‹ Statistique du département de la DromeChapitre 41 sur 234 · LACS · texte numérisé non relu

LACS

n existe quatre lâos dans ce département : ce sont ceux de Goiunier , de Montotson , de Luc et de la Motte-Chalancon.

Celui de Gournier est entre Montélimar et Châteauneuf-du-'Rhdne , dans une propriété de M. Làcoste-Duvivier. Il a une étendue de 96 ares 66 centiares. Cest un entonnoir d'une forme parfaitement circulaire, opéré par un enfoncement d'une époque si reculée qu'il n'en existe aucune tradition, ce qui fkit croire qu'il remonte à l'irruption des volcans de Rochemaure en Vivarais. Il a <M*dinairement de 45 à 50 pieds d'eau , et il est assez poissonneux.

Celui de Montoison n^est qu'une espèce de mare où se réunissent les eaux pluviales. Il a une superficie de 2 hectares 68 ares 21 centiares. Ses eaux ont ordinairement un mètre de profondeur. EUes diminuent par l'évaporation pendant les chaleurs de l'été , et il n'est alors pas rare de le voir presque entièrement k sec. Il ne donne que peu de poiss<ms, d'une mauvaise qualité}

mais lorsqu'au se dessèche, on j chasse les oiseaux aquatiq^ies et de passage, qui j sont toujours en grand nombre.

Le lac de Luc a été produit par un éboulement de rochers, et voici coinment il s^est formé :

La Drome coulait dans un lieu rétréci par deux mcnitagnes. Au-dessus de celle qui forme , dans cette partie , la rive droite de la rivière , s^en trouve une troisième beaucoup plus élevée que les deux autres. Il s^en détacha, en 1442, une bande énorme de rochers qui tombèrent sur la montagne inférieure ; la rencontre de celle-ci fit qu'aune partie des blocs éboulés se précipitèrent les uns au levant et les autres au couchant. Les eaux furent arrêtées par cet obstacle. L^éboulement du couchant forma le petit lac : c^est le plus rapproché dfi Luc ; et Téboulement du levant , le grand lac. Les eaux s^élevèrent , rempUrent la plaine jusqu^à la hauteur des rochers, et arrivées à ce niveau, elles retombèrent par deux cascades qui se précipitèrent, la première dans le petit lac, et la seconde dans le lit de la Drome. Ces cascades subsistent encore. On remarque surtout celle des eaux du grand lac tombant dans le bassin inférieur : des déchiremens et des bouillonnemens extraordinaires, des nappes d^eau, blanches et fumantes d^écume, qui se précipitent d^un rocher à fautre, ofirent , lorsque les eaux de la Drome sont fortes , un des plus intéressans spectacles de la nature.

Le lac de Luc remonte jusqu'^à Beaumont , et couvre une superficie de plus de 300 hectares , sans j comprendre les terrains occupés par le cours de la rivière, par les ruisseaux et les torrens qui s'y jettent.

La partie supérieure appartient à M. Chabert , de Triors , qui Va acquis de M. Crozet , lequel la tenait de M. Guilhermoz, de Voiron. Elle forme plus du tiers de la contenance totale.

La partie inférieure appartenait aux chartreux deDurbon et àM. dePonnat £Ue a passé aux hospices de Die et de Crest, et aux pauvres de Luc; la coifrmune de Baurières y a également un intérêt.

La position est avantageuse , et le sol , formé de coUches profondes de limon successivement déposé par les eaux, rendrait^ s^il pouvait être mis en culture , les plus abondantes récoltes.

Les chartreux de Durbon commenc^ent le dessèchement des deux laes en 1788. Il y cssdûitait alors um grande quantité de poissons : les lacs de

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Luc en approrisionnaîent tous les cantons voisins. Aujourd'hui il n^ en a presque plus.

Les deux lacs fournissent , depuis Técoulement de la nappe d'eau qui les a couverts pendant trois siècles et demi, une grande quantité d'herbages et d'osiers ; on y voit aussi de belles plantations de saules et de peupliers.

M. Guilhermoz reprit et M. Crozet continua le dessèchement commencé par les chartreux ; mais les succès qu'ils avaient d'abord obtenus n'ont point eu de durée. Les eaux des torrens qui , à la moindre pluie , se précipitent dans ce bassin , viennent sans cesse remettre en marécage les parties d'abord desséchées : c'est toujours à recommencer ; et il résulte de ces essais malheureux, qu'on ne parviendra à opérer un véritable dessèchement qu'autant qu'oa abaissera le lit de la rivière , et qu'on creusera au bas des montagnes , à droite et à gauche , de vastes fossés d'écoulement , qui recevront les eaux et les empêcheront de se répandre dans le lac.

Quant à l'encombrement de rochers produit par l'éboulement , et qu'on nomme le Claps^ il faudrait bien du temps et des bras pour déblayer cette espèce de cahos, qui présente des blocs de rochers d'une immense proportion, jetés ça et là dans toutes les positions. Ici, ces masses s'élèvent à une grande hauteur ; là , elles forment des cavernes profondes ; plus loin , elles gisent renversées dans des directions opposées , ou se croisent les imes les autres ; partout , règne un désordre extrême qui porte dans l'esprit du voyageur une sorte d'effi^oi, en le faisant pour ainsi dire assister à la catastrophe de l'éboulement. On remarque surtout, dans l'encombrement qui forme le petit lac, un bloc énorme qui s'est divisé en deux parties perpendiculaires que les habitans du pays nomment les Jumeaux f ils ont près de 80 pieds de haut , et au sommet de l'un d'eux est un autre rocher qu'on nomme X Enclume.

Le Claps a de 8 à 900 mètres de longueur. Depuis Tan XIII (1805), il est ouvert aux piétons et aux bêtes de somme , et dans ce moment on y travaille à l'établissement définitif de la grande route de Valence à Gap et Sisteron, qui déjà est praticable et fort belle jusqu'à Luc. Ainsi, ce qu'on avait cru impossible pendant plusieurs siècles va se réaliser, et le pays devra à la sollicitude de l'administration une communication nouvelle qui ne saurait manquer d'augmenter puissamment sa richesse et sa prospérité.

Le lac de la Motte^-Chakncon date de 1 829 , et je ne saurais rendre un compte plus fidèle de Tévénement qui Va formé , et des désastres qui en sont résultés, qu'yen transcrivant le rapport de M. Josserand, ingénieur des ponts et chaussées, du 21 novembre 1829 :

Pendant la nuit du Si octobre au 1*' novembre dernier, dans la vallée de TOule, et à la distance d'environ un quart d'heure en amont du village de la Motte-Chalancouy les habitans d'une grange appartenant au sieur Gombel, placée à mi-côte sur le flanc d'une montagne de médiocre hauteur , entendirent une sorte de craquement asses fort qui semblait partir d'un point peu éloigné. Us ne cherchèrent pas néanmoins à connaître hnmédiatement la cause de ce bruit étrange; mais le lendemain matin , s'étant rendus dans la partie supérieure de la montagne, ils virent une crevasse d'une certaine longueur qui venait de se former transversalement , à quelque distance du pied des rochers qui la couronnent , et bientôt ils s'aperçurent avec effroi que tous les terrains environnans descendaient progressivement, mais avec lenteur , vers le fond de la vallée, ob serpente la rivière d'Oule. Ces malheureux, consternés, retournèrent précipitamment à leur habitation , qui commençait d'être menacée 9 firent sortir à la hâte tous leurs basHaux, et l'un d'eux s'empressa de porter l'alarme à la Motte-Chalancon, afin qu'on vint ks aider à enlever leurs denrées et leurs meubles, qu'ils parvinrent effectivement à sauver. Cependant, le mouvement continuait d'une manière vraiment alarmante sur SOOmètres de largeur environ, et une hauteur de 12 à 1,500 mètres. D'énormes noyers c{uî embellissaient les alentours du domaine , et d'autres arbres de haute tige , étaient successivement renversés avec un fracas épouvantable , et le bâtiment lui-même ne tarda pas à s'écrouler et à disparaître entièrement sous les déconJires^ En même temps^ l'extrémité inférieure de l'éboulement , sur une laideur d'environ IM mètres^ formant un monticule en terre , mêlée de gros blocs de pierre et de troncs d'arbres , s'avançaîr peu à peu dans le lit de l'Oule, dont le cours se trouva enfin com|>létement intercepé vers le 4 novembre ; et bientôt après , cette masse mouvante continuant toujours i s'exhausser , commença à s'étendre sur la rive opposée de la rivière , oh se trouvait , i peu de distance de la berge, un autre domaine appartenant au sieur Guillaume. Dé)à ce dernier bâtiment avait été atteint et enfoui sous les terres ; déjà les parties latérales de rébo«lement arrivaient à leur tour au bord de la rivière , et ni|e troisièpoe grange, située sur l'un des flancs de la montagne, allait éprouver dans quelques heures le même sort que les deux autres ; déjà les eaux amoncelées en amont de ce barrage naturel formaient un lac dont les dimensions croissaient à chaque instant, et menaçaieut d'envahir toute la vallée, lorsqu'enfin le mouvement commença à se ralentir, et ne tarda pas à cesser entièrement, sauf dans la partie en aval, oit il continua quelques jjburs encore, mais d'une UMnière presque insensible.

Tel était l'état des choses le 1$ de ce mois^ jour oà nous noua sommes rendu sur les^

lieux , conformément à rioTiUtioQ de M. le préfet de la Drome* Nous avons gamine avec attention Tétat du barrage formé par l'éboulement, au-dessus duquel la rivière d'Qole a fini par reprendre son cours ordinaire, et nous avons reconna que les eaux * après avoir délavé et entraîné les terres qui se trouvaient à la surface, s'étaient frayé un passage au travers des gros blocs de rochers descendus de la montagne, qui semblent avoir pris dès à présent une assiette fixe, et arrivaient ainsi > par cascades, jusque dans leur ancien Ut en aval. Nous avons également reconnu que le lac formé par Les eaux en amont , et par lequel se trouvent envabis des tenrains précieux appartenant à M. Chareins, offrait une longueur d'environ 1,000 mètres, sur une largeur qui varie de 100 à 200 mètres ; et il résulte , tant des renseignemens qui nous ont été donnés, que de Tinspection même des lieux , que la plus grande profondeur de ce lac doit être approximativement de 1^ à 15 mètres. Enfin, nous avons gravi la montagne jusqu'au pied des rochers non loin desquels le mouvement a commencé, et nous avons remarqué une grande crevasse de plusieurs mètres de profondeur, qui règne sur toute la largeur de Téboulement, et qui nous a laissé apercevoir à nu une petite portion du plan d'argile qui existe sans doute dans toute cette partie de la montagne, avec une inclinaison plus ou moins grande, et sur lequel le glissement s'est opéré. Nous avons en outre observé que, vers le pied des rochers situés à peu de distance au-dessus de l'excavation dont nous venons de parler, on aperçoit plusieurs fissures ayant h peine u» décikxiètre de largeur, mais régnant sur une longueur considérable dans un sens à peu près parallèle à celui de la grande crevasse. Enfin , il résulte des renseignemens fournis sur les lieux qu'il existait sur ce revers de montagne plusieurs sources , dont une très-abondante , lesquelles ont entièrement disparu, ou du moins ne laissent plus apercevoir aujourd'hui que quelques faibles suintemens ; et de plus , dans la partie à l'est de l'intervalle occupé par Téboulement, il y avait un ravin assez fort, qui servait de dégorgement aux eaux pluviales d'un bassin supérieur à la chaîne de rochers mentionnée ei^lessws , et qui se trouvant désormais sans issue pour arriver à l'Oule , viendr^^ ie dégorger nécessairement dans la grande excavation qui règne non loin du pied de ces mêmes rochers.

D'après ce qui précède, il parait hors de doute qjue le barrage naturel formé par l'éboulement , au travers du lit dé la rivière d'Oule, ne saurait être emporté tout d'une pièce , et de manière à compromettre la sûreté des propriétés inférieures , à cause des gros blocs de pierre et des troncs d'arbres dont il se trouve entremêlé , et de la grande épaisseur qu'il présente; mais, d'un autre cê4é, l'on ne peut songer à le détruire pour mettre à sec les terrains précieux aujourd'hui recouverts par les eaux ; car , indépendamment des dangers que pourrait offrir cette opération pour les propriétaires en aval, il est évident que les matières enlevées seraient presque aussitôt remplacées par les parties voisines de l'éboulis ; et quant à la probabilité plus ou moins grande de voir recommencer le mouvenMnt de tout ce revers de naiantagae à Tépoqpie des grandes pluies, soit à cause de l'infiltration el de la poussée des eaux pluviales qui seront amenées dans la grande

excavation dont nous avons parlé ci-dessus ^ soit à cause de la dmte presque assurée des terres supérieures déjà ébranlées y suivant l'indication des fissures , on ne saurait avoir que des données fort incertaines à cet égard ; mais on ne voit malheureusement aucun moyen de prévenir ce nouveau désastre , dont le résultat inévitable serait rexha«iS8em/ent du barrage qui retient aujourd'hui les eaux de TOule , et Tagrandiase* ment du lac qu'elles forment , et dont les dimensions ne sauraient être jamais» du reste, fort considérables , à cause de la grande pente longitudinale de la vallée et du rapprochement des deux montagnes latérales.

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