un grand nombre de monnoies, de médailles, de camées et d'autres raretés. Avencbe, Augst et Vindonissa, paroissent avoir été les trois villes principales de l'Helvétie romaine ; Avencbe, dès Tan 307, fut saccagée par les Allemands, qui ruinèrent ses édifices majestueux; on y a trouvé et on y trouve encore des restes précieux de l'antiquité , mais l'ignorance et l'insouciance des propriétaires ont laissé détruire en grande partie ces monumens de la puissauce et de 1 industrie de nos ancêtres.
En 1698, on découvrit dans le canton de Schaffouse , sur le Randenberg, une grande quantité de médailles d or et d'argent. Il y avoit autrefois à Pfyn, dans la Tburgovie , un castrum très-étendu,
(1) Une partie des détails qui suivent est extraite d'un manuscrit soi les antiquités de la Suisse , par Aubei t Parent,. i8n.
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dont les Allemands chassèrent les Romains, et où I on trouve encore des vestiges de leur grandeur. A Vinterthour, on a formé une collecliou considérable de médailles antiques , trouvées la plupart près iïOber Vinterthour > le Vitodurum des Romains, dont on ne voit plus que les fondemens; divers bailliages, dans le canton de Zurich, et entr'autrcs celui de Knonau, offrent aux amateurs de riches moissons d'antiquités \ en 1689, on trouva dans un pot de terre aux environs de Rapperschvil , près de 2000 monnoies romaines du 3.e siècle; en 1690, on y déterra un autre amas de 1700 pièces, qui probablement avoieut été enfouies à l'époque dont nous venons de parler. L'Argovie offre de nombreuses traces du séjour des Romains ; on admire à Zurzach , sur les bords du Rhin, les débris d'un château qui existoit du temps de Drusus, et où l'on trouve fréquemment des monnoies et des dés, de même qu'à Baden. On découvrit en i633, dans un petit bois voisin de la belle abbaje de Vettingen , un vase rempli de monnoies d'argent de Gordien, de Maximin, de Maxence, de Maximien, et de Constantin le jeune. Il existe en Suisse plusieurs inédaillers formés presq n'en librement des médailles et des monnoies anciennes recueillies dans le pays : les cantons de Basle,de Soleure, de Berne, de Vaud , de Valais et de Genève en fournissent un grand nombre. En 1:656*, on trouva à ISeuchatel un cercueil de pierre, avec un lacrj maloire de ter re cuite, d'une pâle trèsfine, orné de figures en relief, outre un plat d'argent, et de belles médailles d'Adrien, en or et en argent. On a découvert des monnoies romaines près de Thun , sur le Gurnigel, et jusque sur le plateau le plus élevé du Stockhorn, dans l'Oberland bernois; il n'y a guère plus de 3o ans qu'un habitant du pays déterra sur le plateau , à 9 ou 10 pieds de profondeur, trois monnoies en bronze, des empereurs Adrien, Marc-Aurèle et Maximin. On trouve des antiquités romaines à Langnau , à Rutti près de Bnren, à kernenried près de lYaubrunn; on délerra dans ce dernier endroit, en iGo5, un vase rempli
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de i5oo raonnoies romaines, presque toutes en argent : il y en a voit de la plupart des empereurs qui ont régné, de Galba jusqu'à Dioclélien. Les Bracteates fabriquées dans le moyen agi, qui ne sont que de simples feuilles de métal chargées d'une empreinte grossière , sont rares ; cependant on en trouva plus de l'^oo à Littau , dans le canton de Lucerne , en 1 5 7 i ; on en a trouvé aussi dans les cantons de Zurich, de Basle et d'Argovie.
La Suisse possède plusieurs restes d'anciens édifices romains ; des éluves ou vaporaires, à Luneren, Fulinsdorf, et surtout à Baden -, des aqueducs à BucliS; à Kiolen, h Fulinsdorf, à Augst; des temples à Veiliugen , à Houbersdorfj à Àugst, à Ottenbach.
En ouvrant la grande source des bains de Baden, en i4qo , on trouva plusieurs statues de divinités payennes , en albâtre; un agriculteur découvrit dans le bois de Vetiingen plusieurs belles pièces de vaisselle d'argent, et une en particulier sur laquelle on voyoit, en demi-relief, les figures de 7 divinités, séparées par des colonnes : sur le haut de chacune tle ces colonnes, éloient sculptés des oiseaux symboliques, l'aigle de Jupiter, le coq consacré à Mars, la chouette à Minerve , etc. On trouve encore en Suisse des m o nu mens funèbres, tels que des tombes, des épi ta p h es, des urnes, des lampes sépulcrales; on y a découvert des hastes antiques, des épées, des briques où sont gravés les noms des légions , divers autres instrumens militaires, la plupart de bronze; desgroupes d'athlètes, aussi en bronze , combattant des lions ou des tigres; des monumens domestiques, tels que des clefs, des clous, des sonnettes, des instrument et ustensiles de cuisine, tous travaillés avec soin; enfin on a trouvé à Nieder Luneren, dans le bailliage de Ktionau , l'atelier d'un potier avec des instruinens de son métier , et diffère ns fragmens de ses ouvrages. Des pavés en mosaïque , composés d'un** grande quantité de morceaux de marbre de diverses couleurs , assemblés sur un fond de stuc, de manière à former des tableaux qui représentent toutes sortes de dessins, des portraits,, des paysages,
des fleurs et des fruits , se rencontrent encore à Buchs, à Liestall, à Saint-Maurice, à Cheire, à Kloteu, à Avenclie ; le pavé en mosaïque de Cheire , découvert en 1776, près des bords du lac de Neuchatel, est enfoncé à 10 pieds sous terre : 800 mille émaux, ou petits cubes de marbre de diverses couleurs , eu forment les compartimens ; les quatre coins sont occupés par un bouc, un cerf, une biche et une chèvre, d'un beau travail; aux deux côtés du milieu, sont placés un cheval et un ours; un bel arbre s'élève dans le centre : on voit Orphée assis au pied de cet arbre, tenant dans sa main droite le plectrum , dont les anciens se servoient pour pincer les cordes de la ljre ; un lion est couché auprès de lui.
Les chaussées ou chemins que les Romains ont construits avec tant de luxe et de solidité dans leur empire, subsistent encore en partie dans la Suisse; on en trouve des restes, entr'autres, à Pierre-Pertuis, dans les environs du Locie , sur les bords de l'Àar près de Kildorf, à Yiuterthour et dans le canton de Vaud.
Constitution politique.
La Suisse, ainsi que nous l'avons déjà observé en traçant l'esquisse de son histoire, a été pendant près de $ siècles , de i5i3 à 1798, divisée, sous le rapport politique , en trois sortes d'états , savoir i3 cantons et des sujets, ainsi que des alliés de ces cantons. Le tableau suivant peut donner une idée exacte de cette division»
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