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ÉTABLISSEMENT DES BOURGUIGNONS

La prospérité du pays aflaît sWaibUssant à mesure que Tempire lui-même marchait vers sa décadence.

L'agriculture ^ le commerce et tous les arts de la civilisation éprouvaient une réaction funeste; et quoique les peuples du Nord ne se déclarassent d'abord que les hôtes de V empire , Tancienne administration n'existait plus que dans de vains titres et de puériles formules. Les liens qui unissaient les provinces à la métropole étaient rompus , et sur les débris de cette domination naguère resplendissante de gloire s'éleva une domination nouvelle; des

(1) Les communes d^Arpavon , Bellecombe et Tareudol, Bésîgnan , Gurnler^ Lemps^ Montaulieu, Montréal, Poët-SîgiUat , Rochebrune, Sahune, Sainle-Jalle , Saint-Sauveiu*, Gouveraet et la Bâtie-Verdun, Yercoiran et Autane, formant ce que Ton appelait autrefois le Falbenoii, et ce que nous appelons aujourd'hui la vallée de Sainte-Jalle et ses aboutissans, ont été long-temps un sujet de contestation entre Tévèque de Gap et celui de Yaison. Celui de Gap soutenait qu'elles avaient fait partie du territoire des anciens Tricorii, et que, comme telles, elles ressortissaient de son diocèse. Celui de Vaison prétendait, au contraire, qu'elles étaient une dépendance des anciens Foconces , et qu'elles lui appartenaient* -

Dans ce conflit de prétentions si opposées, l'autorité ne se prononça ni pour l'un ni pour l'autre des contendans : elle mit toutes ces paroisses en séquestre entre les mains de l'évèque de Sisteron, qui les a gardées jusqu'à la révolution. C'est de là qu'on appelait autrefois cette contrée le Petit Diocèse,

Si, malgré cet état d'incertitude, j'ai attribué la vallée de Sainte-Jalle aux Tricoriens, c'est qu'elle avait fait anciennement partie du diocèse de Gap, et que cette possession m^a semblé sufi&sante pour déterminer l'espèce de classement que j'avais à faire. ( Voyez VAlmanach général et historique du Dauphinéy année 1788, page 315.)

56 CHAPITRE PREBIIER.

hommes livrés au brigandage et à toutes les habitudes d^une vie nomade , succédèrent à Tautorité du peuple romain : la barbarie remplaça la civilisation.

Ici comn^ence ce que Ton est convenu d^appeler la période du moyen âge.

Les Bourguignons étaient venus du pays situé à la droite du Rhin , entre Fembouchure du Neker et la ville de Bâle. Cétait une nation nombreuse et brave , qni comptait un grand nombre de forgerons et de charpentiers.

Vandales d^origine, ils se frottaient, dit-on, les cheveux de beurre pour les rendre plus doux , et n^aimaient pourtant qu^une musique rude et grossière.

Lejar chef était électif et temporaire , mais ils se figuraient qu'aune fois investi de Tautorité suprême, il était maître des événemens et des saisons.

L^année était-elle stérile, une bataiUe était-elle perdue, c^était la faute de leur chef : ils le déposaient et le remplaçaient aussitôt par un autre.

Us professaient le culte idolâtre des druides ; mais lorsqu'^ils eurent passé le Rhin , sur la fin du IV"' siècle et dans les premières années du V"% ils furent instruits par des missionnaires et embrassèrent la foi catholique.

Ils changèrent aussi la forme de leur gouvernement : leurs chefs devinrent héréditaires, mais soumis à des lois délibérées dans les assemblées des principaux de la nation.

àts. Aëtius , patrice romain , leur avait abandonné , en 438 , le pays compris

entre le Rhône et les Alpes , depuis le lac de Genève jusques au-dessus de Grenoble , y compris le Bugey , à condition qu'ils laisseraient la moitié des terres aux anciens habitans.

A70. En 470^ ils s'étendirent jusqu'à la Durance.

Ils prirent pour eux un tiers des serfs et les deux tiers des terres , et dans le partage qui se fit entre leurs chefs et ceux des cités gauloises , la raison du plus fort mit toujours fin aux réclamations des indigènes.

Quelques auteurs ont prétendu que c'étaient ces peuples qui avaient introduit dans la Gaule la servitude de la glèbe , mais c'est évidemment une erreur : elle existait déjà, puisqu'ils partagèrent les terres et les serfs, et que leiu-s lois distinguent les nobles , les hommes nés libres et les serfs des deux nations.

Leurs assemblées se tenaient ordinairement dans un champ , au mois de mars. C'étaient tout à la fois des réunions législatives et des revues de troupes , qui se faisaient à l'ouverture de la campagne.

Mais lorsqu'ils se furent dispersés , et qu'au moyen du partage des terres, chacun fut devenu propriétaire, plus occupés de leur intérêt particulier que de rintérèt général , ils négligèrent de se rendre aux assemblées du Champs de-Mars y qui, commençant à ne plus se tenir régulièrement, cessèrent entièrement par la suite.

Ce sont ces assemblées que Pépin et Charlemagne firent revivre dans le VIII"^ siècle , sous le nom d'assemblées du Champ-^de-Mai. On les renvoya du mois de mars au mois de mai , parce que la cavalme étant devenue plus nombreuse , obligea d'attendre une saison plus favorable à cette partie importante de l'armée.

Cest par analogie que la nation eut plus tard ses états généraux , et c'est encore par imitation de ce qu'avait fait Charlemagne , que Napoléon , à son retour de l'ile d'Elbe, en 1 81 5 , ccmvoqua à Paris une assemblée du Champde-Mai.

Les Bourguignons avaient adopté , comme les Visigoths , leurs voisins , les opinions d'Arius , qui ne croyait point à la divinité de Jésus-Christ , mais , à cdà près , ils professaient tous les autres dogmes de l'église j et quoique le paganisme existât encore lorsqu'ils pénétrèrent sur les rives du Rhône , le culte n'en était plus exercé publiquement : il cessa entièrement avec l'établissement du royaume de Bourgogne.

Les populations étaient épuisées ^ esclaves , malheur^»es , et les adeptes , en petit nombre , qui restaient encore du culte imjdianté par Rome dans la Gaule , se montrèrent disposés à renoncer à des dieux depuis si longtemps insensibles à leurs souflBrances et sourds à leurs prières. Partout ils adc^ptèrent le culte de Jésus-Christ, qui promettait la paix aux hommes de bonne volonté , et qui , en prêchant la miséricorde aux vainqueurs et la résignation aux vaincus , donnait à chacun la certitude d'une autre vie , avec des récompenses et des peines étemelles.

Mêlées de toutes les aberrations d'une ignorance grossière , les jH^adques religieuses des Bourguignons furent ^ d'ailleurs , aussi peu favorabks à la civilisation que les lois et les coutumes de la vie civile qu'ils apportaient des forêts de la G^manie* Leur règne n'était que le triomphe d'une force brutale : aussi l'extinction des lumières fut-elle un des résultats de leur établiss^nent dans le midi de la Gaule. Un voile fun^re couvrit la province

Viennoise, et quelques moines seulement conservèrent, au fond de leurs cloîtres, des étincelles du feu sacré.

Vienne était devenue la capitale du nouveau royaume.

Le premier roi connu des Bourguignons est Grondicaire , mort en 436.

Il fut remplacé par Gondioc, son fils, qui régnait lorsque les Bourguignons se furent , en 470 , étendus jusqu'^en Provence. Il mourut en 473.

Gondebaud , Chilpéric , Gondemart et (îondegésile , ses fils , divisèrent rétat en quatre souverainetés.

L^ainé , Gondebaud , eut la Franche-Comté , une partie du Lyonnais et la province qui a retenu le nom de Bourgogne.

Chilpéric régna sur Fancienne province Viennoise et une partie du Lyonnais.

Gondemart eut Genève , la Savoie et la partie supérieure du Dauphiné.

Enfin , Gondegésile eut TAlsace et une partie de la Suisse. . La souveraineté de Gondebaud était la plus riche et la plus puissante; Gondegésile ne la lui envia point ; il se contenta du lot qu^il avait reçu.

U n^en fut pas de même de Chilpéric et de Gondemart. Irrités de se voir mal partagés , ils firent des armem^ois considérables , et lui livrèrent bataille près d^Autun. Gondebaud fut défait et contraint de chercher son salut dans la fuite ; il se fit même passer pour mort.

Chilpéric et Gondemart s^emparèrent de ses états, et s^en croyant désormais les tranquilles possesseurs, ils renvoyèrent au-delà du Bhin les troupes auxiliaire qu^ils en avaient fait venir.

Informé de cette imprévoyance , Gondebaud sortit de sa retraite , rassembla eu toute hâte une armée , et vint les assiéger dans Vienne , qu^il prit d'assaut après une longue et \îve résistance.

Il usa- de ses droits en vainqueur irrité : il fit trancher la tête à Chilpéric tombé en son pouvoir.

Gondemart^ quW sort pareil attendait, voulut se défendre jusqu'à la dernière extrémité ; il se fortifia dans une tour , et Gondebaud , au lieu d'en faire le siège , y fit mettre le feu.

La mort tragique de ces deux princes mit fin à la guerre. Cependant Gondebaud ne borna pas là sa vengeance : il fit trancher la tête aux deux fib de Chilpéric , et força l'aînée de ses filles à prendre le vofle. Quant à la

cadette ) nommée Clotîlde , touché de ses grâces et de sa jeunesse , il se contenta de Tenvoyer à Genève avec recommandation que Ton eût soin de son éducation.

Gondebaud devint ainsi seul maître de tout Fancien royaume de Boutgogne, à Fexception du lot de Gondegésile , qui comprenait la partie la plus rapprochée du Rhin.

Ce succès excita plus qu^il ne satisfit Tambition de ce prince : il votdut encore accroître le territoire soumis à sa puissance. Il enleva aux Visigoths, qui occupaient le Languedoc et qui avaient pour roi Alaric , Arles , MarseiUe et tout le pays dont celui-ci s^était emparé sur la rive gauche du Rhône. Il fit aUiance avec Théodoric , roi des Ostrogoths , et passa les Alpes pour Faider à conquérir Htalîé. *

Clovis, roi des Francs, avait conçu de Fombrage ile Fagrandissement de territoire et des alliances de Gondebaud. Il savait qu'il jfaisait élever à Genève Clotilde , sa nièce ; il savait aussi la haine quVlle nourrissait contre le meurtrier de sa famille. Pendant que Gondebaud était retenu en Italie , Clovis envoya à Genève un de ses confidens qui , travesti en mendiant i parvint jusqu'^à Clotilde , dont il sollicita la main pour son maître. Elle consentit à s'unir au roi des Primes , et ii ne restait plus q|tt*à obtettir Fôgrément de Gondebaud. j: .

A son retour d'Italie, il reçut de Clovis une nombreuse et briUante ambassade pour réclamer son consentement. Il refusa d'abord , parce qu'il comprit bien que cette alliance lui deviendrait funeste. Il prétexta la diflFérence des religions ;' mais les envoyés de Clotis répiondirent cpi^il avait Fintention de se faire baptiser. Ils firent comprendre qu'il regarderait un refus comme un affirôht, et qu'il pourrait en tirer une vengeance éclatante.

Gondebaud céda. Clotilde inquiète des irrésolutions de son oncle , pressa vivement son départ. Elle était peu éloignée, quand. Aredius, Fami et l'un des lieutenans de Gondebaud , apprenant les préparatifs de cette union , quitta son gouvernement de Provence et accourut vers Gondebaud afin' de Fen dissuader. On envoya en toute hâte un détachement potu* arrêter dans sa route et ramener Clotilde ; mais il n'était plus temps : elle avait fait diligence, et on ne put atteindre et ramener que les chariots dont elle était suivie.

Lorsqu'elle fut arrivée sur rextrême frontière du royaume de Bourgogne , et quVlle eut à sa disposition la nombreuse escorte que lui avait envoyée Clovis , elle voulut manifester d'une manière éclatante la haine qu'elle portait à Gondebaud : die fit inc^dier douze villages d^ états de son oncle , et ce fut à la hieur des flammes qu'elle rendit grâces à Dieu de ce premier acte de vengeance.

495. Le mariage de Qovis et de Qotilde fut célébré à Soissons, en 493.

Clovis ne tarda pas d'envoyer à Gondebaud des ambassadeurs qui le sommèrent de rendre tout ce qui appartenait à Clotilde. Ses exigences étaiait grandes , et ce n'est que par l'intervention de Théodoric, roi des Ostrogoths, que l'on parvint à s'entendre.

Gondebaud avait ramené d'Italie , à la suite des guerres dans lesquelles il avait soutenu les armes de Théodoric y une grande quantité d'habitans pauvres qui , n'ayant pu se racheter, avaient été distribués aux soldats comme esclaves , suivant l'usage de ces temps baii>ares. Théodoric profita du service qu'il venait de rendre à Gondebaud pour réclamer ces malheureux, et il les obtint moyennant une légère rançon. Dans le noxnbre il y avait plus de 6,000 femmes.

hdo. Qovis n'avait consenti à un arrangement avec Gcmdebaud que parce qu'il

était lui-même inquiété par les Allemands, et c'est à 12 lieues de Cologne^ dans un lieu nommé Tolbiac , qu'il leur livra bataille.

Clotilde le pressait depuis long-temps de tenir la promesse qu'il lui avait faite de se convertir au christianisme. Avant d'allé au combat , il déclara solennellement qu'il renoncerait à l'idolâtrie s^îl revenait vainqueur , et il tint fidèlement sa parole.

Les anciens habitans de la Gaule et les Romains établis parmi eux étaient chrétiens o^diodoxes. Les Bourguignons et les Visigoths suivaient le schisme d'Arius.

Les Visigoths se montraient intolérans envers les chrétiens orthodoxes de la rive droite du Rhône, tandis que les Bourguignons vivaient. en paix avec ceux de la rive opposée.

La conversion de Qovis fut un grand événement pour les peuples de ces contrées. Ils virent dans ce prince un protecteur puissant , et les évêques , déduits d'ailleurs par les honneurs et les richesses dont il comblait leurs

confrères dans ses états , cherchèrent à lui faciliter la conquête du pays. Ils suscitèrent à Gondebaud de grands embarras , et pour les conjurer il promit aussi de se faire catholique.

Il ch^cha encore à se les rendre favorables en disciplinant les Bourguignons, et en fixant leurs rapports entre eux et arec les anciens habitans. Il réunit dans un seul code les coutumes des Germains, celles qu'^observaient déjà les Bourguignons , et qudques dispositions des lois romaines. Il forma de tout cela un amalgame qu^on appelle encore aujourd'hui la Loi Gambette^ loi femeuse , où , à côté d'une foule de dispositions barbares , il en est de dignes d'un siècle et d'un peiq^le plus éclairés. On y remarque surtout un grand fonds d'équité , de la pénétration et une attention singulière à prévenir les moindres différends (1).

(1) La plupart des peines que prononçait la Loi Gombette étaient pécuniaires. Pour les régler, les personnes étaient estimées à un prix fixe. Celui de Thomme noble et de qualité était de 300 sous;* d'une condition médiocre, de 200; de la plus basse, mais libre, de 150, et du serf, de 30, à moins qu*il ne fût savant dans quelque art, ce qui ajoutait à son prix. Le serf ne portait pas les cheveux de la même manière que les gens libres. Les {uifs étaient réputés une espèce de serfs. La peine d'un Juif qui avait frappé un chrétien était d'avoir le poing coupé ou 70 sous pour le rachat de sa main , et en outre une amende de 12 sous. S'il avait frappé un prêtre, il perdait là vie, et ses biens étaient confisqués. Le mari et la fenune s'achetaient réciproquement : le prix de la femme de qualité était de ZOO sous, et celui du mari de moitié; le paiement en étant fait, la femme n'avait plus la liberté de se rétracter, et quoique le mariage ne fût pas consommé , c'était un crime capital à un autre homme de l'épouser. Le consentement des pères n'était pas de l'essence du mariage ; celui qui épousait une fille sans l'aveu du père n'était sujet qu'à une peine pécuniaire; le mariage subsistait. Mais si une fille romaine ou originaire du pays épousait un bourguignon sans le consentement de ses parens , il leur était permis de la déshériter. Le divorce n'était permis qu'au mari , et seulement dans trois cas : si la femme était convaincue d'adultère , si elle usait de sortilège, ou si elle avait violé les sépulcres. Si la femme quittait son mari, elle était étouffée dans la boue. Les enfans succédaient par égales parts : il était défendu au père de donner plus à l'un qu'à l'autre; mais les fiHes avaient par préciput les joyaux, les habits elles nippes de leurs mères, à l'exclusion des mâles. Il fallait cinq témoins pour les testamens et les donations universelles; trois sufiBsaient pour les choses particulières; il en fallait sept aux ventes des fonds, et cinq en celtes des serfs. Le bourguignon n'avait pas la liberté de vendre tous ses biens, à moins que ce ne fût pour en acquérir d'autres

Cest des Bourguignons que vint Fusage des duels judiciaires , pour constater par le sort des armes la vérité des faits allégués en justice.

Cette procédure brutale , à laquelle on donna les noms de champ clos , de combat judiciaire , de ffog^e de bataille et même de jugement de Dieuj ne s^appliquait pas seulement aux plaideurs , aux témoins , aux accusés et aux accusateurs : les juges eux-mêmes n'étaient pas en sûreté suj* leur tribimal. Quand Tun d'eux prononçait son avis , le plaideur qu'il condamnait lui reprochait que son jugement était faux et déloyal; il lui offirait le combat, et il fallait que le juge se battit (1).

plus à sa convenance; dans ce cas^ il devait donner la préférence à son voisin. Les forêts et les bois étaient conununs. L'amende de celui qui mettait Tépée à la main pour frapper était de 12 sous^ quoiciu'il ne Teût pas fait. Llionucide volontaire d'un homme libre était puni de mort. La peine des blessures était pécuniaire. Le serf qui avait frappé du poing un homme libre avait sur-le-champ cent coups de bâton : le bâton était la peine ordinaire des ser6 ; c'est de là qu'être frappé du bâton est une injure atroce. La femme et les enfans dès l'âge de quatorze ans étaient tenus de déférer , celle-là son mari, et ceux-ci leur père, en cas de larcin et de vol; s'ils ne le faisaient pas^ et que le crime fût avéré , ils étaient adjugés comme serfs à celui qui avait été volé. L'hospitalité était du droit public : celui qui refusait sa maison à un étranger payait une amende de 3 sous. Le bourguignon qui montrait à l'étranger^ pour se décharger de ce logement, la demeure d'un romain ou d'un originaire du pays , ou le romain qui montrait celle d'un bourguignon ; payait 6 sous. Le colon des métairies du roi qui refusait le toit ou le feu^ était fouetté; le feradier serf l'était aussi dans ce cas, et le libre payait 3 sous. L'usage des auberges publiques n'était encore que peu connu. Celui qui avait dérobé un chien de chasse, ou lui baisait le derrière publiquement, ou payait 5 sous de dommages-intérêts et 2 sous d'amende. Le duel était permis en toutes causes civiles et criminelles, pour la preuve de son droit ou de son innocence : le victorieux gagnait sa cause. On était persuadé que dès que le magistrat avait permis le combat, Dieu devenait l'arbitre du différend. Ces peines et ces amendes ordonnées en sous étaient considérables ; c'était une monnaie d'or qui différait si peu du poids et de la valeur des anciens écus d'or de France, qu'ils en ont tiré le nom à'ccus^soU, etc. (Voyez Choricr, Abrégé de L'Histoire de Dauphiné, liv. IL )

• (1) Vers la fin de la seconde race , cette coutume pénétra dans ks autres parties de la Gaule, et y fut généralement établie dans les premiers temps de la troisième race» Louis IX est le premier qui proscrivit dans ses domaines cette absurde procédure : il ordonna que, quel que fût un procès, soit au dvil, soit au criminel^ on fût obligé

Clotîlde n^avaît point abandonné le projet qu'acné avait depuis si long- ^499. temps conçu d^anéantir la puissance de Gondebaud. Elle ourdit une vaste intrigue , qui eut pour résultat un traité d'alliance entre Théodoric et Qovis contre Gondebaud. Il fut convenu qu'à un signal donné, Théodoric passerait les Alpes à la tête d'une armée, et viendrait fondre sur les états de Gondebaud, tandis que Clovis l'attaquerait du côté de Dijon.

Instruit du danger qui le menaçait, Gondebaud appela à son aide Gondegésile, son frère, mais il faisait déjà partie delà coalition. Il feignit néanmoins de joindre ses forces à celles de Gondebaud contre Clovis.

Les deux armées se trouvèrent en présence près de Dijon. Gondegésile, 5oo. au moment du combat, se tourna contre Gondebaud, et les Bourguignons furent taillés en pièces. Les restes de l'armée furent poussés , l'épée dans les reins, jusqu'à Avignon , où Gondebaud capitula.

Il céda à Gondegésile une partie des états qu'il avait usurpés sur Gondemart , et se soumit au paiement d'un tribut envers Clovis pour les états de Chilpéric , père de Clotilde.

Théodoric ne passa les Alpes que fort tard , et s'occupa beaucoup plus d'assurer la conquête de Marseille et de son territoire , dont il s'était emparé , que de favoriser les projets ambitieux de Clovis.

Lorsque Gondebaud fut délivré des Francs , il songea à tirer vengeance de la trahison de Gondegésile. Il prit les armes, l'assiégea dans Vienne, et le fit mourir au pied des autels, où il s'était réfugié.

Gondebaud perdit , à la mérité , la Basse-Provence , mais il se remit en possession de tout le reste, et il redevint encore une fois très-puissant.

La religion avait été pour beaucoup dans ses désastres. Les chrétiens orthodoxes, long-temps trompés par ce prince qui leur avait promis d'abjiu*er l'arianisme, mirent peu d'opposition aux succès de ses ennemis. Éclairé par

de prouver son droit par des écrits, par des témoins et par le raisonnement. Cette réforme eut le plus grand succès; tout le monde ouvrit les yeux, et la plupart des seigneurs , étonnés d'avoir suivi pendant si long-temps la coutume extravagante et barbare du duel judiciaire , adoptèrent dans leurs seigneuries la nouvelle forme introduite dans les justices royales. (Voyez Thouret, ObservaiioM 9ur l^ Histoire de France, pages 124 et 138.)

tant de vicissitudes et de dbgrâces , il se fit instruire du catholicisme , mit la dernière main à ses lois , et s^occupa d^améUorer le sort des peuples.

50S. Des difficultés s^élevèrent entre Govis et Alaric , roi des Visigoths. Clovis

rappela à Gondd>aud le traité d^ Avignon , et le somma de soutenir son parti. Gondebaud le fit , dans Tespérance que cette guerre lui rendrait la Basse- Provence qu^Alaric lui avait enlevée. Celui-ci mourut presque aussitôt , mais il fut remplacé par Thierry , Fun de ses fils , en faveur duquel intervint Thcodoric.

5io. Après une guerre qui dura deux années , les Francs et les Bourguignons

furent battus. On signa la paix , et chacun des belligérans garda les états dont il était en possession.

Clovis mourut en 51 1 .

Gondebaud mourut aussi en 516.

52^. Sigismond , Tainé de ses fils , lui succéda , mais attaqué par les enfans de

Clovis, à Tinstigation de Qotilde, leur m^e, dont rien n^avait pu calmer le ressentiment, il fut, après une guerre longue et san^nte, taillé en pièces , pris et jeté dans un puits avec sa femme et ses ^ifans.

Les Bourguignons ne perdirent pas un moment pour proclamer roi Gondemart , fi*ère de Sigismond , et pour reprendre les armes.

Clodomir marcha contre eux , et les défit non loin de Viauie ; mais dans la poursuite des fuyards il fut surpris et tué par eux. Les Francs , découragés à la vue de la tête de Qodomir portée au bout d'aune lance , firent la paix et se retirèrent.

582. En 532 , Childebert , Clotaire et Théodebert , fils de Thierry , voulurent

venger cette injure : ils recommencerait les hostilités , et après deux années de guerres, les successeurs de Govis furent maîtres des états de Gondebaud. Ainsi finit le gouvernement des Bourguignons. Il n'c^Bre , comme on voit, qu^une suite non interrompue d^agitations , de guerres , de calamités et de crimes. Toutefois , il est juste de dire que Gondebaud et ses successeurs eurent toujours quelque ménagement pour les habitudes et les mœurs des anciens habitans. Quoique attachés d^abord aux opinions JArius , ces princes furent tolérans pour les opinions contraires. Ils montrerait du respect pour Tempire romain ; la monnaie romaine eut seule cours , et Ton data les actes publics et privés tout à la fois du règne des rois bourguignons et des années des consulats.

Dans leurs discussions dHntérèts privés, les Barbares. observaient les lois particulières de leur nation , mais ils pennettai^it que les indigènes observassent eatre eux les lois romaines. Ceux-ci ne pouvaient d^ailleurs être jugés que par leurs compatriotes , et si une cause intéressait à la fois un bourguignon et un romain, le tribunal se composait de juges des deux nationSé

Les Bourguignons parlaient les langues du Nord , tandis que les anciais habitans parlaient le roman ou romain , latin altéré , mêlé de mots et de locutions gaUiques, gothiques et tudesques. CTétait, dans uq même pays, deux peuples de moeurs , de lois et de langage différens.

Cependant les lois romaines finir^fit par devenir le droit commun des deux nations y et du mélange des vainqueurs et des vaincus 9 qui s^opéra plus tard , se forma , dans le midi de la France , le langage V]jigaire que Ton nomma langue romance ^ espèce d^amalgame d'^idiômes différens; c^était, à peu de chose près , le patois que Ton parle encore aujourd'hui en Provence et en Languedoc. Mais un fait digne de remarque et qui se trouve attesté par la langue et les lois du vaincu devenues celles du vainqueur , c^est que le sang gallo-romain prédomina toujours dans le mélange successif de ces races diverses.

Les seuls docum^is historiques de cette période qui se rapportent d'aune manière spéciale au département de la Drome , sont les actes du ccmcile teoxL à Epaone, aujourd'hui Ëpinouze, commune de Moras, en 517, sous le règne de Sigismond et sôus la présidence de Saint -Arit, archevêque de Vienne (1). ^

(1) La position de rancienne Éptunu a été le sujel de beaueo^it d'incertitode et de nombreuses diBsertations. On a fini par désigner le lien d'Àlboo, moins par la force des raisons données, ^le parce qu*U fallait la fixer quelque part, et que tout, en eflbt, s'accordait pour la placer tout au moins dans lei environs ; mais des recherches trèsaUentives m'ont convaincu que Tancienne Épàode est Épinouie, petite paroÎMC dépendant de la commune de Horas, très-4'apprOchée d'Attion» Voici tmt quoi |e me fonde :

Les antiquaires s'acccnrdent à reconnaître €pï^Èpaù%tyntxkid^pofm, déeése des cheivaux. Ils conviennent aussi que quand les anciens consactaîent des autels à cette déesse, ib les plaçaient toujours au milieu des pâturages et dans les lieux où l'on élei^ait un grand

4jO

Les canons arrêtés par le concile sont au nombre de quarante, et les mesures qu'ails prescrivent pour la d&cipline de Téglise attestent qu**il s^ était introduit de grands désordres , et que de nombreuses hérésies détruisaient déjà Funité de la foi.

Le deuxième de ces canons consacre de nouveau un point de discipline fort remarquable , en ce qu**il ne veut pas que Ton reçoive dans les ordres ceux qui sont mariés en secondes noces , ou qui ont épousé une veuve.

Le trente-deuxième canon veut que Ton chasse de Féglise la veuve d^un prêtre ou d^un diaore qui s^est remariée , jusqu^à ce qu^^elle se sépare de son nouveau mari , et que Ton traite celui-ci avec la même sévMté.

Ainsi , le mariage des prêtres était encore permis alors , mais il y avait déjà tendance à Tempêcher, puisqu^on Içur défendait, ainsi qu^à leurs tenives, les seconds mariages.

Le huitième canon interdit aux abbés de donner la liberté auk sera de

nombre de chevaux. Or^ il n'a pu être consacré aucun autel de ce genre à Albon^ car c'eût été un contre-sens : loin d'être au milieu des pâturages, il est sur uneéminence d'un accès difficile, où il n'y a probablement jamais eu de prairie. Épinouze, au contraire, est située dans ces belles et riches prairies de la Yalloire, ob l'on fit, dans tous les temps, beaucoup d'élèves. Ajoutons qu'une foire, dont la création se perd dans la nuit des temps, et qui se tenait à la Chai, lien dépendant d'Épinouze, avait principalement pour objet le commerce dos chevaux. On y venait de fort loin. Transférée à ip'mooBef elle n'a pas cessé d'attirer un grand concours d'étrangers, et l'on continue d'y faire surtout le conunerce des bestiaux.

Si donc, comme il le parait, les anciens ont consacré un autel dans la Talloire à la déesse Épone, c'est nécessairement à Épinouze, car c'était l'endroit le mieux choisi, et la ressemblance qu'on trouve encore aujourd'hui dans les deux noms vient ajouter un nouveau degré d'évidence à cette démonstration.

Dans son Histoire de l'Église de Vienne, Charvet mentionne, pages 119 et 120, un diplôme de Gharles-le-Chauve, dans lequel il est question du lieu à*Éponensi dand le mandement d'Anneyron, ce qui s'explique par la circonstance que les territoires d'Épinouze et d'Anneyron se touchent, et ont pu, dans le moyen âge, être réunis sous l'autorité du même seigneur.

Il est donc évident que ce fut d'abord un lieu consacré à Deœ Epaonœ, déesse des chevaux; que plus tard ce fut un bourg connu sous le nom de Vicus Epaonens, et que de là est venu le nom moderne d'Épinouze.

HISTOHŒ. 67

leurs monastères , parce qu^il parait injuste au concile que , tandis que les moines travaillent à la terre , leurs serfs restent dans Poisiveté.

Le trente-quatrième se borne à prononcer une excommunication de deux ans contre ceux qui auront tué im de leurs esclares , sans Tintervention du

On voit que Téglise s^éloignait déjà de ses dogmes fondamentaux , puisqu'elle maintenait Tesclavage proscrit par les apôtres , et qu'elle défendait , dans un intérêt privé , de donner la liberté aux serfs.

D'autres articles des canons de ce concile ne sont pas moins remarquables, parce qu'ils peignent les mœurs et les usages du temps.

Il était défendu aux évèques, aux prêtres, aux diacres et aux cl^cs> de faire des visites à des femmes à des heures indues.

Il était pareillement interdit à tout ecclésiastique et rdigieiix d'entrer dàns^ les communautés de filles , s'il n'était d'un âge avancé et d'une sagesse reconnue. Ceux qui allaient j dire la messe devaient en sortir aussitôt qu'ils s'étaiait acquittés de leur ministère , et nul jeune derc ou moine n'était» admis auprès d'une religieuse , à moins qu'il ne fut son proche parent.

Les évêques, les prêtres et les diacres ne pouvaient avoir ni chiens, ni oiseaux pour la chasse.

Les ecclésiastiques ne pouvaient se' porter demandeurs en justice , sans l'autorisation préalable de leur évêque ; mais ils pouvaient , sans cette auto^ nsation , paraître devant les tribunaux comme défendeurs.

Les personnes de distincticm devaient se présenter à lem* évêque aux< fêtes de Pâques et de Noël , pour recevoir sa bénédiction.

Les pères du concile frappai^it d'anathême les hérétiques sectaires d'Arius ; ils défendaient de commimiquer avec eux. et de se servir de leurs églises , alors m^e qu'elles étaient abandonnées , attendwy disaientr-ils , qu^elles ne pouffaient jamais perdre leur impureté.

Il y avait aussi des dispositions contre les Juifs.

Enfin , le concile prenait des mesures propres à perpétuer la servitude des individus attachés à la glèbe , et ce dernier fait dit assez qu'il y a peu à imiter dans cette période du clu*istianisme , parce que l'ignorance et la barbarie des dominateurs de la Gaule obscurcissaient et méconnaissaient, sans cesse les vérités les plus consolantes de l'évangile..

68 CHAPITRE PRBMIER.

Le concile fut pré^dé par Saint Avit , archevêque de Vienne , et les autres prélats qui y assistèrent furent les évêques de Lyon, Châlons, Vaison, Valence, Sisteron, Gren^Ie, Besançon, Lances ^ Ortodure (Marignac), Autun, Embrun, Tarantaise, Genève, Vindisch (Suisse), Die, Carpentras, Gap , Orange , Saint-Paul-trois-Châteaux , Cavaillon , Viviers , Apt , Nevers et Avignon (1 ).

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