‹ Statistique du département de la DromeChapitre 77 sur 234 · ÉMIGRATIONS ET IMMIGRATIONS PÉRIODIQUES · texte numérisé non relu

ÉMIGRATIONS ET IMMIGRATIONS PÉRIODIQUES

Les émigrations périodiques d^ouvriers sont peu nombreuses , parce que

rhabitant des montagnes, naturellement casanier^ .n^^. se détermine à les

quitter que quand le besoin ou un intérêt puissant Ky oblige.

On compte 200 personnes des arrondissemens de Njrons., Montélimar et

Die , qui se rendent annuellement dans les environs d'Arles et de Tarascon ,

soit pour la tonte des moutons sur la fin d'avril et au commenc«nent

de mai , soit pour les moissons en mai et juin. Les économfes qu'ils ea rapportent peuvent être évaluées à raison de 55 ou 60 francs par mois de séjour pour chacun. Comme les moissons s'y font beaucoup plus tôt que dans ce département, ik peuvent encore revenir les faire chez eux. Il en est, notamment dans l'arrondissement de Nyons , mais en petit nombre , qpi , à l'approche de la mauvaise saison , qui les laisserait sans travail dans leurs montagnes , retournent en Languedoc et en Provence, d'où ils ne reviennent qu'au beau temps.

Trente ou quarante peigneurs de chanvre et tondeurs de chevaux et mulets, de Tarrondissement de Die, principalement des environs de Valdrome, parcourent en hiver une partie da département. Leurs économies sont .évaluées à 55 ou 60 francs chacun.

Quant à rarrondissement de Valence , il est assez rare que les ouvriers en sortent. Cest un pays agricole , plus riche et plus commerçant que les trois autres : tout le monde y est ou peut y être occupé ; la navigation du Bh^e et de risère emploie , d^ailleurs , un assez grand nombre de bras. Il y vient, au contraire , des ouvriers étrangers , de TArdèche surtout , pour les travaux des vers-à-soie , de la fenaison, des moissons et des vendanges : on en porte le nombre de 500 à 600. Ils ne font qu^un séjour très-momentané.

UArdèche fournit aussi à la vallée du Rhône, et particulièrement à Valence , un assez bon nombre de grangers ou colons à mi-fruits , et de domestiques des deux sexes , qui finissent presque tous par s^ fixer.

Les habitans des montagnes de Tlsère qui avoisinent la Drome dans la

direction du nord-est , descendent avec leurs bœufs pour travailler à

Tensemencement dans les environs de Romans, lorsqu^il est terminé chez

eux. On les occupe pendant quatre ou cinq semaines , et on les paie sur le

pied de 3 francs 50 centimes par journée d^homme et d^une paire de bœufs.

Au mois de novembre , il descend encore des mêmes montagnes , dans ce

oanton , des ouvriers de tout sexe et de tout âge , pour carder et filer la

laine. Ils y passent Thiver ; ik sont logés et nourris , et reçoivent 60 centimes

par jour.

Hi^arrondi^sâipent de Montélimar emploie annuellement aussi aux travaux des vets-àiKoie, de la fenaison et des moissons, des journaliers deFArdèche; msiis le nombre en est peu considérable, et ce que chacun d'eux rapporte Xï^cst évalué qu'à une quarantaine de francs.

La même chose a lieu dans Tarrondissement de Nyons , où un petit nombre d'^ouvriers de Vaucluse sont employés à Féducation des vers-à-soie et à la cueillette des olives.

Il vient encore dans le département trente ou quarante maçons italiens ou pîémontaîs. Ils arrivent au mois de mars et repartent au mois de novembre. Ils sont généralement économes et laborieux : ils emportent dans leur pays 300 otx 400 francs chacun.

320 CHAPITU III«

Enfin, il nous arrive, comme partout, des ramoninirs^ qui desce&deat, à rsq>proohe de Thiver , des montages de la Savoie, des chaHdr<mnieii5 qui arrivent de FAuvergne , et des babitans de la vallée de Bareekmnette et do Briançonnais , chassés de leur pays par Fàpreté du climat. De ces derniers, les mis exercent des métiers ou parcourent le département en colporteurs, tandis que ceux qui savent lire et écrire ( et il est peu de pays ou Y<m sente mieux le prix de Tinstruction que dans ces vallées cfui en Ibnt un objel d'industrie) s^établissent dans les villages ea qualité d^instituteurs particuliers.

JMSRICVtTUKE. ^1

t)E LA CULTURE ET DE SES PRODUITS.

ït est peuf de contrées susceptibles 4^autant de ^eriété dans les producUoi^ que le département de la Drome^ mais > pai? sa positioa et les montagnes qui le couvrent , il se refuse aux travaux de grande culture qui économisent les hn» et k teDops y et soa sol , ei^ général maigre et sabloqneux^ est naturellement peu fertiler

Cependant Tagriculture j a tsài proportionnellement autant 4e progrès

que dans les autres parties de }a France. On le doit à la suppression (le la

dime et des droits féodaux , au partage des biens CQmomnaux restés jusque-là

sans cukure, à la vente der domaiiies natiqnaux^ qm a augmeoté le nombre

des propriétaires cultivant par eux-^mémes, avec cette activité et ce(jt^

inteUigeBce qu'^inspire Finterét de la propriété d^agé de toute entrave ; à

Feii^ilQi du fdàtte cottime engrais , qutr a permis de multiplier les prairie

artifieîettea ; au papîejHadOnnaie , qui y en; donoai^t au cultivateur un moyen ,

à la vérité plus Êicile que juste , de se libérer , a rép^udv Tais^ce dans le^

campagnes^; on le doii encore aux bons préceptes et surtQUt aux bons

exemples de culture , aux mêmes causes , enfin^, qui: ont amené raccroissemen^t

de la populatioi». Auparavant, Tagriculture se traînait p^iblement sur la

trace d'uae aveugle j^ovtioe , et la misère de la plupart des cultivateurs ne

permettait^ pas qu^eUe sortit de cet état de langueur.

L^am^toratioiii ^Urvepue de uqs jours- eût été plus grande encore , si des pierres conijQuellteVavaieut pafi enl^é tant de bras aux campagnes^ et nY -wvaient vendu «î obersî ^ paaitiHi^o&ii^e et les gages des. domestiques; si la

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police rarale eût été mieux exercée , si Tintérèt de Fargent n^eût pas été si long-temps hors de proportion avec le prix des denrées y si les cultirateors n^eussent pas eu à suppo;ier tant de réquisitions de bestiaux ^ de 'chevaux et de mulets , si , enfin , les habitans des montagnes ne se fussent pas livrés avec jtant d^imprudence à de funestes défrichemens.

Cette amélioration devient, dans Tétat de paix, chaque jour plus sensible, plusieurs des causes qui nuisaient aux progrès de Tindustrie agricole <mi jcessé depuis long-temps, tandis que celles qui les favorisent continuent d'^exercer leur salutaire influence , et d'^exciter Tactivité et Tencouragement parmi les propriétaires et les cultivateurs.

Le parcours et la vaine pâture ne sont point en usage dans ce départeonent.

Il y a peu de terr/es encloses , et Ton ne peut espérer de voir augmenter les clôlmres que lorsqu'^on aura soulagé les propriétaires d^une partie des charges qui pèsent exclusivement sur eux.

Les engrais ordinaires sont le iîunier , le plâtre , le mélange des terres et des feuillages verts. L^empl^oi de la marne comme engrais s^introduit au^ dans quelques localités. On cultive encore avec succès, pour la même fin, le 1ers et le lupin : Tun et Tautre sont jetés en terre dans le mois de juillet ou d^abût ; ils fleurissent en octobre , et c^est le moment où la plante s^enterre à la charrue pour fumer les grains hivernaux.

Dans le nombre des propriétaires qui n^exploitent pas par eux-m^es , fl en est qui afferment leurs terres à prix fixe , soit en argent , soit en dejirées ; mais le plus grand nomlH*e des exploitations est confié à des grang^^ ou métayers. Le maître supporte la totalité de Fimpôt foncier , se charge de \a réparation des bâtimens , et fournit la moitié des bestiaux , des charrettes et des tombereaux ; Fautre moitié est à la charge du granger , qui supporte ordinairement seul la dépense des charrues , du ferrage et de Fentiretlea de harnais.

n n^est pas chargé de la récolte des céréales : il est d'usage , preafoe partout, de la confier à des ouvriers qu^on nomme dimiers. Ilsfontla motssoa^ soignent les gerbes , aident à les transporter , les mettent &a meule , les battent , vannent le grain et le rendent au grenier , pour une qu^té déterminée de la récolte : c^i^si communément le 7^ ou le 8^ du prodm't total. lise fait d» reste , ainsi que de toutes les autres productions , up pavtage égal eatre le

AGRiCUtTfJRB. 323

maître et le grange ; mais la plapàrt des propriétaires exigent en outre, en argent ou en denrées , des épingles dont la quotité ne peut être évaluée , parce qu'^elle varie par une infinité de causes, et notamment suivant les avantages que présente chaque exploitation.

Les baux les plus longs sont de neuf ans. Le plus ordinairement, ils sont passés pour six ou huit ans , avec la faculté respective de résilier à mi-terme^ en sWertissant six mois d^avance.

Le propriétaire livre au fermier ou au granger le cheptel du domaine à

prix d^estimation, et il doit être rendu en nature ou compensé à dire d'^experts.

Il doit aussi laisser, à la fin de son bail, la même étendue de prairies qu^il a

^ trouvée à son entrée dans la ferme. Les baux commencent à la Toussaint ou

'' à la Saint-Martin I et lorsqu'ils sont à prix d'argent, ce prix se paie en deux.

^ portions égales , Tune à Pâques et Tautre à Tépoque qui correspond au

commencement du bail.

Cette méthode si répandue des baux à mi-firuits, et surtout le peu de durée de ces baux , sont une des causes qui ralentissent les progrès de Tagriculturc dans ce départemait. Les rapports firéquens et minutieux que ces baux établissent entre le maître et le granger , laissent ce dernier dans une étroite dépendance , et peuvent le gêner de mille manières dans Texercice de son industrie.

Lorsque le système des jachères était généralement suivi', les inconvéniens de ces baux n'étaient pas aussi sensibles. Il* n'y avait que qudques cantons privilégiés où l'on pût, sans inconvénieiît et sans le secours des engrais, tirer du même fonds deux récoltes successives : il était alors expressément interdit au granger de redoubler un champ , c'est-à-dire de l'ensemencer pendant deux années consécutives , sans l'avoir préalablement couvert d'engrais. Toutela science du métayer consistait à kbourèr et ensemencer alternativement là moitié du terrain dont se composait la ferme , et à cultiver , en fumant , un carré de chanvre , de citrouilles f de pommes de terre ou de quelque autre légume : le maître veiUait à ce qu'il ne sortit pas de cette routine.^

La clause de ne pas redoubler sinon énjwnant^ et quelques autres de cette espèce , se trouvent encore dans beaulcoup de baux à grangeage. Cependant quel changement depuis' quarante ans ! Partout où 1» culture des prairies artificielles s'est introduite^ on la voit pratiquée avec succès par le propriétaire*

324 GEAFITBS ly.

esçlcntant lui-même et par les fermiers à kmg bail , tandis cpi^entre les mains du granger , elle languit et ne présente , à quelques exci^tions près , que de faible résultats» Urte bonne oolture exige des avances que peut carentent faire le granger. Il n^a pas le même intérêt que }e £»*mier à se livrer à des spéculations dont il doit partager les profits y et c^est bien pis encore si soa bail, pouvant être résilié i^irès trois ou quatre ans, ne lui laisse pas la perspective de retirer ses avances. Sa conditttm, dans ce^cas, exclut évidem-» ment Tidée de tout assolement , de toute amélioration.

On donne communément trois labours amie el;iamp6 qç^on veut eosenencer en grains : le premier se fait au printemps^ le second dans le courant ^ Tété , et le troisième à Tépoque de Fensemencemeat. On ne laboure gaèi» qu^en planches unies , et Ton se sert le plu# généralement d^ mulets et 4s bœufs. Mais on conçoit que dans vobl pays oè, les terres sont aussi divisées, le sol et le climat aussi variés , Tétendue des exploitations varie ^mssî à rinfini, et que le nombre des bestiaux qui y sont employés n^.est pas toujours en rapport avec cette étendue. Ici , ce sont de jeimes )k»u& qui , apr^ avoqr passé un long hiver sous un toit de chaume ^vsont placés 4ws des pàturagiss, d^où ils sont tirés toutes les fois que le den^nd^it le^ beisoins de J'»ploitatioii ; là, c^est une chaumière <jUins laqueUe on wcit ^une vaeb^ qui fournit du lait m ménage, et sert en même temps à exploiter le champ qui la nourrit^ ailleurs^, c^est une propriété de 5 ou 6 hectares dans ^quelle pn particulier entretient un ou deux midets , qu^il élève au travail pour les revendre avec bénéfice. Ces pi^its propriétaires se prêtent un mutuel secouis^ et ce^ui qui n^a qu^un vaulet en attelle quelquefois , pour rompre ^ ^^aerae, cinq cm six doij* il emprunte le temps , à charge de retour.

Kespèce et le nombre des bestiaux entretenus pour Texploitation de chaqut &mte, dépendent d^uae foule de causes, et surtout de la nature des propriétés.

Dans 1^ arrondissemens de Die et de Nyons , où les montagnes présentent de toutes parts des pentes qui se refusent à la culture , des lieux de difficile accès, des rochers nus ou «couverts de bois ou de broussailles , on entretient dans les exploitations , relativement à leur étendue , beaucoup plus de bêtes a laine que dans les arrondissemens de Valedce et de Montélimar , tandis que dans ceux-ci, où Fétendue des terres en culture dans chaque ferme esjt

agriculture; 325

yropordwanelleineat pk» coasidérable^ Texplaitàtûm -eaû^ aussi remploi dHia plus grand nombre de besUau;s de labour. |

On estime que le terme moyen de réten4ue des exploitations, eix y comprenant les diverses natures de propriétés dont elles se composent , est de 40 à 50 hectares dans les arrondissemens de Valence et de Montélimar , et de 20 à 30 dans ceux de I^ et de Nyons.

Les animaux qi|i y sont attachés sont ordinairement, dans les arrondissemets de Valence et de Montélimar , de quatre à six bêtes de labour , de cinquante à soixante bêtes à laine , et de dix à quinze porcs , dont le plus ^and nombre se vend à Fâge de sept à huit mois , dans Tarrondissement ^e Die , d^une paire de bœufs , d^un mulet et de quatre-vingt à cent bêtes à laine; et dans celui -de Nyons, d^iine paire de boeufs, d^tm mulet et de quarante à cinquante bêtes à laine.

On verra, par le tableau des récoltes qui t^tnine cet article, que 1% département ne fournit pas, année ordinaire, une quantité suffisante de grains pour la consommation de ses habitans , mais que la classe des pauvres et des ouvriers supplée en partie au déficit par des pommes de terre et d^autres farineux. Toutefois, la disproportion entre le produit des céréales et la consommation ne se fait pas sentir partout : quelques cantons en récoltent plus quHls n'^en consomment ; telle est la Valloire , tels sont aussi les cantons de Valence, de Chabeuil, du Bourg-du-Péage et de Romans, et les montagnes qui entourent la ville de Die. La partie méridionale est celle qui en récolte le moins.

Lorsque les ressources réunies du département ne suffisent point à la consommation , ce qui manque se tire, par le Rhône, des marchés de Gray, de la Bourgogne , de Ja Bresse et du Languedoc ; on y a vu quelquefois aussi aflSuer les belles farines de Paris et de Provins.

Dans les années où la pénurie des subsistances est générale en France , les approvisionnemens de' la Drome viennent d'Odessa , de la Sicile et des cdtes d^ Afrique , par la voie de Marseille.

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