‹ Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde (volume 2)Chapitre 276 sur 701 · CHAPITRE IV. — BIBLIOTHÈQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — BIBLIOTHÈQUES

Jean- Jacques Bel mourut à Paris le 15 août 1738. L'Académie fit approprier son hôtel à sa nouvelle destination, et la Bibliothèque publique de rAcadémie de Bordeaux, qui devait être plus tard la Bibliothèque publique de la Ville, fut ouverte vers 1*740 d'après Jouannet, en 1751 d'après M. J.-B. Gergerès. Il est à remarquer que Paris ne jouit qu'un an ou deux ans avant Bordeaux des avantages d'une bibliothèque publique.

La Bibliothèque de l'Académie possédait alors près de 12,000 volumes ; elle fut bientôt augmentée par les donations successives d'autres membres de l'Académie et de généreux amis des livres ; nous citerons d'abord le duc de la Force, et après lui, en 1743, M. Campagne ; en 1747, les époux Cardoze; en 1770 et 1771, M. le président Barbot, ami de Montesquieu; en 1775, M. Chenault; en 1786, M. Baujon, conseiller d'État, qui fil don de 6,000 volumes, qui élevèrent l'importance de cette bibliothèque à environ 36,000 volumes ; mais beaucoup d'ouvrages étaient incomplets.

De 1790 à 1793, des décrets successifs frappèrent d'interdiction ou de saisie toutes les bibliothèques appartenant aux commimautés religieuses, aux académies, aux émigrés et à un grand nombre de personnes réputées suspectes. Pour ne parler que de Bordeaux, 120 bibliothèques au moins furent confisquées ou placées sous la surveillance des autorités.

Le 15 août 1793 (28 thermidor an 1®' de la République), jour anniversaire de celui où, 55 ans auparavant, la mort de Jean-Jacques Bel avait ouvert les portes de son hôtel à l'Académie et à la bibliothèque publique, un décret de la Convention, rendu le 12, fit fermer les portes, apposer les scellés sur les meubles, livres et papiers de chacun de ces établissements déclarés propriétés nationales.

Tous les trésors enlevés aux bibliothèques des couvents ou des émigrés furent entassés pêle-mêle dans les dépendances du couvent des Feuillants et jusque dans la chapelle. Une partie des richesses de la bibliothèque de l'Académie fut aussi transportée aux Feuillants.

Le 22 février 1794, un décret ordonna l'établissement de bibliothèques publiques dans les chefs-lieux de district ; il prononça le maintien ou la réorganisation des bibliothèques communales, et chargea les municipalités, sous la surveillance de l'administration du district, du choix des bâtiments, de leur entretien et de la conservation des bibliothèques nouvellement organisées.

M. Monbalon fut nommé bibliothécaire ; mais il ne le fut longtemps que de nom ; son zèle et ses réclamations restaient impuissants à réunir des livres épars restés à la merci de gardiens ou séquestres la plupart illettrés. Vers la fin du siècle on attribua à divers établissements une partie des ouvrages réclamés par eux. Ainsi furent dotés d'une bibliothèque, la Préfecture, le Séminaire, le Lycée, l'Archevêché et quelques autres administrations ou institutions. Il fut, en outre, fait des ventes publiques à des prix déplorables.

Ce fut dans cet état de choses qu'un arrête du 28 janvier 1803 (8 pluviôse an XI) fit abandon aux communes des bibliothèques des écoles centrales. Ainsi fut assurée a la ville de Bordeaux la collection des livres qui restait à l'ancien dépôt des Feuillants, et qui fut transportée dans

Phôtel de rAcadémie. Cette translation fut très-longue, et les portes de la bibliothèque ne furent ouvertes au public qu'en 1806.

Depuis cette époque, les richesses de notre bibliothèque publique se sont constamment accrues par les acquisitions faites avec les fonds de la Ville, par les dons du gouvernement et ceux des Préfets du département de la Gironde, des Maires de Bordeaux, des Sociétés savantes et de nombreux particuliers, au nombre desquels nous devons mentionner MM. Latapie, de Lamothe oncle et neveu, Fournier, Delavau, Dutrouilh, Lacour, Pommiers, Le Boys de Guays, Brunet, Charroppin, Ladevi-Roche, Bernadau, comte de Peyronnet, M"™®^ veuves Ravez et Poitevin.

Le Congrès scientifique de France couronna sa 28^ session (1864) par le don de tous les ouvrages qui lui avaient été adressés durant cette session tenue à Bordeaux.

La bibliothèque de Bordeaux, qui dès 1760 était considérée comme la plus complète de toutes les bibliothèques du royaume, peut encore revendiquer le premier rang en France, après la bibliothèque nationale de Paris.

D'après l'inventaire dressé par M. Monbalon en 1813, cette bibliothèque renfermait plus de 100,000 volumes.

En 1843, M. Gautier, adjoint au maire, délégué pour l'Instruction publique, estimait, dans un rapport officiel, que la bibliothèque de la Ville ne renfermait pas moins de 140,000 volumes.

En 1848, le savant auteur d'une notice sur la bibliothèque publique de Bordeaux, M. G. Brunet, écrivait : « La bibliothèque publique de Bordeaux est incontestablement une des plus riches et des plus considérables qu'il y ait en France, hors Paris, sous le rapport du nombre des volumes et de l'importance des ouvrages qu'elle possède ; nous ne croyons pas que nulle autre collection l'emporte sur elle. Il n'en est, à notre connaissance du moins, que deux qui puissent rivaliser : celles de Rouen et de Lyon. »

En 1864, M. J.-B. Gergerès, dans son travail déjà cité, estimait, par la supputation des inscriptions portées sur les catalogues, que la bibliothèque contenait au moins 154,000 volumes, répartis comme suit .

Belles-Lottres (environ) 7,500 22,500

Sciences et arts — 12,700 ' 38,000

llisloire -- 14,700 44.000

Jurisprudence — 4,200 12,000

Théologie — 8,600 26,000

Musique - 1,000 3,000

Manuscrits — » 1,300

Doubles — » 6,600

ToTAi 154,000

Ce chiffre de 154,000, que M. J.-B. Gergerès estimait conmie plutôt

au-dessous de la vérité qu'au-dessus, peut être aujourd'hui hardiment

porté à 170,000.

Pour compléter l'histoire sommaire de la bibliothèque de Bordeaux, il

nous reste à rappeler quels ont été ses conservateurs :

MM. Monbalon, docteur-médecin, membre du premier Conseil général

de la Gironde, fut à la tête de cet établissement de 1*795 à 1830. C'est à

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