‹ Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde (volume 2)Chapitre 226 sur 701 · DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE DANS LE DÉPARTEMENT · texte numérisé non relu

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE DANS LE DÉPARTEMENT

et difTérentes époques.

S l*'. — TEMPS ANCIENS, DU TROISIÈME AU QUINZIÈME SIÈCLE

Les plus ancrens établissements dMnstruction publique formés à Bordeaux remontent au troisième siècle. Nous voyons, en effet, que les Ters consacrés par Ausone à la mémoire des professeurs ses contemporains en mentionnent plusieurs qui appartenaient au siècle précédent. Ainsi, dès cette époque reculée, les langues grecque et latine, la poésie, la rhétorique, furent professées à Bordeaux par des hommes dont Ausone, saint Jérôme et d^autres écrivains de Tépoque nous attestent le mérite.

Mais, quelle était l'organisation de ces premières écoles? Rien ne peut nous le dire. Il est seulement permis de déduire des vers d* Ausone que les professeurs de son époque, surtout les rhéteurs, jouissaient de la plus haute considération, même à la cour des empereurs, que leurs leçons furent pour quelques-uns une source de fortune, qu'elles ouvrirent à d'autres la carrière des honneurs (').

A peine les cendres d' Ausone furent-elles refroidiei, que les Barbares, fondant sur l'Aquitaine, enveloppèrent dans une ruine commune les monuments et les écoles de l'ancienne Burdigala.

Cependant, au cinquième siècle, bien que la langue latine dégénérât de plus en plus et que le grec fdt délaissé, quelques hommes cultivaient encore les lettres, mais leurs écrits, dont le souvenir a survécu dans les épîtres et les vers de Sidoine Apollinaire, Qtiaient les dernières lueurs d'up flambeau près de s'éteindre. Après eux, de génération en génération, les ténèbres s'épaissirent, surtout quand un zèle funeste eut proscrit ce qu'il appelait les études pro/anes, ces mêmes études que le zèle religieux, mieux entendu, devait plus tard retirer de l'oubli.

L'œuvre réparatrice fut commencée par un prince illettré, mais dont le génie sut apprécier la valeur d^un trésor qu'il ne possédait pas encore. Charlemagne fit, pour ranimer les études, des efforts plus admirables, plus étonnants peut-être que ses conquêtes. Il accueillit dans ses États des savants étrangers, et l'Italien Théodulphe, évêque d'Orléans, l'Alle-

(1) Ausone, iDStitutear de QratieD, fût consul à Rome en 379; iSmilius Arborius, appelé à la cour de Constantin, mourut à Bizanee. L'empereur renvoya ses cendres à Boroeaux. Kxupère acquit de grandes richesses à la cour de liôsar Delmalius, dont il éleva les flis.

mand Leitrade, archevêque de Lyon, furent chargés de visiter le Midi et d'y réveiller l'amour des études, d'y rétablir ou d'y créer des écoles (*).

Théodulphe et Leitrade s'acquittèrent avec zèle de leur mission ; mais nous ignorons si les cartulaires de Charlemagne, relatifs aux études, furent observés dans les diocèses de Bordeaux et de Bazas, tant est grande l'obscurité qui règne sur cette époque de notre histoire locale. Il est permis seulement de conjecturer qu'au milieu du mouvement général des esprits dans les cloîtres, dans les châteaux et à la Cour, l'Aquitaine ne resta pas complètement étrangère à cet élan.

Louis le Débonnaire et Charles le Chauve continuèrent l'œuvre de Charlemagne; ils établirent même de nouvelles écoles dans quelques villes métropolitaines ; mais les troubles de ces deux règnes, les ravages des Normands, les querelles des seigneurs qui déchiraient l'Aquitaine, retardèrent le progrès des études. Cependant les lettres, réfugiées dans les cloîtres, et plus tard à la cour des ducs d'Aquitaine, ne furent pas totalement abandonnées. Au fond des monastères dévastés, quelques religieux étudiaient encore les livres saints, les commentaient, refaisaient d'antiques légendes et en multipliaient les copies; à la cour galante des ducs, eux et ceux de leurs chevaliers qui avaient effleuré les études que l'Église nommait profanes, chantaient la guerre, les tournois, leurs passions de haine ou d'amour. Ces vers, écrits dans une langue harmonieuse et naïve, auraient dû ramener le goût ; mais le latin barbare de la scolastique devait longtemps encore être la langue des lettrés.

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