S VI. — HABILLEMENTS
AmmieD Marcellin nous apprend que de son temps, au quinzième siècle, les Aquitains, célèbres par la magnificence de leur table, Tétaient aussi par Télégance de leurs vêtements, et que les femmes, même les plus pauvres, aimaient la parure. Ces goûts n^ont pas changé. Tout ce que la mode invente de plus brillant, de plus aimable, de plus ingénieusement bizarre, Bordeaux le reçoit promptement de Paris, et ces nouveautés vont ensuite donner le ton aux villes secondaires du département.
Les vêtements et les ameublements étaient quelquefois, avant la Révolution, plus riches et plus coûteux qu'ils ne le sont aujourd'hui; mais ils ont gagné en élégance ce qu'ils ont, en certains cas, perdu comme valeur matérielle.
Autrefois, les diamants et la robe de noce de la mariée passaient de la mère à la fille; c'était un héritage. Aujourd'hui, les fleurs et les tissus qui habillent une épouse ne durent Qu'une saison. Ce n'est plus l'acajou massif qu'on admire dans les meubles; on se contente d'un mince placage de bois précieux, pourvu que la forme plaise à l'œil et que le meuble soit commode. Tous ces progrès du luxe et du goût ne se trouvent pas seulement dans les hautes classes de la société : on les remarque aussi quelquefois dans la classe moyenne, k un degré relatif.
A Bordeaux, comme à la campagne, la mise populaire a subi de grands changements. On ne voit presque plus de ces hauts bonnets bordelais dont le fond large, plat et plissé en éventail, laissait flotter au loin les deux longues faveurs blanches qui servaient k l'attacher. Ce bonnet, qu'on aurait pu comparer à une cage, sans le petit fichu de couleur vive qui le couvrait, a fait place au mouchoir de Madras ou de Rouen, qui est, chez les femmes du peuple, la coiffure la plus générale, coiffure ou laide ou très-gracieuse, selon la façon dont elle est portée, mais qui tend k être détrônée par le petit bonnet linge ou le bonnet à rubans, depuis longtemps usité dans la classe ouvrière de Paris. On peut même dire que la génération qui grandit ne se sert plus du foulard. La brassière et le jupon rouge éclatant, sur lequel descendaient deux longues poches de basin blanc a presque entièrement disparu comme les grandes coiffes. Le tablier est toujours de rigueur.
La chaussure des femmes du peuple, qui était autrefois partout l'escarpin en été, et en hiver le léger sabot assez large pour admettre un chausson de drap ou de lisière, n'est plus usitée qu'à la campagne ; elle a été remplacée en ville par le soulier d'étoffe ou de cuir, souvent même par le brodequin ou la bottine qui, chez beaucoup d'ouvrières, est aussi élégante que chez la grande dame.
La grlsette de Bordeaux portait autrefois un costume qui lui était particulier, qui lui allait fort bien et qui n'était autre que celui de la femme du peuple, arrangé avec plus de coquetterie et fait avec des étoffes plus fines; cette grlsette était, il y a quelques années, réputée fort loin pour la grâce de son costume et sa franche gaieté; aujourd'hui, elle a proj^que entièrement disparu, elle a laissé le mouchoir pour prendre des
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bonnets en rubans et en dentelles, quelquefois même le chapeau et le long chûle .
En somme, riiabillement qui distinguait jadis les rangs, les confond aujourd'hui. Dans nos villes, le rentier, le marchand, Tartisan ou Touvrier ont, hors les jours de travail, à peu près la même mise : le chapeau rond, d'assez beau linge, Thabit ou la redingote de drap, le pantalon et le gilet, dont la forme et Tétoffe varient suivant la mode et la saison; la veste ronde, la blouse et la casquette sont réservés pour Pateher. Le luxe a pénétré jusque dans nos campagnes, surtout aux alentours des villes; c'est seulement dans les communes rurales un peu reculées et sur les hommes d'un certain âge, que l'on retrouve encore l'antique vêtement en toile ou en étoffe du pays.
Le Landais lui-même, qui a conservé si longtemps ses vieilles traditions et son ancien costume, commence à imiter la mise des citadins, et nous ne donnerons la description qu'en faisait Jouannet en 1810, que ' comme souvenir d'usages disparaissant petit à petit, et que l'on ne retrouve plus que dans les landes les plus reculées et les plus arriérées. Le Landais qui les habite est coiffé d'un béret, ou d'un bonnet, ou d'un mouchoir, ou d'un chapeau à larges bords; il porte des culottes courtes, un gilet et une veste à manches de capas ou de drogue t^ étoffes fabriquées dans le pays avec la laine dci moutons de l'endroit. S'il n'est pas nu-jambes, il se chausse de gros bas de laine et porte l'été d'épais souliers ferrés, l'hiver de gros sabots.
Sa femme, suivant les saisons, se vêtit de la même toile ou des mêmes étoffes. Elle se coiffe d'un bonnet qu'enveloppe un mouchoir bleu à fleurs blanches, et un capuchon d'étamine noir enveloppe sa coiffure, qui se compose quelquefois en été d'un chapeau de paille, tel que les dames de la ville les portaient il y a cinquante ans.
Le costume des bergerj des landes est le plus remarquable. Nous parlons toujours des landes éloignées des villes, ou la vie pastorale est encore dans toute sa force.
Sur le vêtement grossier que nous venons de décrire, les bergers landais s'affublent d'une espèce de pelisse sans collet, sans manches, assez ample, mais ne descendant pas au-dessous du jarret. Cette pelisse, faite de peau de mouton séohée au soleil, est portée le poil en dehors et a^appelle raoubouu. Par dessus, selon le temps ou la saison, ils ajoutent la cape, espèce de manteau de fort droguet blanc, muni d'un grand collet et d*un capuchon de même étoffe. Le collet a son bord découpé en grandes dents de loup; il est garn', ainsi que le capuchon, de broderies, de cordonnets, de houpes de laine de diverses couleurs, agencées avec plus ou moins de prétention. Ils se couvrent la jambe, du genou à la cheville, avec un étui en peau de mouton, la laine en dehors : ce sont leurs bottes.
Ajoutez à ce vêtement des échasses (les tchangues), un bâton de sept à huit pieds (le paou tchangwy), un bissac pendu derrière le dos (le sarroun) pour mettre leurs vivres, une gourde (le cujoun) qui contient le breuvage, un bon pistolet dans un sac de peau de mouton, enfin un bonnet de laine : voilà le costume d'un aouilly ou berger des landes.
Les écliasses ont une hauteur qui varie ordinairement de 1 m. à 1 m. 50 c; les résiniers en ont même de plus longues. Elles se composent d'une pièce principale nommée la pale de la tcAangue; d^une espèce de console appelée Vaboui, destinée à porter le pied et clouée à la pièce principale, d'une bride dite la roumère, fixée à l'about et servant à maintenir le pied, en même temps qu'elle le couvre; d\i pé/itroun, nom local d'un morceau de peau de mouton, dont la laine reste en dehors. Le bout de réchasse qui touche la terre est muni d'un bourrelet de bois, de corne ou d'os et s'appelle cret ou pedis. Une jarretière de cuir, munie d'une boucle, serre légèrement l'échasse contre la botte dont la sépare une plaque de cuir nommée paleyre. Cette jarretière a reçu le nom d*anei ou de àaouc. Le bout supérieur de Péchasse ne dépasse pas le genou.
Quand le berger veut se reposer, il passe derrière lui son long bâton, qu'il incline de façon à trouver un point d'appui. Vu de loin, dans cette attitude et le capuchon sur la tête, vous le prendriez pour un clocher à l'horizon. Sa parfaite immobilité ajoute à l'illusion. La rapidité de sa marche, l'adresse avec laquelle il se sert de ses échasses et de son bâton, surprennent toujours les étrangers.
Les landescots du Bas-Médoc et ceux des grandes landes, hommes et femmes, cheminent aussi sur des échasses, surtout l'hiver.