‹ Statistique du département de la DromeChapitre 8 sur 234 · DES CANTONS ACTUELS · texte numérisé non relu

DES CANTONS ACTUELS

D£S COMMUNES

District ou Cité des Tricorii ou Tricoriens.

Eygalîers.

Plaisians.

Poél-cn-Pcrcîp ( le) .

Rions.

Rocbe-^ur-Ie*BuÎ8 (la) Rochette (la).

Saint-Auban.

S^ùnle-Euphémler

Le Bdis.

Rbmuza^.

Li Bvis.

Nyoto,

Charce (la). Ghauvac.

Gomlllàc.

Cornillon.

Fare (la).

Laux-Montaux.

Montferrand.

Pelonne.

9=tt

BclUeombe.

Bhignan,

Roche brune,

Salnte-JaUe,

Saint-Sauveur,

Vercoiran,

Arpaxon.

Curnier,

Montaulieu»

NOMS

DES CANTONS

ACTUELS

Suite de Rbuczat.

S^BEftON,

Rbmuzat.

SiDEROlf.

DES COMMUNES

ÎPomtherôl.

Roussieùt.

Verclaùsc.

Ânlan.

Ballons.

Barret-de-Lioure.

Eygalaye.

Izon.

Laborel.

Lachau.

]\tévouillon.

Montauban.

Montbrun.

Montgaers.

Reilhanette.

Séderou.

Vers.

Villebois.

Villcfrancbe.

Le?nps, MontréaL Poêi-^igUlat (le)^ Sakune,

( Ferrasslêres, \ Montfroe.

(1) Les THcastfes occupaient acwsî Barri, Bollëne, Grfllon, Lamottc, tapalad et Viâaû, dans le déparfenaent de Vaiicluse.

Le premier district des Voconces^ dont Die était le chef-lieu, comprenait encore les

Chacnn de ces peuples se gouvernait par des lois particulières , mais tous étaient tmis par les liens d^une confédération générale. Les petites peuplades se groupaient autour des grandes , comme , dans Faiceinte des villes ^ les

trente communes qui forment aujourd'hui les cantons de Cielles^ Honestier de Glermont et Mens , arrondissement de Grenoble.

Le second district, dont Yaison était la capitale, s'étendait aussi sur Auberoux, Beaumont, Cuisson, Grestet, Entrechaux, Faucon, Lafare, Malaucène, Puymeras, Queyrane, le Rasteau, Roais, Sablet, Séguret, Saint-Romain-de-Malgarde , Saint- Romain-en-Viennois, Saint-Léger, Yaison, Yalréas, Yilledieu, Montmiral, Gigondas, Ghàteauneuf-de-Redortîer et Salnt^André-de-Redortier, dans le département de Tauduse.

H. Sabatéry a donné une dissertation sur la position de Taocienne Airia, qu'il croit retrouver au village du Pègue, et, selon lui, Yalréas, qu'il explique par ValUs Aèria$ vallée d'Aêria, aurait elle-même tiré son nom de la ville d'Aëria, bâtie au levant et à la tète de cette plaine , sur la montagne de la Lance. U s'appuie de l'autorité de H. de Pazzis qui a émis une opinion semblable, du moins quant à Yalréas, dans la Statistique du département de Vaucluse imprimée à Garpentras en 1808.

La dissertation de H. Sabatéry est faite avec talent, mais il est parti d'un point inexact, et cette première erreur lui a fait commettre l'erreur plus grave dans laquelle il est tombé sur la position de l'antique Aëria.

n reconnaît qu'elle faisait partie du pays des Gavares, et que Pline et Strabon, en donnant une sorte de nomenclature des villes principales de cette partie de la Gaule, nomment et annexent pour ainsi dire Aëria avec Avignon et Orange, qui dépendaient de ce même peuple. C'est donc chez les Gavares qu*!! faut chercher Aëria.

Or, le Pègue et Yalréas n'en faisaient certainement pas partie. Ils dépendaient incontestablement, l'un du premier et l'autre du second district des Yoconces, comme l'indiquent assez les anciennes circonscriptions diocésaines auxquelles ils appartenaient. Les autres lieui: qui les entourent dans tous les sens dépendaient également les uns des Yoconces et les autres des Tricastins; et Pline, en nonunant les villes les plus importantes de ces peuples, ne cite que Yaison, Luc, Die et Saint-Paul-trois-Ghàteaux.

Une circonstance qui parait avoir induit à erreur H. Sabatéry, c'est que Strabon , qui décrit à grands traits les pays dont il fait mention , après avoir parlé de l'intervalle qui existe entre la Durance et l'Isère, ajoute plus bas : « Von trouve dans cet espace • les villes d'Avignon , d'Orange et d'Aëria. Aëria est ainsi appelée, dit Arthémidore, » parce qu'elle est édifiée sur une grande élévation. Or, tout le reste du pays est en » plaine et se trouve fertile; mais celui qu'on rencontre depuis Aëria jusqu'à Durion, » a , pour franchir les montagnes , des défilés trés-resserréê 0t couverts de forêts. •

H. Sabatéry a pensé que Durion était un Heu intermédiaire entre Oran|;e et l'Isjbre ;

filStOIItB. 1 \

citoyens pauvres ou faibles se groupaient autour des plus forts et des plus riches.

Ce n^était , du reste , qu^une même naticm ; leurs moeurs , leurs usages ,'

il a cm, avec quelques auteurs ^ le reconnaître dans le bourg de Lîvron, sur la route de Montélimar à Valence, et, partant de là, il place Aëria entre Orange et LiTron, sur la montagne de la Lance. Il se fonde, comme on Ta vu plus haut, sur le nom de Yalréas que porte la ville la plus considérable de cette contrée, et sur les débris d'anciennes habitations, sur les tronçons de colonnes et autres vestiges d'antiquités que Ton trouve en assez grand nombre au Pègue , et qui semblent indiquer l'emplacement d'une ville détruite.

J'ai visité moi-même ces ruines avec H. Martin, notaire de Taulignan , en mai 1833, et l'ai reconnu qu'elles existent dans la plaine , à un petit quart de lieue avant d'arriver au village, près d'une chapelle placée au mriliea du cimetière, si encombré lui-même que l'on ne peut creuser les fosses qu'à une légère profondeur, ce qui expose les cadavres à être déterrés et dévorés par les bêtes sauvages. Mais ces ruines peuvent-elles s'appliquer à l'ancienne Aêria ? Je ne le pense pas.

D'abord, cette ville était placée dans un lieu très-élevé, et les mines dont il est ici question ne se rencontrent que dans la plaine. Il ne parait pas qu'aucun reste de construction existe sur la montagne de la Lance. Ensuite, on trouve dans les décombres qui embarrassent le cimetière des cercueils en pierre qui, par leur forme et les ornemens qui décorent une des faces, annoncent qu'ils étalent scellés contre un mur dans l'intérieur de quelque église, et qu'il y en avait vriaisemblalement tout autour. Enfin, le travail de ces cercueils décèle, non pas une origine romaine, mais le style des premiers siècles du moyen Ago. U faut» d'aillâurR^ ne pas perdra de vue que les Gaulois, non plus que les Romains, n'avaient pas coutume d'enterrer ainsi leurs morts.

Hais, dira-t-on, à quoi donc se rapportent tant de débris et de décombres ? Dans le silence de l'histoire, il faut bien se borner à des conjectures, et voici la mienne : il y avait originairement là quelque temple ou quelque oratoire romain ; les tronçons de colonnes, les unes en pierres cannelées, les autres d'un granit gris et uni, semblent l'attester. A la destruction du paganisme, ce temple aura été convertf en église; un monastère se sera élevé près de là , et lors de l'inyasion des Barbares du Mord ou des Sarrasins, le monastère aura été détruit, les religieux dispersés, et plus tard, un sentiment de piété aura fait élever une chapelle au milieu de ces ruines.

Revenons à la difficulté que fait naître remplacement de rancîeimé Aëria, et qu'a cherché à résoudre M. Sabatéry.

Elle avait déjà attiré l'attention des savans, et il en est plusfeurs qui attribuent cesi incertitudes et ces obsèurités à quelques fautes de copiste, si communes dans les ouvrages dès éèrivains de Tantiquité. Ils conjecturent qu'on a mal écrit ou maMu deux

42 ^CHAPITRE premier;

leur langage différaient peu. Aussi les historiens et les géographes ont-ils souvent désigné sous le nom commun âHAllobroges tous les peuples compris entre le Rhône, les Alpes et la Durance.

ou trois lettres dans Tori^inaL Suivant les uns , Durîon est là pour Duriona, DourionM 4>u Dureniia ( la Durance ) ; suivant les autres, il désigne Jrauslon ( Orange ).

MM. Calvet et Fortia d'Urban se sont rangés à ce dernier sentiment ; dans leur conviction, Strabon a voulu dire que d'Arausion à Aêria le pays était rude et «oontagncjjux. « Tout cela convient véritablement, dit M. de Fortia, à Chàteauneufw Galcemier ( Gbâteauneuf-du-Pape ), situé sur Tancien chemin d*Orange à Ivignon , » et dont le nom semble appartenir à une ville rebâtie après la destruction d'une » autre; et le nom de cette autre, qui est Aêrîa, subsiste encore dans une dépendance

• de Ctiàteauneuf , c*est-àrdire dans le château de Lers, en latin Jëria, sur une » montagne au bord du Rhône, en ùtce de Roquemaure qui est sur la rive opposée, » entre Tembouchure de la Sorgue et la ville de Caderousse. La situation du château

> de Lers Justifie parfaitement le nom d* Aêria. £n effet, il est placé dans une petite lie » du Rhône très-avantageusement pour dominer ce fleuve. Aussi M. Ménard, qui a » beaucoup écrit sur les antiquités de notre pays, a-t-il déjà reconnu le nom d* Aêria » dans oeUii du château de Lers. Quant au texte de Strabon^ tel qu'on le lit dans toutes » les éditions, il dit seulement que toute la contrée oh se trouvent Avenion , Arausion

> et Aêria, est cultivée et bonne pour les pâturages, si ce n'est que le passage qui » conduit d' Aêria à la Durance est étroit et situé dans des forêts et sur des hauteurs,

> On voit que cette description convient assez bien au chemin qui conduit d'Orange à » Cavaillon, où se faisait, du temps de Strabon, le passage de la Durance. »

( AniijuiU* du éi^t»i0mtn* A0 V»„»l»*é, i- partie, pagei t$9 et 90. )

Cette opinion avait déjà été soutenue par les auteurs de la Description hisiorigue et topo graphique de la Provence et du Comiat-Venaissin , qui la développent ainsi au mot Aëria : c Celte ville était autrefois placée dans le Comté-Venaissin , au même lieu où est le » château de Lers. M. d'Anville a cru qu'il fallait la chercher sur le Mont-Yentoux , et » M. Papon l'a placée hors de la Provence. Cependant, si l'on fait attention au passage » 4e Strabon, on retrouvera dans le nom actuel des lieux des preuves de la position » que nous assignons à la ville d^Âêria.

> Il y a, dit cet auteur, trois villes, qui sont t Avignon, Orange et Aêria, ainsi » non^mée parce qu'elle est située en un lieu fort élevé , selon Arthémidore. Tout le

> reste est un pays plat, fertile en pâturages, mais depuis Aêria jusqu'à Durion ou

• Lurion, il est montagneux et couvert de bois. •

On ne formera aucun doute sur la position de cette ville, si l'on considère que Strabon. parle ici des Cavares. Or, en supposant Aêria au château de Lers^ vis-à-vis

histoire; 1 3

On indique quelquefois aussi sous le nom générique de Cwares les peuples situés au midi de l'Isère; mais les Cavares proprement dits n'occupaient que le pays connu autr^ois sous la dénomination de Bas-Comiat-'f^enaUsin. Avignon, Cavaillon, Orange, étaient leurs villes principales. Ils étaient boniés par la Durance, les Tricastins, les Voconces et les Meminij dont Carpentras était la capitale.

Essentiellement guerriers et chasseurs , les armes de ces peuples , outre répée longue et large, étaient les gèses et les matères. Les gèses étaient des dards longs d'une coudée , carrés jusqu'à la moitié , et finissant par une pointe ronde et aiguë. Les matères étaient des espèces de javdines.

Leurs vètemens étaient un long juste-^Ur-corps , avec des hauts-de-chausses forts courts. Les Latins appelaient le prunier saga et les autres bracca. Les habitans des montagnes en ont conservé l'usage et le nom dans les vètemens qu'ib appellent encore aujourd'hui scpjre et braye.

Cest à l'arme dont ils se servaient qu'est due la dénomination de Gésates^ sous laquelle les Gaulois sont désignés dans quelques écrits. Cest aussi de leurs brajes qu'est venue ^ette qualification de GalUa braccaia^ ou Gaule culottée, si souvait employée par les écrivains contemporains.

Cest encore d'eux que nous sont venues les casaques : ils les nommaient caracalles^ et c'est pour en avoir distribué à ses troupes qu'Antonin, fils de Sévère, fut appelé Caracalla.

Cétait chez eux une beauté d'avoir les cheveux blonds et même roux , et ils inv^itèrent pour les teindre un savon composé de suif et de cendre.

La forme de leur gauvemement était aristocratique , mais le chef de l'état était électif, et les lois étaient délibérées dans l'assemblée g^érale de la cité ^ où chacun assistait armé comme il l'aurait été un jour de bataille.

Ils allaient au combat nus jusqu'à la ceinture et en chantant des hymnes guerriers.

Leurs funérailles se faisaient avec beaucoup de pompe. Ils brûlaient les corps, et, avec eux, les meubles et les autres objets pour lesqueb le défbnt

de Roquemaure, Ton trouve un lieu élevé au bas duquel est une plaine fertile en pâturages, et de là à Lauriac, domaine qui était autrefois un village et qui a conservé le nom ancien de Lcurioug il y avait des bois épais.

i4 CHAPITRE PREMIER.

avait montré le plus d^iuclination : ils se figuraient qu^on avait dans Fautre vie les mêmes affections et les mêmes besoins que dans celle-ci.

La polygamie n^était point en usage parmi eux; ils n^avaient qu^me femme , et avant la célébration des noces le mari lui assignait pour douaire une valeur égale à ce qu'^elle apportait en dot.

Le père de famille avait droit de vie et de mort sur sa femme et ses enfans.

Ils mesuraient le temps, non par le cours du soleil, mais par celui de la lune , et ils en marquaient la durée par les nuits , parce qu'ails avaient la prétention de descendre du dieu Pluton.

Leurs manières étaient ouvertes et franches , leurs discoiirs laccmiques , mais obscurs , parce qu'ails abondaient en figures et en hyperboles.

Ils aimaient le vin avec passion , et , à la guerre , ils étaient ardens au pillage.

César ajoute qu^ils étaient légers , inconstans , indiscrets , toujours prêts à changisr de sentiment : avides de nouvelles , ils arrêtaient les marchands au milieu des foires et les voyageurs sur les routes , pour leur en demander.

Ils aimaient à se louer et à mal parler des autres.

Ils- avaient peu de villes ; ils habitaient des chaumières éparses dans la campagne ou réunies en bourgades , et lorsqu'ils craignaient mie attaque , ils se retiraient , avec leurs denrées , leurs familles et leurs bestiaux , dans des forteresses, où ils construisaient à la hâte des cabanes pour leur servir d'^abri. Ils avaient, en un mot, presque toutes les habitudes des peuples nomades.

Les Phocéens, fondateurs de Marseille, étendirent leurs relations dans ces contrées. Par eux, le commerce, ce véhicule si actif de la civilisation, r^monta , en suivant le cours du Rhône , du rivage de la Méditerranée dans FAllobrogie. Des rapports industriels, politiques, religieux et militaires, s'établirent entre les deux peuples. Les Allobroges apprirent la langue grecque , et , à l'imitation de leurs voisins , ils créèrent des écoles publiques où l'on enseignait l'éloquence et la poésie.

Devenus plus policés , ils se réunirent ; les agglomérations se formèrent , et la conquête acheva ce que l'exemple des Phocéens avait commencé. C'est alors seulement que s'élevèrent , en assez grand nombre , des villes , dont l'établissement et l'accroissement furent plus tard favorisés par les colonies romaines.

Leur langue était la celtique, et les caractères dont ils se servaient pour écrire étaient assez semblables aux caractères grecs : il reste à décider qui , des Gaulois ou des Grecs , les connurent les premiers (1).

Les druides étaient les ministres de la religion et en quelque sorte les régulateurs . de Tétat ; ils habitaient Tintérieur des forêts , et la vénération peur le chêne était un point essentiel de leur culte. On les distinguait en trois classes. Ceux de la première étaient chargés des sacrifices , des prières , de Finterprétation du dogme, de Tadministration de la justice, de Texercice de la médecine et de Téducation de la jeunesse; ils Tinstruisaient dans la religion et la morale, et c^est par eux que se conservait le dépôt des connaissances astronomiques et physiques.

La seconde classe comprenait les bardes y qui célébraient en vers les exploits des héros, et les chantaient sur des harpes.

Les euhagesy ou vates^ consultaient les entrailles des victimes.

Tous ces prêtres étaient subordonnés à une espèce de pontife dont Tautorité était, pour ainsi dire, sans bornes. A sa mort, le plus distingué ou le plus influent d^entre eux lui succédait , et sMl y avait plusieurs concurrens , le choix se faisait à la pluralité des suffi*ages ou par le sort des armes.

Le Pays Chartrain était le siège du grand collège des druides. Chaque année ils y tenaient leurs grands jours y espèces d^assemblées où se trouvaient les délégués des druides de toute la Gaule , et dans lesquelles se traitaient les affaires les plus ImporUintAs. Cesl là enrori» qii^avpc un pomppux appareil , ib cueillaient le gui de chêne , qu^ils distribuaient pour étrennes au commencement de Tannée. Ces assemblées terminées, les druides se retiraient dans leurs forêts , où ils se livraient à la contemplation et *\ la prière.

On voit que leur autorité était grande , que presque tout était de leur ressort ; aussi exerçaient-ils sur les peuples une immense influence. Il n^ avait guère de démêlés dont ils ne prissent connaissance. S^il se commettait quelque meurtre , s'il s'élevait quelque contestation entre des héritiers, si Ton disputait sur les bornes d'un champ , c'étaient eux qui jugeaient ; et si quelqu'un refusait de se soumettre à leurs décisions, il était exclu de la participation à leurs sacrifices. Cétait un châtiment terrible : celui qui

(1) Chorier, tome I^ page 104*

f 6 CHAPITRE PREMIER.

Tavait encouru passait pour un impie ; tout le monde Tabandonnait ; il ^ait Fobjet du mépris universel.

Les druides n^alkient point à la guerre et ne payaient aucun tribut. Leur principe fondamental était de ne rien écrire de ce qui concernait la religion f ils apprenaient par cœur un grand nombre de vers dans lesquels étaient contenus leurs mystères , qui , par cette raison , nous sont peu connus. Ils croyaient à Fimmortalité de Famé et à la métempsycose ^ et sacrifiaient à sept dieux principaux : c^étaient Mercure, ouTheutatès, inventeur du commerce et des arts ; Minerve , ou BeUzanna , qui dirige les sages entreprises ; ^oUon , ou Bellenus , dieu du jour et de la médecine ; Jupiter , ou Taramis , maître des cieux ; Mars , ou Hésus , qui préside à la guerre ; Hercule y ou Ogimus , symbole de la force et de Féloquence; Oison , c^est-à-dire la Nuit, ou Pluton, qu^ils regardaient comme leur père.

Les druides , ou prêtres de ces dieux , étaient en si grand nombre , que César en parle, non pas seulement comme des ministres d^une secte, mais comme d^une partie importante de Tétat.

Leurs femmes partageaient la considération dont ils jouissaient; elles s^ingéraient comme eux dans les affaires politiques et dans celles de la religion ; elles avaient surtout la réputation d^être de grandes devineresses , et quoique les druides sVn mêlassent quelquefois, ils en avaient presque entièrement abandonné le soin à leurs femmes. La principale fonction des druidesses était de consulter les astres , de tirer les horoscopes et de prédire Tavenir , le plus souvent par Finspection des entrailles des victimes humaines.

Le culte des druides disparut sous les règnes de Tibère et de Claude , qui firent abattre les forêts sacrées. Sur le sommet des montagnes que couvrent maintenant les ruines des châteaux du moyen âge , on a cru reconnaître , dans quelques lieux , les rangées cii*culaires de pierres qui désignent presque toujours Fenceinte mystérieuse qu^occupaient leurs autels. On n^est pas ' d^accord sur les causes de la prohibition de ce culte : les uns disent qu^il fut défendu par les décrets du sénat, parce que les druides excitaient sans cesse les Gaulois à se soustraire au joug de Rome ; d^autres prétendent que c^est pour avoir voulu perpétuer Fusage des victimes humaines. C^était vraisemblablement Fun et Fautre.

Indépendamment de Fordre des. druides , qui était le premier , il y avait

encore celui des nobles ou chevaliers , qui ne s'^occupaient y comme ceux du moyen âge, que de chasse et de guerre (1).

Les classes inférieures ne participaient point à Texercice de la puissance publique, et la plupart des gens du peuple, accablés de dettes et d^impôts, ou opprimés par la violence , étaient contraints de se mettre au service des chevaliers, qui avaient sur eux le même pouvoir quW maître siu* ses esclaves (2).

Les habitans de ces contrées se firent remarquer entre les diva^ses peuplades gauloises, toutes les fois que celles-ci entreprirent d^envahir Tltalie.

Ils suivirent Bellovèse lorsqu^il vint dans le Tricastin , passa les Alpes , ^87 ans et menaça de détruire Tempire romain dans sa naissance (3).

D'autres chei& , après Bellovèse , marchèrent sur ses traces , pendant plus de deux cents ans, et remplirent de leurs colonies les contrées au-delà des Apennins : c^est Torigine des Liguriens et des Gaulois Cisalpins (4).

Ces mêmes peuples grossirent Tarmée déjà si formidable de Brennus, An de Rome lorsqu'il brûla Rome , assiégea le Capitole , et vendit au poids de For la * ^,*^j' q vie et la liberté aux Romains , qui ne parvinrent à en délivrer Fltalie qu^après 39o. une guerre opiniâtre et de sanglans combats.

Leur nom était devenu fameux , et , sdon Tusage de presque toutes les nations gauloises, ils vendaient leurs services, comme font encore les Suisses.

Les Carthaginois s'en servirent dans la première guerre punique , et ils An de Rome contribuèrent à la défaite de Ré^rulus. ^ ^^^; ^

^ Avant J. ۥ

Us soutinrent les Liguriens contre les attaques des Romains , qui entrèrent ^^ peu après dans les Gaules et ravagèrent le territoire des Voconces.

Mais l'événement le plus extraordinaire de ces temps reculés fut l'expé- An de Rome

""■"■""■"■■""""■"""*""""*""■""*""""" --—------—-—---—---—------—---------—--—-—-—---. Avant J. C.

(1) Voyez, pour les mœurs et les usages des anciens peuples du midi de la Gaule, ^^^* V Histoire de Languedoc, tome I; — V Histoire de Provence, par Papon, tome I; — V Histoire

dé Dauphiné, par Choriery tome I; — V Histoire de Vienne, par M. Hiermet; — les Commentaires de Céswr.

(2) Papon, tome I, page 491.

(3) Pline, lîv. III, chap. XVII. — Tîte Live, 1" décade, liv. CV.

(4) Les Romains distinguaient la Gaule et le pays qu'on nomme aujourd^ui Lombardic en Gaule Cisalpine et en Gaule Transalpine. Gdle qui était cisalpine à l'égard de Rome était transalpine à notre égard.

18 CHAPITRE PKHMIiyi;

dition d^Annrbal. La valeur et le génie qui dirigèrent cette périllemc entreprise causèrent tant d^étonnement et d^admiration , que la tradition en a presque partout conservé le souvenir : à Loriol entre autres , le lieu où s^arrêta le héros carthaginois porte encore la dénomination de Camp â/Annihal.

On sait qu^ayant formé le hardi projet ^l^aller combattre Rome dans Rome même , et de marcher en Italie à travers les Alpes , il se rendit de Carthage en Espagne avec une nombreuse armée. Arrivé dans la Péninsule , il ij arrêta , et envoya dans la Gaule Cisalpine des hommes sûrs pour s'*informer de la fertihté du pays au pied des Alpes et le long du Pô , du nombre et du courage des habitans. U voulut savoir aussi s^ils étaient toujours irrités contre les Romains, qui leur avaient fait une injuste guerre quelques années auparavant. A leur retour, les envoyés d^Annibal lui firent connaître les dispositions favorables des Gaulois Cisalpins , mais ils lui représentèrent la hauteur extraordinaire des Alpes , et les difficultés qu^il devait s^attendre à rencontrer dans leur passage , quoique Tentreprise ne fut pas absolument impossible. Il ne lui en fallut pas davantage. U rassembla ses troupes et partit de Carthagène vers le commencement de la maturité des blés. Son armée se composait de 90,000 hommes d'^infanterie et de 12,000 hommes de cavalerie. U en laissa une partie en Espagne pour assurer sa retraite , au besoin , et franchit les Pyrénées avec 50,000 hommes d^infanterie «t 9,000 chevaux ; il s^avança jusqu'^au Rhône avec rapidité et presque sans obstacle.

Le sénat avait été informé de la marche d^Annibal , et il s^était empressé de prendre des mesures pour Tarrêter. 14,000 hommes d^infanterie , 1,200 chevaux et une flotte de soixante galères à cinq rangs de rames furent mis à la disposition du consul PubUus Cornélius Scipion.

Le consul apprit, avant de mettre à la voile, qu'^Annibal avait passé TÈbre, mais il se flattait quMl arriverait encore à temps pour Tempêcher de franchir les Pyrénées. U embarqua ses troupes à Pise , côtoya la Ligurie , et le cinquième jour il arriva à Marseille, où il apprit qu'*Annibal se trouvait déjà sur les bords du Rhône. U fît débarquer ses troupes à Fembouchure du fleuve, et envoya reconnaître la position de Tarmée carthaginoise.

Arrivé sur les bords du Rhône , Annibal fit sur-le-champ les préparatifs nécessaires pour le traverser dans un endroit où il n^avait qu^un seul courant.

il était à quatre journées de marche de la mei*.

Pendant qu^il faisait préparer un grand nombre de radeaux, les Gaulois se montrèrent en armes sur l'autre rive , et manifestèrent , par leurs provocations et leurs cris , (ju'^ils s'opposeraient à son passage. Cette circonstance lu* fit juger qu'il ne pouvait traverser à force ouverte , ni rester en place , sans risquer d^être attaqué de toutes parts. Il détacha ime partie de ses forces, sous le commandement d'Hannon , Fun de ses lieutenans , et le chargea de faire plus haut une reconnaissance.

Hannon remonte la rive droite du RhOne , fait 200 stades , ou 25 milles de chemin, pour se rendre sur un point où le fleuve, s'étendant beaucoup et se partageant en deux bras , forme une petite île qui le rend plus facile à traverser. Une forêt voisine lui fomTiit le bois nécessaire pour la construction des radeaux dont il a besoin. Il y place les hommes , les chevaux et les bagages, et passe sans accident et sans opposition. Il campe le reste du jour sur la rive opposée, et annonce son passage par des feux et des signaux. Le lendemain , il redescend le long de la rive gauche , vis-à-vis le camp d'Annibal , qui se tenait prêt à traverser , au moment favorable , avec le resté de son armée.

Les Gaulois continuaient leurs démonstrations hostiles , et faisaient sur la flotte d^Annibal des décharges de traits. Hannon fond sur eux ; le désordre se met dans leurs rangs , et Annibal en profite poiu* effectuer son passage.

Il fit embarquer sur des espèces de chaloupes sa cavalerie, armée de petits boucliers , et sur des radeaux son infanterie. Les chaloupes se tenaient au haut du courant , afin d'en rompre l'impétuosité et de faciUter le passage des radeaux. On fit passer les chevaux à la nage, en les conduisant à l'arrière des bateaux.

Ce passage fut long et périlleux : il présenta un spectacle d^anxiété et de terreur difficile à rendre f car, tandis que, d'un côté, les soldats embarqués s^encourageaient mutuellement par leurs cris et luttaient contre la violence des flots , et que , de l'autre , les troupes bordant le fleuve animaient leurs compagnons par leurs clameurs , les Gaulois faisaient entendre des chants guerriers , et continuaient à défier les Carthaginois en frappant sur leurs boucliers.

Annibal avait avec lui trente-sept éléphans, et Ton eut beaucoup de peine à les faire passer.

20 CHAPITtE PREMIEt;

Voici comment Polybc raconte que Ton y parvînt î

(( On avait d^abord ^ dit-il , construit plusieurs radeaux. On commença r> par en joindre deux ayant chacun 50 pieds de largeur , et par les fixer » fortement au rivage. A ces deux premiers on en réunit d^autres semblables^ » qu^on poussa en avant sur la rivière ; et comme il était à craindre que la ï> rapidité du fleuve n^emportàt tout Tassemblage , on Fassujettit , du côté » qui était exposé au courant , par des câbles qu^on attacha aux arbres du » rivage. Quand cette espèce de pont eut été amené à la longueur de deux » plèthres ( 1 70 pieds de France ) , on fit arriver à son extrémité deux autres n radeaux beaucoup plus grands et dWe meilleure construction, qu^on avait » réunis fortement Fun à Fautre , et qu'on lia aux premi^s de telle façon »> que les liens pussent se couper aisément. On couvrit tout Fouvrage de » terre et de gazon , de manière à oflfrir aux éléphans im aspect tout » semblable au chemin par lequel ils devaient y arriver. On plaça à leur )) tête deux éléphans femelles qu'ils suivirent sans hésitw. Lorsqu'ils furent » parvenus sur les deux grands radeaux avancés , on coupa les liens qui » tenaient ces radeaux attachés aux premiers , et des bateaux les- remor- » quèrent avec des cordes de Fautre côté du fleuve. Les éléphans, quand ils » se sentirent en mouvement au milieu des eaux , montrèrent d'abord de » Finquiétude et de Feflfroi : fls allaient et venaient d'un bord à Fautre des » radeaux qui les portaient ; mais FeflBroi même les y retenait. Il y en eut » cependant quelques-uns qui, en s'agitant, tombèrent dans le fleuve ; mais )) leur chute ne fut fatale qu'aux conducteurs : ils se mirent à nager en w élevant lei^s trompes au-dessus de Feau pour respirer, et, malgré la » rapidité du fleuve , ils arrivèrent sans autre accident à la rive opposée, w

Averti que la flotte romaine était à Fembouchure du Rhône, Annibal envoya 500 Numides pour la reconnaître. Us en vinrent aux mains avec un détachement de Scipion , et furent battus. Ils firent leur retraite vers Annibal , qu'ils informèrent de Farrivée de Scipion. Il délibéra s'il irait au devant du général romain , ou s'il marcherait droit aux Alpes , et il se décida pour ce dernier parti , sur les instances des envoyés des Gaulois Cisalpins , venus pour lui servir de guides.

Trois jours après le départ d' Annibal , le consul romain arriva à Fendroit où l'armée avait passé le Rhône , mais ne pouvant la rejoindre , il prit le parti d'aller Fattendre à la descente des Alpes du côté de Fltalie.

HISTOIRE* m

Affaiblie, depuis les Pyrénées jusqu^aù Rhône, de 12,000 homm^ et de 1,000 chevaux, Farmée était réduite à 38,000 hommes d^inÊmterie et 8,000 hommes de cavalerie.

Le lieu où elle effectua son passage était à quatre journées dç marche de la mer , un peu au-dessous du Pont-Saint-Esprit , et Topinion la plus générale désigne Roquemaure , qui se trouve précisément à cette distance. Le nom de ce bourg semble Jaill^irs ajouter un degré d'^évidence à cette opinion , car le mot roque , en langue celtique , et ce mot a passé dans la nôtre , signifie im lieu escarpé ; quant à celui de maure ^ il désigne assez les Africains.

Annibal passa ainsi de la rive des Volses sur le territoire des Cavàres, entre Avignon et Orange.

Il remonta vers le district des Tricastins , et continuant sa marche le long du fleuve , il arriva en quatre autres journées au confluent de Tlsère et du Rhône , en un lieu que Polybe appelle Ylsle à cause des particularités de sa situation entre ces deux fleuves, d^une part, et les Alpes, de Fautre (1).

U y trouva deux frères en armes , se disputant la couroiuie. L^ainé , appelé Brancus , réclama son assistance. Annibal joignit ses forces à celles de ce prince , et le rétablit dans le souverain pouvoir. Pour prix de ce service, 9rancas fournit à Farmée les provisions, les armes et les vétemens dont elle avait besoin; il fit pîus, il forma, avec ses troupes, Farrière-garde des Carthaginois , et protégea leur marche jusqu^à Feutrée des Alpes.

(1) Il y a 56,000 toises ou 74 milles romains de Roquemaure au port de l'Isère, et un corps d'armée ne saurait les faire en moins de quatre jours de marche.

Le premier a dû être de Roquemaure dans la plaine de Saint-Paul-trois-Châteaux; le second de Saint-Paul-trois-Châteaux à Montélimar; le troisième de Montélimar à Loriol, et le quatrième de Loriol à llsère.

Cette coïncidence entre les distances actuelles et celles qu'indique Polybe prouve su£Eisamment que la rivière que rencontra l'armée, après ses quatre journées de marche depuis le passage du Rhêne , était bien l'Isère. Si quelques auteurs ont pensé que c'était la Saône, c'est parce qu'il s'est glissé beaucoup de fautes de copistes dans les ouvrages des anciens, et que dans quelques éditions de Polybe et de Tite Live, au lieu d*Isar ou haras ( l'Isère ) , on lit quelquefois Scoras et d'autres fois Jrar et Araros. Mais M. Deluc rapporte, d'après le général anglais Melville, qui l'a vérifié lui -mente, à Rome, que le mot Isar ou Isaras se trouve dans un ancien manuscrit 4e Polybe déposé à la bibliothèque du Vatican.

Ici se présente une grave difficulté : en quittant le point de jonction* de risère et du Rhône pour remonter vers les Alpes , quelle route a suivie Annibal ?

Les textes de Polybe et de Tite Live , souvent obscurs , quelquefois contradictoires , ont fait naître une foule de dissertations. DVprès les unes^ Annibal aurait rejoint les Alpes Pennines par Ly€Mi et Genève , et il serait descendu dans la vaUée d'Aoste par le Grand-Saint-Bemard.

DVutres le font aller aux Alpes Grecques par Vienne , Bourgoin , Saint- Genis, Yenne, Chambéry, Conflans, Moustier, Aime, Bourg-Maurice*, Siez, et descendre dans cette même vallée d^Aoste par le Petit-Saint-Bemard.

Quelques-unes lui font traverser la vaUée de Maurienne et franchi» le Mont-Cenis,

Diaprés d^autres , il aurait passé par les Alpes Cottiennes (i ) , ce qui comprend Gap, Embrun et Briançon, et il aurait débouché en Piémont par le Mont-Genèvre,

Il en est , enfin , qui le font passer par le Mont-Vîso (2)i

(1) Gottîus occDpait, du temps d^Auguste, le Briançonnaîs, et la partie d^ Alpes qui environne ce canton prit, du nom de ce petit souverain, celui d^Alpes Cottiennes. Cotttus portait le titre de roi, et Auguste reconnut son indépendance. Il vécut jusque sous Néron ; ses états devinrent alors province romaine.

(2) A la suite d'une dissertation sur l'emploi du vinaigre à la guerre comme agent de destruction, et comme moyen de défense, insérée dans le Recueil industriel de M. de Moléon (N.** 24» décembre 1828), on trouve un tableau des votes recueillis dans les auteurs sur la question du passagQ des Alpes par Annibal, et il préisente le résultat suivant :

Par le Petit-Saint-Bernard (Alpes Grecques )* 33.

Par le Mont-Genëvre ( Jlpes Cottiennes ) 24.

Par le Grand-Saint-Bernard (Alpes Pennines) 19.

Par le Mont-Genis ( Mons Cinesius ) 10.

Par le Mont-Viso ( Mons Vesulus ) 3.

Par la Roche-Melon (l'une des cimes du Mont-Cenis) ........ i.

Total 90.

L'auteur de ce tableau observe que beaucoup d'autres écrivains ont parlé de l'expédltioa

J« ^opposerai pas une dissertation nouvelle à ce conflit d'^opinions déjà si diverses : les bornes de cette notice «Y opposent ; mais j^admettraî celui de ces systèmes qui foit passer Tarmée africaine par la vallée de la Drome , le Col-de-Cabre et le Mont-Genèvre , parce qu^il me semble le plus vraisemblable et le plus conforme à la disposition des lieux ; c'est celui qu'août adopté , à toutes les époques , les écrivains de la province qui connaissaient bien les localités (1); c'est celui que fortifient les traditions locales et qui concilie le mieux les textes de Polybe et de Tite Live ; car , avec les auti^es systèmes , où placer ks Tricastîns , les Voconces , les Tricoriens et la Durance , que les écrivains de l'antiquité , et Tite Live surtout, mentionnent comme autant d'indications et de fils conducteiurs ?

Il faut , d'ailleurs , ne pas perdre de vue que le Mont-Genèvre n'a que 2,000 mètres d'élévation; qu'il est en partie abrité des vents du nord, et que c'est un des passages les plus faciles de l'Italie, C'est celui qui a servi à César , à Julien et à presque tous les généraux de l'ancienne Rome.

A la jonction du Rhône et de l'Isère , l'armée carthaginoise avait l'Isère devant elle , le Rhône à sa gauche , à sa droite la partie septentrionale des Voconces , derrière elle les Ségalauniens , et au-dessous les Tricastins.

Ânnibal ne la dirige point aux Alpes par le chemin le plus droit ; elle -oblique vers les Tricastins et prend à gauche pour remonter la vallée de la Drome , dont le trajet est moins long et oflfre moins de dangers et de difficultés que celle de l'Isère. Elle passe vers Montoison, à Aouste, Saillans, Die, Luc, Baurières ; elle fi*anchtt le Col-de-Cabre (2) , et suivant le chemin ■■ ■' ■ ■ ■ ■ Il >■ I ■ I I ■ I I ■■.II,

d'Annibal, mais que, comme ils ne se sont pas expliqués sur le point précis de la sortie des Alpes , il ne les a pas compris dans ses calculs.

Un assez grand nombre d'auteurs repoussent le passage du Mont-Cenîs, par le motif qu'il aurait été inconnu des anciens, et que c'est seulement sous Gharlemagne qu'il aurait été ouvert pour la première fois avec de grandes difficultés.

(1) Si je suis bien informé , un de nos honorables et savans compatriotes, M. Fr. Drojat, de Die , partage cette opinion dans un ouvrage qu'il doit publier incessamment, et pour lequel il a fait les recherches les plus longues et les plus consciencieuses.

(2) Ce col, qui sépare le département de la Drome de celui des Hautes- Alpes, est

nonuné dans les anciens itinéraires Gaura Mons; dans le moyen âge on Ta appelé Cot"

de-Cabre ou Col-des-Chèvres , et en 1804, Col-des-Communes , à cause des travaux que

celles des environs exécutèrent pour l'ouverture d'une route nouvelle au milieu de ces montagnes.

des Alpes Cottiennes , elle entre chez les Tricorîens , passe à Veyne , à la Bi>che*<les-Amaud , à Gap , à Chorge , passe la Durance ayant d^arriyer à Embrun, passe près de Mont-Dauphin , d'^ou elle gagne le Mont-Genè\Te par Briançon ; elle suit enfin la direction de la route actuelle de Valence à Briançon, par Die, G^, Embrun et Mont-Dauphin (1).

(1) Dans la première édition de cet ouvrage, publiée en 1817, j^avais adopté Topinion

que Tannée carthaginoise avait remonté la rivière d^Eygues pour arriver au Mont-

.Genèvre. J'exprimais ainsi cette opinion : € Selon Tite Live, après avoir traversé le

• Tricastin, Annibal se dirigea sur les Tricoriens^ en passant sur l'extrême lisière des » Yoconces.

> N'est-ce pas dire que de Saint-Paul-trois-Chàteaux il alla à Nyons, et suivit le cours > de la rivière d'Eygues, pour arriver chez les Tricoriens et au Mont-Genèvre ? » J'ajoutais : « Une route, commencée depuis douze ans, devait encore, de nos jours,

• suivre cette direction, pour communiquer de l'Espagne en Italie. »

M. Fortia d'Urban a émis une opinion semblable dans le N."* des Annaies militaires du mois d'octobre 1818, page 161.

Mais, malgré l'autorité de ce savant, j'ai cru devoir abandonner ma propre opinion pour revenir à celle qui fait remonter le cours de la Drome à l'armée carthaginoise. J'y ai été déterminé par une nouvelle exploration des«lieux, qui m'a fait reconnaître qu'aujourd'hui encore il y aurait impossibilité de faire passer une armée dans la partie supérieure de la vallée d'Eygues, où la route reste à ouvrir pour faire sa jonction avec celle de Yalence à Gap.

Une autre circonstance a concouru à me déterminer : il est avéré que l'armée d'Annibal est venue jusqu'à l'Isère , et il est bien difficile d'admettre qu'après avoir traversé le Tricastin pour remonter le long du Rhône jusqu'à l'Isère, le général carthaginois soit redescendu dans cette même contrée des Tric^stins, pour se diriger vers les Alpes par la vallée d'Eygues.

U est vrai qu'en suivant cette direction, il se portait, suivant les indications de Tite Live, sur les Tricoriens, en passant par l'extrême lisière des Yoconces; mais tout cela est paiement vrai en remontant vers Die, parce que la partie principale du pays des Yoconces était comprise entre la Drome au nord et l'Eygues au midi, et qu'en quittant l'une et l'autre vallée on entrait chez les Tricoriens, d'où l'on se dirigeait au Mont- Genèvre, et par le Mont-Genèvre chez les Taurinîens (Turin).

Des dents fossiles d'éléphans trouvées à diverses époques dans nos contrées, et notamment près de Lyon, en 1824, ont excité d'une manière particulière l'attentiop des antiquaires. Us 4>saient : Annibal avait trente-sept éléphans dans son armée, et comme le plus grand nombre périt dans le trajet de Roque maure aux Alpes, on doit

Elle fait ce trajet en neuf jours , et son général surmonte, avec une constance et une habileté dignes des temps fabuleux, les obstacles sans nombre que lui opposent la difficulté des communications , la saison déjà avancée , car c^était le temps du coucher des Pléiades , et , par-dessus tout , les habitans des montagnes qui le harcelaient sans cesse (1)*

L^armée était accablée de fatigue , plongée dans rabattement j Annibal seul était resté le même. Montrant, en quelque sorte du doigt, à ses soldats les plaines qui bordent le Pô, il soutient leur patience et ranime leur courage,

considérer les dents d*élépbans trouvées le long du Rhône et dans la direction présumée du général carthaginois, comme autant de jalons jetés sur la route que suivit Tarmée africaine. On en trouve à Lyon ; donc o^est par Lyon et Genève qu'il s'est rendu aux Alpes. Mais ce raisonnement fut détruit par les savantes explorations de Gnvier et de M. Bardin, directeur de l'école vétérinaire de Lyon, d'après lesquelles tous ces ossemens fossiles, de même que ceux qu'on a trouvés en divers points de la chaîne des Apennins, furent reconnus appartenir à des espèces qui n'existent plus, et qui auront sans doule disparu dans quelque grande catastrophe qui aura bouleversé le globe. (Voyez le Journal des Débats des 12, 14 et 23 septembre 1824, et le Constitutionnel du 16 septembre même année. )

D'ailleurs , l'existence de ces ossemens fossiles , alors même qu'ils se rapporteraient aux espèces connues, ne serait pas un indice suffisant pour marquer le passage d'Annibal, car il n'est pas le seul qui ait amené des éléphans dans la Gaule. Doinitius en avait dans son armée lorsqu'il livra bataille aux AUobroges sur les rives de la Sorgue^ 123 ans avant J. G. Tous les historiens s'accordent à dire que les chevaux des Gaulois en furent épouvantés, et que cette circonstance contribua à jeter dans l'armée le désordre qui décida la victoire en faveur des Romains.

(1) Au mois de mai 1800, le premier consul Bonaparte renouvela ces prodiges avec non moins d'habileté et plus de bonheur encore, lorsqu'il alla ouvrir, en Italie, celte campagne fameufeie qui, par la victoire remportée à Marengo, détruisit la seconde coalition de nos ennemis et sauva la France prête à être envahie par les Autrichiens et les Russes.

L'armée française traversa les Alpes sur six points à la fois. Le corps principal , commandé par le premier consul, déboucha sur Aoste par le Grand-Saint-Bemard ; Moncey , avec un corps détaché de Tartnée du Rhin, se porta, par le Saint^-Gothard, sur Bellinzona ; le général Béthancourt se dirigea sur Domo-d'Ossola par le Simplon ; le général Chabran rejoignit le corps principal à Aoste par le Petit-Saint-^mard, et le corps du général Thurreau se porta sur Exilles et Suze, partie par le Moiit-Cenis et partie par le Mont-Genèvre.

en leur rappelant la banne disposition des habitans de ces contrées , et ^en leur indiquant la position de Rome , ce but de tant de peines et de tant d^effbrts.

Il descendit dans les plaines du Piémont , s^avança dans le cœur de Fltalie; et mit Rome à deux doigts de sa perte ; il finit par succomber , parce que son armée s^affaiblissait chaque jour, sans pouvoir se recruter, et qu^il fit, après la bataille de Cannes , la faute de laisser jouir ses soldats des délices de ce beau pays , au lieu d^aller droit et sur-le-champ à la capitale de Fempire.

Après seize ans de combats , ce grand capitaine , réduit à une poignée de soldats, braves comme lui, fut contraint d'^abandonner Tltalie (1).

Ses revers augmentèrent la puissance des Romains , et les victoires qu^ils remportèrent sur les Liguriens, en affaiblissant la crainte que leur avait longtemps inspirée le seul nom de Gaulois , leur suggérèrent la pensée d^étendre leur domination siur la Gaule Transalpine. Cette conquête leur était doutant plus précieuse, qu^ils y trouvaient le moyen d^établir avec TEspagne, devenue déjà une de leurs provinces , une communication directe et facile. Ils n'^attendaient qu^un prétexte poiur porter la guerre en deçà dcis monts , et An de Rome ce prétexte , Ics Marseillais le leur fournirent. Alliés des Romaines , ils les ÀTantj.G. î^ppelérent à leur secours contre les attaques de leur voisin Teutomalius, 126. roi des Salluviens, et M- Fulvius Flaccus vint aussitôt avec une armée. Teutomalius , à la tête de la sienne , alla présenter , siur le Var , la bataille aux Romains. Il fut vaincu. Fulvius demanda et obtint les honneurs du triomphe.

An de Rome Chargé de continuer la guerre, C. Sextius Calvinus soumit tout le pays des Salluviens , et contraignit leur roi d^aller chercher un asile chez les

Avant J. €.

in. Allobroges.

(1) Voyez, sur le passage d'Annibal, les Mémoires de Tabbé Ghalieu; — Ghoriery tome I, liv. I, page 13; — Topographie ci Histoire des Hautes^ Alpes, par M. de la Doucette; — Histoire générale de Languedoc, tome I, liv. I; — Histoire de Provence , tome I, pages 520 et 521 ; — Antiquités du département dé Vauctuse, par M. Fortia d'Urban; — Histoire du passage des Alpes par Annibal, par M. Deluc^ de Genève; — Tile Live, S** décade; •— • flistoire de Polybe , avec les commentaires du chevalier de Folard.

flISTOIRE. 27

Sextius eut pour successeur C. N. Domitius iËnobarbus. Il voulut enlever Aodc Rome à Teutomalius tout espoir de remonter sur le trône : il fit aux AUobrofi^es . ^^; ^

11 1 r IV Avant J. Ce-

un crime de Tasile qu^ils lui avaient donne , et marqua 1 mtention de les en 12^ punir. Ils prirent les armes , et allant droit aux Romains , ils les rencontrèrent à Vindalium ( Védène ) , près de la Sorgue. On en vint aux mains , mais la victoire resta à Domitius. Les Allobroges avaient compté sur leur cavalerie, et ce fut elle qui causa leur défaite. Domitius avait des éléphans dans son armée , et les chevaux des Gaulois , épouvantés à la vue de ces animaux dont ils ne pouvai^Qt supporter Todeur , reculèrent au. lieu d'^avancer ; ils mirent le désordre dans Finfanterie : la déroute fut complète, car, outre 3,000 prisonniers, les Allobroges perdirent plus de 20,000 hommes dans le combat.

Le courage de ces peuples n^en fut pourtant point abattu : ils rassemblèrent une nouvelle armée , et déterminèrent Bituitus , roi ou chef des Arvéniens, Tun des plus puissans peuples des Gaules*, à prendre part à cette lutte dont aUait dépendre lem* liberté.

Bituitus accourut , traversant les montagnes du Velay et du Haut-Vivaraîs. An de Rome Arrivé sm* celles qui bordent la rive droite du Rhône , il aperçut les Romains ^^^^^ y ^ occupant , sur le terrain uni mais élevé qui domine la plaine de Tain , la 121. position la plus favorable. Deux ruisseaux qui traversent cette plaine , à Textrémité méridionale , en faisaient de ce côté une sorte de marais. Derrière le camp romain était Tlsère ; le Rhône coulait à gauche , et plusieurs collines d^une élévation médiocre en protégaient la droite.

L^armée n^avait plus à sa tête le même général ; elle était commandée par le consul Quintus Fabius Maximus , et forte seulement de 30,000 hommes.

Bituitus qui en amenait 150,000, indépendamment des Allobroges, qui Tattendaient sur Tautre rive, fier d^une victoire qu'ail croyait certaine, montra ime présomption qui ne tarda point à lui devenir funeste. Impatient d^^n venir aux mains , il alla chercher Fabius au-delà du Rhône , dans le pays des Allobroges. Il établit sur le fleuve deux ponts de bateaux, sur lesquels il fit défiler son armée, et marcha contre Fabius qui, lui-même, venait à sa rencontre.

Les forces réunies des Allobroges et des troupes amenées ^ par Bituitus s^élevaient à 200,000 hommes : nul général Romain n^avait eu encore à combattre un aussi grand nombre d^^nnemis j ils couvrirent la plaine de Tain*

tout entière. Une action générale s^engagea : elle fut d^abord très-vîve de part et d'^autre , mais les Gaulois ne soutinrent pas ce premier choc , et leur grand nombre fut cause de leur défaite. Le terrain où se donnait la bataille étant resserré par le Rhône au couchant , Flsère au midi , et les montagnes au levant , cette multitude indisciplinée , composée de peuplades diverses y s^embarrassa et finit par se nuire à elle-même : le désordre se mit dans ses rangs , et Fabius en profita avec tme rare habileté pour la charger avec plus de vigueur encore. Les Gaulois plient ; Fépouvante se communique de proche en proche ; la confusion est extrême ; on ne cherche plus à défendre ses jours en combattant ; on ne voit plus de salut que dans la fuite. La déroute fut complète , et la chaleur excessive du jour , car c^était au mois d^août, contribua beaucoup à abattre le coiu^age des soldats de Bituitus.

Une partie voulut se sauver à la faveur des ponts de bateaux établis sur le Rhône, mais la multitude sY jeta avec tant de précipitation quje les chaînes qui liaient les bateaux furent rompues , les bateaux coulés à fond , et les fuyards emportés par le courant impétueux du fleuve. La plupart des autres périrent par le glaive des Romains.

Les uns portent à 120,000 , et les autres à 130,000 , le nombre des Gaulois qui périrent dans cette journée.

Fabius fit du pays une première province romaine , et indépendamment d^un trophée de pierres blanches qu^il érigea sur le champ de bataille pour marquer son triomphe, il fit élever un temple à Mars et un autre à Hercide (1).

Dès-lors tous les peuples situés au midi de Flsère restèrent soumis aux Romains. Les Allobroges , au contraire , honteux de smrvivre à la liberté de leur patrie , se retirèrent , avec un grand nombre de fugitifs des contrées voisines , dans des lieux de difficile accès , et ne laissèrent échapper axicune occasion de se montrer les ennemis irréconciliables des Romains.

(1) Mémoires de l'abbé Ghalieu, page 158 et suivantes; — Papon, tome I, page 527; — Histoire de Languedoc, tome I; — Histoire de Dauphiné, tome I; — Histoire de Vienne, par M. Mermet.

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