SECOND ROYAUME DE BOURGOGNE
RÈGNE DES BOSONS.
Commandée , en quelque sorte , par Tétat d'abandon où l'incapacité des 879. descendans de Charlemagne avait laissé nos provinces méridionales , l'usurpation de Boson était justifiée par le bien public. Mais alors ce motif puissant ne suffisait pas ; il fallait le colorer de droits et de motifs personnels j il fallait surtout s'appuyer sur l'intérêt particulier de l'église , et c'est ce qu'on fit dans l'acte d'élection de Boson.
« Les évêques , y est-il dit, s'étant assemblés à Mantaille , dans le diocèse » de Vienne , pom* y traiter des affaires de l'église , et se voyant sans secours » depuis la mort du dernier roi , non-seulement par rapport à eux et aux )> biens des églises , mais encore par rapport au bien de tout le peuple , » personne de ceux qui pouvaient succéder à ce royaume par leur naissance i) n'étant en état de le gouverner par lui-même , ont résolu , avec les i> principaux seigneurs de ce royaume , qui se sont joints à eux dans cette » assemblée, de se choisir un roi qui eût toutes les qualités nécessaires » marquées dans les saints livres. Cest dans cette vue que, jetant les yeux » sur tous ceux qui pouvaient être à portée de cette dignité , ils les ont » arrêtés , d'un consentement unanime , sur un homme qui leur a paru la » mérita préférablement à tous les autres : homme illustre , que l'empereur » Charles avait choisi déjà depuis long-temps pour son conseil et pour » général de ses armées ; que l'empereur Louis , qui vient de mourir , avait » résolu d'élever aux plus hautes dignités ; que le souverain pontife , l'évêque
» de Rome , aime comme son fils et qu^il a choisi pour son défenseur. Cest n rillustre prince Boson qui a été choisi , d'aune commune voix , pour cette )> dignité , par la volonté de Dieu et les suffirages des pasteurs et des prin- » cipaux seigneurs du royaume , qui n^ont eu en vue , dans cette élection , D que les besoins du royaume et les secours quMl doit en espérer. Ce prince » avait d^abord refusé cette dignité , mais il Ta acceptée enfin , lorsqu'^on lui » a fait connaître que les intérêts de Dieu et de son église le demandaient » ainsi de lui. Il s^est présenté devant le Seigneur : nous avons fait sur lui les » prières accoutumées en cette occasion , afin que Dieu , qui lui a mis dans » le cœur les plus saintes résolutions, lui fasse la grâce de les exécuter. » (1)« Cet acte fut revêtu des signatures de six archevêques et de dix-sept évêques. Les fils de Louis-le-Bègue accoururent sur les bords du Rhône pour arracher à Tusurpateur cette portion importante de l'héritage de leur père ; mais il sut défendre avec courage le trône sur lequel il avait osé monter. H se reconnut vassal de Fempereur Charles-le-Gros , chef de la maison des princes finançais, et, par cet hommage insignifiant, il le détacha des intérêts des fils de Louis-le-Bègue , qui furent obHgés de consentir à son élévation.
887. Bosoû mourut en 887. Louis, son fils, n'avait que dix ans. Guidé par sa
mère , il se rendit au château de Kirchen , sur le Rhin , où résidait Charles^ le-Gros , et il y renouvela Thommage de son père. Charles le reconnut pour roi de Bourgogne ; il fit plus , il Fadopta pour son fils. Dès-lors ses droits sur le royaume de Bourgogne semblaient incontestables ; mais Ermen garde , pour les affermir de plus en plus , crut devoir , suivant Tusage de ce siècle ,
890. le faire proclamer dans le concile qui se tint à cet effet à Valence , en 890 (2).
(1) Antiquités de l^Église de Valence, page 202.
(2) Acte d'élection de Louis, fils de Boson :
« L'an de rincarnation huit cent quatre-vingt-dix, le vénérable Barnoin, archevêque » de Vienne, ayant élé à Rome pour quelques affaires de TéUl et de TégUse, fut tendre- 1 ment exhorté par le pape ( c'était Etienne Y ), qui connaissait parfaitement les troubles » que le royaume d'Arles avait soufferts avant que Boson en eût été élu roi, et tous les 1 maux qu'il avait à craindre depuis la mort de ce prince, fut, disons-nous, exhorté » tendrement par ce pape de porter les évéques et les seigneurs de ce royaume à élire > pour leur roi Louis, fils de Boson. Ayant donc appris-de notre vénérable frère Barnoio » cette disposition favorable du souverain pontife à l'égard de ce prince, nous nous
ÏIISTOIKE. 77
l)ans ce temps , où le sacerdoce et Tempir^ ne connaissaient pas les limites de leurs droits respectifs, il était nécessaire de les ménager tour-à-*tour| pour que Tun ne détruisit pas ce que Tautre avait fait ou consenti.
Tandis qu^Ërmengarde était occupée à assiu*er à son fils Théritage 4e son père , Raoul , ou Rodolphe F' , fils de Conrad , s^emparait de la Frandae- Comté et de toute la partie septentrionale des états de Boson.
Il y eut ainsi deux royaumes de Bourgogne. L'un était connu sous le nom de Bourgogne Cisjurane, ou royaume d'Arles et de Provence; Pautre était connu sous le nom de Bourgogne Transjurane. Us sont souvent confondus par les auteurs anciens , ce qui jette beaucoup d'obscurité dans l'histoire de ces temps déjà si ténébreux.
Louis j fils de Boson , obtint la couronne d'Italie en l'an 900 ; mais bientôt 9oo. elle lui fut enlevée par Béranger , qui le priva de la vue. Il se retira dans son royaume de Bourgogne, où il continua de ré^er sans opposition.
Hugues , qu'il avait créé duc de Provence , lui succéda : il était fils de 928. Thibaud, comte d'Arles, et petit-fils de Lothaire II, ancien roi de
1 sommes assemblés dans la ville de Valence , savoir : Âurélien, archevêque de Lyon; » Rostaing, archevêque d'Arles; Arnaud, archevêque d'Embrun, et Barnoin, archevêque » de Vienne. Après avoir bien examiné toutes choses, ajoutent-ils, le consentement » unanime de tous ceux qui composaient notre assemblée a été en foveur du prince Louis 9 que nous venons de nonmier, prince d'une maison impériale et à qui l'empereur » Charles et Amoul , son fils, avaient déjà accordé le nom et la qualité de roi. Son âge, » à la vérité, est trop jeune, pour espérer qu'il soumette sitôt par lui-même les nations » barbares qui ravagent nos provinces; mais, outre les secours que nous savons qu'il 1 trouvera dès à présent , à ce sujets dans le courage du duc Richard et dans les conseils » de la reine Ermengarde, sa mère , le beau naturel et les grandes qualités qu'il montre » déjà dans un âge si peu avancé, nous font tout espérer d^ lui pour la suite. Nous » l'avons donc élu pour notre roi d'un consentement unanime, et nous ayons signé cet » acte de son élection. »
( Andquîiét de l*ÉgU$e dâ Fàlmee, page 205. }
A cette époque, la couronne était, à certains égards, élective, et à certains égards, héréditaire. Elle était héréditaire , parce qu'on prenait toujours les rois dans cette raee; elle l'était encore, parce que les enfans socoédaient; elle était élective 9 parce que le peuple choisissait entre les en&ns. ( Voyez Esprit du Lois ^ chap. XXIX , liv. XXXI. )
80 CHAPITRE PREIHER.
aux abbayes , quelques-unes de ces églises dont ils les avaient dépouillées ; mais leurs successeurs, non contens de conserver les autres, reprirent bientôt après les premières , sans être arrêtés ni par les décrets des conciles , ni par les anathêmes des papes et des évêques.
Les empereurs d** Allemagne essayèrent, à diverses époques, de se ressaisir de la puissance. Ils vinrent plusieurs fois étaler dans Tancien royaume d^ Arles le faste insignifiant d^un titre sans attributions et d^une autorité sans force» Ils refusèrent rarement de concéder par des chartes ce que les seigneurs , les évêques et les congrégations religieuses leur demandèrent. Us se figuraient que cette ombre d^une puissance nominale était le moyen de constater et de conserver leivs droits pour des temps meilleurs*
Frédéric Barberousse fut le premier et f»resque le S€id qui se fit reconnaître. Il reçut tous les honneurs de la souvaraineté ; mais iL ne rentra pas dans la possession des terres usurpées, dont on se contenta db lui rendre hommage; cependant, pour attirer les évêques à son partie il les gratifia de concessions utiles et honorifiques.
1157. En i45T , U donna là ville de Vaïaiee à Odon , son évêque , et il accorda
à Robert , évêque de Die , le titre de prince de Tempire ; il lui concéda de plus la ville de son siège dont il le fit comte.
L^évêque de Saint-Paul-tro»*<^teaux obtint la seigneurie de sa ville épiscopale , avec totis les droits adles depuis le Rhône jusqu^à la rivière dTEygues.
Les grajids , les prélats et les ecclésiastiques pensèrent qyil leur était utile d'obtenir un titre apparent de leur iisurpation , et ils reçurent avec empresssement les chartes que Tempereur leur accordait , ne pouvant mieux faire, avec une merveilleuse facilité (1).
Les plus puissans de ces petits souverains furent les comtes d^Albon , qui prirent plus de lupériorité encore lorsqu'ils eurent acquis le comté de Viaine. Le prénom de Daiy}hin domié à Guigues IX , Tun d'eux , fîit adopté par ses descendans^ il devint d'abord un nom de maison, et ensuite un nom de
(i) La maison des princes d'Orange elle-même n'a pas d'autre origine. C'est Frédéric Barberousse qui, en 1178, concéda à Bertrand de Baux le droit de se qualifier prince d'Orange, et de prendre la couronne de souveraineté.^
dignité ^ ce qui détermina ces princes à prendre pour armes un dauphin ; de là aussi le nom de Dauphiné.
Ils tendirent sans cesse à subjuguer leurs voisins , à en faire leurs vassaux, et à en obtenir des cessions importantes.
Huit fois renouvelées en moins de deux siècles et huit fois désastreuses (1 ) ^ les croisades , en dévorant en pure perte félite de TEurope entière , et en éloignant partout les hommes belliqueux, concoururent à aflFermir Fautorité des dauphins ; elles favorisèrent aussi Tagrandissement du clergé , car les églises et les cloîtres achetèrent alors à vil prix beaucoup de terres des seigneurs , qui croyaient n'avoir besoin que d'un peu d'argent et de leurs armes pour aller conquérir des royaumes en Asie. Le trésor des chartes de Vienne était rempli de constitutions de fiefs faites à Téglise et à prix d'argent , du temps des croisades, par ceux qui possédaient des terres en franc-aleu (2).
Béatrix , fille unique de Guignes V et héritière du comte d'Albon , n'ayant au, pas eu d'enfans du comte de Saint-Gilles, second fils de Reymond, comte de Toulouse , épousa , en 1 1 84 , Hugues , duc de Bourgogne ; il fut la tige d'une seconde race , à laquelle en succéda ime troisième en 1 282 , qui prit 1282. naissance dans la maison de Latour-et-Coligny. Son nom , ses grandes possessions et le mérite de plusieurs souverains qu'elle donna à ce petit état, contribuèrent puissamment aussi à en augmenter la force et l'étendue.
Cependant les comtés de Die et de Valence , les baronnies de Montauban et de Mévouillon , restèrent indépéndans assez long-temps encore.
Le comté de Die fut réuni par droit de succession à celui de Valence , en 1116.
tmmmmmammÊmim
(1) 1- oroisade, de 1095 à 109».
2"* croisade, de 1140 à 1148.