CHAPITRE IV. — LES EAUX. — CÔTES MARITIMES
» L*effet de ce courant est de transporter vers le N. tous les sédiments vaseux très-fins amenés par la Garonne et la Dordogne, et qui peuvent rester longtemps en suspension, et de les laisser déposer soit sur le fond de la mer, soit dans les nombreuses anses et entre les îles des côtes de la Charente-Infçrieure. Les sables, an contraire, plus grossiers et plus pesants, sont accumulés soit sur les barres, soit en dehors, et alimentent la formation des dunes de la côte.
» En examinant attentivement, dit Monnier (*), la série des changements extraordinaires qu'a éprouvés l'entrée du bassin d'Arcachon après des intervalles de temps plus ou moins longs, je me suis trouvé tout naturellement amené à penser que les grandes lames du fond du golfe devaient agiter les sables à des profondeurs considérables et les porter jusqu'au rivage, où elles leur impriment, en brisant, une tendance continuelle à voyager au S. Ce phénomène n'est point particulier aux plages voisines de l'entrée du bassin ; il subsiste depuis la Gironde jusqu'à Bajonne, et me paraît devoir s'expliquer ainsi qu'il suit : les lames du fond du golfe, venant du N.-O., arrivent au rivage dans ime direction qui lui est oblique et qui se décompose, par suite du choc, en deux forces agissant l'une perpendiculairement et l'autre parallèlement à la côte : la première fournit au rivage les sables qui ont reçu des pêcheurs la dénomination de rapport de mer; et la seconde est celle qui leur imprime un mouvement progressif vers le S.
» Malgré le peu de solidité et de stabilité apparente de la côte au S. de la Gironde, nous pensons qu'à part l'accroissement des dunes, elle n*a pas subi, pendant les temps historiques, d'aussi grands changements qu'on est généralement porté à le croire. Pour s'en convaincre, il faut remarquer, dit M. Élie de Beaumont (*), combien la ligne de la côte bordée par les dunes est peu ondulée ; elle s'étend entre deux points fixes. A l'extrémité septentrionale, près la pointe de Grave, se trouve la tour de Cordouan, bâtie sur des rochers et en face les falaises de Royan. A Textrémité méridionale se trouvent les falaises de Biarritz, dont le front n'éprouve lui-même que peu de déplacements. La plage, que bordent les dunes entre ces deux points invariables, étant sensiblement rectiligne et se trouvant à peu près sur la ligne d'intersection du plan prolongé de la surface des landes avec la surface de la mer, il est clair que ce doit être à peu près là sa disposition originaire.
» EUe ne pourrait avoir eu une disposition notablement diflFerente que dans le cas où il serait survenu des changements récents dans les niveaux relatifs de la terre et de la mer, ce que rien n'indique d'une manière générale sur cette côte. Il paraît, à la vérité, que dans la partie septentrionale, où elle se recourbe vers la Pointe-de-Grave, la ligne de la plage a recidé, et qu'elle est maintenant plus éloignée des rochers de la tour de Cordouan qu'elle ne l'était il y a quelques siècles. La zone des dunes est plus étroite dans cette partie, et les ruines du vieux Soulac,
(f) Rapport sur le bassin d'Arcachon {Annales mariUmeSf 1837). fl Leçons de Géologie pratique , tome 1»% p. 2iO.
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découvertes à 800 m. seulement de la plage actuelle, pourraient foire croire que cette dernière était autrefois plus éloignée; mais ces observations ne s^appliquent pas à la totalité de la côte des landes. Les dunes qui les bordent sont donc à peu près dans la position où le phénomène a dû commencer. » ^
Des travaux de défense exécutés à la Pointe-de-Grave et & l'embouchure de la Gironde. — Sur la carte de Belleyme, une petite anse en face la dune de Saint-Nicolas et le village des Huttes indique qu^à répoque reculée où a été dressée cette carte, la mer tendait déjà a corroder dans cette plage sablonneuse et mobile. Ses progrès ont été si rapides, qu^on dut craindre pour la sûreté d^une grande partie du Bas-Médoc, et qu^à la suite des réclamations pressantes du Conseil d^arrondissement de Lesparre, des études furent commencées en 1835 par les ingénieurs, et ime loi spéciale du 9 août 1839 allouait un crédit de 2,500,000 fr. pour Pexécution de travaux de défense.
Notre cadre ne nous permet pas d^exposer ici les divers projets et les opinions émises par les différents ingénieurs qui se sont occupés de cette immense entreprise et qui prévoyaient, pour le port de Bordeaux, les uns des résultats heureux, les autres des conséquences désastreuses dans le percement naturel de Tisthme de Grave; nos lecteurs trouveront à ce sujet un chapitre fort intéressant dans Tétude de M. W. Manès sur le port de Bordeaux. (Actes de r Académie de Bordeaux, 1867, p. Hl.)
Nous nous bornerons à résumer les travaux exécutés diaprés le Mémoire de Pinspêcteur général Payen, inséré dans le Mémorial des Travaux hydraidiques de la marine pour Tannée 1862.
Ces travaux comprirent trois périodes distinctes :
Travaux exécutés de iSiS à 48SS. — Us consistèrent pour la Pointe de Grave:
1^ En une jetée de 150 m. de longueur, partant de Pangle 0. du fort de Grave et se dirigeant sur le fort de Royan, arasée à 7 m. 50 c. eu contre-haut des plus basses mers.
Pendant qu'on faisait cet ouvrage (1843 à 1845), il se produisit sur la rive gauche de la Gironde des érosions qui détruisirent le fort de Grave et donnèrent naissance à l'anse du fort que l'on chercha à défendre d'abord par un fort éperon en enrochements, puis par un revêtement de rive, puis enfin par ime digue de 106 m. de long.
2° En une série de quatorze épis d'ensablement perpendiculaires k la côte embrassant ime étendue de 1,900 m. prenant leur origine à la laisse des hautes mers et s'arrêtant à celle des basses mers. Ces épis en moellons smillés résistèrent assez bien, a l'exception des musoirs qui furent bientôt attaqués, et des plateformes qui furent affouillées.
Pour l'anse des Huttes, les travaux consistèrent en treize épis s'étendant du nord au sud. Dix épis, portant les n°« 4 à 13, furent construits de 1841 à 1845. Dans l'hiver de 1844 à 1845, la côte fortement corrodée en face des épis 4 et 6, on garnit alors le pied de la dune d'un revêtement en fascines qui ne tint pas, et la mer s'avança de 25 m. dans les terres. On construisit alors (1846 et 1847) les épis n»» 1 à 3, et l'on remplaça