VACCINE
Les premières notions sur les propriétés du virus vaccin parvinrent à Gênes, comme en France, vers l'an 1800; bientôt elles se répandirent à Savone. Mais Futilité de cette découverte fut combattue de tant de manières, et si fbiblement appuyée par le gouvernement génois, que Fusage de la vaccine eut beaucoup de peine à se répandre dans la capitale et dans la partie méridionale de Montenotte.
La partie septentrionale, réunie à la France, fut plus heureuse, grâce à Finfluence de Fadministration française et aux précieuses instructions du comité de vaccine établi à Paris.
Ce ne fut qu'en 1 8o3 que l'on commença à vacciner dans les arrondissements de Port-Maurice et de Savone, mais toujours avec peu de succès, jusqu'à l'époque de la réunion en i8o5. Alors les préjugés furent attaqués avec force. Parmi les hommes recommandables qui y Contribuèrent le plus, on doit citer M. Mariani, alors receveur- général de Montenotte.
Avec des connoissances étendues en médecine, M. Mariani se livra luimême à la pratique de la vaccination, et fit beaucoup par son exemple et par ses exhortations. L'épidémie varioleuse de i8o5 à 1806, en secondant par de terribles leçons les efforts de Fadministration et le zèle de quelques particuliers, assura entièrement le triomphe de la vaccine sur les préjugés du pays. A cette époque, l'activité des fontîtionnaires, les conseils des médecins, les exliortations pressantes des curés, et les ravages de l'épidémie, firent taire l'ignorance, et parlèrent fortement aux cœurs des parents, qui avoient vu, pendant la durée du fléau, mourir trois cent cinquante enfants dans la commune de Savone, et plus de mille dans les deux arrondissements littoraux.
3o4 ^ CHAPITRE II.
Peux mille enfents furent aussitôt vaccinés dans cette partie seule du département.
Le zèle d'un comité central, et la crainte qu'a voit répandue dans les campagnes la mortalité survenue à Savone, encouragèrent tellement les habitants des villages à adopter l'usage de la vaccine, que dès ce moment la pratique en devint presque générale. Le médecin Carupi , chargé de vacciner gratuitement dans chaque commune de l'arrondissement d'Ac({ui , fit plus de cinq mille vaccinations dans une seule campagne. Le comité central de Paris loua son zèle et sa méthode, et lui fit accorder deux médailles d'honneur et d'encouragement, qui excitèrent une grande émulation entre les médecins des autres arrondissements.
Afin de lier une correspondance active entre tous les points du département, on établit au commencement de 1810, un comité de vaccine dans chaque arrondissement. Ces comités, à l'exemple de celui du département, choisirent des correspondants éclairés parmi les médecins des villes et des villages j surent envoyer à propos des circulaires pressantes ; s'appliquèrent à procurer du virus de bonne qualité partout où il manquoit, et n'oubhèrent enfin rien de ce qui pouvoit assurer le succès de leurs' eflfbrts.
On ne peut passer sous silence le zèle bienfaisant des évêques pour seconder l'administration, ni l'utile influence des curés pour feire sentir à leurs paroissiens le prix d^une découverte si importante pour l'humanité.
C'est à la réunion de ces efforts que l'on doit attribuer le nombre des vaccinations opérées dans ce département pendant cinq années. Elles se montent à 1 6,358 dans les arrondissements de Ceva et d'Acqui, et à 8,56o dans les arrondissements liguriens, ce qui fait un total de 249918.
Pour anéantir la petite-vérole, il faudroit à la vérité que les vaccinations excédassent chaque année les naissances, qui montent à plus de dix mille dans le département. Cependant les avantages obtenus étoient immenses, et ils devinrent sur-tout sensibles au moment d'une épidémie varioleuse apportée sur le littoral par des conscrits venant du midi de la France. La contagion se propagea, malgré toutes les précautions, dans les arrondissements de Savone et de Port-Maurice ; mais aucun des enfants vaccinés ne
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fut atteint; douze au plus succombèrent à Savone, et trente dans les deux arrondissements.