CHAPITRE II. — DIX-NBUVIÈME SIÈCLE
Consultée par TAssemblée constituante, la Société royale de Paris, dans un Mémoire profondément étudié, qui embrassait dans toute leur étendue les questions de renseignement et de l'exercice de l'art de guérir, s'exprimait en ces termes quant aux Écoles supérieures :
« Il y aura, dans le royaume, cinq Collèges de médecine, dont un sera établi à Paris, un à Montpellier, un à Bordeaux, un quatrième à Nantes ou à Rennes, et un cinquième à Strasbourg, ou à Nancy, ou à Dijon, ou k Besançon (*). »
L'avis de la Société royale de médecine avait été adopté, par les commissaires de l'Instruction publique, à la Constituante. Voici le texte de l'une de leurs conclusions :
« Il sera établi, en France, quatre grandes Écoles nationales de l'art de guérir, sous le nom de Collèges de médecine, dont l'un sera placé à Paris, un à Montpellier, un à Bordeaux, et un à Strasbourg (*). »
Depuis bien des années, l'édilité bordelaise a fréquemment exprimé le vœu qu'une Faculté de médecine fût créée à Bordeaux.
Dès l'année 1838, époque de la création, dans les grands centres de province, des Facultés de théologie, des sciences et des lettres, M. de Salvandy, ministre de l'Instruction publique, écrivait au maire de Bordeaux, le 26 octobre, une lettre dans laquelle il l'informait de la concession faite k notre viUe de ces trois sortes d'établissements d'enseignement supérieur, et il ajoutait :
« Cette installation se lie dans ma pensée k tout un système d'institutions universitaires que Bordeaux appelait depuis longtemps par l'antiquité de ses souvenirs, l'activité de son génie, sa grandeur et sa richesse.
» Le Conseil du roi, sur ma proposition, a décidé l'établissement d'une Faculté de médecine. »
M. de Salvandy quitta le ministère sans avoir eu le temps de mettre a exécution ce projet.
Dans une lettre au maire de Bordeaux, en date du 6 mai 1840, les professeurs de l'Ecole protestèrent contre cet oubli de la chose jugée, rappelant les nombreuses et puissantes raisons qui militaient en faveur de la décision prise par le Conseil du roi.
Cette lettre fut communiquée au Conseil municipal le 25 mai 1840, et reçut le plus énergique appui de la part de la commission d'instruction publique. Voici la conclusion prise k l'unanimité par le Conseil, au sujet de cette affaire :
« M. le Maire est invité k réclamer de M. le Ministre de l'Instruction publique l'établissement k Bordeaux d'une Faculté de médecine, en lui donnant l'assurance que le Conseil municipal est disposé k faire au local actuel de l'Ecole de médecine toutes les dépenses qui seront jugées nécessaires pour y établir la Faculté. »
(<] V. Mémoires de la Société ropale de médecine, (. IX, 1790. — « Nouveau plan do ConslitutioD de la médecine, » adressé à l'ÂBScmblée consliluante, en novembre 1790, par la Société royale de médecine, pag. 475.
(«) V. Rapport svr Vinsti pction pvbh'çve fait au nom du Comité de Conslitution, à l'Assemblée nationale, en septembre 1791, par Talleyrand-Périgord, évéque d'Âutun, p. 166.
En 1845, M. de Salvandy redevient grand-maître de rUniversité; aussitôt, dans la séance du 7 février, M. Troplon^, Tun des membres du Conseil, reprend en ces termes la question :
« Aujourd'hui, dit-il, que M. de Salvandy est revenu au ministère, il y aurait opportunité à réclamer de nouveau une Faculté de médecine. »
Une commission est nommée; le rapport est confié k Tauteur de la proposition, et, le 4 avril 1848, l'assemblée prend, k Tunanimit?, la décision suivante :
« Art. l®**. — Le Conseil réitère les vœux, déjk exprimés dans sa délibération du 25 mai 1840, pour rétablissement k Bordeaux d'une Faculté de médecine et d'une Faculté de droit.
» Art. 2. — Toutes les dispositions et dépenses nécessaires pour l'installation de ces Facultés seront faites aux frais de la Ville. »
En 1854, MM. Dumas et Laferrière inspectent les établissements d'enseignement supérieur de Bordeaux. L'illustre vice-président du Conseil supérieur de l'instruction publique visite particulièrement notre Ecole de médecine, assiste aux cours, examine les collections, et, frappé des ressources dont il ne croyait guère la province susceptible, il convoque le Conseil municipal et préside, le 13 avril, une séance extraordinaire, dans laquelle il se fit lui-même le promoteur de la création d'une Faculté de médecine.
Le 16 février 1866, sur l'initiative du maire, le Conseil, après avoir rappelé ses délibérations antérieures, revient sur la question d'une Ecole de droit et sur celle d'une Faculté de médecine :
« Art. l^^, — Le Conseil municipal renouvelle le vœu déjk exprimé pour la création d'une Faculté de droit k Bordeaux, en offrant, comme précédemment, au gouvernement, de prendre k la charge de la Ville toutes les dépenses en excédant des recettes qui pourront ressortir, pendant un délai déterminé, de cette fondation.
» Art. 2. — Le Conseil municipal émet aussi le vœu que, dans le cas où il serait créé de nouvelles Facultés de médecine, la ville de Bordeaux ne soit placée dans aucune condition d'infériorité k l'égard des villes les plus favorisées. »
Le 11 novembre 1867, sur la proposition de l'un de ses membres, le Conseil municipal renouvelle le vœu pour la création d'une Faculté de médecine a Bordeaux.
Le 7 avril 1871 et le 6 février 1872, sur l'initiative de M. l'Adjoint délégué pour l'instruction publique, le Conseil municipal actuel réclame la transformation de notre École préparatoire de médecine et de pharmacie en une Faculté de médecine et de pharmacie.
Le Conseil général de la Gironde, dans plusieurs de ses sessions, et notamment dans celle de 1871; le Conseil académique, dans son assemblée de novembre 1871, expriment aussi le vœu de la création d'une Faculté de médecine k Bordeaux.
Le 26 février 1872, le Conseil municipal, k la suite d'un rapport de M. Métadier, émet le vœu que l'Ecole préparatoire soit érigée en Faculté mixte de médecine et de pharmacie. La Ville s'engage, pour une période