DES TEMPLIERS
C'est à ces temps de troubles et d'anarchie que se rapporte le procès fameux des Templiers.
1108. En 1 1 08 , à la suite de la première croisade , neuf chevaliers prirent la
résolution de fonder un ordre militaire et rehgieux pom* défendre les pèlerins et veiller à la sûreté des chemins qui conduisaient en Palestine. Us se Uèrent par des vœux. Une maison leur fut assignée à Jérusalem , près de l'ancien temple de Salomon , et ils prirent le nom de Templiers ou Chevaliers du Temple.
Ils ne vécurent d'abord que du produit de la charité publique ; mais leur but , si conforme à l'esprit du temps , leurs mœurs à la fois monastiques et chevaleresques, l'épée unie au cilice, tout, dans la nouvelle institution/ était propre à exciter l'exaltation des hommes aventureux et des âmes généreuses.
Beaucoup de jeunes seigneurs recherchèrent l'honneur d'entrer dans l'ordre j d'autres le comblèrent de libéralités , et à l'éclat que donnent le
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(1) Ghorier, tome I liv. X, et tome II liv. I. — ^^ Yalbonnais. — M. Dochîer, page 4-
• Histoire de l'Église de Vienne , par Charvet. — Traité des Fiefs, par Salvaing de Boîssleu.
• Histoire de Languedoc , ioine II.
nombre et la ridiesse, Tordre du Temple joignit bientôt le reflet d^une gloire acquise dans maintes expéditions lointaines.
Sa puissance était ^soide, et lorsque le mauvais succès des croisades obligea les chevaliers à se retirer en Europe , fls y apportèrent une fierté audacieuse, une liberté d^action et de langage ^ un zèle ardent à augmenter leurs richesses , un esprit de corps , enfin , qui eJtcitèrent la crainte et Tenvie de Phihppe-le-Bel.
Ses finances étaient dans un dés<»*dre ta^trème s plusiemrs fois il avait été réduit à se créer des ressources par Faltération des monnaies. Il poursuivait , il chassait les malheureux Juifs pour s^emparer de levLn biens ^ et Fimmense richesse des Templiers contrastant avec la pauvreté du trésor rojal, il résolut de les perdre et de s^enrichir de leurs dépouilles.
Il fyiait leur supposer des crimes , et on les accusa d^impiétés absurdes , d^idolâtries ridicules et de mœurs honteuses. Le roi sut mettre le pape^ les prélats et les grands vassaux dans ses intérêts»
Les Templiers furent arrêtés , le même jour ^ sur tous les points de la iso7. France , et jetés dans les cachotSé
Des procédures s^instruisirent , et cémme , malgré le soin que Ton mettait à n'^entendre que les ennemis connus des Templiers , ces informations ne produisaient aucune charge, cm voulut leur arracher des aveux par la torturet ils furaoït livrés à tous les genres de supplices. Plusieurs y succombèrent ; d'autres , pour £ure cesser d^atroces douleurs , dirent >tout ce qu'ion voulut ( le plus grand nombre protestèrent , même au milieu des tourmens y de Finnocence et de la pureté de Tordre.
Toutes les intrigues furent ourdies , tous les moyens furent employés pour consommer ce grand forfait. Beaucoup de ces malheureux furent livrés aux flammes , et au lieu d'^intimider les chevaliers , ces exécutions ranimèrent leur courage. Presque tous ceux à qui les douleurs de la torture avaient arraché des aveux les démentirent y et en expirant sur les bûchers ils protestaient encore de leur innocence.
Ce fiit alors que Jacques Molai, si Ton en croit la tradition, ajourna le pape Clément Y à comparaître devant le tribunal de Dieu dans quarante joiu^ , et Philippe-le-Bd dans un an.
Un concile général avait été réuni, à Vienne pour confirmer , pour inz.
légaliser icax J^&ax des peuples la persécution des Templiers , et prononcer la suppression de Tordre ; mais les pères du concile refusèrent de s^associer à cette œuvre d'iniquité : avant de condamner , ils voulurent ^itendre.
Ces formes protectrices de Tinnocence convenaient peu au roi et au pape, qui avaient juré d^avance la perte des malheureux chevaliers. On se passa du concile, et dans un conclave secret, du 3 avril 1312, le pape prononça la destruction de Tordre.
Les trésors et le mobilier saisis dans toute la France au moment de T^urestation des chevaliers , restèrent à Philippe-le-Bel , et jusqu'^à sa mort il perçut Je revenu des domaines de Tordre, dont le pape s^était réservé la nue propriété, partie pour lui, partie pour Tordre de Saikit-Jean-de- Jérusalem. .
Xes Templiers possédaient de grands biens dans ce département : ils avaient des domaines ei plusieiu*s établissemens dans le Tricastin , et parmi les principaux chevaliers qui se présentèrent pour défendre Tordre , on cite Bertrand de Saint-Paul , de la province Viennoise.
Le père Boyer, qui a écrit, en 1710, Thistoire de Téglise cathédrale de Saint-rPaul^-trois-Chàteaux , dit que les biens de Tordre du Temple situés dans le Tricastin furent saisis par les officiers du pape , et réunis au domaine de la chaîiibre apostolique du Comtat-Venaissin.
: Ainsi , la cupidité d^un roi et à^vm, pape détruisit cet ordre illustre fondé dans un but si noble )et si saint, et qui avait rendu de si grands services à la chrétienté, m»
L^ame se soulève d^indignation au récit de tant d^horreurs , et Ton ne sait qui flétrir le plus, ou de ces assassins couronnés, ou des peuples assez ISlches pour souffirir tant d^atrocités (1).
(1) Monumens historiques relatifs à la condamnation des Chevaliers du Temple , par M. Raynouard, pages 72, 172, 193, 198, 199 et 211. — Histoire de l'Église de Saint-Paul^ troiS'Châteaux, «— Histoire de C Église de Vienne , par Charvet.
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