STATISTIQUE MÉDICALE
Le climat, la nourriture que produit le sol, Téducation^ les habitudes, exercent une puissante influence sur le déyeloppement des organes, sur les dispositions physiques de Fhomme; <;es causes forment le caractère particulier qui distinguent les individus de chaque nation ^ ce sont elles qui déterminent le genre des maladies dominantes dans chaque contrée.
Nous avons déjà parlé de la topographie et du climat de Montenotte. Il suffira den retracer ici les traits principaux, dans leurs rapports avec la santé publique; nous analyserons ensuite les observations que les médecins du département ont bien voulu nous fournir, et nous rechercherons les causes des maladies locales en indiquant les précautions qui peuvent en préserver. On citera des faits sans entrer dans le détail des méthodes curatives qui ne peuvent être déterminées que par les circonstances particulières, et qui d ailleurs varient suivant les divers systèmes de médecins. Heureux si le tableau de ces recherches attire Fattention sur quelques causes d'insalubrité qu on peut détruire, et éclairer le cultivateur sur les précautions propres à garantir et à prolonger ses jours !
Le pays de Montenotte, coupé dan& toute sa longueur par une grande chaîne de montagnes, présente deux versants opposés, Fun méridional, Fautre septentrional. Delà deux climats tout différents; delà deux divisions bien marquées entre les indigènes, ceux qui habitent les montagnes, et ceux qui
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vivent dans les plaines ou dans le fond des vallées; ceux-ci sont répandus sur un espace de vingt-huit lieues de longueur, entre Riva et Airenzano, et quatre à huit lieues de largeur entre le bord de la mer et la crête de l'Apennin.
Les maladies qui affectent le plus les habitants de cette partie de lancien département, sont : les péripneumonies(i), les pleurésies, les esquinancies, les toux, les rhumes aigus, et enfin toutes les maladies inflammatoires. Elles se manifestent particulièrement parmi les individus de tempérament sanguin et bilieux, de fibre élastique, et parmi les villageois, les marins, et autres artisans laborieux exposés à la chaleur du feu, tels que les serruriers, boulangers, etc., sur-tout au commencement de Thiver et du printemps.
Il est reconnu que les habitants de la Lombardie et du Piémont sont moins sujets aux maladies de ce genre que ceux du littoral; voici les causes qui contribuent à y rendre les tempéraments plus susceptibles d'inflammation. Commençons par les circonstances atmosphériques.
Au premier coup d'œil, le littoral semble un pays de délices. Exposé au midi , abrité par les Apennins, on y trouve toutes les douceurs du climat le plus heureux, pendant que les frimas régnent de l'autre côté de la chaîne. Les campagnes sont riantes, les prairies émaillées de mille fleurs, les champs parés d'orangers et d'oliviers toujours verts; mais ces avantages sont bien payés par l'action maligne des vents qui y soufflent habituellement; ce sont d'un côté, les vent$de mer, vents humides, chauds, peu impétueux et très variables, qui s'élèvent rarement au-dessus de la sommité des montagnes; ce sont de l'autre, les vents froids et violents qui régnent sur la partie opposée des monts, et qui viennent se précipiter dans les vallées avec un poids terrible, et comme des torrents glacés ; on les voit occuper en temps divers l'atmosphère inférieure, y établir sur des points rapprochés les température sles plus contraires et faire éprouver aux habitants, souvent même plusieurs fbis dans la même journée, l'impression funeste et subite de la chaleur et du froid.
Ces variations dans la températujre sont telles, que le thermomètre, dans
(i) Les péripneumônîes sont des inflammations qui environnent les poumons , et qui affectent la membrane qui enveloppe ces organes.
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la partie défendue du vent, se soutient quelquefois à 8 .degrés au-dessus de zéro, tandis que dans le même village, au débouché de la vallée, un thermo* mètre égal descend au même moment à 3 ou 4 degrés au-dessous de la glace. Ce fait a été constaté à Finale, au mois de mars 1802, et de février i8o4; ainsi la température varioit, sur le même point, de 12 degrés, et on assure même de i4; qu'on ajoute à cela les variations barométriques qui résultent de la même cause et qui ne laissent pas d'avoir de l'influence sur quelques maladies, l'on se fera une idée des atteintes que doivent éprouver sur le littoral les tempéraments mêmes les plus forts.
La fibre animale éprouvant presque au même instant les effets du printemps et ceux d'un hiver rigoureux, est saisie de ces spasmes violents et brusques, d'où naissent les inflammations. Que produit en effet l'impression de la chaleur? Elle dilate le sang, elle épanouit les vaisseaux capillaires. Ces vaisseaux se laissent donc plus facilement pénétrer par le sang qui les échauffe et les colore. Dans cet état d'expansion et de plénitude, si le froid survient tout^à-coup, les vaisseaux surpris, resserrés par une action si subite, s'appliquent étroitement sur le sang qui les remplit, le compriment, le poussent dans les vaisseaux blancs voisins, dont le calibre est forcé, et où il agita la manière d'un corps étranger. Il en irrite la sensibilité, et delà ces vives douleurs qui marquent d'ordinaire le début des inflammations dans les membranes séreuses. Ces inflammations et les fièvres qu'elles provoquent sont plus familières aux tempéraments sanguins et bilieux, fort communs dans ce climat.
La variation continuelle de la température produit l'élasticité de la fibre, de même que la stagnation de l'air en produit le relâchement.
L'atmosphère est plus irritante que dans les vallées humides, situées pardelà les montagnes; elle est même imprégnée de quelques sels volatils ma-, rins qui rendent le tempérament plus aride et plus susceptible d'impressions diverses. Le genre de nourriture des habitants ajoute encore à toutes ces causes d'irritation , ils ne se nourrissent que de poissons secs, d'apprêts à l'huile, d'épiceries, de viandes salées, etc.
Si la masse de la population est en général sujette aux maladies inflammatoires, à plus forte raison ces maladies doivent-elles attaquer les individus
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forcés par état à des exercices violents et qui excitent une forte transpiration. On a observé en effet que les matelots, les gens de campagnes, les boulangers, les serruriers, sont plus souvent atteints.
Les personnes dont le tissu cutané est délicat, celles qui font excès de nourriture, qui se livrent à l'usage des liqueurs fermentées, ou qui éprouvent des passions violentes, telles que la colère, sont exposées au même péril ; elles le sont surtout au commencement de llii ver et du printemps, époque où Fatmosphère se montre dans toute son inconstance, et où Ion n oppose à ses attaques qu une fibre affoiblie par la chaleur de Fêté, ou commençant à perdre la force acquise pendant la saison des froids.
Tant de causes de malignité réunies sont heureusement modifiées par la force de l'habitude, et elles ne produisent pas t^jours leur efifet, quoiqu'on puisse regarder leur influence comme prédominante.
Chacun se précautionne contre le mal, en raison des risques auxquels il est exposé suivant les saisons, ses affections, son état, et les dispositions où il se trouve. Ainsi l'homme d'un tempérament bilieux et sanguin d'une fibre élastique, celui qui est adonné aux métiers fatigants, celui dont la peau est fine et délicate, garderont de s'exposer à Faction subite d'un torrent d'air, particulièrement après quelques excès, dans le moment d'une passion violente, d'une suppression , ou d'une sueur abondante. Us auront soin d'être sobres, de foire peu d'usage des liqueurs fortes à l'entrée de Fhiver et du printemps, et d'éviter les refroidissements subits.
L'hémoptysie, la phthisie, causée par Fulcération des poumons, sont deux maladies qui régnent souvent parmi cette population; elles sont en général héréditaires et se développent facilement dans les tempéraments du genre sanguin, bilieux, fibres irritables, chair^ blanche, système cutané délicat, mauvaise conformation de poitrine, et parmi les artisans obligés par état à produire une force musculaire dans les pectoraux, ou à développer avec effort l'action des poumons.
L'usage où l'on est d'envoyer dans l'intérieur du Piémont les personnes attaquées d'hémoptysie et de phthisies , prouve assez que ce climat ne leur est pas favorable; aussi ces maladies sont-elles prédominantes comme les fièvres inflammatoires. Elles tiennent en partie aux mêmes causes.
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Les tempéraments sur lesquels elles produisent le plus d effet sont ceux mêmes qui résultent de laction de notre atmosphère; ses variations continuelles et subites sont propres à produire des rhumes et des toux obstinées : ces indispositions négligées conduisent à la phthisie. Les toux et les rhumes, dit M. Tissot, détruisent plus d'individus que la peste elle-même;. la, suite des inflammations de poitrine fréquentes peut conduire à la même maladie ; il y faut joindre l'action dun air épuré, trop vif et chargé d'ailleurs de sels volatils très irritants. Les variations du baromètre dans ce climat indiquent ; une pression sur les viscères tantôt forte , tantôt foible , et favorisent l'hémor-
/ ragie, sur-tout dans les poitrines déjà desséchées et irritées.
Les tempéraments flegmatiques et pituiteux. qui tiennent souvent à la diathèse scrophuleuse, sont aussi sujets à la phthisie par le concours des cir*constances dont nous avons parlé. Les maladies, cutanées mal guéries dégénèrent facilement en pulmonie; elles sont assez fréquentes sur le littoral: aussi cette maladie est d'autant plus dangereuse qu'elle se propage par la génération, qu'elle est en quelque sorte héréditaire, et que cette cause tend sans cesse à la multiplier sous un chmat qui tend sans cesse à la produire.
Les tempéraments que nous avons décrits comme.sujets. à la phthisie doivent se garder de s'exposer aux vicissitudes inopinées de l'atmosphère, se jwéserver des rhumes, des toux, des transpirations ^supprimées, les traiter avec le plus grand soin, abandonner sans hésiter les exercices de poitrine fatigants, tels que l'art oratoire, les instruments à vent, le chant, sur- tout s'ils sont nés de parents morts phthisiques, se garder de violentes passions et des excès de la volupté. Ces précautions valent mieux que la médecine thét>rique, car cette maladie une fois développée se rit de tous les efïbrts de l'art. Peut-être pourroit-on joindre aux recommandations et au^c conseils de l'autorité un règlement de police, qui prescrirait de brûler, ou du moins de purifier par des procédés efficaces les effets des personnes mortes de cette maladie, car plusieurs médecins croient qu'elle peut être contagieuse. La conscription, en retardant les mariages jusqu'à vingt-un ans,, pourroit contribuer aussi à empêcher la propagation de cette maladie qui est moins dangereuse dans l'âge de la parfaite virilité.
, Les maladies cutanées^ dartreuses, les diverses espèces de scrophules, les
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efflorescences, les pustules, etc., sont assez fréqueutes dans ce département; elles se développent principalemeiit dans les tempéraments sang;uins bilieux, chez les ivrognes, les indi\ndus sujets à une transpiration viciée, et parmi la classe indigente/
On attribue cet effet aux exhalaisons salines dont lair est chargé et à labus des épiceries et des salaisons qui composent la nourriture de la population, ainsi qu à la malpropreté de la classe indigente.
Ceux qui sont le plus sujets à être atteints de cette maladie doivent fîiir la fréquentation de personnes affligées de maux semblables qui sont souvent contagieux, et maintenir la propreté dans leurs maisons, dans leurs vète^ ments, et sur leur personne. Ce soin devient facile sous un climat qui donne toutes les commodités désirables pour laver et sécher les vêtements. Le bord de la mer et la chaleur du climat pendant la saison oh tous ces maux se manifestent, donnent tous les moyens de prendre des bains.
Les maladies herniaires sont assez communes ; elles s observent dans 1 un et dans lautre sexe, particulièrement parmi la classe laborieuse et dans les tempéraments pituiteux ou flegmatiques.
Les vents chauds et humides ralentissent l'énergie et le ton de la fibre, et cest une des causes de la maladie. Les hemieux s en trouvent si mal, qu'ils redoublent de précautions dans ces circonstances; mais la cause principale provient des efforts prématurés que fait la classe pauvre en portant des faix de bois énormes sur la tête, et cela dans les sentiers les {Jus roides et les plus escarpés.
On recommande au\ personnes douées dun tempérament lymphatique, aux individus obligés à de grands efïbrts musculaires, de les éviter dans Tâge tendre, particulièrement pendant l'action des vents chauds et humides, de se préserver de laccroissement du mal dès le moment où il se manifeste, en se munissant de bons bandages. Les femmes, dans les circonstances de l'ac* couchement, sont aussi très sujettes à cette maladie; elles doivent écouter l'avis de l'accoucheur, ne point se fatiguer par des efïbrts anticipés, et surtout faire connoître le mal qu'elles éprouvent, car souvent une négligence peut entraîner la mort.
Les affections spasmodicpies, les vapeurs, l'hystérie, les convulsions, etc.,
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sont très communes sur le littoral, particulièrement chez les femmes; elles régnent en plus grand nombre parmi les habitants des villes et des bourgs, et notamment dans les tempéraments sanguins, bilieux, les fibres sèches et les constitutions foibles, moins parmi les habitants de la campagne.
11 n'est pas surprenant qu un climat pareil à celui qu'on a décrit, qu un air vif, qu'une nourriture irritante, agissent puissamment sur le système nerveux, sur une fibre délicate et sèche et toujours dans une sorte de contraction : tous les stimulants ne produisent, en dernière analyse, que la tbiblesse de l'économie animale. Les affections morales, les passions, qui sont très vives parmi cette population, contribuent à augmenter l'intensité de la maladie; elle est plus commune dans les villes, parceque les passions y sont plus ardentes, et la nourriture plus irritante encore. On remarque que, dans les montagnes de la Syisse, oh le peuple ne vit guère que de beurre et de laitage, les passions y sont plus tranquilles, et que l'on n'y sait pas ce que c'est que ces convulsions.
Les femmes d'un tempérament sanguin, bilieux, celles de constitution fbible et délicate, doivent s'abstenir de tout genre d'intempérance et de toutes passions violentes; elles doivent éviter le café, le thé, les liqueurs, les épiceries et aromates, et même les vins trop liquoreux; elles doivent foire un exercice modéré, et prendre l'air habituellement; une inaction complète ne peut qu'affoiblir le système nerveux.
Nous ne ferons pas mention des maladies communes à tous les climats, et qui sont accidentelles; de ce nombre sont les dyssenteries, les diarrhées, les cohques, qui proviennent de l'usage du fruit vert, de l'abus des herbages, des légumes, sur-tout si à une saison chaude et sèche succède une température froide et humide; les fièvres gastriques sont la suite dune nourriture trop subetantielle pendant l'influence d'une température chaude et humide. Nous ne parlerons pas des maladies des enfants occasionées par les vers, les dents, .la toux, non plus que de la scarlatine et de la rougeole, qui n'ont aucun caractère particulier dans ce pays ; nous ferons observer seulement que le rachitisme est peu fréquent, et que l'épidémie de la petite-vérole est infiniment diminuée depuis quatre années environ que la vaccine a été presque généralement adoptée.
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Nous allons passer à quelques maladies qui proviennent des causes locales; nous commencerons par les fièvres intermittentes ou à [paroxysmes. Le canton d'Albenga et les communes voisines y sont sujettes. La plaine d'Albenga est à-la-fbis arrosée et ravagée par le torrent la Genta qui Tinonde quelquefois totalement, et qui, arrêtée à son embouchure par la barre que forme la mer, remplit de ses eaux plusieurs marais.pernicieux. Outre cela on y cultive le chanvre en abondance, et on le fait rouïr assez généralement près des habitations. De ces deux causes provient un dégagement abondant de gaz méphitique, probablement d'hydrogène carboné, qui affecte vivement la santé habitants, et les soumet à des fièvres intermittentes, quelquefois continues, putrides, gastriques, et nerveuses. Ces fièvres laissent toujours des traces de leur passage. On remarque dans cette population une foiblesse générale dans la système musculaire, un teint jaune, et les symptômes d'asthénie; elles occasionent encore des ulcères chroniques aux jambes très difficiles à guérir.
Il faut de grands ouvrages pour purger ce climat de Finsahibrité à laquelle il est sujet. Il seroit possible d'encaisser le torrent, de feciliter l'écoulement des eaux à la mer, et de combler de sable les petits marais situés près du rivage; mais de pareilles entreprises ne peuvent avoir lieu sans le secoivs du gouvernement; elles sont au-dessus des moyens des habitants. Une mesure de police sévèrement exécutée, qui feroit éloigner des habitations les fosses destinées à rouir le chanvre, qui empècheroit l'usage -établi de faire du fumier pour les engrais, devant les maisons, sur les routes vicinales, contribuerait en partie à foire atteindre provisoirement le but qu'on se propose. On recommande aux cultivateurs, pour préservatif, de restaurer leurs forces dans le temps de la récolte du chanvre en faisant, s'ils le peuvent, usage du vin. Ils ne doivent pas s'exposer de nuit, et à jeun aux exhalaisons méphitiques; enfin ils doivent, autant qu'ils le pourront, nettoyer les fossés qui environnent leurs champs avant que les eaux stagnantes ne putréfient les végétaux et les insectes qui les couvrent.
Il nous reste à parler d'un fléau autrefois terrible , moins cruel aujourd'hui, mais toujours redoutable, c'est la lèpre ou éléphantiasis, qui depuis plus de , soixante ans se maintient dans diverses fomilles de la vallée d'Oneille et
dePréla. On na pu découvrir les causes particulières qui développent et qui perpétuent cette maladie. On doit donc présumer, et avec raison, que cette lèpre a été apportée par quelques individus d'un pays éloigné, et qu'elle a été propagée par la génération; car elle ne paroît pas autrement contagieuse. Peut-être seroit-il convenable, après avoir pris des informations exactes sur le caractère particulier de cette maladie, d'interdire le mariage à la classe infectée qui est encore peu nombreuse, et d'essayer sur elle les eaux thermales d'Acqui qui sont regardées comme efficaces dans les maladies de ce genre.
Nous allons passer maintenant aux maladies qui affectent les habitants du versant septentrional, où sont situés les deux arrondissements de Geva et d'Acqui.
Les catharres muqueux, les esquinancies de même nature, les fièvres catharrales, les érysipèles, les arthritis, la sciatique, les affections nerveuses et autres semblables, sont dominantes dans cette partie du département, principalement au commencement de l'hiver et dans le printemps , surtout parmi la classe laborieuse et les tempéraments bilieux lymphatiques^ On ne laisse pas que d'observer sur quelques points des maladies inflammatoires*, celles d'un caractère bilieux, muqueux, gastrique, régnent de préférence.
Des vents marins fréquents, une atmosphère plus calme, un froid plus régulier, une température plus égale, enfin un air moins vif et moins chargé d'exhalaisons salines font dominer dans cette partie du département les tempéraments pituiteux ou lymphatiques bilieux. La nourriture y est moins excitante; elle consiste en châtaignes, maïs, pommes de terre, et laitage, et favorise encore le développement de semblables tempéraments. L'entrée de l'hiver, qui est marquée par des froids précoces, et qui fait succéder à la chaleur du jour des nuits très fraîches, occasione des secousses fort vives sur la fibre animale; mais cette fibre étant plus relâchée, et la nourriture ne concourant pas à l'exciter, les maladies inflammatoires qui résultent de ces variations subites ne sont pas de même nature que celles de l'autre versant : elles se manifestent d'ordinaire par des symptômes gastriques. La longue inaction à laquelle le cultivateur est condamné l'hiver, après les travaux de l'été, con-
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tribue à leur développement. Quant aux autres maux dont nous avons parlé, on en découvre la cause dans 1 affoiblissement des forces qui ne peuvent lutter avec avantage contre les variations de température.
La seule précaution qu on puisse opposer à cette disposition générale des habitants aux maladies que nous venons de décrire, est de choisir principalement des habitations séchas, exemptes d'humidité, d'éviter le passage subit d'une salle échauffée au froid de l'atmosphère, et de fuir toute intempérance, sur-tout lorsqu'on est doué d'un tempérament bilieux lymphatique.
Les coliques, le cholera-morbus, les diarrhées, les obstructions de basventre s'observent, quoiqu'on petit nombre, l'été et l'automne, chez les gens pauvres , leurs enfants, et chez toutes les personnes dua tempérament bilieux et lymphatique.
Le climat des montagnes étant sujet à une humidité constante pendant une partie de l'année, à des bouillards, à des gelées blanches, les légumes et les- fruits mûrissent plus tard et sont moins bons^ cependant les gen^.du peuple, et principalement les plus pauvres, font un gvand usage de cette mauvaise nourriture qui est fort malsaine, qui afibiblit leur force, et les met hors <rétat de lutter contre Finfluence des neiges, des gelées blanches d'au-» torane, et des brouillards de toute saison. Les tempéraments bilieux lyntphatiques, et la tendre enfance, sont très sujets à ces maux. Les enfants doivent sur-tout éviter avec grand soin d'aller nu-pieds par les froids et Thumidité; l'on doit les préserver de l'influence des gelées du matin;, enfin il est bon de tempérer la crudité et le peu de substance des aliments i>ar l'usage modéré du vin que l'on peut regarder comme.un préservatif.
Les fièvres gastriques dominent sur le versant ^septentrional, spécialement en automne et en été , et les fièvres inflammatoires d'hiver sont accompagnées de symptômes gastriques bilieux. . ....
d'est au genre de nourriture dont nous avons parlé, qui laisse sur J'estonfac des flegmes abondants, et qui ne peut qu'engendrer un. mauvais chyle, qu'est dii un excès de gastricité qui domine dans beaucoup de tempéraments. Cet excès joint au stimulant d'une grande chaleur de l'été, ou des variations de température de la nuit au jour, doit occasioner les Gèvres dont on vient de parler, et compliquer le cours des fièvres inflammatoires d'hiver. Un
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exercice modéré^ lusage du vin, un climat aéré et sec, Fabsence des passions violentes, peuvent prévenir les effets de la maladie gastrique.
L ascite et particulièrement l'hydrothorax, se trouvent sur-tout chez les personnes sujettes aux accidents qu'on va décrire.
Ces maladies sont la suite d'une.nourriture débilitante qui se combine avec quelques stimulants accidentels, comme lexcès de fatigue, labus du vin, une passion de lame trop forte, et quelques circonstances de Fatmosphère. Ces causes amènent une foiblesse totale dans le système vasculaire lymphatique. L'homme de fatigue, s'il a quelque vice de conformation dans la poitrine, d<Mt éviter avec soin une nourriture débilitante, et ne s'adonner n aux liqueurs, ni aux excès d'aucun genre, et ne pas se laisser abattre enfin par la langueur, ou dominer par une passion quiconque. On observe encore qu'il faut employer très proïkiptement les moyens de guérison, sans cela ils deviendroient sans effet.
On observe souvent dans cette partie du département les ophtalmies, et les inflammations internes d oreilles avec quelque surdité passagère; elles paroissent quelquefois épidémiques attaquant toute sorte de tempérament.
Cet effet tient à Faction des vents de mer humides et chauds. Quand ils succèdent immédiatement aux vents septentrionaux, ils relâchent subitement les extrémités des vase$ sanguins d'où naissent des engorgements : dans la membrane des yeux; ils fomentent encore cette épidémie passagère par les brouillards, les givres, et l'humidité qu'ils apportent. Ce que nous venon^ de dire pour les yeu* s'applique également à' l'organe de l'ouïe.
Éviter Faction de ces vents, et des brouillards à l'entrée de la nuit, porter du coton dans les oreilles pendant des temps semblables; telles sont les précautions les plus propres à éviter ces maux qui n'ont d'ailleurs aucun caractère inquiétant.
Nous ne parlerons pas des hernies qui sont fort communes sous ce climat, par les raisons que nous avons exposées quand il a été question de ce genre de maladie dans l'autre versant.
La vaccine, adoptée partout avec le même empressement^ a, en grande partie, exempté le pays des ravages de la petite-vérole.
Nous allons maintenant passer aux maladies qui tiennent plus, en quelque
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sorte, à des circonstances locales qu à des causes générales et communes à tout le pays.
Dans les cantons de Nizza, d'Incisa, Ponzone, Malyicino, Cavatore, Mom* barusso, et Bruno, il circule une maladie appelée pe/agrra, espèce de dartre acre et rebelle; elle est décrite par MM. AUiau et Stranchi comme ayant pris son origine dans le pays.^On ne sait si la maladie est contagieuse; on lattribue soit à lusage ancien d avoir des cimetières dans les églises, soit à rhumidité, et à la malpropreté des habitations de cette contrée. Le genre de nourriture, qui est débilitant, sert encore à la développer (i).
En transportant les cimetières hors des bourgs et villages, ladministratioa a ôté une des causes de l'insalubrité, et les habitants seconderoient lefficacité de ce moyen en se tenant dans une grande propreté, et en évitant une vie trop peu substantielle. Dans les environs de Fontanille, Mombarusso, Castel-Nuovo-Bormida, comme aussi deDogliani, et ses environs, dominent les fièvres intermittentes. La grande quantité des eaux, les marais qu elles forment, soit dans les lits abandonnés par la Bormida et la Rhéa, ou pourissent quantité de joncs et d'insectes, soit dans les dérivations fréquentes des rivières pour Farrosage du maïs et des légumes, sont les causes des exha^ laisons empoisonnées qui produisent ces maladies : il faut y ajouter Todeur qui résulte de la putréfaction des chrysalides des Vers à soie dans le local même des filatures qui sont nombreuses dans le pays.
Assujettir les eaux d'irrigation à un écoulement régulier, éviter, à laide de quelques plantations et travaux d art, le changement de lit de la Rhéa et de la Bormida , qui , dans Finégalité de leur cours , dévastent d'une part un terrain fertile, et laissent de l'autre un marais empesté: telles sont les précautions qu'on indique aux habitants et aux administrateurs.
La police locale peut aussi exiger que les vers des chrysalides soient portés chaque jour dans des fosses à fumier, à des endroits déterminés. Les habitants doivent se garder d'ailleurs de s'exposer aux exhalaisons que nou&
(i) Il existe une dissertation de Janson sur la pelagre. J. M. d^Ollegio, Gherinî, Moscati, et Frapolli , ont également écrit sur cette maladie.
POPULATION. Si;
avons décrites, sur-tout le matin , et à la nuit, et lorsqu'ils sont à jeun où fatigués.
Une autre maladie locale ou chronique, le goitre, règne dans plusieurs points de cette partie du département, sur-tout dans les cantons de Dégo, de Spiguo, Visone, dans la vallée du Tanaro, depuis son origine jusqu audelà de Ceva, du côté de Murazzano, et de quelques autres points du même arrondissement. Elle attaque ^plutôt les gens de la campagne que ceux de la ville ^ les femmes que les hommes; elle est quelquefois héréditaire, et accompagnée d'autres vices de conformation, tels que rachitisme, gibbosités, hernies, etc., et donne à quelques individus une stupidité qui les rapproche de l'idiotisme.
Il n'est aucun doute que ces tempéraments lymphatiques et foibles ne soient les plus sujets à ce vice : les femmes y sont encore plus exposées par leur foiblesse naturelle. Les efforts que leur occasionent les vomissements ou les accouchement», la fatigue extraordinaire à laquelle sont assujetties les campagnardes dès leur enfance, une nourriture constamment farineuse et débilitante, rendent ces maladies prédominantes dans les campagnes plus que dans les villes; mais on les attribue sur-tout à l'usage des eaux bourbeuses, et provenant de la fonte des neiges. La stagnation de l'air dans des pays situés au fond des vallées, sous une atmosphère agitée par elle-même, laisse la fibre dans l'inaction-, de là vient l'engorgement des fluides et le développement du goitre : ces mêmes causes engourdissent les fonctions de l'esprit, et entravent la libre circulation du sang dans le cerveau, d'où résulte souvent la stupidité.
Trop de causes concourent à produire ce mal pour qu'on puisse indiquer des moyens puissants de conservation. Garantir,^'enfance des fatigues prématurées, éviter l'usage des eaux bourbeuses, et de celles qui proviennent de la fonte des neiges, bu les corriger par un peu de vin, ne pas abuser d'un aliment farineux pur, faire un exercice constant, et hors des lieux où l'air reste stagnant : tels sont les seuls moyens qu'il paroisse possible d'adopter.
On doit faire ici une observation générale qui s'applique également aux deux versants, et qui est fort curieuse : c'est qu'il existe peu d'aveugles dans le département; à peine voit-on six ou sept muets: on n'y compte pas dix
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fous connus pour tels, et il ny a jamais existe d'établissements pour les renfermer.
Tel est le précis général des maladies, et des vices de nature qui afiectent la population de Montenotte. On n entre pas, ainsi c{u oh la déjà dit, dans le labyrinthe des méthodes çuratives qui sont souvent sujettes aux caprices de lopinion et à lesprit du temps.
On a remarqué plus haut, par les tables de mortalité, que la vie moyenne de Fhomme sous ce climat est de 29 ans au moins; ce calcul est avantageux, et prouve une assez grande longévité; il démontre que le climat du département est en général des plus sains, et qu en remédiant à quelques ihcon-» vénients locaux, on pourroit le mettre au rang des pays les plus saTubres de TEurope.