JEUX ET AMUSEMENTS
Des théâtres existent dans quelques villes et on en établit aussi dans des villages: des troupes d amateurs y représentent divers sujets. Dans les villes, les'tliéâtres sont peu suivis. J'ai vu dans les campagnes jouer la Passion avec une vérité si grande et un accord si parfait, qu'on auroit cru assister à une exécution : presque toutes les poses des acteurs étoient copiées d'après des tableaux des meilleurs auteurs de Fltalie; le supplice du Christ, la descente de croix et toutes les autres scènes, étoient d une vérité qui faisoit horreur. Le concours étoit nombreux; je fus tellement révolté de ce spectacle que j'ai évité de le revoir jamais.
Le carnaval lui seul a le droit de tirer cette population de sa réserve : la dernière semaine excite une folie et une sorte d'ivresse; toutes les rues sont remplies de masques et de personnes déguisées ; les habitants des campagnes voisines arrivent tous à la ville dans le moment ; chaque soirée est terminée par des bals où Ion se porte en foule; le mercredi des Cendres vient arrêter subitement cette sorte d enchantement qu'il est si difficile de communiquer au peuple dans ces contrées.
Le jeu de balon est fort en usage parmi le peuple, et il y a peu de villages où il n'y ait une enceinte destinée à cet exercice; on y voit des joueurs fort idiroits^ mais les parties ne sont jamais fort intéressées.
Oii s'exerce quelquefois au tir dans les campagnes : l'entrepreneur du jeu place un mouton ou un gros fromage à une distance fixe. Les joueurs tirent à balle sur le but et paient une somme déterminée pour chaque coup.
La chasse au tir est peu en usagé dans un pays de montagnes escarpées et trop pénibles à gravir; mais la chasse aux oiseaux est très à la mode ; dans chaque maison de campagne on voit communément une petite hutte d'où Ion peut faire agir un filet pour prendre les ortolans et les becfigues au moment de leur passage. Ce genre de chasse est trop sédentaire pour nous paroître très attrayant ; elle est cependant très goûtée dans le pays. Dans plu-
sieurs endroits on embellit avec soin les abords de la chasse et on établît même des pièges' de toute nature contre les oiseaux. C'est particulièrement dans les collines aux environs d'Altare quon voit des clos presque entière-ment destinés à cet usage, et qui semblent des jardins anglais assez pittoresques.
Il n y a de danse nationale que celle connue sous le nom de Monferrine^ elle est vive et gaie; elle est .originaire du Monferrat comme son nom l'indique, et le peuple la danse ainsi que le riche. En Ligurie on copie la danse anglaise, la danse française, et on a adopté celle du Monferrat sous le nom d'Alexandrine.
Les jeux de cartes usités et propres au pays sont, pour le Piémont, le Taroc, et pour la Ligurie le Gofjjb. La plupart des autres jeux y sont connus mais moins usités.
En général dans tous les plaisirs comme dans toutes les habitudes dont nous avons parlé, on reconnoît le Piémontais plus vif, plus ardent, plus gai; le Ligurien montre {dus de réserve, de prudence et de circonspection.