CHAPITRE V. — ÉTAT PHYSIQUE ET MORAL DES HABITANTS
civilisation plus avancée que les communes de Tintérieur. Cette différence, plus remarquable sur les bords de la Gironde et de la (laronne, s'explique par la facilité des communications, par le séjour d'un grand nombre de citadins qui viennent habiter leurs propriétés au moins une partie de Tannée ; enfin par Tabord d'une foule de marchands étrangers qu'attirent les fêtes et les foires locales. Dans toutes ces communes, les mœurs, moins agrestes que sur les coteaux., sont cependant généralement bonnes.
Ce que nous venons de dire des communes littorales de nos grandes vallées pourra bientôt s'appliquer entièrement à toutes les communes de la côte, que les chemins de fer ont mis depuis quelques années en relations constantes avec les grands centres.
Les landes qui bordent toute la zone littorale de la rive gauche de la Gironde et de la Garonne présentent chez leurs habitants un tableau bien différent : nous ne parlons ici que des métayers ou colons. A mesure que l'on remonte du littoral vers l'O., les mœurs deviennent de plus en plus grossières, et l'homme plus triste, plus taciturne, plus apathique; les plus éloignés du fleuve n'ont conservé du caractère national qu'un trait commun à presque toute la classe agricole du département: l'humeur hospitalière. Malgré leur profonde misère, loin de fermer leur porte au voyageur égaré, ils partagent avec lui leur pain noir, leur mauvaise eau et leur détestable bouillie de maïs : crucàacte. Les Landais, plus voisins du fleuve, joignent à la rusticité d'autres défauts qui leur sont propres. Us ont, comme le peuple du littoral, un esprit mercantile, mais ils apportent dans les affaires plus de défiance et une humeur querelleuse et chicanière.
Ils récoltent très-peu de vin ; cependant l'ivrognerie est chez eux assez fréquente.
Le Landais du Bas-Médoc forme une classe a part. Il est industrieux et vaillant, mais vindicatif, rusé en affaires et très-intéressé.
Les plaisirs de la classe agricole sont ordinairement : le cabaret ou le café, sans excès mais non sans bruyantes causeries ; la chasse, la pêche, le billard, les cartes pour l'âge mûr, sans que le jeu soit ruineux ; la danse pour la jeunesse, qui l'aime jusqu'à la passion; le jeu des quilles et celui de la boule sur l'aire.
Malheureusement, nous ne pouvons citer que comme des exceptions les communes rurales possédant des bibliothèques publiques communales, scolaires ou paroissiales, offrant à la jeunesse des livres instructifs ou amusants.
Faisons des vœux pour que l'exemple des communes rurales qui ont organisé avec succès ces bibliothèques publiques soit suivi dans tout le département, et que partout des hommes intelligents et dévoués au progrès réunissent dans chaque village des livres qui puissent amuser, instruire et moraliser à la fois.
Nous signalerons les bibliothèques qui existent aujourd'hui dans notre livre VI : Instruction puhlique.