MOEURS DES HABITANTS
Il est difficile et délicat de parler des mœurs des habitants dun paysj chaque peuple a ses qualités comme ses défauts : le mal se grossit souvent aux yeux de l'étranger qui les juge, et le bien est toujours très vanté par ceux qui y ont intérêt. On ne peut cependant s empêcher de rester d accord sur les traits principaux qui forment le caractère et pour ainsi dire la physionomie d'une population. Ce sont ces traits que je vais essayer d esquisser et de parcourir avec impartialité.
On ne peut nier que les habitants de Montenotte ne soient pleins d'intelligence et de capacité; qu'on n'y rencontre beaucoup d'hommes de talent, ' capables de saisir de grandes vues et des idées élevées. Cette faculté suppose à-la-fois de l'esprit et un jugement sain ; elle est commune même dans la classe la moins éclairée, qui sait entrevoir dans l'avenir des résultats qui échapperoient au peuple dans beaucoup de nos provinces françaises. Les imaginations sont vives, les esprits ardents, et cependant les caractères sont
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dociles. Nulle j>art les formes ne sont plus hoiinétes, et loô né pourroit peut-être citer aucun trait qui tienne à la grossièreté et à la ttidesse. Ces qualités se rencontrent également chez les habitant» des deux parties dii département, avec la différence que les esprits sont plus dociles et les caractères plus souples en Ligurie que dans le Piémont, oh ils ont une teinte plus fertne, plus indépendante et plus nationale.
Les défauts qui se mêlent à ces qualités tiennent à une rivalité fôcheusé qu*on voit souvent dégénérer en sentiments de haine et de vetigeance qui ne s'éteignent plus. Partotrt on trouve des traces de cette espèce de maladie morale qui détruit le bonheur des individus, anéantit le charme et la bonne harmonie de la société.
Une administration forte et vigilante, en rendant la dissimulation inutile, en contenant les haines, en réprimant les vengeances , pourra seule efifiacer le rçste de ces funestes penchants.
Les habitants ont en général assez de pénétration pour juger les hommes et leur accorder leur estime ou la leur refuser. Ils ne manquent pas de reconnoissance et de sentiments élevés.
On reproche assez souvent aux peuples dltalie la jalousie et la superstition ; je ne sais à quel point ces deux reproches peuvent être fondés, mais je n'en vois pas de preuves marquantes dans le département. Depuis plû!sieurs années, je nai pas vu citer un seul exemple de jalousie; il semble même que 1 usage bizarre du sigisbéisme^ connu sous le nom depatitisme, soit incompatible avec ce défaut.
Quant au second' sujet de reproche, le peuple de'Montenôtte a Beaucoup d^attachement pour les cérémonies de la religion : il y tient comme à ses fiètes; mais il existe en général peu de pratiques superstitieuses parmi les habitants.
La sobriété est une vertu commune au peuple et à la classe aisée; à peine peut-on citer un exemple d'ivrognerie. Ce défaut n'iroit pas avec la réserve naturelle aux habitants. îl y a cependant profusion dans les repas: !a cause vient d'une certaine ostentation qui n'est pas sans quelques inconvénients pour l'aisance des ménages.
On ne peut refuser aux habitants d'être laborieux, durs à la fatigue, et industrieux : il suf&tt de voir les montagnes de là Ligurie , où plus
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de 3o,ooo hectares sont soutenus en terrasses, à laide de murs en pierre^ sèches, pour en être convaincu. On voit le paysaii porter sur la tête des fardeaux énormes, pour un modique salaire. Sur tous les points, les travaux publics trouvent une foule de bras actifs*, et les ouvrages, moins chers dans le département de Montenotte que dans beaucoup d autres, attestent la force et ladresse des ouvriers. Quant à Findustrie, on la retrouve par** tout, dans les manufactures, dans le commerce, dans les transmigratioas périodiques des habitants. Si Fagriculture n en est pas au point de perfection où elle doit arriver, c'est sur-tout au défaut de débouchés et de moyens d* transports qu'on doit l'attribuerj du reste, la culture de l'olivier et des jardins en Ligurie, plusieurs canaux d'irrigation en Piémont, montrent assez qu'il ne mapque à ce peuple que quelques encouragements et la connoissance des bons procédés : ceux-ci y sont adoptés sans peine; la culture de la pomme 4e terre toute nouvelle; les estais nombreux sur le coton, sur la culture delà betterave, enfin l'adoption du procéda de la vaccine, tout prouve que les esprits sont doués de la faculté d entreprendre et des talents die perfeo lionner.
U existe une grande diversité entre l'éducation ^ les us^gea rt l'ei^istence morale des femmes en Piémont et en Ligurie. L'éducation des pi'emières se rapproche davantage de celle des Françaises : eUes voient asses souvent le monde avant d'être m,ariées; elles connoîssent l'empire qu'elles auront dans la société, et ont de la prépondérance dans leurs ménages. Le sigisbéisme y est moins général et n'exige pas la n^4me pégulari^ et les miémes devoirs^^ En Ligurie, au contraire, iWs filles sont pUcées s^u couvent de bonne heure, et n'en sortent plus qu'au moment et le jour même qu'on les marie : jusque*là ^Içs ne p^oissent jamais dans 1^ société^ qui est privée de son plus( bel ornement et de cette gaieté de jeunesse qui anime et emb^lit tout. On prend peu de soin de former l'esprit des jeunes personnes; wâis on s'applique à les, rendre dociles et à leur inspirer desi idées religieuses. Ëlles^ entrent dans le monde sans la moindre expérience et n'exercent aucune influence dans le ménage. Leur timidité leur fait chercher bien vite un appui dans un ami constamment prêt à les accompagner, à leur obéir, et à satîsÊiire leurs £ïntai^ies. Cet ^mi. se nomme patito. L'espèce d'escla^vage où il vit doit devemV
à la longue aussi importune pour lui-même que pour la mère de famille, dont il est en quelque sorte l'ombre. Je ne prétends pas attaquer les mœurs de ritalie; mais ce défaut absolu d expérience dans les jeunes femmes, ce droit de se choisir un cavalier et de lavoir toujours en tê>e-à-tête sanstjue le public s en scandalise, peuvent certainement introduire au sein des familles quelques désordres de plus que ceux auxquels la fbiblesse humaine est exposée dans tous les pays. Excepté dans les fiètes et les bals qui appellent les grandes réunions, on s en tient toujours au tête-à-tête. Au surplus cet usage bizarre est déjà attaqué par le ridicule, et commence à tomber-, mais il n a cessé que dans les villes principales où Ion se modèle sur les usages français.
Il est rare en Ligurie et même en Piémont que les femmes d un rang distingué nourrissent leurs enfants; elles sont ainsi privées dune partie des plaisirs de la maternité.
Les cérémonies du baptême se font d une manière fort simple. Les parrains vont à Féglise, et en rentrant chez eux sont accompagnés par une fouie d enfants qui attendent quon leur jette, suivant la coutume, des fruits, du pain, des châtaignes, et quelquefois de la petite monnoie. Lorsque les parrains §ont d'un rang distingué, on tire quelquefois des coups de fusils et des boîtes pour leur faire honneur.
Les mariages ne sont point accompagnés de cette gaieté folâtre et de ces amusements que l'on remarque en France, et qui en font une féte charmante.
Les premières propositions se font par des amis ou des parents. Quand on est d'accord, le prétendu est admis dans la famille après la fin du travail et pendant la soirée. Le jour de la cérémonie est constamment le jour du repos. Les deux époux vont à l'église, accompagnés des parents les plus proches, et, après avoir reçu la bénédiction, ils rentrent chez eux, escortés par la foule qui attend à la porte la distribution des fruits, des noix, des châtaignes, qu'il est d'usage de leur jeter; ordinairement il y a un repas chez le père du marié ; il est très rare que la fête se termine par un bal.
L'usage des charivari a lieu lors du mariage d'un veuf ou d'une veuve. Le peuple se rassemble ayant à sa tête l'organiste du pays et quelques violons; on fait du bruit à la porte, on brise même quelquefois les fenêtres; mais on
peut facilement se racheter de cet ennui en faisant aux musiciens quelques libéralités.
Les enterrements sont plus dispendieux dans les campagnes que dans les villes ; ils sont toujours accompagnés par des confrairies de pénitents. L'usage est de fournir des cierges aux assistants ; c'est aux parents éloignés qu'il appartient de faire cette dépense; la famille reste presque toujours chez elle dans les larmes. Le plus proche parent qui assiste aux funérailles est vêtu d'un manteau noir avec un chapeau rabattu j ses cheveux sont épars, il suit immédiatement le corps du défunt; les autres parents suivent à leur rang, les femmes viennent après le cortège. Rentré à la maison du mort, on distribue du pain , du vin , des châtaignes, aux assistants. Les cierges restent aux pénitents. Il est d'usage que chaque parent envoie de sa propre maison un mets pour la famille du mort, comme si la douleur avoit fait suspendre tous les soins du ménage. On ne porte jamais le deuil.
Les confrairies sont en grande vénération dans la Ligurie ainsi que dans le Piémont. Dès qu'un enfant commence à sortir de la tutelle, il y est affilié. Les confrères portoient autrefois des sacs de toile grise qui ne sont plus aujourd'hui en usage. On ne sauroit croire combien le peuple tient à ces institutions pieuses; il se rend chaque jour de repos dans l'oratoire pour y chanter l'office; il n'épargne rien pour rendre brillante la fête de sa confrairie et embellir la procession qui est toujours suivie d'une musique nombreuse. A de certaines époques de l'année, tous les oratoires de la même ville et quelquefois des communes voisines se réunissent à la procession destinée à célébrer la solennité du jour : ces jurocessions sont alors «uivies d'un nombre infini de cierges et de flambeaux; à la tête de chaque confrairie on voit une sorte de plateau porté par des confrères, et sur lequel sont établies des figures en bois qui représentent un trait de la passion ou de l'Evangile. Les plateaux fort pesants sont garnis d'une quantité de flambeaux, un enfant y est placé pour rallumer ceux qui s'éteignent. Ces sortes de processions se font le vendredi saint au déclin du jour et forment un spectacle assez curieux; elles sont connues dans le pays de Gênes sous le nom de Gasarri.
Les oratoires, les processions, les bénédictions, sont les seules fêtes popu*'-
laires. On se rassemble en foule au moment de larrivée et du départ de la procession, et elle est saluée dune décharge considérable de boîtes dont chaque village est abondamment pourvu. On compte plus de 80^000 associés à ces confréries^ et la dépense annuelle dcût être très forte. Dans chaque village^ le pénitent paie cinq sous par an; il paie la même somme pour la dépense des cierges W jour de la solennité j lentretien de la cape ou souquenille coûte quelque chose; on peut être imposé à une amende quand on manque aux principales réunions, et il se fait encore une quête annuelle pour lentretien et 1 embellissement du local : ainsi la dépense ne peut être moindre d un à deux francs pour chaque individu ; elle est plus considérable encore dans les villes. Cette dépense n est pas le seul inconvénient attaché aux .confréries : elles entretiennent entre les habitants uqc rivalité et une émulation qui dégénèrent souvent e|i querelles : il Relève à chaque instantdes contestations sur la préséance des confréries; enfin elles privent souvent les égUses principales dassistance et de secours.. Dans quelques oratoires on trouvoit même des pratiques de, superstition quila fallu détruire : cest ainsi qu'àSavpne on admettoit de prétendus possédés qui faisoient.d^ cpntorsions éjjbuvantables, et que les zélés confrères tourmentoient Muvent d une manière .fort indécente. .On a supprimé ces.abns sans, .pouvoir détruire le vice de l'institution. .
Les %es des confréries et de^.patronages d'église se désignent en général sous le nom.de Madones;. Quelques unes ne se célébrent.que tous les cinq ans et même tous, les . vinglnci^iq aus.; on ^t d^n^ pe cas de. plu^ grajods ap^ prêtSy et communément la jouri^ se terpiipe par unieu d^surtiBc^ t>ans Je Piémont quelques repas et des ]ms contribuent; à rendrç Ja i$il«^gréablff^ mais.dans la ligune la fête est tout» ¥eUgi^usp..et j^nnaîa 4a, gaieté ne; vient ranimer*