ROIS FRANCS DE LA BOURGOGNE
Après la défaite de Gondemart , le royaume de Bourgogne fut incorporé à la monarchie des Francs. Il donna son nom à Tune des trois grandes divisions de la France , dont Thistoire &it mention sous les dénominations ^Austrasie , de Neustrie et de Bourgogne.
Sous les descendons de Qovis , elles eurait souvent des rois particuliers , et fbrent ensuite gouvernées par des maires du palais , jusqu^au moment où la mairie d^Austrasie, devenue héréditaire dans la famille des Pépins , s^éleva sur toutes les autres mairies , et la famille des Pépins sur toutes les autres familles.
Quoique les lois des Francs et celles des Bourguignons eussent la même origine , elles présentaient cependant qudque différence , et c^est ce qui motiva la disposition diaprés laquelle les Bourguignons étaient jugés diaprés la Loi Gombettây et les Francs d'après leurs coutumes particulières. Les anciens habitans continuaient de Têtre suivant la loi romaine. $71. Ce fut sous le règne de ces rois Francs y et vers Tan 571 , que les Lombards
passèrent pour la première fois les Alpes et ravagèrent une partie du Dauphiné. Ils habitaient entre TElbe et TOder, et ils avaient quitté depuis peu leur patrie pour s'établir dans le nord de ritalie«
(1) Voyez 5 sur rétablissement, les lois et les mœurs des Bourg;iugnoD89 V Histoire
générale de Dauphiné, par Ghorier, tome I; — Histoire de Provence y tome II, page 41 et
suivantes; — Révolutions de France, par Thouret, page 69 et suivantes; — Origines
celtiques, par P,-J.-J. Bacon-Tacon, 2 vol. în-8*; — VHistoire de rÉglise de Vienne, par
- Charvet ; — VHistoire de Vienne, par M. Mermet, tome II; — Grégoire de Tours, etc.
Cest de là qu^est venu ce royanme de Lombardie , fameux squs Charlemagne , qui en subjugua les princes pour s^emparer de la couronne de far , et c^est par imitation de Charlemagne , dont il se montra le continuateur y que , de nos jours , Napoléon se fit aussi couronna roi dltalie , et qu^il jnrit à Milan lai couronne de fer.
Les Lombards repassèrent les Alpes par le Mont-Genèrvre , en 574 ; ils 57â. formaient trois corps d^armée , à la tète desquels étaient Amon , Rhodanus et Zaban.
Le premier se répandit , par la route de Gap à Sisteron , dans toute la Provence ; le second se dirigea sur Grenoble , et le troisième ^ passant par Veyne , la Bàtie-Monsaléon , le Col-de-Cabre et Luc , suivit le cours de la Drome , s^empara de Die , descendit dans la plaine et vint assiéger Valence.
Poursuivis , chassés de toutes parts par leç troupes et Thabileté du patrice Mummol, ces Barbares furent contraints de repasser presque aussitôt les Alpes ; mais leur passage fut marqué par tous les genres de rapines , de dévastations et de cruautés. Ib faisaient marcher devant eux le butin , les hommes et les bestiaux qu^ils avaient enlevés dans les villes (I).
Cest pendant cette nouvelle irruption de Barbares que Sagitfarius, évêque de Gap , et Salonius , son frère , évëque d^Embrun , donnèrent le premier exemple de Fétrange association du casque et de la mitre.
Sous le commandement de Mummol, ils marcherait en armes contre Fennemi ; mais cette action , qui eik été louée , applaudie chez tout autre que des prêtres chrétiens, fut blâmée comme contraire aux lois canonicjues. Grégoire de Tours s^en plaint comme d^un scandde inouï : <c Ils se
(1) C'est à cet événement que Tautenr de la vie de Sainte Jalle^ ou Sainte Galie, rapporte la délivrance miraculeuse de la ville de Valence.
« Une multitude de Barbares , dit-il, vint assiéger la ville où Sainte Galle iSadsait sa i> résidence. Tout le peuple vint à elle en criant : Servante de Jésiu^Chriet, secourez^nùus, » nous périssons tous l Ne craignez point, leur dit-elle; Saint Pierre, qui a une église dans • votre lieu consacrée à son honneur, combat pour vous : il a déjà répandu la consternation dans » les troupes de vos ennemis. Allez retirer Us dépouilles qu^ils ont laissées; mais ne faites aucun n mal d personne. Ce qu'elle prédit se trouva accompli à la lettre. Toute la ville crut lui » devoir une délivrance si miraculeuse, et après en avoir remercié Dieu, le peuple alla » en témoigner sa reconnaissance à cette sainte vierge. »
( Antiquités de l'Église de Faïence, page 105 • )
I» montrèrent à la guerre , âxt-û , non* munis du signe céleste de la crôk , )> mais armés comme des guerriers , le casque en tête , la cuirasse sur le )> dos ; et ce qui est plus condamnable encore , ils versèrent de leurs mains » le sang de plusieurs ennemis »
Les mœurs et les habitudes de ces prélats étaient essentiellement guerrières. Eux aussi aimaient le butin et le pillage ^ et ib s^étaient déjà signalés par une expédition contre Victor, évèque des Tricastins. Pendant que ce dernier donnait une fête , et qu^il avait pour cela éloigné ses gardes , Sagittarius et Salonius fondirent brusquement sur la maison de Victor , et, les arme» à la main , frappèrent les serviteurs de Févêque , déchirèrent leurs yétemens , enlevèrent les vases et tout ce qui était préparé pour le festin. Cette conduite et des excès dWe nature plus grave encore , les firent condamner à la dégradation par im concile tenu à Châlons-sur-Saône , en 579 (1).
Ces temps de troubles , d^agitations et de désordres furent aussi marqués par des disputes religieuses. Les actes des nombreux conciles de cette époque attestent quelles se reproduisirent sans cesse , parce que la mode des subtilités scolastiques avait passé de TOrient dans les Gaules.
Un des plus saints préceptes de la religion chrétienne continuait pourtant d^ètre méconnu; car, au lieu d^abolir Tesclavage, on en consacra Fexistence en en réglant Tusage. On voit , par un des canons du concile de Chàlonssur-Saône^ de Tannée 650, qu^il était seulement défendu aux chrétiens de vendre leurs esclaves chrétiens hors du royaume.
Ce qui. provoqua cette défense fut Fusage barbare où Ton était alors de vaidre les ;5erfs aux Juife , qui allaient les revendre aux Sarrasins d^Espagne et d^Afrique.
Les foudres de Téglise ne triompherait que lentement et difficilement de Tintérêt particulio* , car ce trafic honteux existait encore dans le IX"" siècle (2).
732. L'événement le pltis mémorable qui se passa sous le règne des Francs ,
fut Tinvasion des Sarrasins. Ilà occupaient TEspagne , et depuis long-temps
(1.) Histoire (U Paris, par SL Dulaure^ tome I, pages 337 et 338. — Gi-égoirc da Tours, liv. IV, chap. XLV.
(2) Papon,. tome II, gage 21Î;,
ils convoîtalent la Gaule, dans laquelle ils avaient déjà fait des excursions plus ou moins heureuses. Ils finirent par envahir le Languedoc , d'^où ils s* étendirent dans Fancien royaume de Bourgogne. Ils remontèrent le Rhône, massacrant les peuples , pillant et renversant les églises , brûlant les villes et les villages , répandant partout la terreur et la désolation : on ei\t dit que leur but était d^anéantir les arts de la civilisation et tous les progrès qu'avait faits la race humaine.
n s'était élevé une foule de monastères sur les deux rives du Rhône : tous furent ravagés et détruits. Les désastres causés par ces Barbares furent d'autant plus grands , que la terreur les ayant précédés , personne ne s'opposa à leur passage.
Charles-Martel venait de gagner sur un autre parti de ces Africains , entre m. Tours et Poitiers , cette bataille fameuse dans laquelle ils laissèrent , dit-on , sur le champ de bataille 375,000 des leurs.
Il accourut s'opposer à leurs progrès dans le royaume de Bourgogne , et il parvint à les refouler vers le midi de la Gaule ; mais rappelé en Allemagne par la révolte des Saxons , il ne put , cette fois , purger entièrement le pays de la présence des Barbares. Ils revinrent peu après dans le royaume de Bourgogne , et menaçaient d'étendre leurs ravages jusques dans les parties septentrionales de la Gaule.
Charles-Martel sentit que, dans d'aussi graves conjonctures, ce qu'il y avait de plus urgent , de plus important pour la France , c'était de repousser les Africains au-delà des Pyrénées , et il accourut leur livrer bataille. Il les défit en plusieurs Ueux, les poussa vigoureusement l'épée dans les reins et les refoula en Languedoc , où ils soutinrent plusieurs sièges. U les battit sur les bords de la rivière de Berre , à une demi-Ueue de la mer et à 7 milles au midi de Narbonne ; mais ils ne furent entièrement chassés du Languedoc qu'en 769. 759.
Os y reparurent en 793. La bataille qu'ils gagnèrent alors fut sans résultat 7ds. pour eux : ils fiurent contraints de repasser les Pyrénées.
Ils continuèrent encore par intervalles leurs irruptions ; ils reparurent 844. en Provence en 844 et 850, et en 1018 ils vinrent assiéger la ville de ^^^3 Narbonne, sous les mmrs de laquelle ils furent entièrement détruits. Les
72 CHAPITRE PREBUER.
prisonniers farexU en grand nombre , et le vainqueur les mit en vente comme de vils troupeaux (1).
Dans la seconde et sanglante irruption de 737 , lorsque C3iarles-Martel les refoula vers le Languedoc rt les Pyrénées , des partis ccmsidérables de ces Africains se retirèrent dans les Alpes ^ et notanunent dans le Graisivaudan, FEmbrunois et le Gapençois ; ils s^y étaUirent , sY fortifièrent , et c'est à cette époque calamiteuse que les évèques de Grenoble se réfugièrent à Saint- Donat y et les comtes de Graisivaudan à Albon.
Dans les invasions postérieures ils reparurent plusieurs fois en Dauphiné.
£n Tan 1011, il continuait dy avoir des Sarrasins dans les Alpes y et il parait même que beaucoup y restèrent et se fondirent dans la population indigène (2). On retrouve même encore dans quelques noms de lieux et de rivières des restes de leur langage (3).
(1) Trouvé 9 tome II, page 159.
. (2) Histoire ei Topçgrêpàie des Hautes^A lpe$ , par H. de la Doucette.
(3) « Le petit torrent que traverse la route royale qui conduit à Nyons » au-dessus du » moulin de Yinsobres^ se nomme la Mole, et ce mot est entièrement arabe. Moia » signifie 9 dans cette langue, eau. Lorsqu'on remonte le Nil, pour aller, soit de Damiette» » soit de Rosette au Caire, Toreille du voyageur est sans cesse frappée de la répétition de » ce mot MolalMola t que les bateliers et les gens du pays prononcent avec une sorte » d'enthousiasme, en avalant de grandes cruches d'eau du fleuve, qu'ils appellent sim-^ » plement Moia, eau, parce qu'elle est pour eux l'eau par excellence, puisque c'est à » elle que cette belle contrée doit son étonnante fertilité, et que, de plus, elle passe » aussi pour très-saine; et ea effet, on en boit avec une espèce d'enthousiasme, et » quoique le voyageur étranger ne puisse pas s'y associer entièrement, car les naturels » en avalent des cruche» entières, cependant est-il que cette eau qu'A avait d'abord » approchée de ses lèvres avec une sorte de dédain^ parce qu'elle est excessivement » jaunâtre , il la boit avec plaisir et y revient volontiers» Voilà du moins ce que l'ai » éprouvé et vu éprouver à tous ceux qui se trouvaient sur le fleuve avec moi, quand » je visitais ces intéressantes centrées. Je n'ai donc pu être que bien surpris, lorsque, » après bien des voyages et des vicissitudes , je suis venu jouir du repos sous le toit » paternel, de trouver à ce petit torrent qui touche ma propriété le nom arabe qui > avait si souvent fraj^ mes oreilles quand je traversais le Delta. Mats >'ai été , hélas î » bien loin d'y trouver la fécondité que ce nom rappelle dans ces belles contrées. Le » petit torrent de Uoïe débouche, en eflbt, dans le grand et destructeur torrent d'£ygues, 1 qui, bien loin dé porter la richesse et l'abondance, est un objet de terreur et de » désolation pour les propriétés situées sur ses bords. »
(M..d'Arohiinbaud.)
On s^est long-temps ressenti des ravages de ces enfans d^Ismaël. Cest à leurs dévastations , c^est à Tincendie et à IîT destruction des établissemens publics et des monastères , qu^il faut attribuer l'absence des monumens historiques et littéraires de cette époque.
Uhistoire de ce siècle est enveloppée d'épaisses ténèbres. « Elle ressemble, » dit un judicieux historien , à la campagne de la province , qui n'offi*ait I» alors aux yeux attristés du voyageur que Thorreur d'un vaste désert. » (1).
Recevant sans cesse des mains des riches et des mains des pauvres, le clergé , dans ces temps d'ignorance et de superstition , possédait d'immenses richesses (2). L'invasion des Sarrasins le ruina, moins encore par les ravages qui en résultèrent , que par le prétexte qu'elle fournit à Charles-Martel de le dépouiller. Les biens de l'église furent un fonds de récompenses pour les gens de guerre , à qui ils furent distribuée soit en fief, soit en aleu (3).
Pépin et Charlemagne , qui vinrent, après lui et qui commencèrent la seconde race de nos rois , protégèrent le clergé. Ne pouvant faire restituer aux gens de guerre ce qu'on leiu* avait donné, ils établirent la dime, qui fut un autre genre de biens pour l'église.
Après la mort de l'empereur Lothaire , fils de Louis-le-Débonnaire , en 855. 855 , ses trois fils se partagèrent ses états*
Louis eut l'Italie et le titre d'empereur. Lothaire II fut roi des provinces du nord. Ce qui composait ce lot fut nommé royaume de Lothaire, en latin Lotharingia y d'où est venu le nom de Lorraine.
Charles, le plus jeune, eut la Provence, le Dauphiné, la Savoie, le Lyonnais et une grande partie de la Bourgogne Transjurane. Les historiens
(1) Histoire de Provence, par Papon^ tome II, page 80. — Histoire de Dauphiné, par Chorîer. — Histoire de Languedoc, année 732 et suivantes.
(2) Grégoire de Tours nous a conservé un discours de Gbilpéric, petit-fils de Clovis, qui se plaignait déjà que ses biens avaient été presque tous donnés aux églises : « Notre 1 fisc est devenu pauvre , disait-il ; nos richesses ont été transportées aux églises ; il n'y » a plus que les évéques qui régnent; ils sont dans la grandeur, et nous n'y sommes » plus. » ( y oyez Esprit des Lois, Uv. XXXI , chap. IX. )
(3) Le franc-aleu était exempt de tous droits seigneuriaux, et le possesseur était, dispensé des devoirs de foi et hommage..
it
le nomment tantôt roi de Provence et tantôt roi de Bourgogne. D. faisait habituellement sa résidence au château de Man taille, qui dépend maintenant de la commune d'Anneyron, dans le canton de Saint-Vallier. 86». Il mourut à Lyon en 863 , et Louis et Lothaire se partagèrent ses états.
Lothaire II eut la Provence et le Dauphiné ; mais il mourut aussi sans enfans 869. en 869 , et Fempereur Louis réunit ses états à tous ceux qu'il possédait déjà.
Il était alors fort occupé en Italie, et Charles-le-Chauve , son oncle, voulut profiter des embarras qui le retenaient au-delà des Alpes, pour s^emparer de tout ce qu'ail possédait dans la Gaule. Il occupa Vienne et tout le Dauphiné.
875. Pendant Tusurpation de son oncle , Fempereur Louis II mourut en Italie,
en 875 , et ne laissa qu^une fille nommée Ermengarde , qui épousa, Tannée suivante , Boson , Tun des grands du royaume.
Non-seulement Charles-le-Chauve put, à Faide de cet événement, consommer son usurpation, mais il alla solliciter à Rome la couronne impériale. Il la reçut des mains du pape , et n^en jouit pas long-temps , 877. car il mourut empoisonné , le 6 octobre 877 , en repassant les Alpes*
II eut pour successeur Louis-le-Bègue , son fils.
Le feu des guerres intestines consumait le cœur de la monarchie. Les Normands étendaient, dW côté, leurs ravages jusqu^aux portes de Paris, et de Fautre , ils débarquaient en Provence et désolaient tout le pays jusqu^à Valence.
Les Sarrasins avaient reparu en Provence ; ils envahissaient Fltalie. Ce n'^était que troubles, déchiremens, confusion ;.Ia monarchie fi^ançaise était menacée d'aune complète dissolution.
879. Les choses étaient en cet état, lorsque Louîs-le-Bègue mourut le 10
avrU 879.
Il ne laissait que deux fils , Louis et Carloman : Charles-le-Simple n'était pas encore né.
L'Europe n'était plus que le vaste champ d'un brigandage afiBreux , où les droits de la propriété et Fordre des successions étaient continuellement violés. Les peuples, fatigués par les maîtres dont ils changeaient sans cesse, étaient contraints de recevoir la loi du plus fort.
C'est dans ces circonstances que Boson , allié à la famille de Charlemagne
par son mariage avec Ermengarde, fille de Tempereur Louis II, leva Tétendard de la révolte. Soutenu d'^un parti puissant que lui avaient ménagé les conseils et les intrigues de cette femme habile et ambitieuse, il fut élu roi, le 15 octobre 879 , dans une assemblée d^évêques et de seigneurs tenue dans ce même château de Mantaille qu'habita autrefois Charles , le plus jeune des fils de Fempereur Lothairé.
Ainsi cessa Fadjonction de cette province à la monarchie française, et s'éleva de nouveau le royaume de Bourgogne.