CHAPITRE II. — DBS MérÉORES. — AURORES BOREALES
« Le dimanche soir 4 février, s^est montrée à Bordeaux la plus splendide aurore boréale qui ait peut-être jamais illuminé nos latitudes. Elle dépassait de beaucoup, pour l'éclat et la variété des phénomènes, les belles aurores du mois d'août 1859 ^t du mois d'octobre 1870.
» Dès 6 h. du soir, le ciel était empourpré sur une grande étendue ; mais c'est entre 7 h. 30 et 9 h. que le phénomène s'est montré dans toute sa msignificence.
» De la constellation du Bouvier, située au N.-E. de l'horizon, partaient deux immenses secteurs rouges séparés par un faisceau blanc verdntre et s'étendant à peu près sur la totalité du ciel. La lueur laiteuse de cette région blanche était aussi intense que celle de l'aube, et malgré l'absence de lune, les navires sur la rivière étaient aussi nettement visibles qu'une demi-heure avant le lever du soleil. Le plus étendu des deux secteurs rouges, fondu par dégradation insensible dans les teintes argentées qui l'entouraient, s'élevait vers les constellations du Lion et des Gémeaux, et s'épanouissait ensuite en une immense nappe lumineuse sur Orion et sur le Taureau. Ce point du ciel surtout était remarquable par la succession des phénomènes optiques dont il était le théâtre.
» Vers 7 h. 35 (heure de Bordeaux), un rayon d'un blanc argenté se formait rapidement sur le fond rouge du ciel et s'étendait graduellement sur une longueur de 15^ environ depuis a d'Orion vers 3 du Grand- Chien.
» Ce rayon ressemblait absolument à une belle queue de comète qui aurait eu 2 d'Orion pour noyau, qui se serait étalée sur une largeur de 1 ou 2P parallèlement à la diagonale yx d'Orion.
» Au bout de 3 ou 4 minutes, ce rayon se fondait insensiblement, et quelques instants plus tard il était remplacé par trois autres rayons lumineux paraissant émerger d'un point situé un peu au N.-E. de a d'Orion.
» A 8 h. 30, le spectacle était dans toute sa beauté. De Ç du Taureau, divergeaient 15 ou 20 rayons d'un blanc verdàtre, s'étalant en éventail vers le S., couvrant presque entièrement toute la constellation d'Orion, s^'étendant, d'un côté jusqu'au Petit-Chien, de l'autre jusqu'à la Baleine. Par instant, la teinte rouge disparaissait graduellement sur toute la longueur des rayons ; le ciel devenait rose, puis d'un blanc argenté, et sur ce nouveau fond persistaient les traces des rayons que nous venons de décrire. Ensuite la teinte rouge reparaissait avec une intensité nouvelle.
» Une brume légère s'est répandue vers 9 h. sur le ciel et a caché en grande partie la beauté du phénomène. Les teintes rouges ont cependant persisté jusqu'après 11 h. du soir. Le service télégraphique a été loDg'uement interrompu sur toutes les grandes lignes.
» A partir de 1 h. 30, les notes des employés accusaient sur la ligne de Paris l'inexpérience de leurs correspondants. On renonçait à recevoir ou à transmettre des dépêches.
» A 3 h., des courants continus avaient envahi tous les fils dirigés du N. au S., et à 10 h. du soir le service n'avait pas encore pu être
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repris. Les courants, alternativement positifs et négatifs, étaient assez intenses pour faire constammeiit tinter les sonnettes d'appel. Il aurait ét3 curieux de pouvoir comparer les variations d'intensité de cette sonnerie continue aux variations des phénomènes lumineux.
» Si, comme je n'en doute pas, cette aurore a été observée sur d'autres points, et si quelques personnes connaissant le ciel ont bien remarqué les traces des rayons lumineux au milieu des constellations, il sera peut-être possible de déterminer plus exactement qu'on ne le sait aujourd'hui la h^teur des régions atmosphériques oîi se produit le phénomène.
» Cela serait possible si l'on avait remarqué ailleurs le rayon unique très-intense qui partait, à 7 h. 35, de a Orion et s'étendait parallèlement à la diagonale opposée d'Orion. »
Les autres phénomènes ou météores, observés de loin en loin dans le département, se réduisent à quelques parliélies, à un grand nombre de parasélènes, et k un globe de feu d'un rouge très-intense, en apparence de la grosseur de la lune, observé du château de Vivens le 21 juin 1775, à 3 h. du soir, dans la partie de l'Ë., qui était alors très-sombre.