‹ Statistique de la superficie et de la population des contrées de la terre (volume 2)Chapitre 1 sur 16 · Statistique de la superficie et de la population des contrées de la terre · texte numérisé non relu

Statistique de la superficie et de la population des contrées de la terre

Divisions. — La Statistique de la superficie et de la population des contrées de la terre se compose de trois parties.

La première partie est consacrée à X Europe. Elle contient, en premier lieu, une suite de tableaux de détail pour chaque État d’Europe; en second lieu, trois tableaux historiques de la situation des États de l’Europe à diverses époques et un tableau récapitulatif de la superficie et de la population actuelle des États de l’Europe, résumant les résultats consignés dans les tableaux de détail; Les vingt-neuf (dont 1 n° bis ) tableaux de détail contiennent la superficie, la population et la densité des circonscriptions administratives de chaque État; ils sont suivis de notes relatives à la manière dont ont été obtenus les chiffres de la superficie et de la population, et du tableau des villes de plus de 50,000 habitants. Cette partie se termine par un tableau comparatif des villes d’Europe qui ont plus de 100,000 habitants, classées par ordre d’importance.

La seconde partie est consacrée aux quatre autres parties clu monde. Elle est divisée en 6 sections : Afrique,. Asie, Océanie , Amérique du nord, Amérique du sud, Grandes villes. Elle est composée d’après la même méthode que la seconde partie. Chaque section se compose, en premier lieu, de tableaux de détail, contenant pour chaque État, pour les principales colonies et pour quelques régions importantes la superficie, la population et la densité par circonscriptions administratives ou par grandes divisions politiques, les villes de plus de 100,000 habitants et quelques renseignements sur la composition de la

E. LEVASSEUR

population; en second lieu, d’un tableau récapitulatif de la superficie et de la population des États, colonies ou régions de la partie du monde. La sixième section est consacrée au tableau récapitulatif des villes de plus de 100,000 habitants, classées par ordre d’importance.

La troisième partie porte le titre de généralités et résumé des cinq parties du monde. Elle contient trois tableaux généraux relatifs à la superficie des parties du monde, des océans, des zones de la terre et à la population des parties du monde et des principaux États du globe. On y trouve le résumé d’une partie dés tableaux insérés dans les deux autres parties.

Nous donnons, en outre, à la fin de l’introduction, trois tableaux relatifs à la mesure de la terre, à la mesure d’un demi-fuseau du globe terrestre et à la date des recensements de la population.

Les t trois parties forment un total de 103 tableaux. Outre le numéro d’ordre général qui se trouve en tête de chaque tableau et qui indique le classement des matières, les tableaux de détail, en Europe et dans les autres parties du monde, portent un numéro en chiffres arabes qui correspond au rang qu’occupe l’État ou la contrée dans le tableau récapitulatif de la partie du monde.

En résumé, les matières se trouvent donc distribuées comme il suit : dans les tableaux des États ou des contrées, les détails; dans les tableaux des parties du monde, le résumé des États ou contrées ; dans la partie des généralités, le résumé général des parties du monde; dans les deux tableaux des grandes villes (l re et 2 e partie), la comparaison dès villes de plus de 100,000 habitants.

Sources. — Cette statistique, étant internationale, doit être une œuvre collective. Nous avons préparé les cadres; nos collègues les ont en partie remplis ; ils nous ont fourni les éléments et souvent même, pour presque tous les États d’Europe et pour quelques États hors d’Europe, le travail tout préparé. Notre tâche, qui a été cependant plus laborieuse que nous ne l’avions pensé d’abord, a consisté surtout à coordonner les matériaux et à les ajuster à l’ensemble du plan. Nous avons d’ailleurs été efficacement secondé dans la révision des calculs par notre secrétaire général, M. L. Bodio.

Nous nous faisons un devoir de signaler ici, à côté de son nom, les noms de ceux qui nous ont envoyé des documents, et un plaisir de leur adresser nos remerciements. Ce sont: M. W. Ogle, general registrar pour l’Angleterre; M. Stair Agnew general registrar, pour l’Écossc; M. Thomas Grimshaw, general registrar , pour l’Irlande; M. Beaujon, professeur à l’Université d’Amsterdam, pour les Pays-Bas et pour les colonies néerlandaises ; M. Leemans, di-

SUPERFICIE ET POPULATION’

recteur général au Ministère de l’intérieur, pour la Belgique et l’État indépendant du Congo ; M. Becker, directeur du Bureau impérial de statistique, pour l’Empire allemand et ses colonies; M. de Imana Sternegg, pour l’Empire d’Autriche et la Bosnie; M. Ch. Keleti, pour le royaume de Hongrie; M. le conseiller Ernesto Madcira Pinto, directeur général de la statistique du Portugal, pour le Portugal ; M. le général Ibanez, directeur de l’Institut géographique et statistique d’Espagne, pour l’Espagne; M. Yakchitch, chef de division de la statistique, pour la Serbie; M. N. Troinitsky, directeur du Comité central de statistique, pour l'Empire de Rrnssie en Europe et en Asie ; M. Sidenbladh, directeur du Bureau central de statistique de Suède, pour la Suède ; M. A. N. Kiaer, chef du Bureau central de statistique du royaume de Norvège, pour la Norvège; M. Marius Gad, chef du Bureau de statistique du Danemark, pour le Danemark et ses possessions coloniales ; M. le marquis Hachi-

suka, ministre plénipotentiaire de S. M. l’empereur du Japon, pour le Japon.

La statistique des pays pour lesquels nous n’avons pas reçu cette année de communications a été établie provisoirement par nous, d’après les publications officielles ou d’après les ouvrages les plus autorisés et les plus récents. Nous citerons particulièrement deux recueils annuels qui jouissent d’une légitime réputation: le Statesman’s Year-book , rédigé par M. J. Scott Keltie, et V Almanach de Gotha , dont la partie statistique est dirigée aujourd’hui par M. F. De Stein ; nous citerons aussi la publication intitulée Die Bevôlkerung der Erde , qui paraît comme supplément aux Mittheilungen de Petermann et qui complète les renseignements fournis par V Almanach de Gotha , la partie statistique de l’ Annuaire du Bureau des longitudes et les recensements publiés par des pays hors d’Europe, tels que le census des États-Unis en 1880, le recensement du Canada en 1881, avec son supplément pour les territoires de l’ouest, les recensements des colonies britanniques de l’Australasie et les publications annuelles du Statisticien de Victoria.

Superficie. — La superficie d’un territoire est une des notions de statistique les plus élémentaires et une de celles qu’il paraît le plus facile d’obtenir d’une manière précise. Le public s’étonne qu’un savant hésite sur l’étendue d’un pays pour lequel il existe un cadastre ou une carte topographique, et ne comprend guère que les chiffres donnés par divers auteurs puissent différer quelquefois d’une manière considérable pour les pays qui n’ont ni cadastre ni carte topographique. Ceux qui sont versés dans ce genre d’étude ne s’en éton-

E. LEVASSEUR

nent pas ; ils diraient même volontiers qu’il n’y a pas un seul État sur la Terre dont la superficie soit connue avec une exactitude rigoureuse.

Le cadastre est sans doute un élément très précieux pour la connaissance de la superficie, et il n’y a pas place pour des erreurs considérables dans les pays qui en possèdent un ; mais il ne fournit pas nécessairement, comme on pourrait le croire, la connaissance même de cette superficie. Qu’il se propose comme but principal l’établissement d’un impôt foncier ou la détermination de la propriété, le cadastre ne porte d’ordinaire que sur les parties du sol considérées comme utilisables. C’est ainsi qu’en France, par exemple “ les masses considérables, ou grandes parcelles absolument stériles, telles que celles formées par les montagnes arides, les glaciers, fleuves et rivières à leur embouchure dans la mer, les lacs et étangs très étendus et non productifs, les dunes, landes non imposables „ n’ont pas été levées et mesurées par les employés du cadastre “ lorsque la contenance était* d’environ 400 arpents métriques au moins „ (article 1G0 du recueil méthodique des lois, décrets et règlements sur le cadastre). En France, le total de la superficie cadastrée doit donc être le plus souvent inférieur à la superficie réelle.

Le réseau des triangles que déterminent les opérations géodésiques faites sur le terrain pour l’établissement d’une carte topographique fournit sans doute un élément précieux pour l’étude de la superficie. Mais il ne donne pas les moyens de calculer l’étendue particulière de chaque circonscription administrative, parce que les côtés des triangles ne correspondent pas aux limites de ces circonscriptions, ni même aux frontières de l’État. Il fournit cependant, pour la connaissance de la superficie générale de l’État, un instrument de contrôle qui pourrait être employé utilement dans certains cas.

La carte topographique qui, à la suite de ces opérations, est dressée sur un canevas géodésique, est un instrument de mesure d’un usage beaucoup plus commode et même plus précis. A vrai dire, c’est le plus recommandable ; c’est même, le plus souvent, le seul qui soit pratique.

Mais tous les États européens n’ont pas encore de carte topographique. La carte d’Espagne est en cours de publication; la péninsule des Balkans, la Russie, le nord de la Scandinavie n’en possèdent pas.

L’ensemble des cartes topographiques publiées jusqu’à ce jour ne couvre pas, à beaucoup près, la moitié du territoire européen. En outre, la plupart des États qui ont à la fois un cadastre et une carte topographique se servent dans leurs publications officielles d’une superficie calculée d’après le cadastre qui sert à la perception de l’impôt et non mesurée sur la carte, laquelle ne répond à aucun service administratif.

SUPERFICIE ET POPULATION

Dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, les publications officielles de la statistique empruntent les données sur la superficie à YOrdnance survey , qui, notamment en Irlande, comprend dans cette superficie la laisse de mer, les lacs et les cours d’eau.

Nous venons de dire qu’en France la laisse de mer et une partie des eaux, considérées comme des espaces stériles, ne figuraient pas au cadastre; c’est ainsi que, dans le seul département de la Gironde, on a ajouté, depuis 1871, 190 kilom. carrés à la superficie du département par suite des ensemencements de pins maritimes qui ont transformé des dunes infertiles en terres imposables.

Dans les Pays-Bas, les eaux intérieures sont cadastrées; en Belgique, les étangs et les mares ne le sont pas. Dans l’Empire allemand on se sert d’un cadastre ancien pour certaines provinces de la Prusse et, pour plusieurs autres États, du cadastre révisé pour d’autres provinces de Prusse et pour la majorité des États; on se sert de la carte topographique pour le Grand-duché de Bade; dans le total de la superficie, on comprend en général non seulement les eaux intérieures et une portion du lac de Constance, mais aussi une partie des baies et lagunes maritimes de la côte. (1) Il en est de même pour la Suisse, dont la superficie est calculée pour certains Cantons d’après le cadastre et pour d’autres d’après la carte d’état major. Dans la péninsule Scandinave, on emploie tantôt les feuilles des cartes d’état major et tantôt des cartes particulières lorsque la carte topographique fait défaut.

Le même procédé donne souvent des résultats différents: c’est ainsi qu’en Norvège la superficie des eaux intérieures est de 7,581 kilom. carrés d’après le calcul de M. Broch, et de 10,233 kilomètres carrés d’après le général Strelbitsky*

A plus forte raison, les résultats peuvent différer quand les procédés sont différents. Chaque fois qu’un État revise son cadastre, ou qu’il recommence je s mesures planimétriques prises sur une carte nouvelle, il est exposé à changer d’un certain nombre de kilomètres carrés la superficie de ses provinces et parfois à ajouter ou à retrancher des centaines de kilomètres carrés à la superficie totale du territoire national. Quand on observe la suite de ces changements dans toutes les provinces des États européens, on s’aperçoit qu’il n’est, pour ainsi dire, pas d’année où il n’y en ait plusieurs à enregistrer et que la superficie totale de l’Europe, laquelle est pourtant une quantité fixe, malgré

(1) Ainsi le St atisti sches Jahrbuch fur clas Deutsche Reich donnait d’abord (année 1880) 539,740 kilomètres carrés et donne, depuis 1882, 540,521 kil. c. La première lois (année 1872) que Y Almanach de Gotha a donné la superficie de l’Empire allemand, cette superficie était évaluée (d’après des données relatives à l’année 1867) à 514,450 kil. c.

E. LEVASSEUR

les changements politiques qui ont pu partager diversement le territoire, varie souvent la même année d’une publication à l’autre et d’une année à l’autre dans la même publication (1).

Pendant que le présent travail était sous presse, nous avons dû, afin de profiter des l'enseignements officiels que nos collègues nous ont envoyés, non seulement modifier un certain nombre de chiffres dans le détail des provinces de plusieurs États, mais changer toute ou presque toute la superficie de deux États, le Portugal et la Norvège. Dans V Annuaire statistique de 1884, publié en 1886, le Portugal n'a même pu insérer qu’en appendice la superficie nouvelle de ses provinces. Pour la Norvège, la mesure nouvelle, prise sur les cartes topographiques au 50,000 e ou au 100,000 e , n’est complète que pour seize préfectures et la mesure ancienne reste encore la seule qu’on connaisse pour une partie des deux préfectures de Trondhyem et pour la totalité des préfectures de Nordland et de Finmarken.

Pour la superficie de la France, dont la carte d’état-major est achevée depuis huit ans, on trouve dans deux documents officiels presque contemporains, mais émanant de ministères différents, 52,700,680 hectares, nombre inséré dans la Situation financière des communes en 1878, publication du ministère de l’intérieur, et 52,906,203 hectares, nombre inséré dans le Compte définitif des recettes de l'exercice 1881, publication du ministère des finances. Tous deux procèdent du cadastre; mais le premier résulte des superficies déclarées par chaque commune et additionnées par départements ; le second est un travail fait à l’administration centrale en vue de la répartition de l’impôt foncier. Ces différences sont les plus considérables, mais elles ne sont pas les seules que l’on puisse citer dans les publications officielles de l’administration française (2).

Il y a longtemps que ce défaut de précision dans la connaissance de la surface du territoire français est connue de ceux qui s’occupent de cette matière : il y a une dizaine d’années que nous l’avons, pour notre part, signalé à l’administration. La publication de la Superficie de l'Europe par le général Strelbitsky a mis en quelque sorte la question à l’ordre du jour.

(1) Voir dans le Bulletin du Conseil supérieur de statistique, n. 1, p. 184, le rapport présenté, au nom de la Sous-Commission, par M. de Foville, et dans La France avec ses possessions d'outre-mer par E. Levasseur (édition in-8°) la note de la page 2.

(2) Par exemple, Y Almanach de Gotha de 1869 donne pour la superficie de l’Europe 9,962,000 kilomètres carrés; celui de 1883 donne 9,S90,150 kilomètres carrés. L'Annuaire du Bureau des longitudes de 1886, qui comprend, il est vrai, dans le total, le Spitzberg et autres îles de l’océan Glacial non comptés dans Y Almanach de Gotha, donne 9,962,858 kilomètres carrés, ou 9,972,900 kilomètres carrés d’après les mesures du général Strelbitsky.

SUPERFICIE ET POPULATION

Dans le partage des travaux de statistique internationale qui avait été fait à la session du Congrès international de statistique tenue à La Haye en 1869, la Pvussie s’était chargée de la superficie des Etats européens, et elle avait confirmé, en 1872, à la session de Saint-Pétersbourg, sa résolution d’entreprendre ce travail. Le général Strelbitsky l’a exécuté en employant pour chaque État des cartes d’état-major ou des cartes à grande échelle, et en procédant par voie géodésique pour les parties de ces États limitées par des méridiens et des parallèles, et par voie planimétrique pour les parties complémentaires de leur territoire, c’est-à-dire pour les parties situées en dehors des figures géométriques, entre les lignes qui les déterminaient et les frontières de l’Etat. Il le fit avec un souci scrupuleux do l’exactitude. Le résultat de ses calculs, publié en 1882, permit d’assigner une superficie plus précise aux États qui ne possédaient pas de données officielles à cet égard et attira l’attention de plusieurs gouvernements dont les données officielles différaient sensiblement du total trouvé par lui.

L’Italie s’émut la première; le total des superficies des anciens États de la péninsule montait à 296,323 kilomètres carrés; le général n’avait trouvé que 288,540.

L’Institut géographique militaire d’Italie reprit le calcul avec un soin plus minutieux encore, et trouva 286,588 kilomètres carrés (1).

En France, sur le vœu exprimé au ministre du commerce et de l’industrie par le Conseil supérieur de statistique, le ministre de la guerre a chargé le Dépôt de la guerre de procéder à une mesure planimétrique de la France sur la carte d’état-major au 80,000 e (2).

Nous donnons dans le tableau n. 7 la superficie calculée par le général Strelbitsky pour chaque État à côté de la superficie officielle ou de la superficie la plus autorisée à défaut de données officielles.

Hors d’Europe, les difficultés augmentent avec l’indétermination des frontières et l’imperfection des cartes. Il n’y a pas un seul État dans les quatre autres parties du monde qui possède une carte topographique représentant la

(1) Cette mesure varie elle-même suivant la formule qu’on adopte pour déterminer la sphéroïde terrestre. Les éléments de Clarke (1880) donnent 286,690 kilomètres carrés; les éléments de Delambre donnent 286,558. 9. Le général Strelbistsky a calculé d’après les éléments de Clarke (1866). Voir Istituto geografico militare - Superficie ciel Regno cV Italia valu tata nel x 1884. — Firenze, Tip. G. Barbèra, 1885.

(2) Le général Strelbitsky a pris ses mesures sur la carte d’état-major au 320,000?. Il a trouvé 533,479 kilomètres carrés, superficie plus grande que toutes celles que donnent d’après le cadastre les administrations françaises ; la superficie réelle doit être, en effet, ainsi que nous l’avons expliqué, supérieure à la superficie cadastrale.

JE. LEVASSEUll

totalité de sou territoire. Les États-Unis n’ont que des fragments qui se trouvent surtout dans la région située à l’ouest du 100 e méridien. La carte de l’Algérie est encore peu avancée; celle de l’Inde et celle de Java ne sont pas terminées; celle du Chili, dressée par M. Pissis, ne comprend pas les possessions nouvelles qui ont agrandi cette république au nord et au sud. Les limites des États de l’Amérique du sud sont encore pour la plupart indéterminées : c’est ainsi, par exemple, que, suivant l’opinion que l’on adopte r cl ai i ve m e n t aux frontières, on peut porter du simple au double la supei'ficie de la république de l’Équateur.

Nous donnons dans un des tableaux de l’Amérique du sud la superficie des provinces de la Bolivie, telle qu’elle résulte d’un calcul planimétrique fait sur la meilleure carte de ce pays, celle du colonel Ondarza, qui a une valeur semiofficielle , et que le Statesman’s Year-book de 1886 reproduit; le total est 2,186,573 kilomètres carrés. Cependant, la mesure planimétrique que nous avons sommairement prise sur notre carte murale de l’Amérique du sud au 10,000,000 e ne nous donne que 1,300,000 kilomètres carrés, et Y Almanach cle Gotha pour 1886 n’assigne à la Bolivie que 1,222,250 kilomètres carrés. Il est vrai que la frontière orientale de cette république, traversant des régions habitées par des sauvages et presqu'inaccessibles aux Boliviens civilisés, est tout-à-fait incertaine. Les limites des provinces ne sont pas, dans beaucoup de cas, mieux déterminées que celle des États ; au Brésil, il y a des territoires contestés entre plusieurs provinces, et, quand une rivière a été adoptée pour les séparer, il arrive que souvent le défaut de détermination précise du cours de la rivière rend la limite et, par suite, la superficie incertaine.

Pour la République Argentine même, qui a cependant aujourd’hui des frontières déterminées par des traités avec plusieurs de ses voisins, les superficies indiquées par divers auteurs présentent des différences notables. Il y a quelques années, dans un Précis de géographie destiné à l’enseignement, nous avions attribué aux 14 provinces de la Confédération Argentine une superficie de

1.410.000 kilomètres carrés, et à la République entière “ plus de 3 millions de kilomètres carrés avec la Patagonie et les territoires contestés. „ Un journaliste argentin, auteur d’un mémoire dans lequel il attribuait à ce territoire

4.200.000 kilomètres carrés, nous a reproché dans son journal, en termes plus vifs que pondérés, d’ignorer la superficie de son pays.

Nous savions que Y Almanach de Gotha, toujours soucieux de se renseigner exactement, avait donné à plusieurs reprises la double évaluation de 4,195,519 kilomètres carrés comme chiffre officiel de la superficie de la République Argentine avec la Patagonie, et de 3,051,705 comme résultat d’un calcul

SUPERFICIE ET POPULATION'

planimétrique plus exact exécuté en 1873 (1) à l’Institut géographique de J. Perthes, cependant, la critique venant d’un citoyen de la République Argentine, nous nous sommes imposé par là l’obligation d’examiner de nouveau la question.

Nous avons donc, sur les cartes de l’Amérique du sud à l’échelle du 7,500,000 e de l’atlas de Stieler, calculé la surface d’une figure enveloppant entièrement le territoire de la République Argentine (2) et limitée par des méridiens et des parallèles. L’emplacement ne nous permet de reproduire qu’à une échelle réduite (échelle du 19,000,000 e ) et comme spécimen de mesure planimétrique sommaire (voir la figure p. 1 1) cette figure qui, plus grande nécessairement que le territoire argentin, représente une superficie de 3,687,587 kilomètres carrés, mesurée par voie géodésique. Nous avons compté ensuite, à l’aide d’un papier quadrillé, le nombre de millimètres carrés compris entre les limites de la figure géométrique et les frontières ou les côtes de la République Argentine; nous avons trouvé une surface de 600,918 kilomètres carrés (3), mesurée par voie planimétrique. En déduisant ce nombre du nombre

(1) Voici quelques-unes des superficies données par Y Almanach de Gotha pour la Répuplique Argentine:

1871 ... „ 1,562,397 pour les 14 provinces

„ 3,425,287 avec la Patagonie, les Pampas et le Gran Chaco

„ 3,145,000 environ avec le Gran Ghaco et la Patagonie

„ 4,195,519 chiffres officiels '

„ 3,055,506 calcul planimétrique exécuté en 1873 sur la carte de la République

Argentine par Petermann „ 4,195,519 chiffres officiels

„ 3,051,705 calcul planimétrique

„ 2,835,970 d’après le traité de 1881 avec le Chili (voir Die Bevôlkerung der

Erde , VII, 86).

L'Annuaire du Bureau des longitudes pour 1885 donne 2,S35,000 kilomètres carrés.

M. Latzina, chef de la statistique argentine évalue la superficie de la République Argentine à 3,027,088 kilomètres carrés.

D’après un ouvrage récent de M. Jean M. Ÿfernet (La République Argentine et ses colonies. Description physique et statistique. Tome 1, Buenos-Aires, 1885) la superficie de la République Argentine est de 4,768,753 kil. c.

L'Annuaire de l'économie politique et de la statistique pour 1886 donne u 1,805,800 kilomètres carrés, et d’après la statistique officielle 3,108,000 kilomètres carrés. „

L’incertitude des limites de la République Argentine sur quelques parties de sa frontière est une des raisons de ces différences, mais elle ne suffit pas pour en rendre compte. L’Institut géographique argentin annonçait récemment qu’il allait dresser un atlas et qu’il avait résolu d’y faire figurer comme territoire argentin les îles Malouines, le territoire des Missions entre les deux rivières R. S. Antonio et Peperi et, au nord, le territoire de Firoja.

(2) A l’exception de la pointe orientale de la Terre de Feu et de l’ile des États.

(3) 10,683 millimètres carrés à l’échelle du 7,500,000.

E. LEVASSEUR

précédent, on obtient 3,086,669 kilomètres carrés. D’autre part, nous avons mesuré directement à l’aide du même papier quadrillé, par voie planimétrique, la superficie de la république, et nous hvons obtenu 2,745,000 kilomètres carrés (1), chiffre inférieur au précédent, parce que le mode de projection dans la partie méridionale de la carte rapetisse les surfaces. Ces mesures approximatives, toutes sommaires et imparfaites qu’elles soient, indiquent que la superficie réelle n’est pas éloignée des 2,836,000 kilomètres carrés que nous attribuons à la république Argentine dans le tableau de F Amérique du sud, et mettent, en tout cas, hors de cause l’évaluation du journaliste argentin, puisque la surface qui l'enveloppe est inférieure à 4 millions de kilomètres carrés.

(J) 488 centimètres carrés.

SUPERFICIE ET POPULATION

Page 1