FONDÉ PAR M. DE MONTYON, X.U A L^AGADEMIE ROYALE DES SCIENCES
Par M. L. COSTAZ.
L^ACADBMB it Domnlé une Commission composée de MM. Costaz, Charles Dupin, Girard t Mathieu et Poinsot^ pour examiner les ouvrages présentés au Concours pour le prix de statistique fondé par M» de Montyon.
La Commission a ét|é d^avis :
1"* D^accorder une médaille Ôlot de. 330 fr. à Foùvrage intitulé : Statistique du département de la Dromef par M. Delacroix;
2*" D^accorder une médaille d'or de 200 fr. à Fourrage sur V Etablissement des Français dans la Régence d^ Alger y par M. Gealy de Bussj.
Je suis chargé d'exposer à FAcadémie les motifs de ces décisions.
, Par M. Delacroix , membre du conseil général de la Brome ,
ancien maire de la ville de Valence.
' Cet ' ownrage présente la description statistique complète du département de la Drome« Après en avoir tracé,' avec talent, une histoire sommaire depuis les temps les plus éloignés, jusqu^en 1789, Fauteur s'occupe de faire connaître les aspects divers du sol et sa nature; il décrit les cours dVau, fleuves, rivières et torrens, classés par bassins; il en fait connaître les pentes et le régime , ainsi que le parti qu'on en tire pour la navigation ou pour
Farrosement des terres : il décrit les traraux, sofivent dispendieux, qn^on t faits pour leur donner ce dernier emploi , qui, dans quelques cantons de o^ pays, est une partie importante çje ragriculturç. Le .département de la Drome offre une grande variété de climats; M. Delacrpix les caractérise par la désignation des espèces végétales qu^on y cultive ou qui y croissent sponta* nément; Téchelle en est fort étendue, ses points extrêmes sont Tolivier et les arbres résineux qui habitent les Alpes , noi^ loin de la ré^on des neiges perpétuelles.
L^^uteur , en faisant Fénuniération des végétaux cultivés les p}us remarw quables , expose avec un détail suffisant les méthodes de culture usitées pour chacun d^eux ; il indique aussi Fespèce , Forigine et le noMbre des animauj^ que Fagriculture emploie et de ceux qui sont élevés pour la vente.
Il fait connaître Fétat de Findustrle manufacturière : sa branche la plus importante est le filage, Fouvraison et le tissage de la soie, substance qui est une des productions de Fagriculture du département de la Drome.
Les questions relatives à la population sont traitées avec soin : M. Delacroiji discute les faits qui constatent ses variations , et les nombres qui «n expriment le mouvement. Pour donner une idée du discernement et de Fesprit con-t sciencieux qui a pré^dé à son travail, nous arrêterons un moment Fa ttention sur la marche quHl a suivie pour éclaif cir un doute qui s^était élevé sur li| vérité des états- de .population publiés dans son pays à différentes époques. La comparaison de ces états annonce un accroissement progressif qui ue s^est jamais interrompu ; pour s^assnrer que ce résultat ne provenait pas de Fimperfection des recensemens, M. Delacî*oix a soumis à une discussion critique la série de ceux qu^il a pu réunir ; ils sont au nombre de onze , dont Fun a été puisé dans un travail fait avant 1789. II eu a comparé les résultats avec ceux que donneut les états du mouvement de la population pendant dSx-huît années (1815 à 1832). Ces états ont indiqué une augmentation à-peu-près pareille à celle qui est anuonc<ée par les recensemens, d^ou Fou pouvait conclure que ceux-ci ne s^éqartajient pas ^^siblement de la vérité. M. Delacrcrix a voulu constater par une autre voie ^exactitude d^ cette conclusion; il a fait le dépouillement des tables décennales de toutes les communes du département depuis qparante ans; ces tables , comiu^iiil s^ît, sont le relevé exact des registres de Fétat civil; il est encore arrivé au fuème rjésujitat. D'après ce trava4, il a été fondé k regarder |es recoisemef^j
oomme ayant présenté Tétat effectif de la population du dépwtement de la Dfome aux différentes époques où ils ont été faits.
D:epuis quelque temps on a élevé des doutes sur la confiance due à ces sortes de documens ; il serait à souhaiter que partout ils fussent soumis à une épreuve semblable à celle quMls ont subie dans le département de la Drome. Il serait à souhaiter aussi que M. Delacroix portât ses regards et sa icritique sur les tables de décès par âge qi;e Ton dresse chaque apnée dans les sous-préfectures : un homme aussi judicieux aurait probablement trouvé des moyens de coiHrôle propres à éclairer sur le parti que Ton peut tirer de ce travail , pour déterminer les lois àp la mortalité.
Après avoir donné la statistique générale du département^ M. Delacroix s^est occupé de la statistique particulière des communes : elle est présentée dans une série de tableaux où les communes sont groupées par arrondissemens et par cantons; on y trouve le nombre des habitans^ cdui des maisons^ la distribution , exprimée en hectares , du territoire entre les différentes cultures ou autres emplois ^ et le montant en principal des contributions directes. Cette analyse de Fexistence communale nV pas exigé moins de 24 icolonnes; néanmoins la disposition des tableaux est combinée avec tant d^intelligence jet de clarté, qu^on a pçu à cr^aindre les erreurs de lecture si ^équentes Jorsqu^on consulte des états numériques étendus et compliqués.
M. Delacroix a généralement soin de résumer ses observations par des ^ombres , et de réduire en tableaux celjes entre lesquelles il existe quelque liaison par Fanalogie des matières qui en sont Tobjet.
Uauteur de la Statistique de la Drorw a travaillé pendant plusieurs années  réunir et à discuter \es donpées dont se compose son ouvrage. Dès 1817 il ^n .avait publié un essai ; depuis cette époque , il n^a pas cessé de s^occuper du complètement et du perfectionnement de ce premier travail, dont la publication lui a procuré un grand nombre d^observations utiles; il a entrepris des voyages pour vérifier sur les lieux certains faits ou pour en recueillir de nouveaux ; il est peu de communes du département quMl n^ait visitées ; il lui a été permis de puiser aux sources authentiques, et il a soumis à une critique exacte et éclairée les documens qu^elles lui ont fournis ; il a constaté par lui-même la plupart des faits qu'il a exposés. Son ouvrage n^est point une compilation , il est le fruit de l'observation directe et immédiate; U présente la réuniop des conditions Anxquellcd doit satis&irc la description
statistique d^on département ; il est remarquable par le choix et par retendue des matières y par la méthode qui a présidé à leur disposition y par Tezactitude des faits , par la clarté et la pureté du langage.
Fait en Commission, le 14 décembre 1835.
GiRÀBD, PomsoT, L. Mathieu, Ch. Dupin,