‹ Statistique générale méthodique et complète de la FranceChapitre 27 sur 27 · CHAP. III. CONSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. III. CONSTITUTION ECCLÉSIASTIQUE

thériens; il y en a moins dans le Haut-Rhin, dans le Doubs et dans la Haute-Saône , et un petit nombre seulement se trouve disséminé dans les autres départements voisins de l’Alsace. Les anabaptistes, dont quelques centaines sont établis le long des Vosges , sont compris dans le total : ils se recommandent par la simplicité et la pureté de leurs mœurs autant que par une piété exemplaire. Enfin le foyer de la population israélite est à Metz, à Strasbourg et à Paris; ils sont d’ailleurs disséminés dans les départements de l’Alsace et de la Lorraine,’ où ils se livrent, surtout dans les campagnes, à tous les genres de trafic. Nous ne dirons rien des bohémiens, dans la mystérieuse existence desquels on aperçoit à peine quelques traces de religion, et dont les derniers débris disparaissent d’ailleurs de jour en jour.

Chacun des trois cultes chrétiens, ainsi que le culte israélite, a sa législation particulière et une organisation qui lui est propre. Nous devons donc nous en occuper successivement.

§ 2. Culte catholique romain. Aussi ancienne que la monarchie et appuyée sur des traditions glorieuses , l’Église catholique en France mérite tout notre respect, malgré les écarts du fanatisme et de l’esprit de domination qu’on a pu souvent lui reprocher à juste titre. De tous temps , elle s’est fait remarquer , sinon par la vertu cardinale de quiconque aspire à servir d’interprète à notre religion de charité, une pieuse humilité, du moins parles hautes lumières de ses ministres, par la science de ses docteurs et par l’autorité avec laquelle ils parlaient en toute occasion. Sans jamais ces-

ser d’ètre fidèle au caractère d’universalité qui est de l’essence du catholicisme et lui a donné sort nom, elle a su, plus que toute autre fraction de ce grand tout, rester indépendante et nationale. Les libertés de l’Église gallicane ne datent pas seulement de la déclaration du clergé de France, en 1682, et de Bossuet, son plus éloquent défenseur, elles avaient déjà pour organe saint Bernard; quelques-uns même les font remonter jusqu’à Ifincmar. Voici ce qu’écrivait entre autres l’illustre abbé de Clairvaux au pape Eugène III : « Vous êtes, non pas le seigneur des évêques, mais l’un d’eux. On ferait un monstre du corps humain si l’on attachait immédiatement tous les membres à la tète. » Ces libertés ont eu longtemps pour protecteur Louis XIV, jaloux de ne partager avec personne sa puissance, mais d'ailleurs (on ne le conteste pas) bon catholique. Encore après sa mort, elles ont été invoquées et soutenues par les appelants, ainsi nommés parce qu’ils appelaient de la décision du pape, dont ils niaient l’infaillibilité, à un futur concile œcuménique; et elles ont reçu une nouvelle consécration par divers décrets de nos deux premières assemblées nationales. Mais l’Église ayant essayé de résister au torrent de la révolution , celui-ci finit par l’engloutir. Sous les trois derniers règnes, le clergé, cédant malgré lui à l’entraînement du jésuitisme corrupteur de la morale, s’était mêlé à toutes les intrigues du monde et avait, sauf les exceptions partielles, mérité de perdre l’estime des fidèles par un relâchement de mœurs fécond ch scandales privés ou publics. Au service des autels, il avait préféré ce-

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lui do Irônc et de Mammon ; il peuplait les antichambres et les boudoirs, et à l’étude austère des textes de l’Évangile avait succédé pour lui celle de l’art de plaire, l’ambitiod du bel esprit et le talent des madrigaux. Une telle vie avait mal préparé le clergé à la lutto qui allait s’ouvrir ; elle l’avait privé d’avance de l’ascendant qu’il lui appartenait d’exercer sur elle. Il ne sut protester que par sa fuite , et cette hostilité du clergé contre l’esprit public qui , pour régénérer la France, ne recula pas devant les moyens les plus violents et finit par ne plus rien respecter , entraîna la chute de l’Église ellemême. Mais son absence en fit sentif plus vivement le besoin; car le sentiment religieux, momentanément étouffé, ne tarde pas à se faire jour il travers les passions diverses qui l’ont condamné au silence ; il est ce qu'il y a de meilleur en nous : y renoncer c’est abdiquer notre dignité d’homme. Or, du sentiment religieux au culte public il n’y a qu’un pas. Peut-être une grande rénovation aurait dû alors aller au-devant des besoins futurs, mais le travail des esprits n’en avait point encore arrêté les bases; sous le rapport religieux rien n’était mûr; on avait peu réfléchi aux questions d’intérêt spirituel , car les intérêts temporels d’abord et ensuite les théories politiques ou sociales avaient absorbé tout le travail des intelligences. A défaut donc d’une institution nouvelle, capable, en exaltant les âmes, de réunir en un faisceau toutes les volontés, on retourna à celle qui , avant de se briser partiellement, avait soutenu l’épreuve de tant de siècles. Plein d’attachement pour elle , ennemi du schisme qui affaiblit

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toujours et souvent sans utilité réelle, d’ailleurs persuadé que sans soumission envers Dieu il était impossible qu’un peuple eût de la soumission pour une autorité terrestre quelconque, Napoléon, alors premier consul, rouvrit les temples, releva les autels et proclama de nouveau le catholicisme la religion de la majorité des Français. Les sympathies populaires vinrent prouver que cette entreprise si courageuse était aussi le fruit d’une prévision pleine de sagesse.

Mais en rentrant dans la grande communauté des fidèles dont le pape est le chef, la France ne le fit point sans conditions. Le concordat que Bonaparte signa avec la cour de Rome, le 15 juillet 1801, remit en vigueur les anciennes immunités de l’Église nationale française, réserva tous les droits de l’autorité souveraine séculière , et mit des barrières aux empiétements du pouvoir clérical. Il devint loi de l’État le 18 germinal an X (8 avril 1802), et porte ce caractère encore aujourd’hui, quoique Louis XVIII conclût avec le pape, le 16 juillet 1817, un nouveau concordat par lequel on eût voulu échapper aux conséquences de la loi organique de 1802, dont la cour de Rome ne s’est jamais montrée satisfaite. Le concordat par lequel François I er avait sacrifié à Léon X, en 1516 , les libertés de l'Église gallicane, était déclaré rétabli , et celui de 1801 , ainsi que les articles organiques , abrogé en ce qu’ils ont de contraire à la doctrine et aux lois de l'Église; les sièges épiscopaux et métropolitains furent augmentés de 42 (art. 4, « Tous les anciens sièges sont rétablis »); le gouvernement s’engageait à assurer à tous ces sièges,

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