‹ Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de laChapitre 68 sur 88 · CONSTITUTION PHYSIQUE DES HABITANTS · texte numérisé non relu

CONSTITUTION PHYSIQUE DES HABITANTS

La constitution physique de la population varie beaucoup suivant les localités et les ressources qu elle offre aux habitants. Le pays est en général montagneux et pauvre ; différents points pourtant placés sur le bord de la mer ont quelque moyen de conmierce et d'industrie ; d autres situés dans des vallées abondent de vin et de denrées de première nécessité : Fespéce est alors plus grande, plus robuste, et prend un développement plus prompt.

Le peuple des montagnes ne vit en général que de châtaignes, et d une sorte de pâte de maïs; sa nourriture est peu substantielle et peu abondante; la misère force la jeunesse à travailler trop tôt, à transporter hors des forêts des fardeaux au-dessus de ses forces : de là des défauts de conformation, des hernies , des tailles peu développées , signes frappants d une nature souffrante.

Quoique la manière de vivre des habitants des montagnes soit à peu près la même sur les deux revers des Apennins, cependant il existe une différence entre eux. Le climat de la Ligurie est mieux partagé, les habitants sont plus industrieux, et quoique fatigués par un travail précoce, ils sont cependant plus robustes, et sur-tout sujets à beaucoup moins de maladies. L'usage du vin plus fréquent sur le versant méridional en est probablement la cause.

La belle population, s'il en est qui mérite véritablement ce nom, habite

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les côtes, où le commerce, la pêche, la culture de Foliviei', fournissent quelque abondance malgré le peu d'étendue du territoire fertile. On rencontre particulièrement parmi les marins aisés des hommes grands et robustes qui, placés à côté des gens de la montagne, paroissent d'une espèce tout*à-fait différente. Cela tient à la bonne nourriture, et à lliabitude d'exercices violents par intervalle, mais immédiatement suivis de repos. On trouve encore des hommes remarquables dans les plaines environnées de coteaux et plantées de vignes; mais ils nont plus le même aspect que ceux dont nous ve^ nous de parler : ils sont seulement grands, et bien pris dans leur taille sans être robustes comme les premiers; leur force est le résultat d'un travail constant qui, joint à une bonne nourriture, a fortifié les muscles, mais sans leur donner une grande vigueur. Le reste de la population est une espèce médiocre qui se développe tard et paroît souffrante, par le manque d'une nourriture suffisante.

Vouloir comparer exactemeat la force des diverses espèces de population dont nous avons parlé, seroit une chose difficile, et qui exigeroit de longues recherches; il faudroit une série d'expériences qu'on auroit d'autant plus de peine à faire que les travaux dont s'occupent les habitants, sont très variés sur tous les points du département. Si l'on s'en rapporte à l'opinion des gens du pays, aux remarques de quelques observateurs, à ce que l'on peut juger à l'œil, la force moyenne de la petite population est d'un quart moindre que celle de la grande; celle des marins robustes dont nous avons parlé excède au moins de moitié; mais on doit observer que dans toutes les classes l'adresse et l'usage suppléent à la force. L'homme le plus vigoureux ne saura point travailler à la terre aussi bien que l'homme de force médiocre qui y est exercé depuis l'enfance : telle est la puissance de l'habitude. Je citerai pour exemple une partie de la population ligurienne des montagnes qui trouve ses moyens d'existence dans le transport des fagots et des broussailles pour l'usage des manufactures; ces hommes sont petits et grêles; pourtant ils placent avec agilité sur leur tête les fardeaux les plus pesants, et les transportent avec aisance par des sentiers rapides et affreux à des distances considérables.

I^es manœuvres piémontais sont moins adroits, et pourtant les revers de

leurs montagnes sont pins faciles, le sol de leurs plaines, élevé de 3oo mètres au-dessus de la mer, se rapproche bien davantage de la hauteur des sommités. Ils emploient fréquemment des bétes de somme et des chariots pour les transports; ils sont moins propres à porter des poids qu'à les traîner. Cette remarque n échappe point aux bons entrepreneurs, et ils distribuent leurs travaux en conséquence : ils emploient les Piémontais à traîner la brouette et le tombereau; ils préfèrent les Liguriens pour le transport de la pierre, et pour la pioche, parceque, accoutumés à travailler sur des montagnes, et à former des terrasses, ils ont à-la-fois lliabitude de remuer le terrain, et de le jeter derrière eux, tandis que les Piémontais, habitués à travailler dans la plaine ou dans les penchants moins escarpés, ne font que remuer la terre. Mais dautre part, ils préfèrent les Piémontais pour leur vivacité, leur constance au travail; ils trouvent les Liguriens plus lents ^ ce qui tient sans doute à la diversité de température pour les deux revers des Apennins.

Pour être moins vague, et donner des résultats positifs, j ai fait dresser des tableaux sur la force moyenne des individus de tout âge et de toute stature. Dans Fun des tableaux les forces sont réglées par les transports à dos d'homme; dans lautre, par le transport à brouettes et tombereaux; dans d autres encore par le remuement ou déblai du terrain.

Ces tableaux ont été faits avec soin sur les ateliers des grands travaux qui s'exécutx>ient dans le département.

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