S II. — ÉTAT SANITAIRE DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE
Rappelons sommairement la topographie du département, pour voir s'il n*existe pas des maladies endémiques en certaines localités.
Le département de la Gironde est partagé par le fleuve, qui le traverse en deux parties presque égales.
L'une est au N.-E., bornée par la rive droite de la Garonne et de la Gironde; l'autre est au S.-O. et confronte à la rive gauche de ces deux grands cours d'eau.
Ces deux grandes régions ne sont pas seulement séparées par cette limite naturelle; elles difl^èrent, en outre, par la disposition de leur surface, leur nature géologique, leur population, l'état physique et moral de leurs habitants.
Bordeaux appartient à la rive gauche ; il pourrait former une division à part, à cause de sa position centrale, de sa population et des conditions spéciales de sa localité.
La rive droite renferme les arrondissements de Blaye, Liboume, la Réole; les cantons de Saint-André-de-Cubzac, Carbon-Blanc, Créon et Cadillac.
La rive gauche est formée des arrondissements de Bazas et de Lesparre et des cantons de Castelnau, Blanquefort, Pessac, la Brède, la Teste, Audenge, Belin et Podensac.
La première de ces régions, dont nous avons indiqué la topographie (pages 4 et 43), présente un sol généralement assez fertile. Les maisons y sont presque toutes construites en pierre, régulièrement disposées, bien aérées et tenues avec propreté.
Les habitants sont d'une constitution robuste, d'un tempérament sanguin, d'une stature assez élevée, actifs; ils se nourrissent assez convenablement.
Les maladies dont ils sont atteints offrent souvent le caractère inflammatoire. Ce sont des pneumonies, des pleurésies, des angines, des rhumatismes ; par exception, les 'maladies prennent un cachet typhoïde qui témoigne d'une altération du sang. Les fièvres intermittentes y sont également rares.
Dans la partie N.-E., sur cette même rive, c'est-k-dire dans l'arrondissement de Blaye, se trouvent des marais, quelques landes, des bois de pin, des vallons et des collines.
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Lymphatiques, amaigris et insouciants dans les contrées marécageuses, les habitants sont sanguins, vigoureux et actifs sur les coteaux. Dans les marais, on observe fréquemment des fièvres intermittentes, des fièvres continues rémittentes; les maladies sa compliquent souvent d^un état typhoïde; elles sont généralement accompagnées d^une adyuamie plus ou moins prononcée.
La partie du département située sur la rive gauche de la Garonne et de
la Gironde forme un plateau triangiUaire, occupé au N. par le Médoc, à
TE. par Bordeaux, à PO. par les dunes de TOcéan, au S. par le Bazadais.
Dans rintervalle de ce triangle se déroulent d^mmenses terrains, la plupart
incultes, couverts çà et là d^étangs, de lagunes et de marais. Le Médoc a
été longtemps insalubre ; c^était un foyer d^émanations marécageuses : les
fièvres intermittentes y régnaient chaque année. Cette insalubrité ne
surprendra point quand on saura qu^il était en grande partie composé de
terres incultes et entouré d^eaux stagnantes ; c'est même cette situation
qui lui a valu son nom (in medio aquœ). On a dans ces dernières années
exécuté des travaux considérables d'assainissement, creusé des canaux
d'écoulement, établi de fortes chaussées pour arrêter les progrès toujours
menaçants des inondations, et dès lors les mamis ont été conquis à
ragriculture.
Tous ces terrains, qui jadis n'étaient qu'un limon fangeux, sont aujourd'hui d'une remarquable fertilité. Aussi les maladies à forme intermittente qui y étaient endémiques sont devenues beaucoup plus rares.
A mesure que l'on quitte les landes et la partie basse du Médoc pour He rapprocher des bords de la Garonne et de Bordeaux, le pays change de physionomie. Il est très-cultivé et se couvre principalement de magnifiques vignobles ; le sol est graveleux ; la même nature de terrain se retrouve dans les campagnes qui environnent Bordeaux. Dans cette zone la population se fait remarquer par une bonne constitution physique ; les maladies y sont rares, celles surtout dans lesquelles prédomine l'altération «lu sang; elles présentent plutôt un caractère inflammatoire.
Vers le S., cette circonscription comprend l'arrondissement de Bazas, qui est divisé en deux parties par le Ciron.
Sur la rive gauche de cette petite rivière sont situés les cantons de Captieux, de Villandraut, de Saint-Symphorien, avec leurs forêts de pins L*t leurs landes, avec leurs habitants anémiques; sur la rive droite, le territoire est entrecoupé de vallons, de plaines et de coteaux cultivés, et •ontraste, par sa fertilité et la riante variété de ses produits, avec la tristesse et la stérilité des landes de la rive opposée. La même différence ie rencontre dans les mœurs et la nourriture des paysans.
Les Landes. — A l'O. de ces diverses régions existe une vaste tendue de terrains couverts ça et là de bruyères et d'ajoncs ; ils occupent [ans la Gironde une surface de 125,227 hectares et s'étendent jusqu'aux unes de l'Océan. Ces immenses plaines, en quelque sorte déshéritées de I, nature, que l'on appelle les Grandes Landes^ comprennent la majeure »rtie de l'arrondissement de Bazas, les cantons de Belin, de la Teste, 'Audenge et de Castelnau, dans l'arrondissement de Bordeaux; les
communes de Hourtin et de Carcans dans Parrondissement de Lesparre. Elles sont les foyers habituels de la pellagre.
Les landes, dont nous avons donné la description page 3, forment un vaste et aride plateau qui se termine par une pente insensible au pied des dunes, sur les bords de l'Océan.
Les habitants des landes sont en général de petite taille, maigres, décolorés, lents dans leurs déterminations et leurs mouvements; ils sont ou agriculteurs, ou résiniers, ou bergers, ou marins; ils sont mal vêtus et mal logés; leurs maisons sont obscures, humides, sans carrelage, sans plafond ni fenêtres; Pair et la lumière n'y pénètrent qu'incomplètement; elles sont recouvertes de chaume ; une seule chambre suffit souvent pour toute une famille. Cette population se nourrit habituellement de pain de seigle, de bouillie faite avec de la farine de millet (panicum miliaceum), de millade (panicum italicum), ou de maïs (zea maïs), de lard rance, de porc, de sardines salées, de harengs saurs; elle ne mange de la viande et ne boit du vin que par exception.
Les landes ne possèdent aucune source; aussi, l'eau qui sert à l'usage des hommes et des animaux est-elle impure; elle a été placée par M. Fauré {Mémoire sur les Baux de la Gironde) dans la classe des eaux âliotiques albumineuses ; elle a une couleur jaunâtre, une odeur et une saveur qui rappellent le marécage ; glaciale en hiver, elle est tiède en été ; elle provient d'une nappe souterraine située sous l'alios. L'eau des pluies automnales séjourne d'abord à la surface du sol, imbibant la couche sablonneuse perméable; elle s'altère en dissolvant le 9 débris végétaux et animaux, puis elle s'infiltre lentement à travers quelques fissures de l'alios et séjourne au-dessous de lui en conservant les matières organiques dont elle s'est primitivement imprégnée.
En parcourant les landes, on trouve, disséminés, une quantité considérable de trous creusés par les bergers à un mètre de profondeur environ dans le sol. Ces trous contiennent une eau croupissante, infecte, souvent utilisée pour la boisson des hommes et des animaux; les Landais coupent quelquefois cette eau avec un mauvais vinaigre.
Ainsi, dans ces contrées landaises, qui n*ofnt pas été assainies, tout est défectueux : la terre, l'air et l'eau ; tout y est misérable et rabougri : les végétaux croissent avec peine, les animaux domestiques sont d'une petite taille, l'homme lui-même est détérioré par l'infécondité du sol, et le.^ populations languissantes offrent le cachet d'une débilité profonde.
La Pellagre. — C'est dans ces contrées que la pellagre est endémique. Il nous paraît nécessaire d'en indiquer les principaux caractères.
La pellagre est une maladie qui se dénote par trois ordres de symptômes : 1^ un érythème synameux borné aux parties les plus exposées à l'action de la chaleur et de la lumière ; 2^ une phlegmasie chronique dos voies digestives, dont l'indice le plus certain est une diarrhée opiniâtre; 3® une lésion plus ou moins grave du système nerveux, aboutissant parfois à l'aliénation mentale et a la paralysie.
Les accidents cutanés de la pellagre sont de tous les plus fréquents ; ils consistent en un érythème, c'est-à-dire une rougeur vive, d'étendue
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variable, accompagnée de démangeaisons et de clmlours, qui a pour siège le dos des mains et des pieds, parfois les côtés du cou, les ailes du nez, les pommettes, le sternum, en un mot les parties exposées aux rayons solaires.
Cet érjthème débute au printemps pendant les mois de mars et d'avril,
décroît h la fin de Tété, disparaît en automne, pour reparaître au
printemps. L'année suivante, et toujours au printemps, Taffection cutanée
se reproduit sur les mêmes points ; elle revêt des caractères plus tranchés,
répiderme se. durcit, prend un aspect rugueux, une teinte d'un gris sale,
brunâtre, et se détache par exfoliation. Les troubles digestifs se montrent
fréquemment dans le cours de la pellagre. Dès le début, ils se présentent
sous les formes d'une gastralgie ou d'un embarras gastrique ; pendant
quelque temps il y a, alternativement, constipation et diarrhée ; plus tard
la diarrhée domine, elle devient persistante et rebelle, elle empêche toute
nutrition, et dès lors, contribue à Taffaiblissement de l'organisme. Les
phénomènes encéphalo-rachidiens se traduisent par une altération de la
sensibilité, de la myotilité et de l'intelligence; les malades donnent
souvent le triste spectacle d'une aliénation mentale qui suit tous les
degrés, depuis la simple hébétude jusqu'à la manie et la monomanie, et
qui conduit parfois au suicide.
La pellagre est souvent héréditaire; elle est surtout fréquente de trente à cinquante ans, s'observe plus souvent chez l'homme que chez la femme; conunune chez les agriculteurs et les bergers, moins fréquente chez les résiniers et les bûcherons, elle est très-rare chez les marins. Elle a été tour à tour considérée comme produite par l'action directe des rayons solaires, par l'alimentation, par le maïs et le maïs altéré. Il est une circonstance que l'on retrouve presque constamment dans les contrées à pellagre, c'est la misère avec son cortège de peines physiques et morales. Il est évident que la pellagre appartient presque exclusivement aux localités pauvres, incultes et sablonneuses, qu'elle se rencontre surtout chez les individus misérables qui vivent dans des conditions hygiéniques fTicheuses. Aussi, l'application des règles de l'hygiène domine le traitement (le la pellagre : assainir les landes, encourager l'agriculture, faire des routes, donner une eau de bonne qualité, rendre meilleures les conditions d'existence, telles doivent être les premières indications à remplir. Le mode de construction des habitations rurales, leur bon entretien, la nature des vêtements, les qualités des aliments et des boissons doivent être l'objet d'une sollicitude spéciale, une bonne nourriture sera recommandée ; elle a suffi quelquefois pour arrêter les progrès du mal et même pour en triompher. Les toniques, les astringents, les antispasmodiques, ies excitants du système musculaire sont habituellement conseillés; les bains sulfureux ont une utilité réelle; ils modifient l'afiiection cutanée, donnent du ton à l'organisme ; ils ont une action puissante sur le système nerveux, ils exercent une impression favorable sur les organes digestifs ; ilsi sont donc d'un avantage incontestable. (Ces détails sont empruntés au. Mémoire de M. Henri Gintrac ; De la Pellagre dans le département de la G^ironde.)
S III. — LES ÉGOUTS ET Lk VICINALITÉ DE BORDEAUX.
Uétat des égouts et de la vicinalité a dans toutes les villes, dans les grandes cités surtout, une influence telle sur la santé et Thygiëne publique que nous croyons devoir en parler ici.
Égouts. — Les eaux pluviales et ménagères sont réunies dans des égouts souterrains établis sous un certain nombre de rues et déversées dans la Garonne. Le plus grand nombre de ces égouts est de construction fort ancienne et présente des sections insuffisantes; tous ceux que 2^on construit depuis plusieurs années ont une section qui permet aux égoutiers d'y pénétrer pour les nettoyer.
Jusqu'en 1867, la ville était traversée de PO. à TE. par les deux ruisseaux le Peugue et la Devèze, qui coulaient entre les maisons et qui constituaient deux véritables dépotoirs aussi infects qu'insalubres. On les fit disparaître en jetant les eaux des deux ruisseaui^ et d'un troisième cours d'eau, le ruisseau de Caudéran, dans un grand égout collecteur que la Ville fit construire à cette époque entre la place Rohan et la rivière, sous une rue ouverte k cet effet, et qui est devenue le cours d' Alsace-et-Lorraine .
La longueur de ce collecteur est de 1,006 m. TfO; sa section est formée d'une voûte en anse de panier de 4 m. 50 d'ouverture et de 1 m. 80 de flèche, surmontant deux piédroits de 1 m. 30 de hauteur, élargis par deux banquettes de 0 m. 52; le tout est en maçonnerie de moellons et ciment.
Sur ce collecteur, on a g^reffe deux embranchements : celui du Peugue et celui de la Devèze.
L'embranchement du Peugue n'a que 30 m. de longueur. Il est formé d'une voûte en plein cintre de 3 m. 60 de diamètre, reposant sur deux piédroits de 1 m. 20 de hauteur. L'embranchement de la Devèze a 524 m. 15 de longueur; sa section est une voûte en plein cintre de 2 m. 65 de diamètre reposant sur deux piédroits de 65 centimètres de hauteur.
La longueur de l'égout de Caudéran est de 895 m. 50. Une partie a 1 m. 30 d'ouverture, et l'autre 1 m.; la hauteur sous clef est de 1 m. 80. L'ouvrage est en béton de ciment.
Le collecteur, ses embranchements principaux et 1,800 m. d'embranchements secondaires ont coûté en totalité 982,706 fr. 01 cent.
Les travaux du collecteur ont contribué à faire disparaître plusieurs rues étroites et insalubres, a assainir et embellir un quartier important de notre cité, l'un des plus anciens.
Bien que les tranchées nécessaires a la construction de ces égouts eussent été ouvertes à quelques pas des maisons, la circulation n'a pa.s été interrompue et il n'y a pas eu un seul accident à déplorer pendant la durée de ces travaux (1867 et 1868), qui ont été dirigés par MM. Laucelin et Wollf, ingénieurs des ponts et chaussées.
La longueur totale des égouts de Bordeaux e.st aujourd'hui de 50,000 m. ; elle est loin d'être suffisante, et chaque année on augmente un peu le réseau de la canalisation souterraine en exécutant quelques-uns des nombreux projets proposés pour la compléter.