‹ Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de laChapitre 76 sur 88 · CONSTRUCTION DES MAISONS DE LA VILLE ET DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DES MAISONS DE LA VILLE ET DE LA CAMPAGNE

L'intérieur des villes et même des villages situés sur le bord de la mei* présente des bâtiments d'une bonne construction, des maisons vastes et d'une architecture régulière. On met en général du luxe dans les habitations; la vanité l'enfante : on décore du nom de palais les principales maisons et chaque famille veut avoir son palais. C'est sur-tout à la Ligiirie qu'appartient principalement ce genre d'ostentation, qui feroit de ses villes et de ses villages les plus beaux de l'Europe, si la largeur et la beauté des rues se joignoient à l'élégance des maisons; mais en général les rues sont étroites, obscures et sans régularité. Les maisons dans la partie piémontaise sont pour la plupart construites en pierres qui abondent sur tous les points ^ Dans les lieux où les

carrières sont un peu éloignées, on fkit usage de la brique, que l'on fait fabriquer; par-tout la nature du terrain se prête à merveille à la cuisson. La tenture est fermée de tuiles creuses ; les toits sont fort peu inclinés; nulle part on n emploie le bois dans la construction des façades et des murs dé maisons, ce qui rend les incendies fort rares. Dans la Ligurie les maisons des villes sur-tout sont généralement construites en briques de Savone ou en briques et moellons; la chaux y est d'une nature excellente et par-tout en abondance. Elle se prêt^ à former un enduit solide qui, mêlé avec le sable fin de la mer, et appliqué sur les surfaces extérieures des murs, devient assez uni pour recevoir des peintures à fresque. Sous un climat conservateur, ces peintures restent long-temps intactes.

Cette facilité de peindre Fintérieur des maisons à très peu de frais contribue beaucoup à leur emb^ssement . Des maisons fbrtordinaires représentent des ordres d'architecture fort riches et peints avec beaucoup d'art; les ornements sur les frises, sur les entablements sont prodigués; on les exécute avec une facilité ^ctréme à l'aide de patrons découpés, sur lesquels on passe avec un pinceau deux ou trois teintes. Souvent les colonnes sont de la couleur des marbres les plus précieux.

Ce genre de décoration architecturale est prodigué par-tout, et souvent sur une file de belles colonnes corinthiennes qui annoncent de la piajesté et de la richesse , on trouve une étable , un cuvage ou une febrique de poterie grossière : le luxé est au-dehors et la pauvreté au-dedans. Les toitures sont les plus belles et les plus solides qu'on puisse voir : elles se composent de grandies ardoises d'fin. deifti-métre de surface que l'on tire des carrières de Lavagne, d^artament dos Apennins; elles exigent très peu de pente pour donner une garantie par&ite contrôles filtratiops. On peut se promener sur Jb toit BJèmz facilement; ces couvertures ont rarement besoin de réparations.

L'intérieu]:^ des maisons est également sacrifié à un appareil de grandeur. On y pénètre par un beau vestibule, décoré de peintures.ou.de colonnes de marbre. L'escalier est rapide en général, mais vaste. La grande aaJle où il conduit compose presque toujours la partie la plus considérable de la maison^ soit par sa surface, soit par sa hauteur, qui occupe deux étages. De grandes

pièces tout à côté servent de chambres à coucher pour le propriétaire; elles sont sans aucun dégagement, sans aucun de ces petits appartements dont on trouve l'usage si commode à Paris. Telle est à-peu-près la distribution intérieure de ces palais imposants au-dehors. Au-dessus des grands appar*tements, qui sont toujours placés au second, sont les entre-sols destinés quelquefois à l'habitation des maîtres de la maison, ils sont moins vastes, et en général très chauds, presque toujours incommodes, parceque la hauteur inégale des appartements^ inférieurs empêche quils ne soient de plain-pied. Au-dessous des appartements d'honneur sont aussi des entre-sols ou des appartements moins élevés et d'une hauteur uniforme; ils sont en général donnés à loyer ainsi que les parties inférieures des maisons. ' •

Toutes les pièces de l'intérieur du palais sont voûtées, et cette forme leur donne beaucoup de grâce. Ces voûtes ont raille formes diverses ; elles sont en général établies au-dessus d'iine corniche, et formées de diverses pénétrations de cylindre qui y ajoutent un air de légèreté et de grandeur. Elles se font très simplement sur des cintres de bois assez minces auxquels on cloue une espèce de natte de joncs que l'on enduit de chaux, puis on étend une couche de cette même matière polie avec un sable de mer très fin. ^

Dans la plupart des maisons, l'intérieur des salles est blanchi à la chaux pour toute décoration, et la nudité des parois est déguisée par des tableaux de toutes dimensions ; souvent le mauvais, le médiocre et le bon se trouvent confondus, sans qu'on cherche même à les distinguer. La quantité de tableaux qui décorent les maisons, est prodigieuse, et ce goût contribue sans doute à encourager la peinture.

La décoration à fresque est aussi fort en usage; elle coûte peu, et je la trouve supérieure à nos papiers peints. On peut, pour la somme la plus légère, couvrir les voûtes de sa maison de graiids tableaux, de sujets historiques ou d'arabesques, de paysages et de fleurs. On emploie, pour les ornements;, de simples ouvriers, sans prétention, sans amour^propre , d'une docilité parfaite, qui effacent, quand on le veut, et recOTomencent sans humeur, jusqu'à ce qu'ils aient entièrement satisfait celui qui les dirige. Il en est à-peu*-près de même des peintres chargés des sujets historiques à fresque. Leur journée est payée moitié en sus: du reste, ^ un bras, une

tête, un torse, vous déplaisent dans la composition du sujet, vous pouvez en obtenir le changement avec toute facilité. Il seroit à souhaiter que ce mode de décoration pût se propager en France, il remplaceroit avantageusement nos boiseries, nos moulures, qui sont cependant bien plus dispendieuses.

Ce que nous venons de dire s'applique aux décorations intérieures des maisons du Piémont; la distribution, la forme des appartements est la même, mais le goût est moins riche et moins avancé. Dans beaucoup de maisons de petits particuliers on ne connoît point lusage des carreaux à vitre -, on en voit de papier huilé, sur-tout dans larrondissement de Ceva.

Les habitations rurales sont en général petites et resserrées, mais toutes bâties solidement en mortier de chaux et sable. Dans la Ligurie elles sont recouvertes en ardoises de Lavagne, et en tuiles dans le Piémont. Les incendies sont rares. Cependant on voit dans quelques villages pauvres des maisons couvertes en bois du côté de Sassello, et en chaume, en terre et en mousse dans quelques autres cantons : ce sont des exceptions.

Dans la Ligurie, la plupart des maisons des champs sont bâties sur le penchant des collines et des montagnes; on ne peut y arriver que par des sentiers fort roides. Les maisons se composent dun rez-de-chaussée, divisé en deux; une partie pour les animaux, qui sont en général peu nombreux, Fautre partie est destinée à la cuisine. C est là que la famille prépare ses repas et se rassemble. Le premier étage sert de logement et de grenier; souvent toute la famille couche dans la même chambre, quelquefois il y en a deux. Du premier on entre toujours de plain-pied sur une terrasse destinée à faire sécher les raisins et les figues qu on récolte en abondance. Aux environs du rez-de-chaussée on trouve une petite esplanade, où est placée Taire à battre le grain ; tout auprès est une fosse pour les engrais, ce qui rend les habitations malsaines, comme je l'ai déjà fait remarquer. Le cuvage est sous la terrasse destinée à sécher les fruits. Il y a quelquefois une cheminée dans la cuisine ; quand il n'y en a pas , on allume le feu au milieu , et la fîimée sort par la porte ou se répand dans l'étage au-dessus, qui est destiné à sécher les châtaignes ; alors l'habitation du colon est séparée du lieu où est la cuisine. On récolte peu de blé et de fourrage dans le versant méridional, et on le

garde presque toujours en tas, fdrmant des meules au-dehors. Ces maisons ont toujours un aspect misérable; cependant, sur le bord de la mer, elles sont quelquefois peintes à fresque, de diverses couleurs, et on les prendroit de loin pour de jolies habitations.

La plupart des habitations rurales dans le Piémont portent le nom de cassines ; elles consistent aussi dans un rez-de-chaussée destiné aux bestiauXf et un premier étage. Le séchoir pour les châtaignes est isolé; la récolte en provision étant plus abondante qu'en Ligurie, une grange est attenante à Fhabitation; les animaux sont placés dessous. Le dessus se compose, dans les cassines un peu importantes, de grandes arcades en briques, formant comme une galerie découverte: c'est là qu'on serre le fourrage et la paille; il y a ordinairement une cour renfermée dans ces bâtiments d'exploitation ; elle est assez bien tenue, et les fosses à fomier sont au*-dehors; m^is cette description ne convient qu'aux pays qui se rapprochent de la plaine. Dans les montagnes, les habitations sont plus misérables, et les granges consisteixt souvent dans un appentis soutenu par quelques pièces de bois, et recouvert en tuile, en terre ou en mousse.

Il est encore quelques genres de bâtiments dont nous n'avons pas parlé ; ce sont les maisons de campagne et les édifices publics. En Ligurie, on cite plusieurs habitations très belles, où le marbre et les décorations sont prodigués. Quant aux jardins, ils sont trop précieux pour être sacrifiés à l'agrément : le seul ornement des campagnes consiste à entretenir des allées sous des treilles qui sont soutenues par des piliers de maçonnerie placés à des distances égales, ce qui donne un air de richesse et de grandeur à ces promenades ; mais elles ont d'ailleurs un inconvénient pour les promeneurs, c'est que toutes étant placées sur des penchants assez roides, il faut constamment monter ou descendre. Dans la partie du Piéniont on ne met aiucun luxe dans les maisons de campagne, aucune plantation n'en annonce l'entrée; le jardin n'est qu'un potager, oii tout est donné à l'utilité, et rien à l'agrément.

Les édifices publics sont superbes, d'une architecture qui n'est pas pure, mais imposante. Les églises et les oratoires sont ornés de peintures, de marbres, de sculptures ; il semble que la grandeur et la beauté de ces édifices

33o CHAPITRE II.

snrpassent la richesse des villages où ils sont bâtis; cest le' grand luxe du pays : la belle ëglise est citée et en fait la gloire. Souvent le mobilier intérieur répond à la majesté de Tédifice qui, dans les solennités, est entièrement tapissé en damas rouge ou autre étoffe de soie. Le commerce et les vœux des matelots ont principalement contribué à cette magnificence sur le littoral ; elle existe aussi, mais avec moins d'éclat, dans la partie piémontaise. •

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