‹ Statistique du département de la DromeChapitre 63 sur 234 · MALADIES DES HOMMES · texte numérisé non relu

MALADIES DES HOMMES

La grande variété de climats et de températures que présenta le département n^influe guère moins sur lés habitans que sur les productions de la nature» Ceux qui habitent les régions élevées , où Tair est plus firoid , mais plus vif et plus pur , où ses variations sont plus fréquentes , où les forces vitales sont plus concentrées, mais plus énergiques, la circulation plus rapide , le tempérament plus fort et plus robuste , éprouvent nécessairement d^autres maladies que ceux qui cultivent la plaine et les vallées profondes, où souvent une atmosphère chargée de vapeurs nuisibles énerve la fibre et ralentit la circulation (1). C^est ainsi qu^on a remarqué tfvCun grand nombrr de maladies , telles que les écrouelles , Fépilepsie , la phthisie pulmoiiaiir< la phthisie turberculeuse , les ophtalmies chroniques , Fàsthme , Thémoptyst. la gibbosité, le rachitis et le goitre, sont beaucoup plus communes dans les cantons froids et humides , et dans ceux où Pair ne circule pas libremait* que dans les localités qui jouissent dMn climat plus doux, d^une chalaff pliife vive et plus égale! , d'un ciel plus pur et d'un air plus sec»

La stagnation de Tair , son humidité et sa chaleur , favorisent surtout k développement du goitre. De savans médecins prétendent que c'est rcmique eause de cette difformité , tandis que d'autres l'attribuent aux eaux f)*oides de

Ci) Cànsiitution miUoroiûgico^médicaU de t'aiï XI, pak* M. le docteur Dopré, page ^

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la foDte des neiges* Cette diffonnité est très-cooimune dans le canton de Bourdeaux et à Yesc, commune du canton de Dîeu-le^fit; plus d^une ùyis elle a été cause que ces localités n^ont pu fournir leur contingent àask^- les levées de la conscription*

Dans les campagnes, Thumidité des habitations, leur mauvaise distribution et le petit nombre de fenêtres, occasionnent des; maladies putri4es ; une seule pièce non pavée au rez-de^-chaussée et un galetas forment le manoir de la famille entière, et trop souvent la saleté achève d^en rendre le $éyfm^ malsfûn*

Dans les petites villes et les communes rurales , on fait pourrir , on ramasse et on entasse le fumier dans les rues. Presque partout on marche suf le fumier; les maisons en sont entourées; quelquefois il est amoncelé dans la seule chambi^ où couche toute une £»mlle, et Thumidité est ainsi constammem entretenue dans les- habitations. Cette pratique est surtout dangereuse dans les lieux où le fumier se j^éparq avec la feuille de buis, qui, mise en putréfaclioa, répand une odeur trèsr^malfaisante ; on a vu des maladies contagieuses en être la suite* Toujours est^iL, au moins, que les habitans des localités livrées à ces usages dégoûtans coi^servent un^telnt livide et plombé , et qu^ils traînent une constitution fai^ei et laag;uîssante«

Une pratique non moins générale , et peut-être plus funeste encore , est de laisser corrompre à Pair libre les bestiaux morts , au lieu de les enfbuiip dans la terre, eu ils serviraient d^engrais* Indépendamment des exhalaisons qui naissent de toute putréfaction , les maladies qui ont iait mourir cas aninaaux peuvent devenir et ont été quelquefois la source des épidémies.

La fatigue continuelle et excessive du travail emf^yé dans les montagnes pour dompter un sol rebelle , les aliment pesans et peu nutritifs, et, en été, le repos trop court , produisent des maladies de langueur chez les uns , et des maladies inflammatoires chezr les autres,

L\tsage immodéré de Thuile cause des hernies , et e^est de la que ciette infirmité est si répandue dans les cantons oàlW ne se sert, pour les apprêts, que d*huile>dîelive.

Les habititts de la campagne, dans Fétàt de la transpiration la plus abondante , se reposent souvent sans précaution sur la terre , qudquefois à Pombre la plus froide, et même dana des lieux humides. Us boivent de Peau lorsqu'ils sont Irès-^chauffés par le tr*vail oU par la course j ils n'évitent

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jamais les transition^ brusques du chaud au froid : de là , des rhumes , des catarrhes , des inflammations de foie et de poitrine , des colicjues , des pleurésies, des rhumatismes et des esquinancies.

La propreté contribue puissamment à la santé , et elle est si peu coûteuse et si facile, qu^on s^étonne de la négligence extrême qui règne à c^ égard parmi les ouvriers et les gens de la campagne. Le défaut de bains , de lavages fréquens, la conservation du même linge sur le corps, leur occasionnent des clous, des furoncles, des boutons, des dartres et, en général , des maladies de la peau.

Les fruits verts produisent des diarrhées et, dans quelques automnes, des dyssenteries.

LMvrognerie prépare aussi des maladies et occasionne des accidens. Les hydropisies, les chutes et les contusions sont les suites ordinaires et la punition de ce vice ignoble et dégradant.

Et pourquoi ne pas compter aussi parmi les causes des maladies la mam'ère dont Part de guérir continue d^être exercé dans quelques localités? On trouve dans les villes et dans les communes principales des médecins et des chirurgiens qui jouissent d'une' confiance méritée ; on y trouve également des sages-femmes, élèves de Técole de la Maternité dont elles ont suivi les cours aux frais du département, qui joignent à la théorie toute Phabileté de la pratiqué ; mais dans les autres une routine surannée et le charlatanisme décident souvent encore de la vie des hommes.

Les gens naguère les plus incrédules reconnaissent maintenant que la vaccine a sensiblement atténué les effets désastreux de la petite vérole. Le département de la Drorae a joui un des premiers de cette précieuse découverte. M. Bonnet d'Orion, alors propriétaire à Crest, Papporta de Genève au mois de juillet 1801 , et il s'empressa d'en répandre les bienfaits avec un zèle véritablement philantropique. Il n'a cessé jusqu'à sa mort, arrivée en février 1824, d'inoculer lui-même la vaccine, et le nombre des personnes qu'il a vaccinées est prodigieux. Le gouvernement impérial lui décerna, en 1810, une médaille d'argent cqmme un témoignage de la reconnaissance publique. Il a eu d'honorables et de nombreux imitateurs* A différentes époques , des médailles d'argent ont aussi été décernées aux docteurs Perrochet et Viennois , de Romans ; Canean , de Saillans ; Baude ,

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de Nyonâ ; Cachet ^ Vidal et Chapuîs, de Montélimar ; Lavsd, de Saint- Jeanen-Royans ; Ravoux y de Lno-en-Diois ; Xiély j du Suis , .et BenoU , de Die«

Il existe un yaccinateur par canton de justice, de paix, et le conseil général alloue annuellement au budget départemental une soutane dé 3,200 francs pour les indemniser de leurs frais de déplacement. Cette institution produit les plus heureux résultats , et Ton ne saurait assez applaudir à un aussi utile emploi des fonds publics*

Le nombre des Taccinations opérées par les vaccinateurs commissionnés par Fadministration s'élève, chaque année, de 3,800 à 4,000, indépendamment de celles que pratiquent les autres médecins et chirurgiens.

On porte à 200 le nombre des individus des. deux sexe$ atteints de folie. La manie et Fidiotisme sont le genre de fohe dominant : on compte 80 personnes atteintes de manie , 60 d'idiotisme , 50 de démence et 1 0 de folie périodique. La démence ou Fidiotisme parait affiscter plus particulièrement les personnes de 18 à 35 ou 40 ans.

Le département ne possède aucun établissement public pour le traitement de ces malheureux. On a long-temps espéré qu'en créant un dépôt de mendicité on pourrait affecter une partie du logemeût et des rev^iius au traitement des insensés , mais â n'est plus, guère permis de s'arrêter à cet espoir , pour le moins bien éloigné*

Il existe à Avignon, à Saint-Rémi, à la Guillotière et à Mende, des hospices £bndés et administrés par des particuliers, où les insensés sont admis et traités. Cest la qu'on envoie ceux qui ont les moyens de payer la pension qu'exigent ces établissemens : elle est de 400 francs à Avignon et à Saint-Rémi , de 360 francs à la Guillotière et de 300 francs à Mende. L'administration du département en fait annuellement les frais pour 30 ou 35 indigens. Quant aux autres insensés sans fortune que le peu de fonds affectés à cette dépense ne permet pas d'y envoyer , on les reçoit dans les hospices, en attendant qu'il y ait des places vacantes à Avignon, à la Guillotière ou à Mende, à mmns que leur folie ne soit dangereuse; car, alors , il faut bien les séquestrer de la société ,• et Fon ne peut le faire qu'en les déposant dans les maboos de détention.^

On porte de 30 à 40 le nombre des aveugles de naissance , dont les deux tiers de filles environ , et rien n'annonce que cette infirmité soit plus fréquente dans certains cantons que dans dfautres.

On évàkne de A5 à 50 le nombre des sourds^HuuetB, dont moitié de chaque sexe ou à ^u près. Il ne parait pas qne cette infirmité Mit faéréditure , car deux sourds**muets s^étant mariés à des femmes cpn ne Tétaient pas , ont ra des eafans <pd n^étaient ni sourds ni muets.

Tdles sont ^ en général ^ les maladies qui affectent le plus habitudOement les populations du département. L^état sanitaire des classes pauvres et ouvrières laisse , comme on voit , beaucoup à désirer , et malheureusement la réforme des habitudes pernicieuses ne peut iurriver que lentement et difficilement. Les instituteurs primaires rendraient de bien grands servioes, si , de boline heure , ils pénétraient leurs élèves de la nécessité et des avantages de la propreté , s^ils leur donnaient de bons préceptes d^hygiène, et leur faisaient connaître les maladies qu^entraine la malpropreté.

Les administrations locales peuvent intervenir aussi par leurs ordonnances pour prescrire la propreté des mes , po«r empédier le dépôt du fumio* trop près des habitations, et surtout pour faire enfouir les bestiaux morts, anUeu de les laisser corrompre au grand air. Il importerait également d^examiner si Ton ne devrait pas exempter de Fimpét des portes et fenêtres , dans les campagnes, les habitations du pauvre, ^jm sont plutôt des huttes que des maisons , et où Ton évite , par esprit de parcimonie , de pratiquer k nombre d^ouvertures nécessaire à la libre circulation de Pair. Enfin, la poUce locale peut^ par PexéciUion, trop long-temps négligée, de la loi de v^itôse an XI sur la médecine, diminuer , sMl ne lui est pas donné de les détruire entièrement , les effets si- désastreux de Fimpéritie des médecins sans aveu , des guérisseurs et vendeurs d'orviétan.

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