‹ Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de laChapitre 10 sur 88 · DIVERSES ZONES DE CULTURE · texte numérisé non relu

DIVERSES ZONES DE CULTURE

Quoique la nature ait répandu ses bienfaits d'une manière fort inégale entre les divers climats, l'homme peut cependant s'accoutumer à chacun d'eux en variant un peu ses habitudes et son industrie. Il habite la Sibérie, qui ne produit que quelques mousses pour servir de pâtures à l'animal qui le nourrit de son lait; il vit sous la ligne, brûlé des rayons d'un soleil ardent. On peut s'expliquer comment le Hottentot et le Lapon vivent également heureux de leur sort, et pleins d'attachement pour le sol qui les vit nattre, quoique à des latitudes si éloignées, et sous une température si différente; un espace immense les sépare, et la nature, par des modifications

TOPOGRAPHIE. aS

dans l'organisation des individus , les dispose insensiblement à supporter, Fun Fâpretë des frimas du nord, et lautre Fexcessive chaleur de FAfrique. Mais cette heureuse faculté qiie Dieu a donnée à ITiomme de vivre et de se plaire sous les températures les plus opposées se fait remarquer bien davantage dans une portion de territoire oh régnent presqiie à-la-fois lés quatre saisons de Fannée, et qui, sous une étendue de sept à huit lieues, réunit le climat et les productions des diverses parties de l'Europe. Tel est le territoire . de Montenotte; les fleurs d'un printemps perpétuel couvrent les rivages baignés par la mer, tandis qu'à peu de distance les frimas blanchissent le sommet des montagnes. Déjà la pêche parfumée, le melon savoureux, couvrent la table des heureux habitants du littoral , quand la fraise commence à peine à mûrir dans les forêts demélèses et de sapins. Les animaux, obéissant à leur instinct, à leurs besoins, à leur organisation, ne dépassent point les limites que semblent avoir tracées, dans une étroite enceinte, la différence du sol et les degrés de la température. La chèvre, le chevreuil agile, s'élancent sur la pente escarpée des monts ; l'aigle établit son nid dans le creux de leurs rochers les plus élevés, et laisse les troupeaux timides errer dans les vallons. L'homme seul, vit également sur les plateaux les plus bas et les plus élevés des Apennins, capable à-la-fois de supporter ou le froid piquant des montagnes, ou Fair brûlant des rivages baignés par les flots.

Les climats se diversifient à mesure que l'on s'élève sur les montagnes qui rattachent FApeimin aux Alpes, et chaque climat a ses plantes et ses productions distinctes. Cette diversité de température étabUt des zones très marquées, et que nous allons décrire. En partant du bord de la mer, où le rosier et le citronûier fleurissent toute l'année , si tous gravissez les montagnes, TOUS laissez bientôt derrière vous ces jardins où le sol prodigue presque sans culture les fruits à côté des fleurs; bientôt vous cessez de rencontrer l'oranger, il s'éloigne peu du rivage. L'olivier résiste long-temps encore ; on voit que l'industrie s'est efforcée d'étendre le domaine de cet arbre précieux, n est rare qu'il passe le niveau de âoo mètres; cependant, les abris que lui offrent les hautes montagnes des Alpes contre les vents du nord lui assurent en quelques points une zone jJus élevée : c'est ainsi qu'à Pornassio on en trouve à 64o mètres au-dessus de la mer; mais ce fait particulier ne peut être

regardé que comme une rare exception. Le chêne vert cesse de croître sur le sol oîi s'arrête la culture de Folivier j mais la vigne, plus nécessaire au besoin de l'homme, se défend long-temps contre la rigueur du climat: elle fournit un vin liquoreux, au-delà de 5oo mètres de hauteur, quand elle est dans une^ bonne exposition •,- à 700 métrés, elle résiste encore, mais ses fruits cessent déjà de mûrir. Le mûrier n atteint déjà plus cette hauteur, soit qu'il ne puisse résister au froid, soit que Féducation du ver à soie devienne dèslors impraticable. Plus vivace que le mûrier, le châtaignier domestique donne encore des fruits; il ne s'élève point en général au-delà de 600 mètres. Le bois taiUis de châtaignier sauvage et les bois de hêtre lui succèdent, et déjà on commence à remarquer quelques pacages qui indiquent une végétation moins active. Les sapins et les mélèses commencent à la hauteur de 1,000 à 1,100 mètres, et ne s'étendent pas au-delà de i,5oo. A cette élévation l'Apennin est déjà totalement dominé, et Ton se trouve sur le contre-fort des Alpes. Les grands pacages, que l'on connoit sous le nom ^ Alpes y s'emparent alors de tous les cols et des plateaux couverts de neige pendant les deux tiers de Tannée; ils produisent, pendant l'été et le commencement de l'automne, une herbe fine et succulente; les laitages y sont excellents; on y conduit les troupeaux dans la saison qui adoucit l'aspérité de ce climat : le domaine des grands pacages ne s'élève pas au-dessus de 2,000 mètres, c'est sensiblement la hauteur du Mont-Cenis. Déjà l'on voit s'élancer des rochers nus et menaçants sur lesquels les mousses seules semblent pouvoir trouver quelque substance. L'ombre de ces rochers maintient, d'espace en espace, des flaches de neige contre l'influence des rayons du soleil; ces flaches se multiplient ainsi que les rochers nus, et la région des neiges étemelles commence à 2,45o mètres de hauteur; mais déjà l'ioeil n'aperçoit plus le territoire de Montenotte, que lui dérobe l'étendue des glacières. ^

Voici les cols ou passages principaux de la grande chaîne des Apennins. .

Le col deNava, hauteur au-dessus de la mer. 964 mètres.

de Montariolo, près de Caprauna- 980

de Borghetto 920

de Rocca-Barbena 900

de Montecalvo 890

Le col de Sette-Panni hauteur 85o mètres.

de Saint-Jacques 800

d'Altarre 49^

de Gastellasso 685

de Montenotte 700

de Zovo 760

de Montebevea 8i5

De la grande chaîne des Apennins se détachent plusieurs rameaux de montagnes moins ëlerées, qui tournent du côté du sud, et salongent en s'abaissant, jusqu'au bord de la mer. Venant de l'ouest à lest, et depuis la rivière de Taggia jusqu'à Albinga , la première zone de culture est celle des oliviers, qui s'étend depuis le bord de la mer jusqu'à la hauteur de 200 métrés ; après les oliviers, et en remontant sur les cols, on rencontre les châtaigniers, sur-tout aux revers ; cette production occupe une zone de 80 mètres. Viennent ensuite des buissons, des pâturages au sud, et des bois taillis au nord, lesquels s'étendent jusqu'au sommet*, de loin en loin s'élèvent des rochers nus; les jardins et les plantations d'orangers se trouvent au bord de la mer.

D' Albinga à Arenzano, la première zone de culture, qui s'élève depuis la mer jusqu'à la hauteur de 23o mètres, est mêlée d'oliviers et de vignes : souvent on voit dominer la vigne; les oliviers ne sont pas si productifs ni entretenus avec autant de soin que ceux qui se trouvent entre Albinga et Taggia. D' Albinga à Savone, les oliviers sont encore nombreux et toujours mêlés avec les vignes; on en voit moins de Savone à Arenzano.

Par-tout où l'on trouve des vignes, on trouve aussi des champs et quelques prés; les châtaigniers s'élèvent au-dessus des vignes et des oliviers; du côté du nord, ils commencent au pied des montagnes et vont jusqu'à la hauteur de 280 mètres. Après les châtaigniers, on ne voit que des friches, des terres vaines et des pâtures; au nord, des bois et des rochers. C'est au bord de la mer, dans les petites plaines, et à côté des habitations, que se trouvent toujours les jardins potagers, et les bosquets d'orangers.

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