ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME
Cest au III"* siècle que le christianisme s^introduisit dans cette partie de la Gaule. Ses premiers temps furent obscurs , incertains , ' çoippne ceux de toutes les sectes nouvelles. Ses apôtres répandaient avec circonspection la connaissance des dogmes évangélîques. Les néophites se réunissaient dans le plus grand secret. Des lieux souterrains leur servaient de retraite et de sanctuaire. Cest à la lueur des lampes qu'ails célébraient les mystères , et c^est en mémoire de ces premiers temps et de cette persécution de Téglise que s^est conservé Tusage des cierges allumés pendant les cérémonies du culte.
Ils ne fi*équentaient ni les temples , ni les théâtres 9 ni les lieux publics; Ils vivaient entre eux, et vivaient en fi^ères.
L^égalité parmi les hommes était un des dogmes fondamentaux de la foi nouvelle : il reposait sur une vérité qu^avaient jusque là méconnue toutes les nations , car plus de la moitié du genre humain était alors esclave de Tautre. Le christianisme, en consacrant ce grand principe d^égalité, préluda à la civihsation et à Tamélioration du sort des peuples.
Ce dogme , si consolant pour Phumaïrité , excita contre les chrétiens la haine et Tanimadversion des grands de la terre , parce qu'en faisant cesser Tesclavage, il tendait à réduire leur puissance et à jeter la perturbation dans les usages étabUs. Ce fut une des causes principales de la persécution qjoi poursuivit partout les premiers âges du christianisme.
Le polythéisme était une rdigion usée; il se manifestait diaque jour des croyances nouvelles , et la puissance civile eût probablement laissé le christianisme en paix , s'^il n'eût pas jeté les germes d'une grande et salutaire réforme politique ; mais la violence avec laquelle on le poursuivit ne fit qu'accroître le zèle et le nombre des croyans. ; ,
Saints Félix , Fwtunat et Achillée, fondateurs de l'église de Valence, furrat 112.
mis à mort par ordre de Cornélius, Tun des généraux de Fempereur Marcus Aurelius Antoninus, surnommé Caracalla (i).
A Vienne , à Saint-Paul-trois-Châteaux et sur d^autres points on compta également des victimes.
Ces persécutions cessèrent lorsque Constantin devînt maître de Tempire. Il décréta Texiercice public de la reb'gion chrétienne , rappda les chrétiens exilés , leur rendit les emplois qu^ib avaiept perdus , et défendit le culte des idoles.
Il devint , à son tour , persécuteur , et cela même soutint encore quelque
(1) Le bréviaire du diocèse de Valence consacre le souvenir de cet événement, et voici comment il le rapporte :
« Félix, prêtre, Fortunat et Achillée, diacres, furent les disciples de Saint Irénée, » évéque de Lyon. Ce prélat envoya, pour la prédication de l'évangile, Ferréol, prêtre,
> et Férûcion , diacre, dans la ville de Besançon, et dans celle de Valence sur le Rhône,
> Félix, Fortunat et Achillée. Lorsqu'ils y furent arrivés, ils construisirent une petite » cabane au levant de la ville, à Teudroit par où ils étaient venus, et là, se livrant à la
> prière et au jeûne, ils instruisaient les gentils qui venaient vers eux, et les initiaient » au saint baptême. Lorsqu'ils eurent gagné à Jésus-Christ la plus grande portion de la » cité, Félix inspiré par une vision céleste, et raffermi par une lettre de Ferréol et » Férûcion, conunença avec ses compagnons à se préparer au martyre. La persécution
> de l'empereur Aurélien, qui fut, à ce que l'on croit, Antonin Caracalla, était alors
> dans toute sa force. Le général Cornélius arrive à Valence; il entend Félix et ses
> compagnons prêcher et adorer lé Christ, et il s'étonne en voyant qu^après les » nombreuses condamnatipns à mort c|es chréliens à Lyon et à Vienne , il existe encore » dans ces contrées des hommes de cette religion. Ayant à continuer son voyage, il fait
> jeter en prison Félix et ses compagnons. A son retour , il les fait amener devant lui : 1 voyant alors que ni ses menaces, ni ses promesses, ne pouvaient les ébranler dans la » constance de la fdi qu'ils professaient, il ordonne qu'on les attache avec des liens
> très-serrés, et les renvoie eu prison pour y rester ainsi long-temps; il les en fait sortir » de nouveau ; on leur lie les mains derrière le doà, leurs jambes sont rompues , et on » les attache aux rayons d'une roue; on allume sous eux du feu pour les tourmenter » par l'amertume de la fumée, et l'on ajoute jour et nuit à ce supplice celui des tensions
> du chevalet.
» Réduits ainsi à l'extrémité, les saints martrys sont conduits hors de la ville, sur le
> lieu même où ils avaient coutume de se mettre en prières, et là frappés d'un glaive, » ils consomment letir martyre, vers l'an 312 de J. C. >
temps la religion payenne , car la contrainte fut toujours un moyen impuissant de persuasion.
Plus tard , Julien et d^autres empereurs essayèrent de faire revivre Tancien culte ; ils proscrivirent de nouveau le christianisme : mais il avait jeté de profondes racines. Uempire était déchiré par les factions j envahi de toutes parts , et la foi nouvelle put faire de rapides et d'^éclatans progrès à la faveur des déchiremens intestins qui marquèrent le terme de la grandeur romaine.
Lorsque le culte chrétien fut devenu public , on brisa les idoles ; mais on conserva les temples et on les convertit en églises. « Les chrétiens ne » doivent pas détruire les temples des idolâtres , écrivait Saint Grégoire , )> évêque de Rome , à Augustin qui lui demandait des avis sur la conduite » qu'il devait tenir en convertissant les Anglais ; mais ils doivent se1)omer à » détruire les idoles qui s^y trouvent , à y faire des aspersions avec de Teau }> bénite, à y construire des autels où seront placées les reliques des saints. Si w ces temples sont solidement bâtis, il ne faut qu^ changer Tobjet du culte , )i et substituer celui du vi*ai Dieu à celui du déiQon , afin que le peuple , » voyant qu'on ne détruit point les temples , entraîné par ses habitudes , s^y n rende volontiers et adore le vrai Dieu dans ces lieux mêmes où il adorait M de fausses divinités. »
Saint Grégoire pousse la complaisance jusqu'à autoriser dans les temples des chrétiens la continuation des sacrifices des bœufs nombreux qu'on y égorgeait. Il ordonne seulement que Ton change les époques et l'objet de ces immolations.
(( Les jours de la dédicace ou de la naissance des saints dont les reliques )) reposent dans ces temples convertis en églises, dit-il, ornez-en le tabernacle » de branches d'arbres , célébrez-y avec pompe un festin sacré , que les )) animaux n'y soient point immolés au diable , mais qu'on les tue pour les )» manger en l'honneur de Dieu. » (1).
n s'opéra ainsi des amalgames inévitables. La nouvelle religion fit plusieurs concessions à l'ancienne. Des individus de tout sexe et de tout âge assistaient aux cérémonies de l'église sans renoncer à certaines pratiques du pagam'sme.
(1) EccUsiasticiB historiœ gentis Anglorum venerabilis Bedœ, presbyieri, pag. 42 verso , cdit. 1566.
Dans le même lieu mi culte succédait à un autre. On opérait , enfin , tous les changemens avec une sorte de circonspection, et cette adroite condescendance ou fraude pieuse , observe le savant auteur à qui j^emprunte ces citations (i ) , obtint plus de succès que n^en eussent eu les exagérations du fanati^ne.^
Elle explique comment on retrouve encore aujourd'hui dans pluskiu*s de nos églises 9 à Saint-Restitut entre autres, des restes d'anciens temples.
Cest ainsi qu'un oratoire érigé par l'antiquité à Ërigone , qui n'était autre que la constellation de la Vierge , resta long-temps , à Montélimar , l'église de Notre-Dame , au confluent du Roubion et du Jabron , où elle continua d'être invoquée sous le nom de Notre-Dame-'d^ Aiga ^ mot dérivé ou synonyme dilcanis ou le Bowier^ père de la Vierge (2).
Mais au milieu de ce mélange de rites et de cet amalgame de croyances qui marquèrent le passage de l'ancien culte au nouveau , l'église avait une peine extrême à fonder sa discipline.
376. Un concile tenu à Valence, en 374 , décréta quatre canons. Par le premier,
les individus mariés en secondes noces furent jugés incapables de recevoir les ordres sacrés ; par le second , on mit en pénitence les vierges qui , après s'être consacrées à Dieu , venaient à se marier ; le troisième remit jusqu'à la mort l'absolution de ceux qui , ayant été lavés dans les eaux du baptême , s'étaient souillés de nouveau en sacrifiant aux idoles , ou en se faisant laver d'eau lustrale par les prêtres du paganisme ; et par le dernier , les pères du concile défendirent d'ordonner uu ecclésiastique qui , en se présentant aux ordres , s'accusait de quelque crime vrai ou faux (3).
(1) Histoire de Paris, par H. Dulaure, tome I, pages 53 et 54.
(2) Aigu est encore le nom de celle des portes de la ville de Montélimar qui conduit au confluent du Roubion et du Jabron» où étaient anciennement Toratoire et le
* monastère de Notre-Dame-d'Aigu : porte à^Icarus, Aigarus, Aigus.
I ^ Il parait que le Bouvier, sous le nom à^Icarus^ était invoqué contre les eaux dévasta-
is trices , que les légendes allégoriques de cette .divinité présentent sous remblème de
\ femmes en furie ^ qui ne purent être appaisées que par rétablissement de son culte.
. C'est aussi Torigine du nom d*Eygues donné au torrent impétueux qui coule à NyonSj et que les anciens titres nonunent en latin Icarus , Aigarus et Eygcarus,