CHAPITRE II. — DIX-NBUYIÂMB SIÂCLB
rigoureux examen^ qui se practique en la maison commune de ladicte ville. Or, nul ne peut estre receu à practiquer la médecine à Bourdeaus, qoand il seroit docteur de Montpellier ou de Paris, et qu'il auroit mesme
practique ailleurs, sans avoir proposé thèses publiques dans Phôtel de
viUe, où il est agité par ces doctes et anciens médecins. Les jeunes
seraient honteux de se présenter sMls n'étoient (eonmie Ton dict) ferrez à
glace. À quoi succède aussi un second examen practique. > Aussi voit-on par la grâce divine en ce membre de PUniversité des
gens de rare doctrine et bien expérimentez. » Cette agrégation, institution du moyen âge, off^e la plus frappante
analogie avec Texamen d'état que les docteurs de toute Faculté doivent
subir aujourd'hui dans les villes ou les Etats souverains de la Confédération
germanique, pour obtenir le droit d'exercer. Et c'était la Faculté de
médecine de Bordeaux qui fournissait les plus nombreux candidats à
l'agrégation locale.
Cette* Faculté, qui réunissait les médecins les plus éminents de la ville,
3tait le but suprême auquel tendait l'ambition de tous les docteurs agrégés. Dans quelques bibliothèques, on trouve encore la collection des thèmes qui furent soutenues pour disputer une chaire de professeur devenue vacante m 1757. Les concurrents sont neuf docteurs agrégés, praticiens trèsrépandus à cette époque, et dont les noms, restés longtemps populaires, jont encore connus des anciennes familles girondines ; ce sont : Grégoire, Betbeder, Lamontagne, Barbequière, Caze, Mothereau, O'Sullivan, Doazan it Castet.
Ainsi, le titre de professeur de la Faculté de médecine de Bordeaux itait l'objet de la plus honorable émulation, et on le disputait par des oncours solennels où brillaient le talent et le savoir de nos devanciers.
En même temps que florissait la Faculté de médecine, il y avait à brdeaux un collège de chirurgie, formé dans le sein de la corporation es chirurgiens.
Un règlement et un arrêt du 8 mars 1571 organisent cette corporation t décident qu'à l'avenir les chirurgiens seront examinés et éprouvés par
quatre maistres bayles-jurés('). »
Les institutions de ce temps-là consacrent les deux ordres. Pour ordeaux, les chirurgiens étaient reçus par le grand chef-d'œuvre ; pour s bourgs et villages, ils étaient reçus par la légère expérience.
D'après les statuts et règlements de la communauté des maistres en l'art ; science de chirurgie de Bordeaux, accordés sous le bon plaisir de . M. le roy Louis XY, le 15 septembre 1752, enregistrés ès-registres de
Cour de Bordeaux, le 14 décembre 1754, et réimprimés pour la dernière is en 1784 (*), voici en quoi consiste la réception par le grand chefœuvre :
« Art. XLIX. — Le grand chef-d'œuvre sera composé d'une immatricule
[*) « Anciens et nouveaux statuts de la yille et cité de Bourdeaus. > Bourdeaus, 161S, p 238.
Les bayies-iurés étaient des magistrats municipaux cliargés de vaquer A l'exécution des
indoments de justice, sous les ordres des prévôts.
[>) Ptiiiippot, imprimeur de la Cour du l'arlement, rue Saint-James, vis-A-vis celle de
iurgues.
352 LIVBB y. — INSTRUCTION PUBLIQUE.
(examen sommaire par le lieutenant et les prévôts sur les principes de la chirurgie), d'une tentative au premier examen des actes des cinq semaines, et enfin, du dernier examen, appelé de rigueur ou de prestation de serment, sans que Tordre en puisse être changé, sous quelque prétexte que ce soit ; chaque semaine conservera la dénomination des matières qui y sont traitées, c'est-à-dire que la première, suivant Tusage, sera appelée semaine d'ostéologie et maladie des os; la seconde, d'anatomie et d'opérations de chirurgie; la troisième, de bandages et appareils; la quatrième, des saignées ; et la cinquième, des médicaments. »
Les articles suivants, jusqu'au LXVUI*, règlent les détails de ces longs . examens.
Voici en quoi consistait la réception par légère expérience :
c Art. LXIX. — Les aspirants présenteront une requête au lieutenant du premier chirurgien pour être reçus à faire la légère expérience, qui sera composée de trois examens : le premier, sur l'anatomie et les opérations de chirurgie; le second, sur l'ostéologie, les fractures et les luxations; et le troisième, sur les saignées, les aposthèmes, plaies, ulcères et médicaments. Ils seront interrogés par le lieutenant, le prévost, le doyen et deux maîtres choisis à tour de rôle : l'un entre les modernes, etc... »
Le décret de ventôse an XI, qui institue les officiers de santé, a perfectionné cette philanthropique et libérale institution, et les médecins reçus par légère expérience exercent dans les campagnes et même dans les villes, sur toute la surface du territoire français.
Les deux corporations des maîtres chirurgiens, celle de la ville et celle des faubourgs, s'associèrent vers le milieu du dix-huitième siècle, pour fonder un amphithéâtre ou école de chirurgie.
Dès que l'association fut constituée, elle acheta un terrain rue Lalande, et y construisit un vaste bâtiment qui fut appelé École de Saint-Côme. Ces dispositions et cette fondation furent sanctionnées par arrêt du conseil ès-lettres-patentes, en date du 8 septembre 1752.
La nouvelle communauté des chirurgiens obtint la révision et l'approbation de ses statuts, par lettres-patentes du 4 juin 1754. Plus tard, Louis XY ordonna l'établissement de cinq professeurs royaux, désignés par la communauté elle-même. (Lettres-patentes du 6 avril 1756.)
Le mouvement révolutionnaire de 1792 ayant emporté les corporations médicales avec toutes les autres, la Faculté de médecine fut abolie. Quant à l'École de Saint-Côme, elle ne fut pas aliénée. Le 25 avril 1808, un décret impérial (art. 23) la concéda à la ville de Bordeaux, pour être irrévocablement affectée à l'enseignement de la chirurgie.
Telle est l'origine de la propriété municipale oîi fut instituée l'École, successivement appelée élémentaire, royale, secondaire et préparatoire, et qui a subi, en 1852, 1853, 1857, 1858, des changements matériels et des extensions qui l'ont de mieux en mieux préparée à une destination plus élevée.
Pour compléter cet historique, il est nécessaire de rapporter le rôle que les législateurs de 1789 réservaient à la ville de Bordeaux dans l'enseigaement de la médecine.