DIGUES CONTRE LES FLEUVES, LES RIVIÈRES ET LES TORRENS
U n^est pas de département où les ririères et les torrens soient plus désastreux que dans celui-ci ; il n^en est pas non plus où leur encaissement puisse avoir des effets plus avantageux : car ce sont les vallées qui donnent la vie à nos montagnes, et qui, par leurs déboiu^hés et leurs produits^ y entretiennent la population. Des graviers attéris et mis en valeur, les terrains déjà existans protégés contre les inondations et fécondés par.de nombreux canaux dUrrigation , qui ne peuvent s^établir solidement qu^avec de bonnes digues , acquièrent nécessairement une valeur double et quadnsi^le tde celle qu^ils avaient auparavant.
Cest sous la protection de semblables travaux quQ se sout. élabUes et accrues , dans la ville de Crest, les fabriques les. plus considérables; du département. Un encaissement de plus d^une lieuse y a &it reconquérir sur< la Drome près de \ ,000 hectares d'^un terrain qui y nag^iène st^île , est maintenant couvert de riches moissons, de beauxj^dinsy de > vergers et de prairies.
Cette conquête d^ua nouveau territoke est d^autant plus i^cJeuse, que les
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avantages qui en résultent pour Fétat sont dus à une création de productions toujours croissante, et à Temploi de capitaux appliqués à augmenter les progrès de Tindustrie, du commerce et de la population.
Il parait qu^on n^exécutait autrefois que des réparations en bois , et quelques ouvrages partiels en maçonnerie ; ce n'a été qu'en 1 774 , lors de la construction du pont de Livron y en amont duquel on établit des digues en pierre, qu'on s'avisa d'en faire à Crest. L'administration encouragea ces faibles commencemens par des secours pécuniaires.
M. Martin Rigaud-de-l'Isle, connu par son zèle pour le bien public, conçut alors le projet d'un redressement général du cours de la rivière ; il en fit, lui seul et à ses frais, lever le plan. Deux ans après, l'intendant du Dauphiné se fit donn^ ce plan , en fit prendre dés copies , et le présenta à M. de Trudaine, avec un projet d'encaissement général. Des ordres furent donnés, en 1778, pour en préparer l'exécution. MM. de Marmillod et Bouchet, ingénieurs en chef des ponts et chaussées, tracèrent successivement divers alignemens. Après beaucoup de discussions, ceux de ce dénier furent adoptés, et fixés bientôt ^près (octobre 4781 ) par une plantation de pilotis sur le terrain ; enfin , le 16 juin 1783, fut rendu l'arrêt du conseil d'état qui en ordonna l'exécution ^ et assigna le tiers de la 4épB)se ai;ix firais du gouvernement.
Ces digues , aussi bien conçues que bien exécutées , n'ont éprouvé aucune avarie ; elles sont aujourd'hui ce qu'elles étaient à l'époque déjà reculée de leur construction, et on leur doit cette vaste et riche plaine de Vlsle^ qui avait donné son npm à l'homme de bien , créateur de ce nouveau territoire.
Un si bel exemple devait trouver des imitateurs. Sur l'autre rive , un honorable citoyen, M. Duchesne, fils de l'ancien tribun de ce nom, avocat à Grenoble , et depuis long-temps propriétaire à Grane , a acheté de cette commune , en 1 821 , environ 200 hectares de graviers et oseraies qu'elle possédait sur les bords de la Drome , et aidé par le gouvernement et par les autres riverains , qui avaient à garantir une quantité non moins considérable d'oseraies et de terres cultivées , il a fait construire contre la Drome deux digues d'une longueur totale de 2,930 mètres. La première , qui fait suite à celle qui avait déjà été construite en 1812 par la commune et les riverains, a vx^e longueur de 1,730 mètres; la seconde, qui s'appuije
contre une ancienne digue destinée à encaisser la rivière de Grenette, vient, par un arc de cercle très-étendu, rejoindre Talignement de la première , et se prolonge sur une longueur d^environ 1 ,200 mètres.
Elles ont coûté 192,000 firancs, qui ont été payés, 64,000 francs, c^est-àdire le tiers, par le gouvernement, 14,000 francs par les riverains intéressés, et 1 14,000 francs par M. Duchesne. Elles sont entièrement terminées depuis 1825, et Ton s'occupe de Fattérissement des graviers et des oseraies, au moyen de nombreuses vannes placées sur divers points de chaque digue. L'attérissement est fort avancé ; déjà une grande partie de cette vaste étendue de terrain est rendue à Tagriculture.
La belle entreprise de M. Duchesne a eu encore Tavantage d'obliger la commune d'Allex à prolonger ses digues supérieures de 12 à 1 ,500 mètres, ce qui garantit entièrement une des parties les plus riches de son territoire , et complète rencaissement de la Drome sur une ligne droite d'environ 4,000 mètres.
Les. habitans de Grane ont fait graver sur la première pierre de la digue de M. Duchesne cette inscription :
Ditatit pagum, frenans hoc aggere Dramanu « En (^posant 9 par cette dîjiae, un frein à la Drome, il enrichit la contrée. »
Cest un de ces témoignages de la reconnaissance publique auquel on ne saurait trop applaudir, parce qu'il est juste et moral de transmettre aux générations futures le nom des honunes dont le temps, les lumières et là fortune ont été employés dans un but si éminemment utile.
La Drome est encore retenue par des digues sur ses deux rives en amont ^u pont de Livron, et en aval sur la rive gauche, dans la commune de Loriol.
Dans la partie supérieure de l'arrondissement, on l'a contenue également dans la plupart des communes ; mais il est à regretter que les digues n'aient pas été étabhes sur un plan uniforme d'encaissement, de manière à pouvoir, successivement et avec le temps , les unir entre eUes.
On a également opposé des digues aux débordemens du Rhône à Saint- Vallier, Sarves, Tain, lu Roche-de-Gkm , Valence, Loriol, Ancôhe, Donzère, etc.
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La rivière d^Ouvèze, au Bois; le Jabroa et le Roubioo, à Montâimar , ont été. contenus dans leur lit.
Dans le vallon de Remuzat, FOule est retenue par 1 ,447 mètres de digue ^ et r£ygues par 675. G>mniencés en 4811 , ces ouvrages ont été terminés en 1816.
Enfin, 750 mètres de digue, qui ont coûté 77,800 francs, ont mis la viUe de Nyons à Tabri des inruptions de TE^gues; mais cette digue ^ déjà si utile, a besoin d^être continuée sur le territoire de N jons , jusqu^au lieu appelé le Parair. Il serait grandement nécessaire aussi de rétablir ^us bas, et notamment dans la commune de Vinsd^res. Cest alors qu^elle garantirait véritablement le t^ritoire de ces communes, en même temps qn^elie rendrait à l'agriculture ime étendue de terre très-considérable aujourd'^hui couverte de graviers. Cette augmentation de culture jNroduirait d'immenaes résultats : elle ferait succéder Fabondance et la richesse à un état de langueur et de pénurie qui afflige depuis long-temps cette localité , et sur lequel on ne saurait trop appeler la vigilante sollicitude de Tadministration.
Sur une foule d'autres points du département, ce ne sont non plus que des scènes de dévastation , parce que le pays étant partout sillonné de ravins et de torrens impétueux, les terres riveraines sont, à chaque crue, emportées ou dégradées. Ces désastres, chaque jour renouvelés, ont fait pendant long-t^nps le sujet des représentations du conseil général du département; mais il s^est constamment prononcé contre les digues partielles, parce que Texpéri^ice prouve qu'elles occasionnent toujours dans la partie inférieure des amas extraordinaires de graviers, qui exhaussent tellement le lit des eaux, que les terres adjacentes se trouvent bientôt au-dessous de leur niveau et exposées à tous leurs ravages. Il n'a cessé de demander, avec les propriétaires et les cultivateurs éclairés, un système général de défense, combiné de manière que, formant l'ensemble d'ouvrages continus pour tout le cours d'une rivière, leurs diverses parties ne puissent se nuire rédproquement ; en un mot, des encaissemens qui , contenant les eaux sur l'une et l'autre rive , aient pour ré-r sultat de faire suivre aux graviers le cours des rivières et des torrens encaissés.
Son vœu est en partie rempli par les dispositions de la loi du 1 6 septembre 1807, puisqu'en subordonnant tous les projets de digues à ce que l'admi«o nistration reconnaît utile , cette loi lui donpe ipcontestablement }e cjhoit 4e
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faire faire des encaîssemens ; elle Pautorîse aussi à employer k la construction des digues les terrains mêmes qu^on se propose de reconquérir, puisqu'elle lui laisse la faculté de les adjuger , à dire d^e^^rts , aux communes ou aux particuliers qui se soumettraient à construire ces digues dans un délai déterminé, suivant les plans et les devis de MM. les ingénieurs des ponts et chaussées. Dès qu'Hun propriétaire est hors d'état de défendre son terrain et de le rétablir en cidture, qud tort, en effet, lui fait-on en l'obligeant à l'abandonner moyennant une juste indemnité? L'article 645 du Code civil peut-il recevoir une application plus convenable et plus utile?
Ce sont là certainement d'importantes améliorations dans cette partie de notre législation , mais il est encore à désirer que le gouvernement continue de fournir un tiers de la dépense, et que tous les ans le budget de l'état et ceux des départemens consacrent le plus de fonds possible à ces encouragemens. Ces moyens réunis feraient naître la plus salutaire émulation ; des compagnies se formeraient pour une foule d'entreprises ; un vaste champ s'ouvrirait à l'industrie , et des milliers d'hectares rentreraient partout dans le domaine de l'agriculture.