S I. — SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Soiences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.
— Cette Académie fut instituée par lettres-patentes du 5 septembre 1712; elle dut cette faveur aux démarches du duc de La Force. Elle prit naissance dans une réunion de magistrats, amis des arts, des sciences et des lettres, qui existait bien avant 1712.
En vertu des statuts qui lui furent imposés, l'Académie se trouva composée d'un protecteur perpétuel ('), d'un directeur annuel, de deux secrétaires perpétuels et d'un trésorier. Ses autres membres se divisaient en trois classes, savoir : 20 académiciens ordinaires, 20 associés et 20 élèves. Le protecteur était l'homme du roi et représentait, auprès de lui, l'Académie, dont il était le président. En son absence, le directeur exerçait la présidence. Ce protectorat pourra paraître singidier; mais ce qui rétait bien plus, c'est que les 20 académiciens ordinaires étaient seuls en droit d'être officiers de la compagnie : distinction décourageante pour les deux autres classes et nuisible au progès des sciences.
En 1738, la classe des élèves fut supprimée et remplacée, en 1744, par une classe de correspondants. Depuis, on distingua trois classes d'académiciens : résidants, associés, correspondants. La classe des résidants conserva, jusqu'en 1781, son droit exclusif aux offices de l'Académie. Etrange anomalie dans un corps savant, privé de tout autre mobile que celui de la gloire.
En 1781, l'Académie s'imposa de nouveaux statuts, que confirmèrent des lettres-patentes du 5 juillet, même année; elle n'admit plus d'autre distinction que celle qui naît naturellement du zèle et du talent. Dans ces nouveaux statuts, il ne fut plus question du protecteur; les seuls officiers dont il soit fait mention sont le directeur, les secrétaires et le trésorier.
Depuis sa fondation, l'Académie s'assemblait tous les dimanches, à dater du 1«' décembre jusqu'au jour de Saint-Louis (25 août). Elle avait deux séances publiques par an, le premier jeudi de carême et le 25 août. Dans cette dernière séance, elle distribuait les prix qu'elle avait mis au concours, entre autres un prix de physique fondé en 1713, par M. de La Force. Ce prix fut longtemps le seul qu'elle eût à décerner; en 1717, il fonda un autre prix de 300 fr., laissant à l'Académie le choix du sujet à mettre au concours et hypothéquant, à cet effet, tous ses biens présents et à venir. Mais, en 1739, elle ouvrit aussi ses concours à la solution de questions d'agriculture et de médecine. Les Mairan, les Hautefeuille, les Desaguliers ne furent plus les seuls à remporter ses couronnes, les Tilliet, les Parmentier, les Hamberger, les Pestalozzi purent les obtenir (').
I*) Le prominr protecleur fui lo duc de La Force; il eut pour successeur le comte de Morville eu 17^, lo cardinal de Poiigaac en 1796, le duc do lliclieliuu en 1758; celui-ci en ronserva le titre jusqu'à sa mort, bien que les lettres patentes de 1781 ne fissent plus mention d'un protecteur.
(*j LaBibliolhôque dri Bordeaux possède, en cinq volumes in-i", les dissertations couronnées par l'ancienne Académie.
396 LIVRB V. — INSrSUCTlON PUBLIQUE.
Les biens que P Académie devait à la générosité de ses membres lui permettaient de multiplier ses concours et ses encouragement^. Jean- Jacques Bel, conseiller au Parlement, mort en 1739, lui avait légué sa bibliothèque et ce vaste hôtel qui conserve encore le nom A^HÔtci de V Académie, M. Barbot, président de la cour des aides, Pavait pareillement enrichie de sa bibliothèque; MM. Chenaut et Beaujon, les médecins Campaigne et Cardoze lui avaient fait d^autres legs; mais ces généreuses dispositions, prises par leurs auteurs, pour assurer la durée et la dignité du corps savant auquel ils appartenaient, furent anéanties en 1703, lorsque, sur la proposition de Tabbé Grégoire, on décréta la suppression des Académies et la nationalisation de leurs propriétés. L'Académie de Bordeaux n^était pas dotée par le Trésor, ses biens étaient un héritage sacré, elle n'en fut pas moins dépouillée par cette funeste mesure.
Quand la tempête révolutionnaire fut passée, en 1796, TAcadémie, déshéritée de son nom et de ses propriétés, essaya de se reformer, d'abord sous le titre modeste de Société â^ Histoire naturelle et d'Agriculture^ ensuite sous celui de Société des Sciences, Belles- lettres et Arts, Comme Société d'Agriculture, surtout, elle rendit de nombreux services qui lui valurent les encouragements du Conseil général de la Gironde et du Conseil municipal de Bordeaux.
En 1828, sous le ministère de Martignac, une ordonnance rojale lui rendit son ancien titre et ses statuts. Elle se compose maintenant de quatre classes d'académiciens : honoraires, titulaires résidants, titulaires non résidants et correspondants. Ses dignitaires sont : un président annuel, un vice-président, un secrétaire-général qui l'est pendant trois ans, deux secrétaires-adjoints, un trésorier et un archiviste.
Ses assemblées ordinaires ont lieu tous les quinze jours : le jeud*. Chaque année, elle tient une séance publique. Dans cette séance, elle distribue les prix qu'elle a mis au concours. Les questions proposées sont toujours d'intérêt local. Ses acteî< publiés, tous les trois mois, forment généralement, au bout de l'année, un gros volume in-8", souvent illustré. Cette curieuse collection débute par un précis des travaux de la Société en l'an X, il est suivi d'un autre pour l'an XI. A partir de 1802 jusqu'en 1822, le Bulletin polymathique insère des extraits des travaux de l'Académie. Une table méthodique des publications de l'Académie de Bordeaux, rédigée par M. de Lamothe, a été insérée dans les Actes, année 1847, pages 751-795. Cette table a été continuée par M. Jules de Gères et sera bientôt publiée. On trouve la liste des travaux ayant remporté des prix de 1715 à 1739, imprimés dans un recueil en 6 volumes in- 12. Une autre liste fait connaître 18 dissertations couronnées de 1741 à 1779, et contenues dans trois volumes in-4<' qui font partie de la bibliothèque municipale.
L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux compt2 aujourd'hui 4 membres honoraires; 40 membres titulaires résidants; 6 membres titulaires non résidants ; 95 membres correspondants environ.
Bordeaux eut autrefois une Académie de peinture, de sculpture et d'architecture civile et navale, établie en 1769, sous les auspices des jurat^ et confirmée par lettres-patentes du 14 novembre 1779 ; et plus ancien-