‹ Statistique du département de la DromeChapitre 9 sur 234 · DE LA DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

DE LA DOMINATION ROMAINE

Les peuples du Nord étaient depuis long-temps attirés rcrs le Midi par la douceur du climat , la fertilité du sol , la variété et Tabondance des productions. Ces avantages leur avaient été exagérés par le récit des voyageurs, et ils considéraient la province romaine, TEspagne et Tltalie, comme une sorte de terre promise : aussi avaient-ils souvent essayé, mais toiqours en

vain, dY pénétrer.

La conquête de Fabius était encore récente; Tédifice de la puissance romaine dans les Gaules était à peine élevé, quW débordement de Barbares faillit le renverser. ' '

Une émigration de Scythes , connus sous le nom de dArràyres , se dirigea vers le midi de TEurope, avec femmes , enfans et bestiaaix de toute espèce. Rien ne put arrêter sa marche , marquée sur tous les points par la dévastation et le pillage. Les peuples étaient dans la consternation.

A cette émigration s'en joignît une autre des peuples teutôAiques.

Elles s'avancèrent vers le Rhin ; elles traversèrent ITIélvétie , et les peuples de ces contrées, connus sous le nom d^ Ambrons j voulurent aussi participer au butin et à tous les avantages que ces Barbares se promettaient de cette grande expédition : ils se réunirent aux Cimbres'ct aux Teutons. Enfin, An de Rome cette multitude fut encore augmentée d'un parti considérable d'Allobroges , Âv nti.d impatiens de secouer le joug de Rome. Ils étaient , Hisent les historiens , àm . 1Q9* nombre de 400,000 hommes, non compris les femmes et les enfans, dont plus de 200,000 Cimbres. Ils marchaient unis , mais fis n'étaient point confondus.

Le sénat romain déclara consulaire la nouvelle province , et envoya le consul Silanus pour leur en défendre l'entrée : il fut vaincu , et ces Barbares se répandirent dans le Bas*Dauphiné , la Provence et le Languedoc.

Le consul Aurelius Scaurus vint , l'année suivante , remplacer Silanus , et ne fut pas plus heureux.

7 "■• ^ An de Rome

Cassius Longinus et Calpunnus Piso furent également battus. 647.

Après ces trois défaites successives ^ l'armée fut hors d'état de tenir la ^^"q*/* ^'

achevèrent de ravager le pays et de répandre partout la désolation et Teffi-oi c^e$t ainsi qu^ils arrivèrent aux Alpes (i).

(I) Dans la première édkioa de ce réaumé historique^ j'avaia placé le camp de Marias dans la plaine d*Upie et de Montmeyran. J*y avais été déterminé par le sentiment de Ghorier, par les traditions locales, et ce nom de.Mont-Miéri {Mons Marli) conservé par la montagne qui s'élève au milieu de celte plaine; mais il me paraît maintenant démontré par le témoignage de tous les auteurs anciens, rapporté avec beaucoup de soin et d'uniformité par les historiens de Provence et de Languedoc, que Marins attendit les Barbares, à leur retour des Pjrrénées, non loin de rembouchure du Rhône; que c'est là qu'ils passèrent à la vue de son camp, qu'ils morguèrent par leurs railleries les soldats romains, et qtie s'engagea un premier combat, qui fut bientôt suivi d'actions plus générales et de la bataille sanglante donnée sur les rives de l'Are.

Conunent alors expliquer ce nom de Mont-Miéri {Mons Marii) donné à la colline qui s'élève dans la plaine d'Upie, et les traditions locales si fortement prononcées qui veulent que Marius y ait remporté une grande victoire ?

A quoi attribmr cette dénomination de Chmn(Hdi'4a^BûtaiLU sons laquelle toute cette plaine ^ conaoe, et ce Bom 4e tim9éAUHi€^Sang donné à la petite rivière qui la traverse?

Le nom de Mons Mariani ( Montmcjrran ] qui, d'après quelques dictionnaires mythcvlogiques, rappelle un temple élevé à Jupiter par Marius après ses victoires sur les Cimbres et les Teutons, n'est-il pas encore plus signiûcatif ?

A quel événement, enfîn , rapporter ces tumulus que l'on voit sur la toute de Ghabeufl à Crest P

Voici , sur tenf cela , ce qui me eemble le plus probable :

A leur retour d'Espagne , les Barbares se divisèrent en deux c<»p6 d'armée 9 e| résolurent d'entrer en Italie par deux points difTérens. Un de ces corps , composé de Teutons et d'Ambrons, suivit, à une certaine distance, le littoral de la Méditerranée, passa le Rhône non loin d'Arles, et fut anéanti par Marius près d'Aix.

L^autre corps, composé de Cimbres, remonta le Rhône pour regagner et franchir les Alpes Suisses. t

•BlartMfl connaissait cette dispositiob et ce atouvement de i'armée 'ennemie, et il est vHMsemblable qiii9 tandis qu'il s'opp^ait aux Teutons et aux Ambrons & Arles et à Aix ^ il envoyait une partie de ses troupes observer la marche des Cimbres qui remontaient le Rhône, et qu'une bataille aura été donnée par quelqu'un de ses lieutenans dans la plaine d'Upie et de Montmeyran.

C'est la seule manière de concilier le témoignage des auteurs avec tant de circonstances et de traditions locales, qui veulent que les soldats de Marius aient livré là un grand combat.

Catulus avait été chargé d'^aller les attoidre dans le Trentin , et Marius eotirut le rejoindre après la défaite des Teutcms et des Ambrons.

Les Barbares avaient passé les Alpes , et se trouvaient déjà dans les plaines de Verceilw Attaqués par les fbrc^ réunies des deux généraux romains , ils fUrent vaincus et laissèrent sur le champ de bataille 140,000 hommes, outre 60,000 prisonniers, ce qui valut à Marius ïhonneur d^un douUe triomphe (1 ) .

Le général romain , resté gouverneur de la province , ne pouvait avoir

ouhhé le dernier acte d^hostilité des AUc^Mroges : il leur fit Couver toute la

violence d^un vainqueur irrité; il ravagea leur territoire , changea la forme

de leur gouvemeioent et leur imposa de nouvdles et dures lois. Il voulut

m^e les réduire en esdavage, et partager leurs terres à ses soldats; mais le

sénat n'^api»x)iiva point ces mesures violentes, m<Hns pmr clémence que parce

qu'ail craignit de port^ à des actes de désespoir ce peuple si fier et si hrave,. .

dans un moment où h& forces de la république étaient nécessaires sur d^autres r points.

Dès-lors la tranquillité succéda à ces agitations sans cesse répétées et toujours si malheureuses.

Le pays avait été épuisé par tant de calamités , qu^il éprouvait un grand besoin de repos , mais cette tranquillité n^était encore qu^'apparente ; la disposition des esprits restait , au fond , la même : la fierté gauloise était humiliée , Tintér^t des masses était blessé , et le jpug de Tétranger ne cessait de les irriter.

Telle était la situation de TAIlobrogie , lorsqu^à la mort de Sylla , la An de iiomc

république se trouvait déchirée, a&ihlie par les factions. ATanU c

Lepidus était investi du gouvernement de la province. Il se déclara pour 77. le parti de Sertorius contre le sénat ^ passa les Alpes et vint exciter les Allobroges à se soustraire à la dépendance de la métropole. N'écoutant que leurs ressentimens, ils s^arment de toutes parts et se déclarent pour Sertorius.

On retire le gouvernement de la province à L^idus , et on lui donne pour An de Rome

successeur Fonteïus^ avec Tautorité de préteui:. On charge en même temps . ^[ j ^ Pompée d'^aller soutenir , avec son armée , les mesures de Fonteîus. 7a

n^W*«f«««Mi^«iBW*MV«*«M

(J) Voyez, sur Texpédîtion des Gimbres, des Teutons et des Ambrons, Chorier, tome I; — Histoire de Provence, tome I, page 529 et suivantes; — Histoire de Languedoc;^ — Histoire de Vienne, par M. Uermet; — Moreri, tome I, page 3A6.

Ils prenneirt Tiin et Tautre, en toute hâte, la route des Alpes. Les partisans de Sertorius leur en disputait le passage , mais ils Touvrent par la force des armes.

Arrivés dans la Gaule , ils agissent de concert pour ramener le pays à Tobéissance , et ils obtiennent une soumission au moins apparente.

Pompée passe en Espagne , pour j réduire ce même parti de Sertorius

qui y avait fait de grands progrès.

An de Rome Resté scul chargé du gouvernement de la province, Fontéius désespérant

ATtnt j c. ^^ ^^ concilier les esprits par la modération, veut les contenir par la crainte:

75. il confisque les terres des partisans de Lepidus et de Sertorius, frappe «ur le

pays des impôts exces^s et inusités, ordonne des levées considérables de blé,

d^hommes et de chevaux , et oblige les propriétaires des terres vxiisines des

chemins publics où passe Tannée de les réparer à leurs fixais. Avide d^<»r

pour lui-même, entouré de lieutenans peut-être plus avides encore, il

commet ou laisse commettre en son nom d^épouvantables exactions , qu^il

cherche à colorer de prétextes tirés du bien pubUc , car , à rentendre , il

n^agit que pour Tannée de Pompée.

Il excite ainsi sur divers points des insurrections que f on n^appaîse que par la force des armes.

Les Yoconces se montrent les plus irrités. Induciomar , Tun d''eux , les anime sans cesse contre Fonteïus. Ils se fortifient dans les montagnes du Diois, et livrent de fréquens combats aux troupes du préteur. Cependant on fait la paix et le calme se ritaMit.

Peu d'^années après, Fonteïus les inquiète encore. Il renouvelle ses exactions; il veut leur enlever leurs biens , les exiler de leur patrie. Us portent plainte au sénat, et Fonteïus est rappelé. Leurs députés, parmi lesquels est Induciomar, poursuivent leur mission ; ils insistent pour la réduction des subsides énormes sous le poids desquels gémissent leurs concitoyens ; ils demandent justice au sénat et au peuple romain avec une noblesse d^ame et un dévouement qui commandent Festîme et Tadmiration à leurs ennemis mêmes. « Nous ne » sommes pas tellement vaincus , disaient- ils , que nous ne puissions , » ô Romainsl exercer long-temps encore votre patience. Ne nous obb'gez » point à une rupture , car si die nous devenait funeste , elle vous serait aussi » pour le moins bieji importune. ^Entrez dans nos intérêts : votre honneujr

i> Texige, et si vous voulez que nous ne jugions pas des Romains par » ce méchant homme, considérez ses crimes et ne les laissez point impunis. » Nous avons cru jusqu^à présent que vous combattiez en héros pour la » gloire et pour Tempire : si vous protégez Fonteïus, nous croirons que )» votre sang est le prix dont votre avarice achète vos conquêtes , et que , )» semblables à des pirates, vous ne vous armez que pour la proie que vous w en retirez. » (1).

Fontéius était soutaiu par la noblesse, défendu par Cicéron, et sans refuser justice aux Allobroges , on ne la leur rendait point.

La conjurajdon de Catilina s^ourdit , et Lentulus , Tun des conjurés , veut An de Rome se servir du juste mécontentement des Allobroges pour les déterminer à la ^^^^^ j\ c. guerre. On met leurs députés dans le secret de la conjuration; ils dissimulent ^* rhorreur qu^elle leur inspire , informent les consuls et préparent le triomphe de la république. Le sénat leur vote des remerdmens , mais il ajourne la satisfaction qu^ils demandent.

A leur retour dans TAllobrogie , les députés rendent compte de leurs démarches, de leurs instances, du servi ve éminent que, pendant leur séjour à Rome, ils ont rendu à la république, et enfin des promesses toujours ajournées qu'ails ont reçues; ib ne dissimulent point que, dans leur pensée, il n^j a rien à en espérer , et que le pays restera chargé des taxes énormes que lui a imposées le préteur.

Ce rapport jette dans le désespoir ces peuples natuareUement irritables. ^ ^* ^o"* Ils prennent la résolution de ne plus payer aucun tribut , et pour la soutenir ^Taot J. c. ib courent aux armes , ayant à leur tète Catugnat et Induciomar. ^•

A la nouvelle de cet armement, Pontinius envoie contre les Allobroges ManUus Lentinus , un de ses lieutenans ; mais il est complètement défait. • L^année suivante, Pontinius reprend Toffensive , et Marins et Galba , qu^il charge de cette expédition , sont également repoussés.

Cette ténacité des Allobroges , et ees défaites successives des troupes romaines , .excitent les craintes et toute la sollicitude de Pontinius. Il lève de nouvelles troupes, rassemble des forces considérables, et vient en personne combattre les insurgés.

(1) Ghorier, tome I»

Avant J. G,

36 CHAPITRE premier;

Ad de Rome Catugnat , de son côté , avait opéré de grands armem^s. La popidaficm presque entière s^était jointe à Itd. Il avait réuni son principal corps d^armée 59. dans un lieu nommé Solonium^ le long de Tlsh^, au-dessus de son embouchure dans le Rhône, et tandis que des corps détachés de Farmée de Pontinius occupent les troupes insurgées qui étaient au midi de Tlsère , Pontinius se pcxrte de la rive droite du Rhône sur la rive gauche , entre chez 'les AUobroges, remonte vers Solonium et emporte tm fort qui lui ouvre les portes de la place. Il s^empare des faubourgs et les réduit en cendres (1).

Catugnat arrive , force un des quartiers de Parmée romaine et entre dans Solonium, Il avait espéré qulndudcHuar pourrait le suivre de près , mais il ne paraissait point. La place manquait de vivres et la -femine y exerçait d^effiroyables ravages , tandis qu'eau dehors les assaillans pressaient vivement la reddition de cette malheureuse ville.

Touché de tant de calamités , Catugnat , pour donner au peuple la lib^té de traiter comme il voudrait , sort seul de Solonium. Les Romains n^écoutent aucune proposition : les habitans scmt livrés à la discrétion d^un implacable ennemi.

Induciomar approche ; mais ses troupes , ap^nrenant ce qui vient de se passer , Tabandonnent et se dispersent tf eUes-mêmes.

Pontinius sollicite les honneurs du triomphe ; on les lui refuse , et il ne

les obtient que sept ans après , encore n'^est-ce pas sans obstacle; car les

tribuns du peuple veulent y les armes à la main , empêdber son triomphe ;

■ ils prétendent qu'ail n^a pas dignement soutenu le nom romain, et qu^un

pays si peu étendu n^aurait pas dû occuper pendant trois ans les troupes

' considérables que commandait le préteur.

(1) Dans la première édition de cet (Hivrage, trop contant peut-être dans les assertions de Chorier, et séduit par la ressemblance des no>aais^ j'ai rapporté ce fait à la ville de SaiUans; mais des recherches plu^ attentives dau3 les ouvrages d'écrivains connus par une scrupuleuse exactitude et par une critique consciencieuse , m'ont convaincu que ce n'est pas dans la vallée de la Drome, mais dans celle de l'Isère^ qu'il faut chercher l'ancien Solonium.

( Histoire de Languedoc; — Histoire de Vienne, par M. Mcrmet , etc. )

Bu reste, les documens et les explications manquent pour déterminer d'une manière bien positive l'emplacement de cette ancienne ville.

TISTOIKE* 37

tCésar succéda à Pontiiihis , avec la qualité de proconsul , et acheta la «conquête des Gaules»

Les contrées qui forment aujourd'hui le département de la Drome fuient d'^abord comprises dans ce qu'on appela simplement la Propince , parce qu'elle se composait des premiers résultats de la ccmquéte« Plus tard , on lui donna le nom de Province Norhormaise^ et enfin ^ lorsque la Gaule , entièrement soumise à la domination romaine , exigea une autrie administrar tion et de nourelles démarcations , on divisa la Narbonnaise en deux. Vienne <levint la méùropole de la province que Fcm nomma ViennoUe ^ et dont les villes principales furent Fréjus, Marseille^ Aix^ Arles, Avignon, Cavaillon , Carpentras^ Orange, Vaispn, Diç, SaMt^-Paul-trois-Chàteaux « Yale^ee et iSrenoble. ^

Plus tard encore, la pi^vince Vi^moîsç fut elle-piéme subdivisée en ^quatre , savoir :

I "* La Viennoise^ qui comprenait Genève , Cularo , Die et toute la rive ^uche du Rhône depuis Genève jusqu'à Marseille ;

T La Seconde Narbonmds^ ^ dont Aix devint la capitale^, et cpntenant Apt, Riez, Fréjus, Antibes, Gap etSisteron;

y Les Alpes Grecques et Permines j dont Tarantaise fut la capitale ;

4* Les Alpes Maritimes^ dont Embrun fut le chef-lieu (1).

Chaque province avait son sénat , ses magistrats et ses pontifes particuliers , imités de ce qui se pratiquait à Rome.

II en était de même de chaque colonie et de chaque district ou cité , qui se gouvernait non-seulement d'après ses lois locales et les coutumes réservées lors de la conquête, mais encore d'après les résolutions du sénat et des magistrats principaux de la province.

Rome ne négligea rien de ce qui pouvait attacher les peuples vaincus à sa destinée : elle polit leurs mœurs et embellit leurs villes } elle y introduisit ses jeux , y éleva des édifices et des monumens , et voulut en quelque sorte faire participer les provinces aux délassemens et à tous les avantages de la métropole.

Les lois romaines devinrent le droit commun , et elles s^identifiéreht si

(1) Histoire d$ Vienne ^ pages 106, 172^ SU et 280.

38 CHAPITRE FBEBnER.

bien avee les mœurs et les usages des peu^es du midi de la Gaule , qu^elIes ne cessèrent de les régir jusqu'^à la promulgation du Code civil y malgré les conquêtes , les établissemens et les coutumes des peuples du Nord. Aujourd'hui encore cette législation exerce sur tous nos actes une constante et salutaire influence , tant est puissant Tempire de cette raison édairée qui dicta le droit civil des maîtres du monde (f).

Les colonies surtout furent un- moyen puissant d'opérer la fusion des deux peuples : ce furent autant d'écoles où les viaincus apprirent les arts , la langue , la religion et les mœurs du vainqueur. Il y en eut à Valence , à Die , à Aouste et à Saint-Paul-trois-Châteaux.

Il y eut aussi des lieux quh , comme Luc , eurent le tUre et les droits de municipe. Cétaient des villes qui , par leurs capitulations , s'étaient rendues volontairement , sous la réserve de leurs franchises , de leurs magistrats et de leurs lois.

Par la suite, on appela municîpes toutes les villes qui eurent un corps de juges et d'administrateurs municipaux composé de décurions et de curions; ce corps étair encore nommé au IV"* siècle ordo mimicipalisy curia. Cest l'origine de nos municipalités.

Il y avait un édifice propre aux séances de ce corps et au dépôt de ses actes : c'est celui qu'on a depuis désigné sous le nom Ae palais.

Les colonies étaient composées ou de citoyens romains dont le sénat voulait décharger les villes d'Italie, ou de vétérans des légions dont il désirait récompenser les services , et quelquefois des uns et des autres.

On partageait lés terres entre lès colons et les anciens habitans, et on assignait à la colonie les réglemens suivant lesquels elle devait se gouverner.

Pour dédommager les anciens habitons du partage des terres , on les fit participer à toutes les prérogatives de la colonie ; ils eurent le titre et les droits de citoyens romains%

(1) En Dauphiné et même dans tout le midi de la France, où le droit romain était observé, les mariages continuent de se contracter sous .le régime dotal. A peine y connatt-on le régime de là communauté ; tandis que dans les départemens formés des pays de coutumes qui constituaient la conamunauté, c'est ce régime qui est préftré-. Il en est ainsi de plusieurs autres dispositions.

L^ colons ne s^âoignaient ordinairement de la mère-patrie quWec beaucoup de regret. Pour adoucir la peine de cette séparation , conserver parmi eux le souvenir de leur origine ^ et introduire dans le pays le culte et les babitodes de la métropole , on faisait construire dans chaque colonie un peu importante un capitole , un amphithéâtre , des t€mples ^ des arènes , des cirques (1). Presque toutes les colonies de ce département furent fondées sous le règne d^Auguste.

Il avait visité par lui-même la Gaule et surtout la Province , et îl avait voulu marquer son passage par des établissemens utiles. H eut le don rare de sY faire craSndre et aimer : on alla jusqu^à lui consacrer des temples et des prêtres. Cependant^ les impôts dont il chargea les peuples, et les recherches vcxatoii^ qu^il ordonna pour établir le cens, irritèrent les esprits et trotiblèrent un moment la paix de ces contrées. '

Cest surtout par ses belles routes que se montrait alors la magnificence -du peuple romain. La voie auréh'enne , qui tendait de Rome aux Pyrénées , en passant par Arles , eut dans la province , après la conquête de Domitius iEndbarbus , un embranchement qui conduisait d^ Arles à 6enève par Valence et Vienne : ouPappelait voie domitienne, çia donutia^ où la grande voie, pia magna. Elle passait à Tarascon , à Avignon \ à Orange , et d'Orange à Uchaux , d'où elle se dirigeait vers le Lez , ad Lectoce , au lieu ou est maintenant Bollène (2). Elle laissait Saint-Paul-trois-Châteaux à droite; mais elle communiquait avec cette ville par deux embranchemens que Ton suivait, Fun en venant du midi, et Tautre en venant ciu nord* Elle passait au-»dessous et ft quelque distance de la Garde-Adhémar , près de Charte- Roussas. EHe traversait la rivière de Berre , au hameau de ce nom , et c'est

(1) Histoire d$ Languedoc, tomel» page Zi9 et suivantes; — Histoire de Provenu, tome I, page 581 et suivantes.

(2) BoUène n'existait point alors. U y avait seulement sur ks rives 4u lei une espèce de relais ou d'at^erge. Vers le IX** siècle, Adhémar de Monteil fonda dans ce Ueu un monastère de Tordre de Saint Benoit; il le dédia à Saint Martin. On bâtit des maisons autour et sous la protection du monastère; le nouveau bourg prit le nom de Burgum bonœ Genelœ, d'oti l'on a fait Boulène ou BoHène, (Voyez le Dictionnaire topographique de la Provence et du Comiat^ au mot Boulène, )

40 CHAPITE«, . PBBMIER.

là qa^on retrouve la station qu'iodiqueul les Itinéraires sous le nom de^ Nçs^m Cramt.

M. Gasparin , ilans iJoa Histoire £ Orange , croit ^ d'après le Dictiomaire de Bidletr qiie novem trwis vient du celte nov jCrau , nouvelle éiabléf mats le nom de nombre fWi^nt iait plutôt présumer que cram est le corron^Mi/ de éapif y et €(ùt t^ette station a été ainsi nonnnée y parce qa^elle est au pîed> d'une montagne qui règne de Donzère jusqu'aux Granges-Gontàrdes , et où son^ n^f 4M)mbes ou creux qui tous vont d^oucher dans la plaine de Moatélîmai:, au Hev appelé Malataveme, au-dçssous de la montagne de Nptre-X)ame*46-^l!iI<Hltchamp• La voie romaine passait dans la combe du. centçe ; elle y est epcqre marquée , et l'on en sujet aiséiqent la trace jusqu'à l'endcqit où, elle rq'oign^it la route ajCtuelle, à peu de distance du Roubioiv

Plus tard, on ouvrit une autre route qui., du Languedoc., veiaiait rg oindre la voie domitienne , peu avant d'arriver à Montélimar ^ en passant au Pont-Saint-Esprit , à Lapalud , Pierrelatte , Donzère et Chàteauneuffdu-Rhône. ,

Ce n'est que depuis l'année 1 757 que les parties dé ces deux anciennes routes cpfnpr^se^ entre Uchaux et Montélimar , par Bollène et le hameau de U Vi^itTfiy ^ enjtre Donz.ère et Montélimar , par Châteauneuf-du^BMne , ont été s^^données pour suivre la direc^on de la route actuelle ; dOles existent mèmc'encore, malgré cet abandon , comme chemins communaux.

Ilfe Montélimar elle se dirigeait sur une station que les Itinéraires nomment Batian^y doi^t on retrouve le nom dans celui de BancCy que conserve un quartier du territoire de Mirmande , peu distant de la route actuelle , et où l'on a découvert i^me colonne miUiaire et des restes de cette ancienne voie militaire. Elle longeait le coteau de Livron au couchant, pom* éviter la plaine de Fiancey et de la Paillasse , qui formait un vaste marais , à cause du débof^dement des eaux , non alors Contenues *par des digues; de la Drome, de la Véore et du Rhône ; elle se dirigeait , par le quartier de Font-Grand , vers Ambonil (l/ÎTe^i^n/n) , dbù elle aBait rejoindre , par le chemin actuel des Pécolets , la route de Valence à Die sur le territoire dTÉtoile , au quartier de Bosse , où a été trouvée la colonne miUiaîre que Ton voit maintenant à la Paillasse ; elle passait à Valence et au Bourg-lès-Valence , à Châteauaeuf , où il existait un pont sur l'Isère , dans les territoires de Beaumont-Montenx^

HISTOIRE. 4 i

de Chanos-Curson et de Mercurol , à Tain , Saint-Vallîer , Bancel , Saint- Rambert , Roussillan , etc.

Il fallait une route plus directe pour aller de Rome à Vienne , et les Romains rouvrirent au milieu des Alpes Ck)ttiennes : elle partait de Milan , passait à Suze , Exilles , Oulx et Briançon.

A Briançon , elle se divisait en deux branches : Tune conduisait à Vienne par le Monestier-de-Briançon , le Lautaret , le Bourg-d^Qisans , Vizille , Grenoble , Moirans, Boumay et Vienne; Tautre branche, qui, de Briançon , tendait à Rame près de Mont-Dauphin , conduisait de là à Embrun , Chorges

et Gap.

A Gap , la route se divisait encore en deux branches : Tune se dirigeait par les Alpes Maritimes , Tallard , la Saulce , Sisteron , etc. ; Tautre passait à Veyne , la Bâtie-Monsaléon , le Col-de-Cabre , Baurières , Luc , Die , Darentiacca ( Saillans ) et Aouste , d^où elle se dirigeait vers Cerehclliacca (Montoison), et se réunissait à la grande voie peu au-dessous de Valence (1):

(1) Les anciens IUnérur$s contiennent sur la distance de Darentiacca à Die 5 et de Darentiacca à Aouste , des différences notables produites originairement, sans doute, par des fautes de i^opkte. Ces différences ont >eté beaucoup d^incertîtude sur le véritable emplacement de cette ancienne station. Un homme habile, un antî€|uaire auêsi Hiodeste que savant, M. Long, médecin à Die, a pensé, et o^esl maintenant le sentiment général, que Saillans est l'ancienne Darentiacca, Je n'hésite point à adopter son opinion, et voici mes motifs : jécca, dans les anciennes théogonies, signifiait wUre^nourrice. Les payens ont eu, conune nous, leur Vierge, leur mère des Dieux, qu'ils invoquaient sous des dénominations diverses , comme nous invoquons Notre*Dame sous des noms différons.

La dénomination à^Jverunci ou à^Jrunei se donnait aux dieux que l'on priait pour ètoe préservé de quelque malheur, et l'on invoquait nnteffcession de leur mire, Àcca Arunci, ou Ârunci Acca, comme nous invoquons l'intercession de la Tierge.

La station romaine entre Dia et Augusta était évidemment Arunci Acca , du nom de la mère des Dieux qui devait y avoir un temple.

On sait que dans les anciennes inscriptions romaines les mots se confondent souvent et sont écrits par abréviation. Darunciacca renferme trois mots dont on n'a fait qu'ua seul nom , la première lettre exprimant seule le mot Diva.

En montant vers les Alpes, on entrait, peu au-^dessns de Saillans, dans des gorges et des défilés dont l'aqïérité allait toujours croissant jusqu'au Mont-Genèvre. C'était une traversée longue, pénible , très-propre à inspirer un sentiment de crainte, et il était assez conforme à l'esprit et à l'usage du temps de ne s'y engager qu'après s'être

Les Romains tracèrent encore une seconde route de Milan à Vienne : elle traversait les Alpes Grecques et la Tarantaise ^ passait par Novare , Verceil , Ivrée et le val d^Aoste , où elle se divisait en deux branches : Tune conduisait à Strasbourg , et Tautre à Vienne par le Pont-de-Beauvoisin , Aoste près de Saint-Genis , Bourgoin , Vienne , et de Vienne à Lyon.

Ce fut dans cette dernière ville qu^Agrippa, pour seconder les vues d^ Auguste , commença la distribution des grands chemins dans toute la Gaule.

rendu les Dieux propices. Une circonstance digne de remarque vient à Tappui de ce sentiment : la principale place de Sailians conserve le nom de Daraise, dérivé corrompu de Dia Arunci Acca , ce qui porte à croire que là se trouvait Toratoire consacré à la déesse* Enfin, une colonne milliaire trouvée sur cette même place, où elle soutient une croix > en face de la maison de M. Eymieu, marque XYI milles de Die, ce qui est exact et conforme à Vltinéraire de Bordeaux d Jérusalem,

Quant à CerebelUacca, les difficultés sont moins grandes pour en déterminer le véritable emplacement, parce que tous les Itinéraires s'accordent à marquer X milles à^Augusta à CerebelUacca , et XII de Cerebelliacca à Valence.

Déterminé par la ressemblance des noms, d'Anville plaçait cette station à Chabeuil; mais ce n'est nija distance indiquée, ni la direction qu'avait la route des Alpes. Un examen plus attentif des lieux, une supputation plus exacte des distances, me porte à croire que Cerebelliacca était placée où est maintenant le village de Mon toison.

Ceres acca belU ou Ceres belli acca ( Gérés mère nourricière des guerriers ) est encore une dénomination tirée de la théogonie payenne; elle s'applique à une divinité qui, pour être, peut-être, plus particulièrement adorée dans le lieu qui portait son nom, n'en était pas moins l'objet d'un culte général.

Les pays de montagnes que traversait la voie romaine par les Alpes Gottiennes offraient très-peu de ressources pour alimenter une armée; il était donc naturel que la première station que l'on trouvait en sortant de ces montagnes, et en débouchant dans les fertiles vallées du Rhâne et de l'Isère, fût consacrée à Gérés, la déesse des moissons, et que le soldat lui rendit grâce de l'abondance dont il allait jouir.

On trouve, page 156 et suivantes du ?■• volume des Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France, une dissertation de M. Fr. Drojat, de Die, dans laquelle il démontre que Cerebelliacca est véritablement Montoison, que le savant auteur de la dissertation écrit Montoison, suivant la prononciation patoise; mais nous différons sur l'étymologie du nom de Cerebelliacca y qu'il explique par cere belli aiga^ cere belli alca ( inonticule-belles-eaux ).

Il y avait sur ces routes des temples et des autels , et c^est ainsi que le nom de Mercure , que Ton adorait sur la voie domitienne , se retrouve dans celui de Mercurol.

Cétaient des lieux de halte pour les armées, parce que les généraux romains , à qui rien Réchappait de ce qui pouvait contenir leurs troupes , marquaient de cette manière leur respeét pour les Dieux : souvent même ils les honoraient dans ces haltes par quelque sacrifice.

Deux sortes de pierres étaient placées de distance en distance, les unes basses , les autres plus hautes : les premières aidaient à remonter à cheval le voyageur qui avait été obligé d'en descendre; les secondes marquaient la distance en miUes d'une ville à Fautre : c^est de là qu'on les nomme colonnes milliaîres.

Auguste , Claude et Antonin-le-Pieux , furent ceux qui en firent élever le plus dans nos provinces. EDes portaient toujours le nom de l'empereur régnant ; et elles présentent encore cet intérêt qu'elles sont presque les seuls monumens de l'antiquité qui donnent des dates précises (1).

Voici , du reste , les lieux et les distances tek que les Itinéraires et quelques colonnes milliaires les indiquent , pour les parties de ces routes qui traversent le département :

(1) Les Romains comptaient par milles, à la différence des Gaulois qui comptaient par lieues. La lieue gauloise valait un mille et demi, et le mille équivalait à 756 toises environ y ou 1)473 mètres. On comptait ordinairement les distances de la ville chef-lieu du peuple sur le territoire duquel on marchait : ainsi , dans le pays des Ségalaunien8> c^était de Valence que les milles étaient marqués; chez les Allobroges, o'était de Vienne, et chez les Voconces, de Die.

Outre les colonnes milliaires de Bance et de la Paillasse» il en a été trouvé à Montélimar; à 3 milles au-dessous de Tain, dans le territoire de Mercurol; à Saint- Vallier et à Baneel. Elles avaient ordinairement 6 à 7 pieds de haut; elles étaient quelquefois carrées, plus souvent rondes. Quand quelqu'une de ces colonnes dépérissait par vétusté , ou venait à se briser par quelque accident , on la remplaçait par une autre : au bas de celle-ci on gravait restituit ou refecit, entier ou abrégé, à la suite d^ noms et qualités du prince à qui le remplacement était dû. Il n*était pas cependant toujours Touvrage des empereurs : ces restitutions étaient quelquefois celui des provinces. ( Voyez les Mémoires de Tabbé Ghalieu. ]r

1^ Route d^ Arles à Vienne.

D^Orange { Cmtas ^rausîone ) k Lectoce (BoUène) ........ XIII .

De Lectoce ( Mutatio ad Lectoce ) au logis de ^ Berre ( Mutatio

Noçem Cram) X,

Du logis de la Berre ( Mutatio Notera Cram ) à Montélimar ( Mansio

Acusio (1) XV.

De Montélimar {Acusio) à Bance {Mutatio Bancianis) XII.

De Bance à Ambonil ( Umbuno ou Umbunum ) XII.

D^Ainbonil à Valence ( Cii^itas Valentia ) VIIII.

De Valence à Tain ( Tegna) XIII.

( C'est-à-dire YI jusqu'au pont sur Tlsère , et VII de ce poot à Taiu. )

De Tain à Figlince (pont de Bancel)

De Fifflinœ (pont de Bancel) à Ursolis (Roussillon)

jyUrsolis (Roussillon) à Vienne (2)

(1) Mansio, gile, station , auberge. C'étaient des lieux oii les voyageurs pouvaient se retirer et passer la nuit : ils y trouvaient, pour eux et leurs chevaux, tout ce qui leur était nécessaire.

Mutatio, un simple relais de poste, un lieu où Ton changeait de chevaux.

(â) Je ne note point les distances particulières de ces dernières stations, parce que, à c6té d'indications exactes et en harmonie entre elles , il existe dans les Itinéraires des différences et des erreurs qu'il est difficile d'expliquer autrement que par des fautes de copiste.

1* D'après V Itinéraire que donne AntooiA, de HiUn à Vienne, par les Alpes Cottiennes, il y aurait :

De Valence à Roussillon 22,000 pas.

Et de RoussiUon à Vienne 26,000

2* D'après l'abbé Chalieu , il y aurait :

De Valence à Tain 13 milles.

Et de Tain à Vienne {Figlinœ et Ursolis, lieux intermédiaires). ... 30

3* La Table de Putinger donne de Valence à Tain 13 milles.

De Tain à Figlinœ 16

Et de FigUna à Vienne 17

Je remarque que c'est précisément ce chiffre 17 ( IIIXX ) que porte la colonne trouvée dans les fondations du pont de Bancel, d'où la conséquence que ce point correspond bien réellement à l'ancienne Figlinœ,

2^ Route de Valence aux Alpes,

Par Die et le Col-de-Cabre ou des Chèvres (Gaura Moos).

De Valence à Montoison {Mutatio Cerebelliacca) XII ,

De Montoison à Aouste (Mansio Augusta) X,

D^Aouste à Saillans {Mutatio Darentiacca) XII.

De Saillans à Die ( Cmtas Dea Vocontiorum ) XVI,

De Die à Luc {Mansio Luco) XII.

De Luc à Baurières , par les Bouligons {Mutatio yologatis). . . IX.

Quelques érudito placent celte station à Ândancette, sur le Rhdne, mais c'est éTidemment une erreur. La Toie domitienne n'a jamais passé par ce village, 1* parce qu'on eût fait faire à la route un détour inutile; 2* parce que les Romains , au lieu de rapprocher leurs grandes routes des fleuves , avaient soin de les en éloigner autant que la disposition des lieux le permettait; Z" parce que la colonne miiiiaire trouvée au pont de Bancel atteste que la voie romaine suivait ^ dans cette localité, la direction de la route actuelle.

U est vrai que le mot latin figUnœ veut dire poteries , et qu'il n'y a pas de terres à poteries au pont de Bancel, tandis qu'il y en a à Andancette, où}'f>n voit des restes d'anciennes fabriques ; mais il est vraisemblable que FigUnœ était le nom générique de ce quartier, et qu'on disait la station des Poteries pour indiquer un lieu placé sur la route en face des poteries, ou les avoisinant.

C'est la seule manière de concilier la mention de FigUnœ que contiennent les lUnéraires^ avec la direction vraisemblable de la route et la position plus reculée d'Andancette.

Le chiffre de la colonne de Tain marque 39 milles de Vienne, tandis que, d'après les Itinéraires, il n'y en aurait, suivant les uns que 30, et suivant les autres que 33 ; mais on doit plus de confiance aux indications des colonnes milliaires qu'à celles des Itinéraires, parce que celles-ci ont pu être altérées, tandis que les autres ne le sont pas. Le chiflfre 39 que porte la colonne trouvée dans les environs de Tain, est d'aiUeurs conforme à la distance réelle c

Il en est de même du chiffre 25 que portait la colonne trouvée plus anciennement dans les environs de Saint-^Yallier. . .

Les Itinéraires s'accordent à marquer 13 milles de Valence à Tain, ou 19,155 mètres : le tracé de la route actuelle n'en donne que 18,062. La différence en moins de 1,093 mètres 8*explique par cette circonstance que l'ancienne voie romaine se détournait au levant, sur les territoires du Bourg-lès-Valence, de Châteauneuf-*dlsère, Beaumont- Monteux et Mercurol.

De Baurières à la Baume-des-Amaud {Mutatio Cambono) • . (1) VIIL De la Baume- des-Amaud à la Bâtie-Monsaléoii ( Mansio MontU

Seleuci ou Morts Seleucus) VIII,

De Morts Seleucus à Veyne {Mutatio Dai^iarto)» VIII .

De Veyne à la Roche-des-Arnaud {Mutatio adfirtes) Xll.

De la Roche-des-Amaud à Gap (Martsio yapirtco) XL

De Gap à Chorges {Martsio Catorigas) XIL

De Chorges à Embrun {Martsio Ebroduno) XVL

D^Embrun à Rame {Mutatio Rame) XVII.

De Rame à Briançon {Mansio Brigantiurrt) (2) XVII.

(1) Val exploré avec soin non-seulement la roule de Luc au Col-de-Cabre , mais encore la vallée de la Drome jusqu^à la Bàtie-des-Fonts, et j*en ai rapporté la conviction que y sous la domination romaine , la route passait , comme elle passe encore aujourd*hui9 par le hameau des BouUgons ou Saint-Cassien et Baurières. Ce n'est que depuis la formation du lac de Luc, en 144^5 jusqu'à son dessèchement commencé en 1788 , qu'on a forcément passé par Lesches : le chemin, de ce cdté, est plus long et plus difficile ; et l()rsque l'écoulement des eaux du lac a permis de reprendre l'ancienne direction parles Bouligons, on l'a reprise , comme la plus naturelle, la plus aisée et la plus courte. J'ai, d'ailleurs, comparé les distances réelles avec ceHes qu'indiquent les Itinéraires j et j'ai trouvé une concordance parfaite.

Il est une autre conviction que j'ai acquise de cette exploration attentive des lieux , c'iest que la route par le Col-de-Cabre n'a jamais dû être praticable pour les voitures : c'était une route purement militaire, accessible seulement aux cavaliers^ aux hommes à pied y et aux bétes de somme pour le transport des bagages.

(2) Ces distances sont celles qu'indique Vltinéraire de Bardeaux d Jérusalem, Celui d'Antonin les compte d'une autre manière ; il donne :

De Briançon à Rame » 18,000 pas.

De Rame à Embrun 17,000

D'Embrun à Chorges. . 16,000

De Chorges à Gap * 12,000

De Gap à Mons Seleucus 2Zî,00a

De Mons Seleucus à Luc 26,000

De Luc à Die 12^000

De Die à Aouste 23,00û

Et d' Aouste à Valence 22,000

HISTOIRB. 47

Ces contrées formait souyent traversées par les légions romaines , et maintes uns le théâtre des combats que se livrèrent les prétendans à Fempire. Les armées passaient de Tltalie dans les Gaules , et des Gaules dans Tltalie ; elles montaient et descendaient sans cesse. Cétait une charge d^autant plus accablante pour les peuples ^ que , dans ces passages continuek , les troupes se conduisaient souvent comme en pays de conquête.

Fabius Valens est celui des généraux romains qui commit le plus de Depuuj. c. (l'exations et se souilla le plus de rapines , lorsqu^il se rendit de Trêves «n Italie pour soutenir le parti de Vitellius contre Othon. Poursuivant lentement sa route , il conduisit son armée sur les conifins des AUobroges et des Voconces , et , par le plus infâme commerce , il en réglait les séjours et les marches sur Targent qu^on lui payait pour s^en délivrer. Il imposait les propriétaires des terres et les magistrats des villes avec une telle dureté , qu'il fut prêt à mettre le feu h Luc dont les habitans ne Tadoucirent qu'avec de Fargent : ceux qui n'en avaient pas Tappaisèrent en lui livrant leurs iemmes et leurs filles. Cest ainsi qu'il marcha jusqu'aux Alpes (1).

C'est sur la route, des Alpes Cottiennes , et sur les confins de ce département 55s. avec celui des Hautes* Alpes ^ que se fivra , le 1 1 du mois d'août 353, dans la plaine de Mons Seleucus , cette bataille fameuse où Tarmée de Magnence fut taillée en pièces par les troupes de Constance , son compétiteur à l'empire (2).

Après sa défaite , Magnence s'enfuit à Lyon , où , poiu* ne pas tomber entre les mains de ses ennemis , il mit fin à ses jours.

£n 407 , un autre Constance ou Constantin , qui , de simple soldat , ^^7. venait , à cause de son nom , d'être élevé à la dignité impériale par les légions de quartier dans la Grande-Bretagne , se retira dans Valence avec son armée , quand Sarus , général de l'empereur Honorius , accom'ut pour arrêter sa marche. Sarus fut obligé de lever le siège , et Constantin , poursuivant ses conquêtes , alla étabhr son gouvernement à Arles (3).

(1) Tacite» liv. I, traduction de J.-J. Rousseau.

(2) M. de la DouceUe, pages 96 à 102.

(3) Une tour antique qui , dans le principe , eut sûrement pour objet de défendre le passage du Rhâne , existait encore à Valence en 1802, au bord même du fleuve. On la nommait la Tour de Constance, Serait-il hors de vraisemblance qu'elle eût retenu ce

Ce n^était alors qne troubles et confasion ; tous les ambitieux se dispataienC Fempire , et pendant qu^HoncNrius faisait c^nar Constantin dans Arles , où ai. il fut pris , un Gauloîs , nommé Jovin , se faisait couronner empareur à Mayence, en 411. Il s^avança des bords du Rhin t^s ceux du Rhône, à la tète d'une nombreuse armée de Barbares. Ataulfe ou Adolphe , qui régnait en Languedoc et jusques au^elà des Pyrénées, lui oflfrit son alliance. Jovin fit une réponse obscure et ambiguë, et associa Sébastien, son firère, à Fempire. Adolphe , irrité , se déclara Tamemi de Jovin , et promit à Honorius de lui envoyer à Ravenne, oh il tenait sa cour, la tète des deux frères. Il marcha contre eux , et Valence , où ils s^étaient retirés , Alt obUgée de se rendre'. Jovin et Sébastien , sans amis et sans mérite p^sonnel , virent déserter aussitôt tous leurs auxiliaires. Adolphe laissa commettre à ses soldats tous les genres de désordres et de cruautés , et cette malheureuse ville , alors une des plus belles de la Gaule , expia par une ruine affreuse sa courte résistance (1).

nom de réyénement et du prince dont il s'agit ? Inquiété tout à la Ibis par les Barbares qui désolaient ees provinces el par les troupes d'Honorius > ne p6ut-*oo pas présumer que Constantin ait cherché à se mettre à Tabri d'un coup de main du côté du Rhône, en y élevant celte tour. Elle était si massive et si solidement construite , que lorsque , dans ses débordemens de 1802, le fleuve emporta les digues et les terres qui se trouvaient sur toute la rive gauche , au point de menacer le Bourg et la Basse-Ville j il laissa debout cette tour, qui se trouva ^insi au milieu des eaux. On la démolit lors de rétablissement du quai , mais on ne put en détruire les fbndemens : on en remarque encore la place au bouillonnement produit par la résistance qu'ib opposent aux vagues, vis*i-*vii du jardin de Thôpital général.

(1) Histoire de la décadence et de (a chute de l^Emphre romain , traduite de Tanglais , de Gibbon, édilion de 178d, tome VII, ehap. XXI, page A19.

Page 1