‹ Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde (volume 2)Chapitre 283 sur 701 · CHAPITRE IV. — ARCHIVES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — ARCHIVES

Nous empruntons les lignes qui suivent au Moniteur universel du 18 septembre 1872, où une plume plus autorisée que la nôtre a parlé avec la plus grande exactitude de nos archives municipales :

« Il y a entre l'Hôtel-de-Ville de Bordeaux et celui de Paris communauté de malheur. Mais le sinistre accidentel qui a détruit une grande partie des archives de la ville de Bordeaux a laissé intactes quelques-unes' des pièces les plus importantes, et les débris mêmes de celles que le feu avait attein-. tes, recueillis avec soin, fournissent chaque jour le moyen de diminuer les pertes. Avec une patience de bénédictin et ime sûreté de coup d'oeil que son érudition peut seule lui donner, M. Ernest Gaullieur fouille incessamment ces cendres accumulées dans des dépôts gardés avec soin, classe méthodiquement les fragments quMl retrouve, et reconstitue ainsi des volumes entiers. Combien d'années durera ce glorieux mais pénible travail, commencé depuis 1867? Cette question ne se présente même pas à Tesprit du laborieux chercheur, et, du reste, les résultats qu'il a déjà obtenus et que nous avons pu constater de nos jeux, sont de nature à entretenir sa persévérance, si elle pouvait faillir devant l'immensité de sa tâche.

» Aujourd'hui on peut dire que les archives de Bordeaux sont réorga< nisées, et avec un ordre qui fait le plus grand honneur à l'esprit méthodique qui préside à ce travail.

» Dans les deux grandes divisions que comporte l'ensemble de la collection : 1° les archives anciennes, comprenant les pièces d'origine antérieure à 1789; 2° les archives modernes, que chaque jour vient augmenter, la classification adoptée est celle qui se prête le mieux aux recherches.

» Je ne puis entreprendre ici la simple énumération des documents curieux compris dans les deux séries de ce fonds encore si riche, malgré les pertes qu'il a subies, mais je dirai qu'il renferme des manuscrits de premier ordre, notamment des quatorzième et quinzième siècles, que la série des pièces relatives à l'histoire de Bordeaux, coutumes, privilèges, institutions, mœurs, religions, administration, finances, etc., est assez nombreuse et assez suivie pour permettre aux chercheurs d'embrasser, dans ses moindres détails, la vie de la vieille cité girondine, au moins depuis le neuvième siècle (^). » (Ernest Lacan, sous-bibliothécaire de la ville de Paris.)

Sur l'ordre et avec les fonds du Conseil municipal, il a été entrepris la publication des manuscrits les plus importants des Archives de Bordeaux.

Trois volumes ont été publiés jusqu'à présent :

l^ le Livre des BouilUms, in-4o de 620 pages.

Ce manuscrit célèbre (quinzième siècle), qui doit son nom aux bouillons ou gros clous qui ornent sa couverture, contient la majeure partie des privilèges octroyés aux Bordelais par les rois d'Angleterre.

2^ Le Livre de la Jurade, de 1406 à 1409, forme un volume in-4o de

(*) Voir pour plus de détails le rapport à M. lo Mairo de la ville do Bordeaux sur la situation des Ârcliives de la ville, adressé, eu 1868, pir M. E. Gaullieur, Iu-Sp.

532 pageS) rempli de détails précieux sur PorgaDisation de la commune bordelaise à cette époque.

3^ Bordeaux vers liiSO, description topographique de Bordeaux, faite par M. Léo Drouyn, d'après un très grand nombre de documents manuscrits, et accompagné d'un plan et d'une vue cavalière de la Ville au moment de la conquête française, in-4^ de 624 pages.

Les Archives de Bordeaux sont divisées en 9 séries, se subdivisant en un grand nombre de sous-séries. Ci-après un aperçu de ce que renferme chacune d'elles.

SÉRIE AA (^). — Actes constitutifs et politiques de la commune, rois, princes, gouverneurs, etc.

C'est la série la plus importante au point de vue de l'histoire, puisqu'elle renferme les privilèges et les franchises octroyées à la ville de Bordeaux par les rois de France et d'Angleterre et les documents relatifs à l'organisation même de la cité. C'est heureusement une de celles qui ont le moins souffert lors de l'incendie de 1862.

SÉRIE BB. — Administration communale, Droit de bourgeoisie.

Cette division, jadis l'une des plus importantes, comprenait 158 registres de délibérations des Jurats; l'histoire de Bordeaux, depuis le quinzième siècle, était presque entièrement contenue daiis ces volumes, dont trois seulement ont été sauvés intacts, trente autres ont été patiemment reconstitués, feuille à feuille, par M. E. Gaullieur; un grand nombre sont en formation.

SÉRIE ce. — Cette série, qui a beaucoup souffert dans l'incendie de 1862, comprend les impôts et la comptabilité. On y trouve des documents très-curieux sur les revenus et les dépenses de la Ville remontant jusqu'au quinzième siècle.

SÉRIE DD. — Cette série importante comprend tout ce qui a trait aux propriétés communales : eaux et forêts, mines, édifices, travaux publics, voirie urbaine (*), etc. Grâce aux efforts incessants de M. E. Gaullieur une grande partie des titres de propriété de la Ville sont aujourd'hui en place.

SÉRIE EE, Affaires militaires. — Cette série comprend les fortifications, l'artillerie ('), les casernes, le passage des trdupes, la levée des milices bourgeoises, les faits de guerre et tout ce qui concerne la pêche, les phares ou la marine.

SÉRIE FF, comprenant : justice, procédure et police.

SÉRIE GG, comprenant : cultes, instruction et assistance publique.

SÉRIE HH, comprenant : agriculture, industrie, commerce.

SÉRIE JJ, comprenant : documents divers, inventaires, objets d'arts. Le plus ancien inventaire des archives de la ville que nous possédions, est

(') Les simples lettres servant au classoinont des Archives dc^partomen taies, M. Gaullieur, se conformant aux inslruclions minislériolles, a adopté lus doubles lettres pour designer cliacpie série.

i») M. K. (r.iiillieur a puisô dans cetle série les documents d'une brochure très-curie jsc, inliliilce : Les Gascons et l'Artillerie bordelaise au siège de Pontarabie, 1521 h ISil.

1>) C'est dans celte sério que se Irouvo le manuscrit do l'inlôressunt travail de M. l'abbé Riurt'iu, appelé le Vioçraphe bordelais, et ])ubliô par M. G. Mérun, dans la tomo IV« do lu réimpresâiou dos œuvres de l'abbé Baureio, 4 vol. gr. in-8o, 30 Tr.

cuAMTnE IV. — ABcmvBS. 437

conCenn dnas le Mamucrit iltt coulâmes et remonte au quatorzième siècle. Il nous reste aussi, rem]jli9sttnt plus de 40 cartons, la première partie d'un inventaire détaillé des archives de TH il tel- de- Ville, qui fut entrepria en nôl par un emploj'é des arciiives, nommé Allien, aidé plus tard par le savant abbé Baureiu. Cette première partie eomprenrl, sur des feuillets séparés, te sommaire de toutes les décisions prises dans le Conseil de l'HAtel-de-Ville de 1520 a I75I.

Ce travail devait aussi comprendre un inventaire complet des pièces de touteu natures et des registres composant les ru^chtves. Il n'a malheureusement pas été flni.

Archives de quelques villes du département. ~ Blayb. — Les Artliives de la nuiirie do lllaye coritiiEimni, : 1" des titres fort anciens conférant des privilèges aux bourj."'ijis J'.' Bliive; 2" des ordonnances et arrêtas remontant aux douzième et tri.i/.ii'inc siècles sur divers points de police municipale; 3" tous les documeuts administratifs courants. Elles ont été publiées dans les Archives historiques de la Gironde parles soins de M. Léo Drouyn.

Bmubo. — Les Archives de cette ville démontrent qu'elle fut l'une des plus considérables de la Guyenne au quatorxième siècle. On j trouve des concessions et privilèges obtenus sous Louis IX, sous les rois d'Angleterre, et depuis Cb&rles VU jusqu'à Louis XI\'. On y trouve un traité en forme de capitulation, fait en 1451 pour la reddition de la ville de Bourg soua l'oliéiHSttneo de Charles VU.

Une des liasses renferme neuf lettres de rois et pairs de France, signées de leur main. Ces lettres ont une <>rande valeur historique.

LiBouQNi:. — On remarque dans les Archives de cette ville : 151 registres des délibcrationa de la municipalité antérieure au dir-neuvième siècle, celui qui fut commencé en 1053 contient des détails curieux sur le siège de Li>M)ume par le duc de Vendôme, et un procès-verbal de la bataille de Cuutras.

La pièce la plus curieuse est un registre appelé le Livre velu, qui date de 1348. Il est écrit en latin et en gascon et renferme la copie des privilège ttccordés aux anciens bourgeois de Lihonrne par les rois d'Angleterre; on 7 remarque, écrites en langue gasconne, les coutumes de la ville de Ltboume, qui sont tes mêmes que celles de la ville de Bordeaux. Au commencement du dix-septième siècle, on y consigna quelques notes historiques.

I^ HbOle. — L'arrondissement de la Réole, l'un des plus riches du département en édifices historiques, possède, en outre, beaucoup d'archives intéressantes dans des localités tout ù fait secondaires et déchues du rang important qu'elles occupaient autreluis.

Les Archives de la ville de la Réole contiennent, entre autres choses : la copie des privilèges de celte ville, contirmès par Edouard, duc de Guyenne, au mois d'août 1*255, un cahier en parchemin du 18 novemluT- 1490, contenant le privilège de descendre les vins à Bordeaux, divers privilèges, lettres-patentes et autres dui-uments remontant jusqu'au quatorzième siècle; enSn, un traitt^ fait en 1230, entre Bordeaux et la Uèole, pour se porter mutuctlemeut s

Saint-Macaire. — Cette petite ville, autrefois importante, possède des archives très-intéressantes, qui ont puissamment aidé M. Virac dans son excellente Étude historique sur Saint-Macaire, couronnée par TÂcademie de Bordeaux. La place nous manque pour signaler ici à nos lect3urs toutes les pièces précieuses que renferment ces archives; nous citerons entre autres :

Les registres de l'état civil depuis qu'ils furent prescrits par François 1^^; quatorze titres en latin du quatorzième siècle, parmi lesquels il en est neuf, datés des années 1331, 1332, 1333 et 1336, relatifs a des discussions survenues entre les habitants de Langon et ceux de Saint-Macaîre, discussions qui n'ont pas encore pris fin.

De nombreuses lettres-patentes, ordonnances, procès-verbaux, etc., en langue gasconne, remontant au quatorzième et au quinzième siècle; des arrêts du Parlement, des délibérations des jurats et du corps de ville; enfin, un exemplaire, imprimé en 1720, des privilèges de la ville.

MoNSÉGUB. — On trouve dans les Archives de cette petite ville un registre de l'an 1206, appelé V Bsclapot {^)\ il est écrit en latin et en gascon et a été publié dans les volumes des Archives historiques. Il contient les chartes et les privilèges accordés aux habitants de Monségur par les rois d'Angleterre.

Il existe un autre registre contenant les règlements approuvés par les rois, il porte la date de 1289, mais il paraît n'être qu'une copie du premier à cause du caractère de l'écriture ; de plus, il est écrit en français, ce qui le rend très-suspect.

Saint-Émilion, — Cette ville possède des Archives assez riches, mais encore en désordre ; une grande quantité de vieilles chartes et de vieux parchemins attestent, à côté des nombreuses ruines monumentales, que Saint-Émilion était, au moyen âge, une des villes les plus importantes de la Guyenne. Ces vieux parchemins remontent à l'an 1241. On y trouve beaucoup de privilèges accordés à cette ville par les rois d'Angleterre.

Les registres de l'ancienne jurade de Saint-Émilion sont bien conservés.

Cadillac-sub-Garonne. — Les Archives de cette petite ville, qui eut une certaine importance au moyen âge et une grande prospérité au dixhuitième siècle, à l'époque ou le duc d'Épernon y tenait sa fastueuse cour, sont placées à la mairie, en bon état, en ordre, et inventoriées; elles concernent l'Histoire de Cadillac et du comté de Benauge. Elles renferment de très curieux registres.

Les héritiers de M. Delcros, ancien maire de Cadillac, possèdent des pièces très importantes sur le même sujet, qui ont servi à M. Delcros pour écrire une histoire de Cadillac, restée inédite.

Lamothb-Landbrron. — Archives curieuses par deux terriers de la fin du quatorzième siècle : l'un de Lamothe et l'autre de Saint-Martin de Serres.

Baron. — Difl'érents terriers datés du dix-septième siècle. Registre

(i) Un volume intitulé : PrMléget de Montigur^ iuMs tCwne liste des bourgeois de cette tille depuis 1SSS et précédés d'une notice sur l'Eiclapot, par J.-B. Arciiu, viuat d'ôtre oditô par M. ClioUot, imprimour-libruiro à Sauvoturre, 1876, ia-SP. 5 fruncs.

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